L’art moderne n’est pas un jeu d’enfant

susiehodgeIl vous est déjà arrivé dans une expo ou un musée d’entendre quelqu’un affirmer devant une œuvre qu’un enfant aurait pu le faire? Dans cet ouvrage, l’auteure, Susie Hodge, professeur d’Histoire de l’art et des arts plastiques, a sélectionné une centaine d’œuvres d’art moderne, des sculptures et des peintures, du street art et des installations, qui ont toutes en commun d’avoir été reçues avec hostilité par le public et des critiques qui prenaient leur simplicité apparente pour un manque de sophistication artistique. Ces œuvres sont classées en cinq catégories: objets/jouets, expressions/gribouillages, provocations/colères, paysage/terrains de jeu et presonnages/monstres. Des exemples? Le « téléphone-homard » de Savador Dali. « La durée poignardée » de René Magritte. » La soupe Campbell » d’Andy Warhol. La « tête (abstraction biomorphique) » de Hans Arp. « One (number 31) » de Jackson Pollock. La « Fontaine » de Marcel Duchamp. Ou encore la reproduction sur la couverture, le « Concept spatial, attente », de Lucio Fontana. Quant à la question qui sert de titre à l’ouvrage, pourquoi un enfant de 5 ans n’aurait pas pu faire cela?, l’auteur répond que ces œuvres marquent un tournant décisif dans l’Histoire de l’art. Et nous montre pourquoi l’art moderne ne sera jamais un jeu d’enfants.

Christelle

« Pourquoi un enfant de 5 ans n’aurait pas pu faire cela – l’art moderne expliqué », de Susie Hodge, éditions Marabout, 224 pages, 14,99 €

Cote: 4/5

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Un passe-temps complètement zen

calligraphieDu papier à calligraphier, un pinceau, de l’encre, une pierre à encre et un carré de feutre ou du papier absorbant. Reste à charger d’encre votre pinceau et vous êtes prêt à tracer points, traits, crochets et courbes. Avec toutes leurs variantes possibles et imaginables. On commence avec une rapide présentation des traits de base fondamentaux avant d’apprendre les trois principaux styles chinois -kaishu, xingshu, coashu- et japonais -kanji et kana. Outre l’approche artistique des différents syllabaires, on y découvre toutes les subtilités liées au maniement du pinceau, mais aussi la position à adopter et des techniques de concentration. Un passe-temps complètement zen!

Christelle

«Leçons de calligraphie de Chine et du Japon», éditions Dessain et Tolra, 80 pages, 12,90 €

Drôles d’histoires de l’art

Vous êtes plutôt du genre à vous ennuyer au musée? C’est parce que vous ne connaissez pas encore les anecdotes rigolotes qui se cachent derrière ces chefs-d’œuvre pas seulement poussiéreux et très onéreux. Petite visite guidée en compagnie de Jean-Jacques Breton, auteur notamment d’une «Histoire de l’art pour les nuls» mais aussi du passionnant «Petites histoires de l’histoire de l’art».

Où avez-vous déniché toutes les anecdotes que vous racontez dans ce livre?
«J’ai écrit une dizaine d’ouvrages et au fur et à mesure des lectures, j’ai découvert des traits pittoresques que j’ai mis de côté en me disant qu’un jour ou l’autre, il faudrait que je raconte cela. Parfois aussi, en faisant des recherches iconographiques, on tombe sur des choses curieuses, qu’on peut difficilement intégrer. Par exemple, il y a une reproduction de Saint-Paul de Rembrandt. L’instrument du supplice de Saint-Paul, c’est l’épée. Chose curieuse dans ce tableau, l’épée est un sabre ashanti. C’est une des premières représentations d’armes africaines. Et dans les mains de Saint-Paul, cela fait assez insolite.»

Il est notamment question de vol de tableaux célèbres, à commencer par celui de la Joconde.
«Les vols de tableaux suscitent toujours la curiosité. Dans le cas de la Joconde, qui est tout de même le tableau le plus célèbre, ce que je trouve le plus étonnant, c’est qu’il y a eu plus de visiteurs pour voir l’emplacement vide à la place de la Joconde que quand elle était là. Comme quoi, l’œuvre d’art peut être vide, c’est très art contemporain! Le vol de la Joconde avait beaucoup fait fantasmer. Autre petite chose amusante, c’est que la Joconde est peinte sur un panneau de peuplier. Il est donc difficile de la rouler. Or assez souvent, on trouve encore qu’elle a été roulée sous le lit de son voleur.»

