Hibernatus, mais à la sauce Marc Levy

marc levyEt si parfois, les romanciers prenaient de l’avance sur les scientifiques? Espérons en tout cas que le dernier roman de Marc Levy insuffle un peu d’inspiration à la recherche en neurosciences!
Dans « L’horizon à l’envers » (à paraître le 11 février), l’auteur laisse son imagination divaguer à partir de l’histoire vraie de Kim Suozzi (dont le NewYork Times se fait l’écho ici), cette jeune femme de 23 ans qui, se sachant atteinte d’un cancer alors incurable, décide de se faire cryogéniser à sa mort dans l’espoir de se réveiller à une époque où cette vilaine maladie pourrait enfin être soignée.
C’est donc un « Hibernatus » mais à une sauce 21e siècle des plus plausibles (et avec en prime une jolie romance comme les filles en raffolent)  qui se dévoile au fil des pages. Dans la fiction, Kim cède la place à Hope, une jeune étudiante américaine en neurosciences.  Sur le campus, Hope se lie d’amitié avec Josh et Luke, deux étudiants plutôt  brillants qui, pour financer leurs études,  travaillent au « Centre », un laboratoire privé et très secret ayant adopté pour philosophie l’adage de Victor Hugo: « Rien n’est plus imminent que l’impossible ». Les semaines passent. Josh et Hope deviennent un peu plus qu’ami. Et Luke et Josh proposent à Hope de les épauler dans leurs recherches.
A eux trois, ils vont imaginer une technique permettant de sauvegarder la conscience d’un individu. Aussi, lorsque Hope se retrouve telle Kim atteinte d’un mal incurable, ils décident de mettre en pratique leur projet…
Quant au dénouement, il est tel que, à coup sûr, si nous avons nous aussi un jour l’occasion de réaliser un back-up de notre mémoire, il ne pourra qu’en subsister une trace quelque part !

Christelle

« L’horizon à l’envers », de Marc Levy, éditions Robert Laffont/Versilio

Cote: 5/5

Une jolie comédie romantique

© Michel Castermans

Une vieille maison pleine de charme sert de décor au dernier roman de Francis Dannemark où se retrouve une joyeuse ribambelle de personnages pour des séances de ciné-club. De quoi susciter des envies de cinéma!

Vous êtes un peu comme le Jean-François du roman, plutôt que d’écrire un énième livre sur le sujet, vous avez préféré en  faire un roman?«Oui! C’est sûr.»

Vous faites aussi des soirées ciné-club chez vous avec vos amis?

«Oui. On parle de films, on regarde des bouts de films, on parle de bouquins. C’est un vrai petit ciné-club.»

Auquel de vos personnages vous identifiez-vous le plus?

«Quand on écrit un livre, on est comme dieu: on s’identifie à tout le monde. (rires) Les romans, c’est comme les rêves, c’est la même logique inconsciente: on projette des parties de soi dans tous les personnages, les bons et les mauvais, les jeunes et les vieux. Le lecteur a tendance à imaginer que l’auteur, c’est lui ou lui. C’est sûr qu’il y a des bouts de moi dans Jean-François. Mais ceux qui me connaissent très bien verront facilement des petits bouts de moi dans tous les personnages. Même les femmes, les enfants et le chien!»

Deux hommes et huit femmes. C’est une belle galerie de personnages. Certains existent dans la vraie vie?

«Oh oui. Je suis absolument incapable d’inventer des gens en partant de rien. Si on veut vraiment inventer des personnages partis de rien, il faut des petits hommes verts. Une de mes amies qui a eu le livre et qui vient dans mon petit ciné-club s’est retrouvée dans un des personnages et elle était contente. La meilleure de l’histoire, c’est que c’est vrai et faux en même temps. Pour moi, cette personne-là a donné des caractéristiques à plusieurs personnages de mon roman. Au départ, les personnages sont squelettiques. Et ils vont grandir en empruntant à gauche à droite ce qui leur convient. Jusqu’à un moment très particulier où le personnage remplace la personne qui l’a inspiré. Ils sont devenus de vraies personnes autonomes.»

 Mais vous ajoutez une touche de magie avec le personnage de Felisa?

«Oui, mais il y a des gens comme cela! Mais c’est vrai que c’est un roman où il y a un peu de magie. Il n’y a pas que la magie du cinéma. Il y a toutes sortes de magies. Et il y a des gens qui ont quelque chose de magique.»

Les Bruxellois se sentiront chez eux dans votre livre!

«Oui. C’est-à-dire que je n’avais pas envie de faire un roman bruxellois parce que cela n’avait pas un sens majeur dans le roman. Mais je n’ai pas du tout dissimulé que c’est Bruxelles. Ceux qui connaissent reconnaîtront très facilement. Et pour les autres, c’est une ville qu’ils ont rêvée ou imaginée.»

Et cette maison au cœur du récit, elle existe?

«C’est comme pour les personnages. Ce sont des maisons où j’ai vécu, où je suis passé, que j’ai vu du dehors et qui m’ont fasciné, qui m’ont plu… Mises toutes ensemble, elles ont fini par donner naissance à une nouvelle maison qui n’existe en fait que dans le roman mais qui est inspirée par toute une série de maisons.»

Cette  fois encore, votre roman a un titre kilométrique!

«C’est parce que quand j’étais jeune, j’écrivais des poèmes et pour toutes sortes de drôles de raisons, je n’en ai pas écrit l’ombre d’un depuis sept ans. Alors comme cela je peux dire aux gens que j’écris encore des poèmes, que ce sont les titres de mes romans! ‘Du train où vont les choses à la fin d’un long hiver’ c’est un double heptamètre. Ce sont deux vers de sept pieds si l’on compte bien. Tandis que ‘La véritable vie…’ c’est deux fois dix syllabes. C’est plus fort! C’est un double décasyllabe. C’est le vers des épopées il y a plus de mille ans.»

Vous semblez vous être beaucoup amusé à trouver les titres de vos chapitres?

«C’était un vrai bonheur! C’était un plaisir à l’ancienne. C’est un peu construit comme une série télé, comme un film, une sorte d’hommage. Mais c’est aussi un bouquin qui est un clin d’œil à des livres que j’aimais quand j’étais jeune, où il y avait des intertitres,… Je dois reconnaître que je me suis amusé comme un fou. J’ai hésité à mettre la table des matières parce que c’est très long. Mais en même temps elle est très chouette à lire même toute seule. C’est comme un roman!»

Comment avez-vous procédé pour sélectionner ces films.

«Je voulais des films pas trop pointus quand même, pour que cela parle aux gens. Ce n’est pas un livre pour spécialistes. Je voulais des films que l’on peut normalement trouver en DVD. Mais cela m’a rendu fou en travaillant! J’ai dû renoncer à des films dont j’avais envie de parler. Parmi les films que je trouvais épatants et que j’avais vus et revus, j’ai aussi choisi ceux qui correspondaient aux besoins du roman, ceux qui collaient avec l’ambiance. C’est un livre qui j’espère fera plaisir aux  amateurs pointus de cinéma, mais aussi à ceux qui ne connaissent pas du tout le cinéma. Au fond, c’est un ouvrage de vulgarisation, mais si possible pas bête!»

