La vérité sur Joël Dicker

Difficile de faire la différence entre Joel Dicker et Marcus Goldman! Écrivain talentueux comme son héros, le jeune romancier genevois de 27 ans nous livre ici le roman… du roman de son personnage. Une mise en abîme palpitante, entre polar et réflexion littéraire. Une brique aussi, mais qui pourtant ne vous donne qu’une seule envie, celle de tourner les pages. LE coup de cœur de cette rentrée, assurément!

Comment est née l’idée de ce livre?
«L’idée au début, c’était les États-Unis. C’était le décor qui m’intéressait. C’est une région que je connais très bien. J’avais envie de placer ces décors dans le livre, sans encore du tout avoir l’idée de ce que allait être le livre. Puis j’ai commencé à placer les personnages de Marcus et Harry. Il y avait aussi Nola autour. Ce n’était pas clair au début! C’était vraiment une construction en vagues.»

Connaissiez-vous la fin quand vous avez commencé à écrire?
«Non, pas du tout. Je travaille par version. Ce qui est toujours resté, c’est le décor. La ville d’Aurora, une ville imaginaire qui pourrait être au fond n’importe quelle petite ville de la Côte est. Ensuite, il y a un personnage, un deuxième. Il se passe quelque chose, mais vous vous dites que ce n’est pas cela. Puis sur base de ce début d’histoire pour lequel vous avez écrit 50 pages, vous avez une autre idée. Cela vous donne une deuxième version. Puis à la version 5, vous vous dites d’un personnage très secondaire qu’il est vraiment super… Il y a plein d’aller-retour dans le livre, qui peu à peu se construit. La version finale, c’était la version 30! Tout cela pour vous dire que la première version n’avait donc rien à voir. Et que dans l’idée de base, il n’y avait pas l’idée de la fin.»

Votre livre est un peu une mise en abîme: un livre sur un livre dans un livre…
«Oui, complètement. C’est l’histoire d’un livre sur un livre sur un livre!»

C’est à la fois un polar et un livre sur l’écriture.
«J’avais envie d’un livre qui soit un livre comme je les aime, c’est-à-dire où il y a beaucoup de choses dedans! J’aime bien le mélange des genres. Du coup, certains me disent maintenant que c’est un polar, alors que des amateurs de polars me disent, eux, que c’est très bien, mais que ce n’est pas un polar du tout! On essaie souvent de ranger les livres dans des cases, et quand on déborde de ces cases, on a un peu de la peine à les cataloguer. Là, c’était vraiment une envie d’avoir un livre qui soit large. L’idée n’était pas de mettre de tout pour plaire à tout le monde. C’était plus par rapport à moi, qui suis un lecteur exigeant! Quand j’écris, je ne sais pas du tout si quelqu’un voudra du livre. J’avais écrit un premier roman qui avait mis deux ans à paraître. Donc quand je me suis remis à l’écriture de ce livre-ci, je me suis dit que si personne n’en voulait, il fallait au moins que j’aie, moi, du plaisir à l’écrire. C’est ce qui explique qu’il y ait autant de choses dedans!»

Les conseils de Harry Quebert que vous dispensez, ils viennent d’où?
«Cela vient de Harry! (rires)»

L’angoisse de la page blanche, vous connaissez?
«Oui et non. Dans le livre, je parle de l’angoisse de la page blanche de Marcus qui n’arrive pas écrire du tout. Du coup, il est bloqué. Chacun, je crois, vit un petit peu sa page blanche de façon différente. Moi, je n’ai pas une page blanche où je ne sais pas quoi écrire. J’ai plutôt pas mal d’idées, mais je bloque ensuite en me disant que c’est mauvais, que cela ne va pas. Probablement que j’étais plus à l’aise de parler d’une page blanche qui ne correspond pas exactement à celle que j’ai, parce que sinon, cela aurait été très angoissant pour moi.»

Comme Marcus, vous publiez votre deuxième roman. Vous avez beaucoup d’autres points communs avec votre héros?
«Pas tellement. En même temps, j’ai un peu l’impression que tous les personnages d’un livre reflètent une partie de nous. De ce que je donne à Marcus et de ce que l’on a en commun, je crois que c’est de l’espoir dans la vie, l’amour de la course à pied, l’amour du sport, l’art d’aller de l’avant.»

Le maître de Marcus, c’est Harry. Et vous, votre modèle, qui est-ce?
«On a tous un modèle qui peut être un écrivain qui nous a marqué. Pour moi, ce serait John Steinbeck ou Romain Gary. Mais je n’ai pas eu de personne physique dans mon entourage qui aurait été mon professeur ou mentor. Peut-être que c’est pour cela que je raconte cette histoire parce que cela m’aurait plu!»