Vous attribuez le vol le plus rapide à celui des deux tableaux de Munch, «Le Cri» et «La Madone», au musée d’Oslo.
«Cela a pris en effet très peu de temps. Les voleurs sont entrés, ce sont servis et au revoir messieurs. Dans les vols curieux, il y a aussi celui du ‘Portrait de Jacob de Gheyn III’ de Rembrandt qui est le tableau le plus souvent volé. Il a été volé à plusieurs reprises et chaque fois il est revenu. Un tableau boomerang en quelque sorte!»

Vous faites aussi la liste des premières fois.
«Oui. Le premier nu, le premier dessin, les premières gravures, etc. On peut se poser la question à partir de quel moment quelque chose existe. Par exemple, la peinture préhistorique est très chaste. Il n’y a pas vraiment de scènes d’accouplement. Or cela a eu beaucoup de succès ensuite. Donc on peut se demander à partir de quel moment cela a pu se dérouler.»

On découvre aussi que Dali avait déjà compris comment créer le buzz!
«Oui. Il arrive par exemple à la Sorbonne avec sur la banquette arrière des choux-fleurs. Il jette un pavé dans une vitrine à New York. Il avait parfaitement compris ce qu’il fallait faire. Je vous invite à aller voir sur internet sa publicité pour le chocolat Lanvin!»

Vous racontez aussi la façon originale de certains peintres pour payer l’addition…
«Tout à fait. Le peintre David Teniers, célèbre pour ses portraits de singes qui mangent et boivent beaucoup (lui-même est un peu comme cela), se trouvait sans sou. Il voit dehors un mendiant en train de jouer de la cornemuse, le peint, va voir l’aubergiste et lui propose sa peinture. L’aubergiste n’en veut pas. Mais un voyageur anglais reconnaît un grand talent dans le tableau, finalement l’achète, et Teniers paie ainsi son repas. On raconte aussi sur lui que, toujours désargenté, toujours affamé, toujours dans une auberge aussi, il a peint sur la table des pièces de monnaie. L’aubergiste voit quelque chose de bien doré sur la table. Et bien sûr, quand il veut ramasser les pièces, il se rend compte que c’est un trompe-l’œil. Il court après le peintre et lui demande s’il est peintre ou si le diable lui a joué un tour!»

Picasso aussi était un peu radin au moment de payer l’addition…
«Comme disent les Italiens, si l’anecdote n’est pas vraie, elle est bien trouvée! C’est une de mes préférées, souvent citée. En effet, alors qu’il était en train de déjeuner avec quelques amis, Picasso a fait un petit dessin sur la nappe. Tout le monde s’en va. L’aubergiste, qui leur avait fait cadeau du repas, récupère la nappe. Il voit que le petit crobard n’est pas signé et demande une signature. Et Picasso, superbe, de répondre: ‘Écoutez, je paie l’addition, je n’achète pas l’établissement.’»

On découvre aussi comment Manet fut un jour félicité pour une toile de Monet.
«Mais oui! À une lettre près! Entre ‘o’ et ‘a’, il y a eu une confusion. Mais les petites erreurs sur les noms ou les mots sont assez fréquentes. Aussi significatives, les erreurs de traductions. En latin, malus signifie le pommier. Mais ce mot désigne aussi le mal. Tout automobiliste assuré sait bien cela. Ce malus, Saint Jérôme s’en sert pour désigner l’arbre du paradis pour dire que c’est l’arbre du mal, l’arbre interdit. Il y a eu une confusion entre malus l’arbre interdit et malus le pommier. Ce qui fait que, en Occident, le fruit que cueille Ève est une pomme, uniquement à cause de cette erreur de latiniste. Dans la vulgate, la version latine de la bible, il n’est écrit nulle part que c’est une pomme.»

On y retrouve aussi des reproductions de toiles, dont le «Portrait allégorique du roi Louis XV» (sur la couverture du livre, en haut à gauche).
«Oui. C’est un Van Loo qui se trouve à Versailles. C’est un jeu d’optique. On y voit les différentes vertus et au centre du tableau, un bouclier argenté avec… rien. On se demande où est Louis XV! Il est tout simplement au milieu d’où on ne voit rien. Il apparaît par un jeu d’optique grâce à un prisme.»