Vous apportez aussi dans ce livre votre contribution à la longue liste des listes… Et vous, vos films d’amour préférés?

«Impossible, cela va me rendre fou. (Après consultation de ses listes…) Dans la liste des films, pas  que je trouve les meilleurs mais que je préfère, que j’ai vu et revus, que ce soient de grands classiques reconnus ou pas du tout, il y a donc un film espagnol, ‘Belle époque’, de Fernando Trueba, avec Penélope Cruz. Une autre histoire d’amour extraordinaire, c’est ‘César et Rosalie’, de Claude Sautet. Je suis fou aussi de ‘Notting Hill’, de Roger Michell avec Julia Roberts. Un truc ultra-méga-craquant, c’est ‘Random harvest’, un film de 1942 connu en français sous le titre de ‘Prisonniers du passé’ de Mervyn LeRoy. Un vrai bijou. ‘La fille sur le pont’ de Patrice Leconte. Et alors ‘La leçon de piano’ de Jane Campion. Et un petit dernier avec mon idole, Fred Astaire, et Audrey Hepburn, ‘Drôle de frimousse’.»

C’est un gros roman par rapport à vos précédents?

«Oui. Il est plus gros à lui tout seul que ce que j’ai fait ces dix dernières années! Mon plan de travail pour celui-ci était deux fois plus lourd que pour le précédent. Je me suis raconté à moi-même que je ne voulais pas écrire de gros romans parce que ma distance à moi c’était le 100 mètres. C’est vrai que j’aime beaucoup les romans courts. Mais il y avait une partie de moi extrêmement frustrée depuis toujours. Le titre du roman, je l’avais déjà en tête il y a cinq ans. Les personnages sont nés petits à petits. J’ai vécu longtemps avec eux, il y a un travail de préparation immense. Le scénario est un vrai cauchemar à mettre sur pied quand il y a dix personnages. Cela change de deux dans un wagon de chemin de fer! Donc techniquement, c’est un travail de fou. Mais je me suis amusé aussi avec ces personnages.»

Christelle 

En quelques lignes

Tous les mercredis soir, Max accueille dans sa vieille maison délabrée mais pleine de charme huit femmes et son meilleur ami pour une séance de ciné-club. Au fil des pages, les personnages se dévoilent. Max bien sûr, la cinquantaine, veuf, père de deux grands enfants, psychologue qui se cherche. Jean-François, grand spécialiste des comédies de l’âge d’or du cinéma américain. À eux deux s’ajoutent Judith, Muriel, Sarah, Catherine, Annick, Kate, Marie-Louise. Et bien sûr l’énigmatique Felisa, dernière venue du groupe, auquel elle apporte une petite touche de magie. Avec une mention particulière aussi pour les titres des chapitres, parmi lesquels on citera, entre autre, «De la relativité du chien», «Petite contribution à la longue liste des listes», «De la bienveillance présumée des extraterrestres», «La longue durée d’un rire» ou «Lentement, si possible à dos d’éléphant»… Un petit bijou pour les cinéphiles, comme pour les amateurs de belles histoires d’ailleurs, tout simplement. Et comme un livre sur le cinéma se devait d’avoir sa bande-annonce, l’auteur en a posté une plutôt pas male sur You tube.

«La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis», de Francis Dannemark, Robert Laffont, 472 pages, 21 €.

Cote: 4/5

www.francisdannemark.be

60 jours chrono

Qui  ne s’est jamais surpris à vouloir rembobiner un morceau de sa vie? C’est ce qui arrive au héros de « Si c’était à refaire ». Assassiné dans les toutes premières pages du livre alors qu’il faisait son jogging, Andrew Stilman se voit offrir mystérieusement une seconde chance et reprend connaissance deux mois plus tôt. Il a donc 60 jours pour découvrir qui a voulu le tuer. Et les pistes ne manquent pas… Tant dans sa vie professionnelle que privée. Grand reporter au New York Times, il a récemment enquêté en Argentine sur les atrocités commises sous la dictature et publié un article sur des magouilles à l’adoption en Chine. De quoi se mettre pas mal de gens à dos et rendre des collègues jaloux. Et puis il vient d’épouser Valérie, son grand amour d’adolescence, avant de bousiller leur histoire. Ces deux mois de sursis lui permettront-ils de sauver sa peau? Nous voilà en tout cas lancés avec le héros dans une course effrénée de 60 jours chrono. Entre thriller et comédie sentimentale, le 13e roman de Marc Levy nous offre à tout le moins un bon moment de détente et d’évasion.

Christelle

«Si c’était à refaire», de Marc Levy, éditions Robert Laffont, 422 pages, 21 €.

Cote: 4/5

Un roman ferroviaire

Avis aux voyageurs. Le dernier roman de l’écrivain et éditeur belge Francis Dannemark prend place dans un train, entre Bruxelles et Lisbonne. Christopher, opérateur culturel belge au bord de la faillite, a besoin de prendre le large. En face de lui, une belle inconnue, Emma, qui ressemble à l’actrice Holly Hunter. Ils vont faire connaissance. Tandis que les kilomètres défilent, ils se racontent leur vie. Une conversation timide d’abord, mais qui, au fil des pages, se fait de plus en plus complice, tantôt drôle, et tantôt empreinte d’émotion. Et tout comme les deux personnages bercés par le trajet, on se laisse à notre tour embarquer dans leur histoire, sans voir le temps passer!

Christelle

«Du train où vont les choses à la fin d’un long hiver», de Francis Dannemark, éditions Robert Laffont, 96 pages, 14 €

Cote: 3/5

Erotisme et sensualité

© Marc MELKI/ Opale/ Robbert Laffont

Le titre du dernier roman du Belge Xavier Deutsch tient ses promesses: il s’agit en effet d’ « une belle histoire d’amour qui finit bien ». Mais rien de cucul pour autant… même si sexe et fantasmes ne manquent pas à l’histoire!

Le titre de votre dernier roman est prometteur!
«Non seulement il est prometteur, mais il tient ses promesses! Il n’y a pas d’astuce d’auteur!»

Vous croyez donc à l’amour qui finit bien?
«Oui. En même temps, il y a une ambiguïté: est-ce l’histoire ou l’amour qui finit bien? (rires) Donc l’histoire finit bien. Le roman se termine par deux personnes qui s’aiment de manière harmonieuse. Et j’y crois! J’espère bien: je me suis marié récemment! On est dans une époque un peu cynique. On a l’impression qu’on ne croit plus en grand-chose. On ne croit plus en la Belgique, ni dans l’économie de marché. Et on n’est même pas sûr que la planète va rester en bonne santé durant des siècles. Alors j’aime bien croire qu’il y a une série de cartes qu’on possède entre nos mains. Une histoire d’amour, cela se construit. Et donc oui, j’en vois autour de moi de belles histoires qui se poursuivent bien!»

