Les dernières heures du Titanic

 

Le 14 avril 1912 coulait le Titanic. Un siècle plus tard, le naufrage du Costa Concordia  vient rappeler que ce genre de catastrophe n’appartient malheureusement pas uniquement au passé. Ce livre nous fait revivre les dernières heures du paquebot mytique au travers des témoignages de ses passagers. Celui d’Edward John Smith, le commandant, de Joseph Bruce Ismay, président de la White Star Line et passager ce soir-là en première classe, de Joseph Bell, chef mécanicien, Helen Churchill Candee, passagère première classe, Lawrence Beesley, passager 2e classe, Anna Sofia Turja, passagère 3e classe… Passionné par le Titanic, l’écrivain et historien Gérard Piouffe donne ici la parole à quelques-uns de acteurs du drame ou ceux qui les ont côtoyés. Des témoignages tantôt bouleversants, tantôt poignants, qui nous transportent à notre tour au côté des 2 228 hommes, femmes et enfants, de toutes conditions sociales, embarqués à bord du navire le plus célèbre au monde, qui heurta un iceberg dans la nuit du 14 avril 1912 et sombra, causant la mort de 1 523 personnes.

Christelle

« Nous étions à bord du Titanic du 27 mars au 15 avril 1912 », de Gérard Piouffe, 290 pages, 19,90 €

Cote: 4/5

Ingrid Betancourt livre sa version

Plus un témoignage de ses six années et demie de captivité dans la jungle aux mains des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) que de grosses révélations croustillantes sur ses codétenus, le livre d’Ingrid Betancourt raconte ses conditions de détention, ses relations avec les guérilleros, les autres otages, ses tentatives d’évasion, les maladies; bref sa lutte pour survivre. Largement critiquée depuis sa libération -notamment par ses compagnons de détention et son ex-mari-, Ingrid Betancourt s’explique donc enfin dans un ouvrage de 700 pages. Pour justifier la dégradation de sa relation avec Carla Rojas, sa directrice de campagne enlevée en même temps qu’elle, l’ex-otage franco-colombienne évoque les tensions de la détention. Quant aux trois otages américains qui ne l’ont pas épargnée dans leur propre livre, Ingrid Betancourt se révèle plus qu’élogieuse à leur égard, du moins envers l’un d’eux, Marc. Et si elle ne donne pas d’explications sur les raisons qui l’ont poussée à demander le divorce, elle pointe malgré tout du doigt le fait que son mari, Juan Carlos, ne lui aurait pas laissé de messages à la radio. Ce que ce dernier contestait dans son propre livre («Ingrid et moi. Une liberté douce amère», paru aux éditions Alphée)… Certes, on sait comment l’histoire se termine, de son enlèvement le 23 février 2002 à sa libération le 2 juillet 2008. Malgré tout, Ingrid Betancourt parvient à maintenir en haleine le lecteur qu’elle emmène avec elle en pleine jungle. Au point que l’on sentirait presque parfois les démangeaisons provoquées par les vilains insectes ou les habits qui collent à la peau après une journée d’orages. Avec elle aussi, on tente plus d’une fois de s’évader, échafaudant des plans, frôlant même parfois la réussite. Dans un style vif et fluide, le récit est écrit au passé simple. Une façon sans doute de laisser enfin ce douloureux vécu bien loin derrière elle…

Christelle

«Même le silence à une fin», d’Ingrid Betancourt, éditions Gallimard, pages, €

Cote: 3/5

Dans les coulisses de la Cellule des personnes disparues

La Cellule des personnes disparues fête ces quinze ans d’existence en ce mois de septembre. L’occasion pour Alain Remue, commissaire de police judiciaire responsable de cette cellule, et Wim De Bock, rédacteur en chef de la société d’éditions Borgerhoff & Lamberigts, de nous en dévoiler les coulisses dans un livre. Intitulé «Ne jamais dire jamais», l’ouvrage raconte le quotidien et le rôle essentiel de ce service au sein de la police fédérale. A côté des techniques de recherche utilisées, des statistiques et des cold cases, on y trouve aussi des témoignages ainsi que les nombreux cas de disparitions traités par la Cellule.