Christelle

En quelques lignes

Malaises, sueurs froides, évanouissement. Tels sont les symptômes qui s’emparent parfois des visiteurs de musée devant tant de splendeurs. On appelle cela le «syndrome de Stendhal». L’écrivain aurait en effet eu un malaise à Florence devant l’abondance des œuvres d’art. Vous avez du mal à imaginer comment un tel syndrome est possible? Une petite plongée dans ce livre pourrait vous permettre de comprendre. Outre de petites anecdotes rigolotes sur les toiles et peintres célèbres, on y trouve aussi diverses choses tout à fait sérieuses sur l’origine des couleurs ou les différents attributs des saints. Un ouvrage à la fois drôle et instructif. De quoi se cultiver sans en avoir l’air. Et sans aucun doute vous faire revoir tous vos a priori sur l’art.

«Petites histoires de l’histoire de l’art», de Jean-Jacques Breton, éditions Hugo & Cie, 240 pages, 17,99 €
Cote : 3/5

Chefs d’œuvre connus et perles cachées de l’Art nouveau

Florilège d’ouvrages consacrés à l’Art nouveau à Bruxelles et ailleurs parsèment les étagères des libraires. Celui de Marie Resseler sort du lot. Son “ Top 100. Art nouveau/Bruxelles” s’inscrit à la fois comme un ouvrage de référence sur le sujet et comme un guide. Il présente de nombreuses bâtisses peu connues du grand public et des amateurs d’architecture. Il invite à la découverte de la capitale belge et présente à cet effet des cartes en fin de pagination pour permettre aux éventuels promeneurs d’imaginer leur propre balade.

D’où vient l’idée de l’ouvrage?
Marie Resseler:
“C’est par la pratique des visites guidées que j’ai eu l’idée de ce livre. Tout le monde a l’impression de connaître l’art nouveau, mais les connaissances se limitent souvent aux bâtiments célèbres. J’ai eu envie de faire un “top 100” pour aller voir un peu au-delà des vingt bâtiments dont on parle toujours. Toutes ces stars éclipsent la multitude d’autres bâtiments Art nouveau. L’idée du livre était vraiment de ré-expliquer quelle a été la démarche de l’Art nouveau. Il s’inscrit non pas une rupture avec le passé comme on le présente un peu trop souvent, mais bien une rupture par rapport à l’architecture de l’époque. Un groupe d’architectes estime que cette démarche est vaine et n’a plus de sens. Il propose d’essayer autre chose. L’architecte est libre comme les artistes le sont. Chacun va marquer son architecture de sa propre griffe. Les architectes signent les façades comme les artistes signent leurs œuvres.”

La majorité des maisons construites à cette époque-là relevait-elle de l’Art nouveau?
“Pas la majorité. En 1880-1890, la mode est à l’éclectisme. Le néogothique est lui aussi très en vogue. Il est porté par les catholiques. L’Art nouveau relève d’un style plus laïc, du moins progressiste. Les artistes et les mécènes de l’Art nouveau se retrouvent beaucoup dans les loges maçonniques.”

Les bâtisses Art nouveau sont surtout concentrées dans certains quartiers…
“On est à la charnière du 19e et du 20e siècle, Bruxelles est vraiment en pleine expansion. La Belgique, toute jeune à l’époque, est la deuxième puissance industrielle européenne. Elle dispose d’une richesse fantastique. De nouveaux quartiers se construisent à Saint-Gilles, à Schaerbeek avec le quartier des squares, à Ixelles avec le quartier des étangs . Autant d’endroits où c’est à cette époque la rase campagne. Pour stimuler la qualité architecturale, les administrations communales vont mettre en place des concours d’architecture. Ainsi pourront être construites les façades qui seront primées. C’était une façon de stimuler la qualité. A côté de cela, on a pu aussi remarquer une vague de spéculation immobilière. Ernest Blérot, par exemple, va acheter des terrains à la pelle. Il va les bâtir puis revendre les maisons.”

En quoi votre ouvrage se différence-t-il des nombreux bouquins consacré à l’Art nouveau?
“Il va voir l’envers du décor. Ce ne sont pas uniquement les hôtels de maître que l’on connaît qui y sont présentés. J’ai aussi eu envie de taper sur le clou de l’Art nouveau… Qu’a-t-il de nouveau? J’ai voulu reposer les jalons et montrer ses caractéristiques et son évolution par le biais de quelques maisons bien choisies. La “maison des chats” à Schaerbeek, par exemple, n’est reprise dans aucun livre sur l’Art nouveau. J’ai voulu illustrer des maisons qui sont plus discrètes.”