Plus qu’une histoire d’amour, c’est aussi une belle histoire d’amitié.
«Oui, tout y passe! (rires) Les trois grands amis d’adolescence continuent de se voir. L’amitié, c’est un sentiment qui peut durer toute une vie. Et donc oui. On a trois personnages qui sont amis. Et au sein de ce contexte, on a en effet une histoire d’amour qui émerge avec toutes les chances de durer le plus longtemps possible.»

Comment est née l’idée de ce livre?
«Le départ du roman, c’était son titre. C’est mon trentième roman et je n’avais encore jamais écrit d’histoire d’amour jusque-là! Mon univers est assez masculin. C’est un univers peuplé de camions, de carabines, de chevaux, de sentiers et de forêts profondes. Et puis j’ai vraiment eu envie d’écrire une belle histoire d’amour qui finit bien, et j’ai trouvé que c’était un bon titre. Les choses sont ensuite venues se mettre en place de façon assez naturelle. Je me suis beaucoup amusé en l’écrivant! Je le referai!»

Vous vous êtes inspirés de personnes que vous connaissez pour créer ces personnages?
«Non, jamais. Quand on s’appuie sur des personnes qu’on connaît vraiment, on empêche le roman de s’épanouir en liberté. Si j’y mets mon voisin ou mon beau-frère par exemple, leur personnage ne peut pas devenir méchant, ni pervers. Il ne peut pas non plus lui arriver des crasses. Parce que quand le roman sera paru, je risque d’avoir mon voisin ou mon beau-frère sur le dos. Donc pour qu’un roman s’épanouisse en liberté, il faut inventer les personnages qui n’ont pas de lien avec ma vie réelle. A partir de ce moment-là, toutes les péripéties deviennent possibles!»

C’est un récit d’une grande sensualité. Où avez-vous puisé votre inspiration?
«Je pense que la sensualité est liée à l’amour. Vous avez certes des amours religieuses, un amour qui peut être extrêmement désincarné, mystique. Mais l’amour humain, il s’incarne. Il passe par un corps. Et le corps a des sensations, des sentiments, des émotions. C’est inséparable. Achille, Zoé et Paul ont tous les trois une certaine attirance pour la sensualité, l’érotisme et ils combinent des jeux. C’est leur truc! Ils aiment cela, au point, de temps en temps de se brûler les doigts. Mais ils jouissent de s’être rencontrés autour de cela. Alors imaginer des tas de combinaisons, cela leur plaît beaucoup. Et donc la sensualité, l’érotisme, sont présents au cœur de leur vie, de leur relation à tous les trois, et au cœur de l’amour que le roman raconte.»

Christelle

En quelques lignes
Paul est architecte. Achille un jeune rentier. Quant à Zoé, après avoir posé nue durant ses études de lettres, elle a épousé un mari jaloux. Trois amis, liés par une passion de la griserie, un attachement à la volupté. Et aujourd’hui, l’un d’eux raconte leur belle amitié, leurs jeux… Sans oublier bien sûr une belle histoire d’amour. D’un genre différent des précédents romans de l’auteur, le petit dernier du belge Xavier Deutsch est indéniablement l’un des coups de cœur de cette rentrée.

«Une belle histoire d’amour qui finit bien », de Xavier Deutsch, éditions Robert Laffont, 176 pages, 16 €

Cote: 4/5

Marc Levy renoue avec la comédie romantique et le surnaturel

Les fans sont gâtés. Six mois après «La première nuit», un nouveau roman de Marc Levy –son onzième- vient de sortir,  annoncé d’ores et déjà par l’éditeur comme le roman de l’été! Il est vrai que l’idée s’annonce originale: il est question cette fois d’un petit garçon au pouvoir un peu particulier, celui de voler les ombres. Un brin de soleil et, lorsque son ombre en croise une autre, il leur arrive de s’échanger. Le petit garçon entend alors tout ce que le propriétaire de l’ombre n’arrive pas à exprimer et qui le rend triste. A lui ensuite de tenter de rendre le sourire au propriétaire de l’ombre…  En parallèle, on suit aussi le parcours de ce petit garçon, de la cour de récré à la fac de médecine, en passant par le divorce de ses parents et sa première histoire amour. Après deux romans d’aventures, l’auteur français le plus lu à travers le monde renoue donc avec les ingrédients qui ont fait son succès. Une touche de comédie romantique, une petite pincée de surnaturel…  Le style est agréable. L’envie de tourner les pages est bien là. On referme pourtant le livre avec un petit goût de trop peu et un léger soupçon de déception. Quoi de plus frustrant en effet qu’une belle idée prometteuse qui nous laisse, au final, pas complètement rassasiés? C’est que l’auteur nous a déjà habitués à mieux, tout simplement…

Christelle

«Le voleur d’ombres», de Marc Levy, Robert Laffont, 288 pages, 21 €

Cote : 3/5

www.marclevy.info

De Kaboul à Calais

Après avoir perdu son père, mort sous la torture des talibans, et sa mère, déchiquetée par une bombe sur un marché, le jeune afghan Wali Mohammadi, 15 ans, n’avait plus rien à perdre. Il a donc décidé de rejoindre sa sœur aînée à Londres et, après avoir confié son petit frère à des voisins, s’est lancé dans l’aventure. Dans ce livre témoignage, il raconte son périple –à pied, en bus, en voiture, en train, en bateau, en camion– de Kaboul à Calais. Il y livre ses espoirs et ses angoisses, ses frayeurs et les folies de ce voyage, comme cette traversée en Méditerranée sur un petit bateau pneumatique.

Il y a sept ans, vous avez fui l’Afghanistan. Si vous aviez su le parcours qui vous attendait vous l’auriez fait quand même?
«Oui. On essaie toujours d’échapper à la terreur. Aujourd’hui, quand je vais à Calais, je vois encore des gamins de douze-treize ans qui ont quitté l’Afghanistan. C’est triste de voir tout cela.»

Quelle a été votre plus grande frayeur?
«La première fois que je me suis trouvée face à la mer, entre la Turquie et la Grèce. La traversée s’est faite en pleine nuit, nous ne savions pas nager. C’était la première fois que je voyais la mer.»

Que pensez-vous du rôle joué par les passeurs?
«Ils sont là, ils nous aident à passer et en contrepartie, on leur donne de l’argent. Il n’y a pas de leçon de morale à en tirer, ni rien à dire là-dessus.»

Quel regard portez-vous sur l’Afghanistan d’aujourd’hui?
«Cela me fait vraiment mal au cœur de voir que cela fait plus de huit ans que les Occidentaux sont là et que rien n’a changé. Il y a toujours autant de terreur. Il y a toujours cette guerre interminable, avec toujours autant de victimes civiles… En Afghanistan, les Occidentaux ne sont pas là pour aider les Afghans, ils sont là pour atteindre des objectifs. S’ils étaient là pour attaquer Ben Laden, ils l’auraient fait depuis longtemps. C’est une excuse pour justifier leur présence.»