Christelle

«Ne jamais dire jamais – 15 ans de la Cellule des Personnes Disparues», d’Alain Remue et Wim De Bock, éditions La Renaissance du Livre, pages, 19 €

Cote: 3/5

Les désillusions d’un franc-maçon

Christophe Bourseiller est écrivain, journaliste, homme de radio et de télévision. Dans cet essai, il témoigne de son parcours initiatique au sein de la franc-maçonnerie. Il nous conte les espoirs suscités par son initiation mais aussi et surtout ses désillusions. C’est en 1984 qu’il rejoindra l’Ordre. Il y rencontrera des hommes sortis tout droit de romans. Quête spirituelle? Quête philosophique? Quête du pouvoir? Qu’est-ce qui le motive lui et ses «camarades de jeu»? L’auteur nous parle de toutes ces lectures suggérées et débattues au sein de la loge à laquelle il appartient. René Guenon, Julius Evola,… Nombre de ses frères semblent avoir un penchant pour les théories d’extrême droite. «Par un ricanement du hasard, j’ai atterri dans un secteur contaminé, au sein d’une incontestable dissidence brune», explique Christophe Bourseiller qui dit «nourrir l’espoir de renverser la vapeur». Espoir déçu. Il nous conte aussi les interminables luttes d’influence qui agitent les loges. «Au fil des saisons et des années, j’ai vu se répéter le psychodrame collectif des rivalités humaines, sur fond d’élitisme puéril et de sous-culture droitiste». Le journaliste quittera finalement sa loge pour en rejoindre une autre, avant de jeter définitivement le gant en 2000. Un témoignage intéressant mais sans grande révélation.

Anne-Sophie

«Un maçon franc. Récit secret», de Christophe Bourseiller, éditions Alphée, 137 pages, 18,90 €

Cote : 2/5

S’aimer de part et d’autre des barreaux

Clementine – un pseudonyme- est infirmière en milieu carcéral. Lors de son premier jour de boulot, la jeune fille fait la connaissance d’Igor, un détenu originaire d’Ukraine et  accusé de meurtre. S’en suit un coup de foudre improbable… suivi d’un mariage en prison. C’est son témoignage que livre ici Clémentine. Elle évoque la réalité quotidienne des prisonniers mais aussi des surveillants (avec lesquels elle n’est pas tendre). Elle dénonce également  le trafic de médicaments et de drogue, ainsi que la prostitution derrière les barreaux. Sans oublier bien sûr la vie des familles et plus particulièrement des épouses de prisonniers. Car comment s’aimer quand on vit de part et d’autre des barreaux ?  

Christelle

« Des barreaux et des anneaux » de Clémentine Castaigne, éditions de l’arbre, 217 pages, 18,90 €

Cote: 2/5

Les révélations du mari d’Ingrid Betancourt

Après ses codétenus américains, son ancienne amie Clara Rojas ou encore l’émissaire français Noël Saez, c’est au tour du mari colombien d’Ingrid Betancourt de publier ses confidences dans un livre. Juan Carlos Lecompte, qui avait quitté son boulot et vendu son appart pour se consacrer pleinement à la libération de sa femme, y explique avoir cessé de l’aimer le jour où elle lui a envoyé ses avocats au chevet de son père mourant pour accélérer la procédure de divorce…

Pourquoi avoir écrit ce livre?

«J’ai écrit ce livre pour me faire du bien, pas pour faire du mal à quiconque. Écrire ce livre m’a beaucoup aidé à tourner la page. Mais j’ai aussi écrit ce livre pour donner ma version des faits. Nous, les familles, sommes aussi quelque part des otages, parce que notre vie est mise entre parenthèses pendant la captivité de nos êtres chers. Et enfin, je voulais écrire ce livre pour donner plus de visibilité à la lutte pour la libération des otages aujourd’hui. Parce que depuis la libération d’Ingrid et des otages américains, les médias n’en parlent plus.»