Quelle est la grande nouveauté de l’Art nouveau?
“Sa démarche architecturale est complètement novatrice. Les formes des fenêtres sont originales. La façade est divisée en plusieurs parties. L’architecture n’hésite pas à mettre en évidence les différentes fonctions de la maison. Elle devient presque fonctionnelle. Il y a une honnêteté de l’architecture qui indique ce qui se passe à l’intérieur. La façade devient le reflet du plan.”

Il n’est pas toujours évident d’identifier les bâtiments Art nouveau tant les styles sont différents…
“Il est effectivement un peu difficile de se retrouver dans le foisonnement de styles. Pour moi, l’art nouveau, plus qu’un style c’est une période. Il n’est pas possible de définir un style Art nouveau bien précis, car chaque architecte va développer son propre langage. Il s’agit là d’une liberté et d’une spécificité qui sont au cœur de la notion d’Art nouveau, partout mais à Bruxelles en particulier. Dans l’Art nouveau, on va déjà retrouver des choses qui font tout à fait penser à l’Art déco. Tous les architectes n’ont pas développer cette envie de courbes et de motifs floraux. Hankar n’a jamais fait ça. Beaucoup d’architectes ont tout de suite travaillé quelque chose de très géométrisant comme cela ce faisait à Vienne.”

Anne-Sophie

“Top 100. Art nouveau/Bruxelles”, de Marie Resseler, éditions Aparté, 224 pages, plus de 600 photos en couleur, 28,50 euros

Cote: 5/5


Un livre-cadre

Plutôt original le concept de ce livre! A la fois cadre et livre d’art, il s’agit en effet d’un ouvrage deux en un qui présente 50 tableaux du Louvre. Sur la page de droite figure une reproduction de la toile. Sur celle de gauche, l’analyse de l’œuvre. L’ouvrage s’organise autour de chapitres correspondant chacun à un thème particulier: portraits, scène de guerre, peinture d’Histoire, paysage ou encore nature morte. Grâce au chevalet intégré dans le coffret, le lecteur peut même ensuite exposer son œuvre préférée dans sa bibliothèque.

Christelle

«Le Louvre – Les 50 plus beaux tableaux», d’Elise Rousseau, éditions Sky Comm, 104 pages, 34,90 €

Cote: 3/5

Dans l’univers surréaliste de Dali

Ce beau livre nous entraîne dans l’univers surréaliste de Dali qu’on explore d’une façon originale, au travers de ses œuvres bien sûr, mais aussi tout un tas de fac-similés de documents de l’artiste. Au fil des pages et de leurs pochettes pleines de surprises, on découvre ainsi la carte d’étudiant de Dali à l’académie des beaux-arts San Fernando de Madrid et son diplôme, le catalogue de sa première exposition individuelle, un brouillon d’une lettre envoyée par Dali à André Breton, des notes pour un film avec les Marx Brothers, un article du magazine Vogue, un extrait du manuscrit de la Métamorphose de Narcisse ou encore un dessin original pour une sculpture en joaillerie. Mais l’ouvrage nous emmène aussi à la découverte des lieux, des personnes et des événements qui ont influencé l’artiste, grâce à plus de 160 illustrations. Une belle balade surréaliste sous un angle nouveau, à vivre au fil de pages que l’on lit, mais aussi déplie et replie.

Christelle

« Le monde de Dali », de Montse Aguer, éditions Larousse, 88 pages, 34,90 €

Cote: 4/5

101 photos signées Magnum

C’est aujourd’hui, lundi 3 mai, qu’est célébrée la 20e édition de la Journée internationale de liberté de la presse. Reporters sans Frontières, 25 ans au compteur cette année, en est un ardent défenseur. Pour marquer ce double anniversaire, l’organisation de défense des journalistes s’est associée à l’agence de photos Magnum pour publier le présent ouvrage… hautement symbolique puisque les 101 clichés présentés témoignent du talent et du courage de ces « reporters sans frontières ». Dans « Magnum Photos, 101 photos pour la liberté de la presse », c’est toute l’histoire politique et sociale de ces 70 dernières années qui est retracée. On y retrouve quelques-unes des photos les plus célèbres, celles qui ont forgé notre mémoire collective. Comme celle de l’adolescent à califourchon sur le mur de Berlin le 11 novembre 1989 ou encore, en autres exemples, celle de Martin Luther King devant le Lincoln Memorila délivrant son discours : « J’ai fait un rêve » en 1963.

 Anne-Sophie

« Magnum Photos, 101 photos pour la liberté de la presse », éditions Reporters sans Frontières, 146 pages, 9,90 €