Les renforts annoncés par Obama ne vont rien changer?
«C’est très mauvais. Je me demande même si c’est vraiment dans l’intérêt de l’Afghanistan. Il va y avoir plus de civils encore tués par ces armées, comme chaque fois que les Américains interviennent pour faire leur justice.»

La solution, c’est quoi alors?
«Aider les Afghans à se construire eux-mêmes. Ne pas partir tout de suite surtout. La merde qu’ils ont commencé, ils doivent la ramasser. La situation dans laquelle ils nous ont mis, c’est à eux aujourd’hui de nous aider à nous en sortir. Maintenant que la première phase de destruction est finie, il faut nous aider à reconstruire. C’est le chaos total. Il y a un problème de corruption, de sécurité, de l’économie, l’enseignement…»

Vous dites dans votre livre que vous aimeriez jouer un rôle dans la reconstruction de l’Afghanistan. Vous avez des idées précises.
«C’est mon pays natal, je ne manque pas d’idées. J’ai repris mes études pour mieux me former. Après, j’aimerais y retourner pour aider, même si cela ne sera pas définitif, seulement trois ou quatre ans. Je veux reverser tous les bénéfices de ce livre et créer une association pour aider les orphelinats en Afghanistan. Si on veut aider les Afghans, il faut travailler sur la culture, l’éducation, sur l’économie.»

Qu’est-ce qui vous manque le plus d’Afghanistan?
«Les moments de fêtes, où l’on se réunit en famille, sont des moments de torture à chaque fois. Maintenant tout le monde va fêter Noël. Moi, je me retrouve seul dans mon petit studio.»

Vous avez gardé de bons contacts avec votre famille d’accueil en France?
«Oui, bien sûr. Je leur rends visite tous les week-ends. Je ne suis pas un profiteur. Ils m’ont soutenu quand j’avais besoin d’eux. Maintenant que je peux voler de mes propres ailes, je ne vais pas les oublier. On s’appelle. Ils viennent me voir. On a gardé un lien fort.»

Votre petit frère a pu vous rejoindre en France.
«Oui, c’est très chouette! La promesse que je lui avais faite s’est réalisée. Je suis heureux pour cela.»

Votre but au départ était de rejoindre l’Angleterre et votre sœur. Finalement vous êtes resté en France. Pourquoi ce choix?
«La gentillesse des Français. J’ai vu qu’on n’était pas plus mal en France qu’en Angleterre. Je suis allé en Angleterre, j’y ai travaillé. J’ai vu que c’était nul et je suis revenu dans ce petit coin du monde du Nord de la France. Le climat n’y est pas terrible, mais les gens me plaisent.»

Christelle

«De Kaboul à Calais», de Wali Mohammadi, éditions Robert Laffont, 252 pages, 19 €

Un roman qui sort de l’ordinaire

 
 

Copyright : Tess Steinkolkjpg

Fin du suspense pour les fans de Marc Levy, impatients de connaître la fin des aventures de Keira et Adrian. La suite du «Premier jour» est enfin sortie! Rencontre avec l’auteur français le plus lu au monde, qui prend une nouvelle fois beaucoup plaisir à nous sortir de l’ordinaire.

La fameuse marque au-dessus de la lèvre, vous l’avez?
«Vous aussi! Nous l’avons tous. Mais je ne suis pas l’inventeur de cette légende. C’est une légende qu’on trouve dans l’Ancien Testament, dans le Coran…»
 
Vous saviez dès le départ que l’histoire comporterait deux tomes?
«Non. Je me suis fait prendre par l’ampleur du sujet et par les personnages. Quand j’ai commencé à écrire le roman, j’avais beaucoup de doutes, et je pensais que l’histoire serait terminée en 200 ou 300 pages. Puis à 450 pages, je le suis aperçu que j’en étais à peine à la moitié. Et encore, sur la totalité, j’en ai coupé une bonne centaine! Si j’avais su au départ que l’histoire ferait mille pages dans sa globalité, je crois que  je ne l’aurais jamais écrite.»
 
Et maintenant, l’histoire est-elle terminée?
«J’ai envie de vous dire oui, car dans ma tête, elle est finie. Et en même temps, j’ai beaucoup de mal à me défaire des personnages. J’ai passé tellement de temps avec Adrian, Keira et Walter qu’ils me manquent beaucoup. Mais oui, l’histoire est finie.»
 
Vous connaissiez la fin de l’histoire quand vous vous êtes arrêté à la fin du «Premier jour»?
«Oui, je la connaissais.»
 
Comment vous est venue l’idée de ces livres?
«Je crois qu’elle est venue parce que j’avais envie d’écrire un roman d’aventure. Parce que j’avais envie d’écrire un roman où je me sente extrêmement libre, un roman avec des grands espaces…»
 
Mais pourquoi cette histoire en particulier?
«Parce que cela fait partie des rêves d’adolescents qui sont devenus des rêves d’adultes et qui sont restés des rêves d’adultes.»
 
Votre héros se demandait enfant où commence l’aube. C’est une question qui vous a turlupiné vous aussi?
«Oui. Je continue d’ailleurs à me la poser. Je pense que, insidieusement, on se la pose tous d’une façon ou d’une autre. C’est difficile de se lever tous les matins, de se coucher tous les soirs, de voir la vie autour de nous se faire et se défaire et de ne pas se demander à un moment donné si tout cela à un sens, le pourquoi on est là…»
 
En prenant comme personnage une archéologue et un astronome, vous vouliez confronter le d’où on vient dans l’espace et ce que l’on fait sur terre?
«Je crois que ce qui m’amusait vraiment, c’était de prendre l’un qui regarde en bas, l’autre qui regarde en haut. Les deux qui cherchent et qui finalement ne vont trouver que l’autre. Parce que c’est cela finalement la parabole de Keira et d’Adrian, c’est que l’un cherche l’infiniment petit, l’autre l’infiniment grand, et ils vont se rencontrer dans l’infiniment humain.»
 
Cette histoire de fragments de pierres vous est venue comment?
«L’histoire du fragment est venue d’une vraie discussion métaphysique sur le temps réel et le temps imaginaire. Ce qui est fascinant, c’est que lorsque vous enregistrez un film sur un DVD, le déroulement qui est sur ce DVD est réel, mais le temps dans lequel il s’inscrit est imaginaire, puisqu’il suffit que vous mettiez le DVD dans un appareil pour en faire la lecture, et le faire passer du temps imaginaire au temps réel. Cette dimension entre le temps imaginaire et le temps réel m’a absolument fasciné. Quand vous regardez un film qui est une fiction, c’est une chose, mais quand vous regardez un film sur lequel vous vous revoyez enfant, et que vous vous posez cette question du rapport entre le temps imaginaire et le temps réel, c’est terriblement intriguant. Le temps est une dimension que l’on subit et que l’on ne comprend pas du tout.Cela fait partie des choses qui, dans mon enfance, me faisaient plus peur que les fantômes.»
 