Vous savez si Ingrid Betancourt a lu votre livre?

«Non, je ne sais pas. Elle n’a pas réagi.»

Qu’est-ce qui vous avait séduit chez Ingrid?

«Elle était jolie, elle avait de belles jambes! Après cela, je suis tombé amoureux de son discours aussi. Il était très spontané. Elle disait des choses très vraies. Elle avait une intégrité qui m’étonnait.»

Et aujourd’hui, quand vous pensez à elle, que vous vient-il à l’esprit?

«Quand je pense à Ingrid, je pense à l’Ingrid que j’ai vue pour la dernière fois après sa libération. Je l’ai ressentie très distante, très froide, très calculatrice. Une Ingrid que je ne reconnaissais pas. Ce qui me vient en tête maintenant, c’est que peut-être à l’époque où elle m’a rencontré, j’étais utile pour elle et ses projets. Elle avait énormément d’ambition politique. Elle voulait lancer une campagne. À l’époque, j’étais un publiciste assez réputé. J’avais des idées créatives. C’est moi qui ai créé son logo, qui l’ai aidée à lancer son parti. Aujourd’hui, tout le monde la connaît. Elle n’a plus besoin de moi. Peut-être qu’elle m’a utilisé comme un mouchoir. Maintenant, elle n’en a plus besoin, c’est tout.»

Votre psy vous avait prévenu que ce ne serait plus comme avant?

«C’est vrai que mon psychologue m’avait dit que je pouvais attendre un peu tout et n’importe quoi d’elle. Et c’est vrai qu’étant donné la situation, je me suis dit qu’elle aurait pu sortir de cette expérience beaucoup plus affectée.»

Comment avez-vous vécu vos retrouvailles?

«J’avais reçu un coup de fil de sa part alors qu’elle était toujours dans l’avion. Et c’est à ce moment-là que j’ai compris que ses sentiments envers moi avaient énormément changé. Grâce à ce coup de fil, j’ai eu quinze minutes pour me préparer au pire. Je ne me souviens plus de ce qu’elle m’a dit quand on s’est revus, mais je me souviens très bien de son geste, son attitude. Elle était très froide, très distante. Moi, cela faisait six ans et demi que je rêvais de ce moment.»

Elle ne vous a jamais dit merci de vous être battu pour sa libération?

«Non, jamais.»

Vous croyez au scénario de sa libération?

«Je ne crois pas à la version officielle. L’opération Jaque a été assez réussie parce que finalement, on a réussi à libérer 15 otages sans verser de sang. Mais je pense que c’était moyennant argent.»

Ingrid était pressée de divorcer? Vous écrivez qu’elle vous a harcelé alors que vous étiez au chevet de votre père mourant.

«C’était assez bizarre…»

Vous savez ce qu’elle vous reproche?

«Non. Qu’est-ce que je donnerais pour avoir un tête-à-tête avec elle et lui poser mes questions. Lors des quatre preuves de vie reçues pendant sa captivité, elle me disait qu’elle m’aimait. Peut-être s’est-il passé quelque chose entre sa dernière preuve de vie en novembre 2007 et sa libération en juillet 2008.»

Ingrid a eu vent des rumeurs concernant une aventure que vous auriez eu pendant sa captivité?

«Je ne saurais pas vous dire. C’était infondé. Mais même si sa mère lui a communiqué la rumeur par la radio, je pense qu’Ingrid est assez intelligente pour comprendre, de la même manière que moi, je comprendrais si elle avait eu une histoire dans la jungle.»

Son combat pour la libération des otages est terminé?

«D’après ce que je sais, elle ne fait rien du tout. Elle avait promis à sa libération qu’elle allait lutter pour les otages toujours dans la jungle. Après sa libération, beaucoup de familles d’otages m’appelaient pour que j’intercède auprès d’Ingrid. J’étais obligé de leur expliquer que je n’avais pas du tout de contact avec elle.»

Christelle

«Ingrid et moi. Une liberté douce-amère», de Juan Carlos Lecompte, éditions Alphée, 214 pages, 21,90 €