De Kaboul à Calais

Après avoir perdu son père, mort sous la torture des talibans, et sa mère, déchiquetée par une bombe sur un marché, le jeune afghan Wali Mohammadi, 15 ans, n’avait plus rien à perdre. Il a donc décidé de rejoindre sa sœur aînée à Londres et, après avoir confié son petit frère à des voisins, s’est lancé dans l’aventure. Dans ce livre témoignage, il raconte son périple –à pied, en bus, en voiture, en train, en bateau, en camion– de Kaboul à Calais. Il y livre ses espoirs et ses angoisses, ses frayeurs et les folies de ce voyage, comme cette traversée en Méditerranée sur un petit bateau pneumatique.

Il y a sept ans, vous avez fui l’Afghanistan. Si vous aviez su le parcours qui vous attendait vous l’auriez fait quand même?
«Oui. On essaie toujours d’échapper à la terreur. Aujourd’hui, quand je vais à Calais, je vois encore des gamins de douze-treize ans qui ont quitté l’Afghanistan. C’est triste de voir tout cela.»

Quelle a été votre plus grande frayeur?
«La première fois que je me suis trouvée face à la mer, entre la Turquie et la Grèce. La traversée s’est faite en pleine nuit, nous ne savions pas nager. C’était la première fois que je voyais la mer.»

Que pensez-vous du rôle joué par les passeurs?
«Ils sont là, ils nous aident à passer et en contrepartie, on leur donne de l’argent. Il n’y a pas de leçon de morale à en tirer, ni rien à dire là-dessus.»

Quel regard portez-vous sur l’Afghanistan d’aujourd’hui?
«Cela me fait vraiment mal au cœur de voir que cela fait plus de huit ans que les Occidentaux sont là et que rien n’a changé. Il y a toujours autant de terreur. Il y a toujours cette guerre interminable, avec toujours autant de victimes civiles… En Afghanistan, les Occidentaux ne sont pas là pour aider les Afghans, ils sont là pour atteindre des objectifs. S’ils étaient là pour attaquer Ben Laden, ils l’auraient fait depuis longtemps. C’est une excuse pour justifier leur présence.»

Les renforts annoncés par Obama ne vont rien changer?
«C’est très mauvais. Je me demande même si c’est vraiment dans l’intérêt de l’Afghanistan. Il va y avoir plus de civils encore tués par ces armées, comme chaque fois que les Américains interviennent pour faire leur justice.»

La solution, c’est quoi alors?
«Aider les Afghans à se construire eux-mêmes. Ne pas partir tout de suite surtout. La merde qu’ils ont commencé, ils doivent la ramasser. La situation dans laquelle ils nous ont mis, c’est à eux aujourd’hui de nous aider à nous en sortir. Maintenant que la première phase de destruction est finie, il faut nous aider à reconstruire. C’est le chaos total. Il y a un problème de corruption, de sécurité, de l’économie, l’enseignement…»

Vous dites dans votre livre que vous aimeriez jouer un rôle dans la reconstruction de l’Afghanistan. Vous avez des idées précises.
«C’est mon pays natal, je ne manque pas d’idées. J’ai repris mes études pour mieux me former. Après, j’aimerais y retourner pour aider, même si cela ne sera pas définitif, seulement trois ou quatre ans. Je veux reverser tous les bénéfices de ce livre et créer une association pour aider les orphelinats en Afghanistan. Si on veut aider les Afghans, il faut travailler sur la culture, l’éducation, sur l’économie.»

Qu’est-ce qui vous manque le plus d’Afghanistan?
«Les moments de fêtes, où l’on se réunit en famille, sont des moments de torture à chaque fois. Maintenant tout le monde va fêter Noël. Moi, je me retrouve seul dans mon petit studio.»

Vous avez gardé de bons contacts avec votre famille d’accueil en France?
«Oui, bien sûr. Je leur rends visite tous les week-ends. Je ne suis pas un profiteur. Ils m’ont soutenu quand j’avais besoin d’eux. Maintenant que je peux voler de mes propres ailes, je ne vais pas les oublier. On s’appelle. Ils viennent me voir. On a gardé un lien fort.»

Votre petit frère a pu vous rejoindre en France.
«Oui, c’est très chouette! La promesse que je lui avais faite s’est réalisée. Je suis heureux pour cela.»

Votre but au départ était de rejoindre l’Angleterre et votre sœur. Finalement vous êtes resté en France. Pourquoi ce choix?
«La gentillesse des Français. J’ai vu qu’on n’était pas plus mal en France qu’en Angleterre. Je suis allé en Angleterre, j’y ai travaillé. J’ai vu que c’était nul et je suis revenu dans ce petit coin du monde du Nord de la France. Le climat n’y est pas terrible, mais les gens me plaisent.»

Christelle

«De Kaboul à Calais», de Wali Mohammadi, éditions Robert Laffont, 252 pages, 19 €

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