Vous donnez plein de descriptions d’endroits. Vous les avez visités?
«Ils existent tous. Je ne suis pas allé dans tous, parce qu’il y en a qui sont absolument interdits et que, si vous y allez, vous ne pouvez pas revenir pour écrire le roman.»
 
Ce roman sort aussi sous format numérique.
«Oui. Pour trois raisons. La première, c’est que cela fait très longtemps que je reçois du courrier de personnes malvoyantes et c’est un sujet qui me touche énormément. Le support numérique est un miracle pour ces gens-là car on peut augmenter la taille des caractères. Et je me fous de savoir si c’est sur iPhone ou autre, du moment que l’on peut grossir le caractère. La deuxième raison, c’est que je suis très préoccupé par la planète. Mais il faut être cohérent. Je ne peux pas entendre un écologiste me dire qu’il faut jeter les voitures à la poubelle et en même le temps, qu’il aime le papier et ne veut pas qu’on lui enlève son livre. Donc je voulais laisser le choix aux gens. Et enfin, la troisième raison, c’est que le livre numérique va sauver la lecture. On commence à lire quand on est jeune. Or aujourd’hui, les jeunes ont ces supports numériques. Dessus, il y a du jeu vidéo, du feuilleton télévisé, du podcast. S’il n’y a pas de livres, c’en est fini de la lecture.»
 
L’histoire pourrait être adaptée au cinéma?
«C’est une question que je ne me pose jamais. D’abord parce que ce n’est jamais l’auteur d’un roman qui décide si son roman va être adapté ou pas. Ensuite, parce que le roman est un espace de liberté, justement parce qu’écrire ne génère aucune contrainte. Lorsque vous écrivez dans un roman ‘mille cavaliers descendaient la colline’, vous faites ce que vous voulez. Si vous écrivez cela dans un scénario, vous avez perdu votre producteur dès la première ligne. Si j’avais pensé à l’adaptation, jamais je n’aurais écrit ‘Le premier jour’ et ‘La première nuit’. Vous imaginez le budget? Mais c’est cela la liberté du roman. Il y a eu une telle prépondérance du nouveau roman, qu’on en est venu à oublier que la fonction première du roman, c’était de fabriquer des images dans la tête avec des mots. Quand je lisais ‘Les trois mousquetaires’, je voyais un film. Pourtant, le cinéma n’existait pas à l’époque de Dumas. Aujourd’hui, quand un romancier revient à un récit qui provoque des images, on lui dit qu’il a une écriture très cinématographique. Mais c’est le métier du romancier. C’est d’ailleurs ce qui fait que le lecteur qui va voir un film adapté d’un roman est souvent déçu de l’adaptation, parce qu’il ne voit pas le film que lui s’est fait dans sa propre tête.»
 
Comment cela se passe dans votre tête: vous prenez plaisir à mettre la vie de vos personnages en danger?
«En réalité, je vis l’histoire avec eux. Le narrateur, c’est une petite marionnette sur l’épaule du personnage qui se balade avec lui. Donc non, je n’y ai pas pris de plaisir! Il y a même des nuits de travail où c’est très fatiguant. J’étais crevé à la fin du roman!»
 
Sans en dire trop, ce que Keira et Adrian découvrent à la fin, c’est votre pensée à vous?
«Disons que je pourrais y croire. Je suis comme Adrien. Je n’ai aucune certitude. Qui en a? Je me dis ‘pourquoi pas’?»
 
C’est votre 10e roman. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru?
«Chaque roman est plus difficile à écrire que le précédent. Le doute est de plus en plus grand. Il y a une volonté de corriger ses propres tics d’écriture. Et en même temps, il y a beaucoup de bonheur. C’est un métier que je vis dans un esprit de liberté. Je ne me regarde pas écrire moi, je regarde ce que j’écris. Et c’est cela qui m’amuse. Je suis trop parti avec mes personnages pour me prendre le chou. C’est un métier qui me passionne et que je fais le plus sérieusement possible. Je sais que, si un jour je me rends compte que je le fais en me prenant au sérieux, j’arrêterai immédiatement. Parce que se prendre au sérieux quand on fait quelque chose, c’est le début d’une petite mort.»
 
Vos détracteurs vous accusent de créer un univers irréel.
«Mais ce n’est pas de l’irréel. Quand j’étais adolescent, ceux qui m’ont le plus traumatisé, ce sont les gens qui vous disent à tout bout de champ que ce n’est pas possible. Et parce que j’ai toujours été très épris de liberté, il y avait un défi à imaginer que ce soit possible. Pas pour avoir raison, mais parce que le fait que cela devienne possible, c’était repousser les barrières de la liberté. Quand Jules Verne a écrit ‘De la Terre à la Lune’, les gens disaient que ce n’était pas possible. Et pourtant, c’est devenu possible. La vraie question qui est passionnante, c’est combien de types qui ont travaillé à la NASA pour faire en sorte que cela soit possible étaient les mômes qui avaient lu ‘De la Terre à la Lune’? Ce qui m’a toujours amusé dans le fait d’utiliser des ingrédients ‘extra-ordinaires’, c’était la liberté qu’apportait la possibilité de sortir de l’ordinaire. L’irréel, ce n’est pas un filon que j’exploite. Cela m’amuse de mettre les personnages dans un postulat qui sort de l’ordinaire, mais je n’ai jamais écrit de roman avec un superman.»
 
Christelle

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNES
On avait cru Keira morte à la fin du «Premier jour». Mais une photo d’elle envoyée de Chine à Adrian semble remettre cette mort en question. Suite du «Premier jour» qui nous laissait quelque peu sur notre faim, on retrouve ici avec beaucoup de plaisir Keira et Adrian pour tenter de percer avec eux le mystère des origines de l’humanité. Au total, près de mille pages qui nous livrent une belle histoire d’amour et un roman d’aventure palpitant.
 
«La première nuit», de Marc Levy, éditions Robert Laffont, 494 pages, 21 €

Cote: 4/5

Les looks décryptés !

margerieetmarty@dictionnairedulook

Copyright : E. Robert Espalieu

Après le dictionnaire des noms propres, le dico français-anglais et celui des synonymes, voici le… dictionnaire du look! Il s’agit là de l’accessoire ultime pour apprendre à décrypter les différents looks qui existent. En couple dans la vie, Géraldine de Margerie, journaliste, et Olivier Marty, photographe, ont recensé pour ce dico 39 looks différents, de l’Arty au Teuffeur en passant par la Baby-pouffe, l’Emo, la Fashionista, la Gouine à mèche, le Punk à chien ou encore le Bling-bling.

Comment vous est venue l’idée du livre?
Géraldine de Margerie:
«On s’est rendu compte qu’il y avait une quantité de looks nouveaux qui étaient apparus chez les jeunes qu’on ne connaissait pas et on a eu envie de les recenser, à la fois les éternels qui avaient toujours été là, et les nouvelles comètes qui venaient d’apparaître. Donc on a eu cette idée d’un catalogue, qu’on imaginait un peu comme un herbier. Et on s’est dit que le dictionnaire était une bonne idée.»

Comment avez-vous procédé?
GdM: «On a d’abord dressé une liste des looks qu’on connaissait déjà et qui étaient toujours présents. Puis on a commencé à s’intéresser aux nouveaux looks qui étaient apparus. Très vite il a fallu trancher, parce qu’une fois qu’on commence, on ne s’arrête plus, il y en a vraiment énormément. Donc on a sélectionné les plus représentatifs et les plus répandus. A partir de là, on a fait un grand casting sur réseaux sociaux (Facebook, Myspace, Skype Blog), par mails, et puis surtout, on a fait des castings sauvages, dans la rue. On arrêtait des gens en leur expliquant notre projet et en leur proposant de poser.»

Quel est votre look préféré?
GdM:
«Je les aime tous. Le Looké-décalé, qui est vraiment la mode humoristique, avec un vrai sens du détail, beaucoup de fantaisie, de créativité. Il s’accompagne d’une attitude un peu drôle un peu cynique. Sinon, les looks mangas: Gothic Lolita, Kawaii… cela c’était assez surprenant.»
Olivier Marty: «Moi, c’est la Gothic Lolita, parce que je trouve cela très joli. Le modèle est très joli. (rires de Géraldine) C’était surprenant, je ne connaissais pas ce look-là au départ. Et les Kawaii aussi.»

Et lequel n’aimez-vous pas alors?
GdM: «On les aime tous! Il n’y en a pas qu’on n’aime pas, tout est intéressant.»
OM: «On n’a pas de jugement sur les looks. Ce n’est pas une appréciation de style.»

Votre look à vous, c’est lequel?
GdM: «Nous, on est Bobo! On l’assume. On ne va pas se mentir. On avait aussi envie de se moquer de nous. C’est un peu le principe du livre: taquiner tous les looks. On avait envie de taquiner le nôtre aussi.»

Vous avez inventé certains noms. Vous les avez trouvez comment?
GdM: «Par exemple, Sunset Beach, cela fait référence à une série américaine que je regardais, avec que des héros bodybuildés, plein de beaux-gosses américains. Je trouvais cela juste d’appeler comme cela certains spécimens que j’ai observé! Après, pour les Jah-Jah, qui ont un vestiaire un peu ethnique, qui sont fans de reggae, c’est parce que jah-jah ce sont des mots qui reviennent souvent dans les chansons reggae.»

Comment faire la différence entre un Gothic et un Emo?
GdM: «En gros, ils n’écoutent pas la même musique, ne s’habillent pas de la même manière, même si cela s’influence quand même et s’apparente à la même famille. Mais dans le Emo, il y a la présence du manga qu’on ne retrouve pas chez les gothiques. Et puis, Emo, c’est très androgyne: des vêtements assez moulants, les garçons qui se maquillent. Ils sont plus ambigus que les gothiques.»
OM: «Le Emo est moins dark. Même s’il s’habille avec des vêtements noirs, il a un petit côté mignon. La notion du mignon est importante chez les Emo. Il n’y a pas du tout cela chez les gothiques. Chez ces derniers, il y a plus une culture des ténèbres, qu’il n’y a pas chez les Emos».

Et qu’est-ce qui différencie la Baby-Pouffe de la Bimbo?
GdM: «La Baby-Pouffe est la petite sœur de la Bimbo. C’est une histoire d’âge.»
OM: «La Baby-Pouffe est une Bimbo en devenir.»

Tous les individus peuvent rentrer dans une catégorie?
GdM: «Non. Là, on a tracé des grandes lignes. Après évidement, il y a des gens qui peuvent entrer dans différentes catégories. Le test à la fin du livre en témoigne. Plutôt de dire vous êtes cela ou cela, on a fait une famille.»
OM: «On a quand même une catégorie No look. Ce n’est pas exhaustif. Il y a des tribus dont on n’a pas parlé, parce qu’elles sont moins répandues.»

ET VOUS, QUEL EST VOTRE LOOK ?dictionnaire du look

Et vous, êtes-vous plutôt Bcbg, Caillera, Geek, Marie-Chantal, Nerd, néodandy, Oversized, Tecktonik ou Kikoolol? Un petit test en fin d’ouvrage vous permet de le déterminer… Attention, il n’est pas toujours très flatteur! Reste ensuite à découvrir pour chaque look sa panoplie. Après une description du style -photos bien sûr à l’appui-, on y découvre les coiffures et marques associées,  les endroits où (ne pas) le croiser, ses mots préférés, ses musiques et films favoris, ses ennemis et ses figures célèbres ou encore s’il a de l’humour ou pas…

Christelle

«Dictionnaire du look», de Géraldine de Margerie et Olivier Marty, éditions Robert Laffont, 283 pages, 22 €

Cote: 4/5

Disparition inquiétante

JOB ArmelLe Belge Armel Job s’est basé sur un fait divers des années 60 pour son dernier roman. Une occasion de plus de prouver qu’il excelle dans l’art du retournement de situation de dernière minute…

Ce livre vous a été inspiré par un fait divers?

«Oui, même si c’est un fait divers que je n’ai pas particulièrement examiné. J’ai lu un tout petit résumé d’une affaire qui s’est passée dans les années 1960 dans le Namurois. Mais c’est surtout la photo qui accompagnait l’article, celle d’une mère dont l’enfant avait disparu de sa poussette alors qu’elle était dans un magasin, qui m’a touché.  Je suis parti de cette idée-là. Mon roman n’a qu’un très lointain rapport avec l’affaire elle-même. » 

La disparition d’enfants, ce n’est pas un sujet trop difficile à traiter en Belgique?

«C’est effectivement un sujet difficile à traiter. Il y a le risque évidemment de tomber dans des affaires assez glauques. Je voulais absolument éviter cela. Je dois dire que ces affaires de disparitions d’enfants ou de maltraitance d’enfants me révulsent. Je serais incapable de traiter ces sujets dans le registre de l’horreur. Donc j’avais bien conscience que j’allais toucher un sujet un peu difficile, mais ce qui m’intéressait dans ce sujet, c’était le visage de cette femme, et donc la souffrance des personnes confrontées à ce genre d’événements. Et j’ai voulu éviter tout ce qui était de l’ordre du sensationnel, ou pire, du glauque.»

Le titre -«Tu ne jugeras point »- c’est un message que vous vouliez faire passer?

«Oui, certainement. Je ne pense pas qu’un roman doive défendre une thèse. A mon, sens, un roman doit simplement examiner la vie, peut-être en prenant le temps de bien choisir les angles d’attaque, de ne pas simplement s’en tenir à la surface des choses mais de les analyser sous tous les angles. Et il me semble que, quel que soit le roman, la conclusion pourrait toujours être la même : quand on s’intéresse vraiment  aux éléments qui se sont produits, aux personnes qui ont vécu ces événements, c’est très difficile de poser un jugement. Donc tu ne jugeras point, c’est une maxime générale qui pourrait servir à tous les romans.»

Vous êtes un spécialiste du retournement de situation. Mais vous, la fin, vous la connaissez avant de commencer votre livre?

«Beaucoup de gens ne me croient pas quand je le dis, mais non! La fin s’impose d’elle-même. J’ai écrit tout ce roman sans savoir exactement ce qui s’était passé dans cette affaire. Elle restait très mystérieuse pour moi aussi. Je la découvre un peu comme le lecteur va la découvrir. Ce n’est que peu à peu que l’histoire se décante et que moi-même, j’en arrive à la solution. Ce n’est pas dans le souci de surprendre le lecteur que je donne une solution qui peut paraître assez étonnante, mais c’est la solution qui s’impose à la fin, à laquelle je n’ai pas pensé peut-être pendant l’écriture du roman. Parce que pendant un an, je vis avec ces personnages, je médite beaucoup, et à un moment je me dis la seule vérité possible c’est celle-là.»

Vous vous y prenez comment pour écrire?

«En général, il me faut donc un an pour écrire un roman. Je ne suis pas un auteur très rapide. Je suis surtout un auteur qui a besoin de beaucoup regarder le plafond. Le plus gros de mon travail consiste souvent à écrire trois lignes et puis à regarder le plafond en me demandant ce qui se passe réellement, ce que les personnages pensent, ce qu’ils ont dans le cœur, ce qui leur est arrivé avant… Quand je débute un roman, j’ai le noyau de l’histoire et trois ou quatre personnages. Je les mets en scène et au fur et à mesure que j’avance, ils prennent de la consistance. Selon les situations dans lesquelles je les place, je les vois réagir. Et petit à petit, ils deviennent des personnes. Un peu comme nous dans la vie, nous pouvons émettre un jugement assez stéréotypé sur les gens rencontrés. Mais si nous essayons de comprendre qui sont ces personnes, si nous commençons à les fréquenter, petit à petit, elles prennent une tout autre consistance. Dans un roman, c’est la même chose.»

Votre roman «Les fausses innocences» a  été transposé en un téléfilm. Vous l’avez déjà vu? Il vous a plu?

«Oui, je l’ai vu dernièrement. J’ai trouvé  que c’était un très bon film de télévision, très original, mais je dis cela pour rendre hommage au réalisateur et non pas au sujet du film!»

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNEStu ne jusgeras point Armel job

Il est question de disparition d’enfant dans le dernier livre du Belge Armel Job. L’histoire se déroule près de Liège, après l’affaire Dutroux. Denise Desantis abandonne son dernier né de treize mois dans son landau devant la porte d’un magasin, le temps d’y faire une course. Lorsqu’elle ressort du magasin, elle trouve la poussette vide. Tout porte à croire que l’enfant a été enlevé. Mais l’équipe chargée de l’enquête a un doute. Et si cette mère de quatre enfants n’était pas aussi innocente qu’elle n’y paraît? Une chose est sûre, le suspect n’est pas toujours celui qu’on croit. Alors moralité: tu ne jugeras point!

Christelle

“Tu ne jugeras point”, d’Armel Job, éditions Robert Laffont, 284 pages, 19 €

Cote: 3/5

Le look décrypté

dictionnaire du lookAprès le dictionnaire des noms propres, le dico français-anglais et celui des synonymes, voici le… dictionnaire du look! il s’agit là de l’accessoire ultime pour apprendre à décrypter les différents looks qui existent, de l’Arty au Teuffeur en passant par la Baby-pouffe, l’Emo, la Fashionista, la Gouine à mèche, le Punk à chien ou encore le Bling-bling. A chaque look donc sa panoplie. Après une description du style -photos bien sûr à l’appui-, on y découvre les coiffures et marques associées,  les endroits où (ne pas) le croiser, ses mots préférés, ses musiques et films favoris, ses ennemis et ses figures célèbres ou encore s’il a de l’humour ou pas… Ce dico nous apprend par exemple que le nouveau-né porté en écharpe est l’accessoire n°1 du bobo, qu’être hétéro nuit à la crédibilité emo, que tout ce que l’on n’aurait jamais osé porter en 1984 est sur le dos du fluokid ou encore que le punk à chien sait se faire des cendriers en canettes de 8-6! Mais vous, quel est votre look? Un petit test en fin d’ouvrage vous permet de le déterminer… Attention, il n’est pas toujours très flatteur. 

Pour lire l’interview des auteurs, c’est ICI !

 Christelle

« Dictionnaire du look », de Géraldine de Margerie et Olivier Marty, éditions Robert Laffont, 283 pages, 22 €

Cote: 4/5

Un grand frère pas tout à fait comme les autres

anneicartleslitsendiagonalesCe 9 octobre, c’est la journée mondiale du handicap. Rencontre avec Anne Icart, qui vient de publier un très beau livre dans lequel elle nous conte avec talent son enfance aux côtés de son frère, Philippe, handicapé mental à cause d’une césarienne faite trop tard à la naissance.

anne icart

 Le nounours sur la couverture, c’est celui de votre frère dont vous parlez dans le livre?

«Oui, c’est le vrai! C’est super, parce que quand mon frère a vu le livre, avec son nounours sur la couverture, son regard s’est illuminé.»

Que pense-t-il du livre?

«Il sait qu’il est le héros de cette histoire. Mais je ne crois pas que cela l’intéresse plus que cela. Je trouve cela plutôt rigolo de me dire que le héro de mon histoire ne considère pas cela comme quelque chose d’extraordinaire et continue à mener sa vie.»

C’est difficile d’être la petite sœur «normale» d’un grand frère «pas comme les autres»?

«Ce n’est pas difficile, c’est juste un petit peu plus compliqué je pense. Cela a été compliqué surtout à l’adolescence, parce que c’est une période où l’on voudrait ne pas se distinguer des autres. Mais comme je suis la cadette de Philippe, je l’ai toujours connu comme cela. Aujourd’hui, cela me semble une évidence que c’est mon frère, et que cela n’aurait pas été forcément mieux s’il avait été normal.» 

Son handicap, vous l’avez appris à l’âge de 7 ans.

«C’est ma mère qui m’a expliqué que Philippe n’était pas comme les autres, qu’il avait une maladie qui ne se guérissait pas, et qu’il aurait davantage besoin qu’on s’occupe de lui et qu’on soit gentil avec lui. L’image que j’avais de mon grand frère jusque-là était une image tout à fait idéalisée: c’était mon héro. Je le voyais comme mon protecteur, celui grâce à qui il ne pouvait rien m’arriver, et celui à qui il ne pouvait rien arriver. La révélation de son handicap a un peu perturbé cette image. Il a fallu que je reconstruise une nouvelle image en intégrant tout cela et surtout en acceptant que maintenant, c’était moi qui étais censée le protéger.» 

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée?

«C’est à quel point la vie pouvait être sereine à l’intérieur de la famille et à quel point elle pouvait devenir compliquée dès qu’on se retrouvait à l’extérieur. C’est peut-être le regard des autres qui m’a fait véritablement prendre conscience que Philippe était différent.»

Le mot handicapé, c’est un mot difficile à prononcer?

«Plus aujourd’hui. Cela fait partie de mon vocabulaire, comme frère, père, mère. J’ai un grand frère handicapé. Il y a juste un mot en plus. Mais je pense que le handicap mental pose encore des problèmes aux autres. Pas forcément à ceux qui y sont confrontés directement, mais à ceux qui ne le sont pas. Je pense que le handicap en général met mal à l’aise. Tant qu’il ne met que mal à l’aise, je peux concevoir. Qu’il fasse peur, cela, j’ai du mal à l’accepter.»

La journée internationale du handicap ce 9 octobre, vous trouvez cela utile?

«Tout est utile. Plus on parlera du handicap et mieux ce sera pour faire évoluer les mentalités et faire changer le regard des gens. Il faut expliquer que cela fait partie de la vie, qu’il y a encore aujourd’hui des personnes handicapées à venir. Ce n’est pas toujours génétique. Un enfant aurait pu être normal, mais parce qu’il s’est passé un truc au moment de l’accouchement, il ne le sera pas. C’est la vie. Je suis contre l’eugénisme. L’intégration de la différence en général, c’est quelque chose auquel je tiens. Ce n’est qu’en parlant qu’on fera bouger et avancer les choses.»

Vous avez déjà des idées pour un prochain roman?

«Oui, j’ai des idées, qui ne sont pas encore complètement concrètes, mais j’y pense.»

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNES

Sur la couverture, un nounours jaune avec un tricot vert, un oeil qui pendouille et une oreille en moins… Le nounours de son frère quand il était petit. C’est le portrait de leur enfance au début des années 70 que dresse ici l’auteure. Il s’appelle Philippe, elle, Anne. Et il est son héros. Il a cinq ans de plus qu’elle, ils dorment dans la même chambre, leur lit en diagonale (d’où le titre du livre). Et puis un beau jour, alors qu’elle a sept ans, Anne apprend par sa mère que Philippe est malade, d’une maladie dont on ne guérit pas. Plus qu’un roman, ce livre raconte l’histoire d’une petite sœur «normale» et de son grand frère «pas  comme les autres». Un grand frère handicapé mental à cause d’une césarienne faite trop tard lors de sa naissance. Un grand frère sur qui il lui faudra toujours veiller. Un héros aux ailes brisées. Plus qu’un simple roman de la rentrée, il s’agit là d’un témoignage bouleversant d’une petite sœur devenue adulte, qui laisse remonter à la surface ses souvenirs et nous livre ses sentiments. Ce besoin de protéger. La honte parfois quand les autres rigolent. Puis le remords, la rage, la peur aussi. Et cette  difficulté à construire à côté sa propre vie. Mais surtout de l’amour, un amour plus fort que les autres… Une histoire tendre et bouleversante.

 Christelle

«Les lits en diagonale», d’Anne Icart, éditions Robert Laffont, 156 pages, 15 €

Cote: 3/5

Disparition inquiétante….

tu ne jusgeras point Armel jobIl est question de disparition d’enfant dans le dernier livre du Belge Armel Job. L’histoire se déroule près de Liège, après l’affaire Dutroux. Denise Desantis abandonne son dernier né de treize mois dans son landau devant la porte d’un magasin, le temps d’y faire une course. Lorsqu’elle ressort du magasin, elle trouve la poussette vide. Tout porte à croire que l’enfant a été enlevé. Mais l’équipe chargée de l’enquête a un doute. Et si cette mère de quatre enfants n’était pas aussi innocente qu’elle n’y paraît? Une chose est sûre, le suspect n’est pas toujours celui qu’on croit. Alors moralité: tu ne jugeras point!

Son interview à lire ici !

Christelle

« Tu ne jugeras point », d’Armel Job, éditions Robert Laffont, 284 pages, 19 €

Cote: 3/5

Un parfum d’aventures dans le dernier Marc Levy

Marc Levy

Où commence l’aube? Telle est la question que se pose Marc Levy dans son dernier roman, le neuvième. Un vrai roman d’aventures qui nous entraîne aux quatre coins de la planète sur les traces d’un étrange objet. Trouvé à l’intérieur d’un volcan éteint, celui-ci va révolutionner tout ce que l’on croit savoir de la naissance du monde. Au programme, amour et passion bien sûr, mais aussi suspense, danger et mystère. 

Elle est archéologue et recherche en Afrique le premier homme. Lui est astrophysicien et s’intéresse à la toute première étoile. Elle, c’est Keira. Lui, Adrian. Ce savant à la tête dans les étoiles et cette jeune femme passionnée par son métier vont s’allier pour vivre une aventure extraordinaire qui pourrait bien les amener à percer le secret de l’origine de l’humanité.

Au cœur du mystère, cette drôle de chose que Keira porte autour du coup. Trouvée au fond d’un volcan par un petit garçon qui lui en a fait cadeau, elle semble avoir des propriétés bizarres et devient bien vite l’objet de toutes les convoitises.

De page en page, de la Vallée de l’Omo en Ethiopie aux plateaux désertiques de la cordillère des Andes au Chili en passant par la Grèce, la Chine, Londres, Paris et j’en passe, le dernier Marc Levy nous entraîne dans une course folle qui pourrait fort bien changer le cours de nos vies. Rien de moins!

Avec huit livres traduits en 41 langues et vendus à plus de 17 millions d’exemplaires à travers le monde, il faut dire que l’auteur français le plus lu au monde sait comment faire monter le suspense.

On avait dévoré ses précédents romans comme  «Et si c’était vrai» et sa suite «Vous revoir», «Sept jours pour une éternité», «Mes amis, mes amours», «Où es-tu», puis l’an passé, «Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites». Mais son dernier est d’un genre quelque peu différent. Car s’il conserve une saveur de comédie romantique, il dégage plus encore un  parfum de roman d’aventures.

Tout comme les précédents néanmoins, «Le premier jour» nous tient en haleine d’un bout à l’autre. Jusqu’à la dernière page qui nous laisse, elle, sur notre faim et avec une grosse déception: il faudra attendre pour connaître la fin de l’histoire. Intitulée «La première nuit»,  elle paraîtra à le 2 décembre 2009. Alors, comme on dit: la suite au prochain épisode… 

Christelle

«Le premier jour», de Marc Levy, éditions Robert Laffont, 498 pages, 21 €

 www.lepremierjour-lelivre.com

 Cote : 3/5