Et vous, où écrivez-vous? Dans un café? Chez vous?
«J’ai un petit bureau à Genève, chez ma grand-mère. J’ai piqué une de ses pièces pour pouvoir travailler dedans parce que j’avais besoin d’un espace à moi pour écrire. J’avais peur chez moi de rester en pyjama, de surfer sur internet, d’avoir trop de distractions. J’avais envie de travailler le livre comme on va travailler. C’est quelque chose qui demande vraiment de la concentration, c’est pour cela que je vais dans ce bureau. J’ai essayé d’écrire dans les cafés, mais c’était bruyant, pas très confortable. À midi, ils vous foutent souvent dehors. Et puis, j’ai besoin d’avoir mes objets en place,…»

Vous connaissez donc bien les États-Unis…
«Oui, je connais bien parce que j’ai passé beaucoup de temps dans le Maine. J’ai quelques cousins qui habitent à Washington DC et qui ont une maison de vacances dans le Maine. Enfants, on allait chaque été avec mes parents passer un mois dans leur maison de vacances dans le Maine. C’était dans une petite ville, un peu comme celle que je décris dans le roman, pas tant par les personnages qui y habitaient, mais par son côté petite ville du bord de mer, proche de très grandes villes, et en même temps éloignée du reste du monde. En allant si régulièrement en Amérique, cela m’a appris à découvrir un peu les Américains, à me poser des questions sur qui ils étaient, etc. Cela m’a donné envie de faire un livre comme cela.»

Votre éditeur ressemble à Barnaski?
«Non. Mais Barnaski, il est sympa, moi je l’aime bien! C’est un personnage très terre à terre. Il est à la tête d’une entreprise dont le but est qu’il gagne de l’argent. Donc il faut tout pour gagner de l’argent. Au fond c’est une satire pas uniquement du monde de l’édition américaine, mais une satire de la façon dont les entreprises marchent. Parfois, elles sont tellement obnubilées par faire de l’argent qu’elles en oublient presque le produit qu’elles vendent. Mais mon éditeur à moi n’est pas du tout comme Barnaski. De Fallois est un être humain exceptionnel, doublé d’un enfant aux yeux qui brillent avec ce livre parce qu’il est très enthousiaste, et un deuxième père pour ce livre parce que c’est lui qui a permis de le diffuser si bien. De cela, je lui suis très reconnaissant.»

Vous regrettez d’avoir terminé votre livre?
«Oui, beaucoup. il y a des regrets, parce qu’on ne veut pas le lâcher, on veut rester avec tous ses personnages. Et en même temps, à un moment donné, il faut assumer, le donner aux autres, parce que cela appelle la possibilité, la promesse d’en écrire un autre, et c’est agréable aussi.»

Votre premier roman, «Les Derniers Jours de nos pères» a obtenu un prix. Et celui-ci a déjà passé plusieurs sélections du Goncourt, notamment. Que ressentez-vous?
«C’est génial, c’est beaucoup de joie. C’est une joie qui est en plus très agréable au jour le jour parce que l’on ne sait pas de quoi demain est fait. Que ce soit pour le Goncourt ou pour la vie. Quand on écrit un livre, qu’on ne sait pas si un éditeur en voudra, et si un éditeur en veut bien quelle sera la réception, de la critique comme du public, puis qu’on a des retours que des gens aiment ce livre, que les critiques aussi, c’est juste génial. Cela fait tellement plaisir! C’est un tel cadeau de la vie. Parce que c’est beaucoup de chance aussi. Le même livre selon qui le publie, le moment, peut-être qu’il peut passer complètement inaperçu et peut-être pas. Il y a une grande part de chance. Je crois qu’il faut être conscient de la part de chance qu’il y a dedans, et très reconnaissant à la vie!»

Christelle 

/// joeldicker.com

En quelques lignes

Il a passé la deuxième sélection du Goncourt et est encore en lice pour plusieurs prix de cette rentrée. Joël Dicker: voilà vraiment un nom à retenir! Son deuxième roman est un pavé de 670 pages. Mais un pavé qui vous happe et vous laisse avec une seule envie, celle de tourner les pages le plus vite possible pour découvrir enfin la vérité sur ce fameux Harry, écrivain américain respecté, qui se retrouve accusé du meurtre d’une adolescente de 15 ans, Nola, survenu une trentaine d’années plus tôt. Harry, âgé de 34 ans à l’époque, est en plus suspecté d’avoir eu une liaison avec l’adolescente. L’histoire nous est contée par un jeune écrivain, Marcus Goldman, dont Harry Quebert a été le mentor. Le livre qu’on est en train de dévorer devient alors le best-seller de Marcus Goldman qui, convaincu de l’innocence d’Harry, a mené son enquête. Avec ce livre, il espère innocenter son ami en racontant la vérité et, par la même occasion, écrire le grand roman à succès que lui réclame son éditeur et qu’il peine à écrire. Du suspense, de l’action, une réflexion sur la littérature et sur l’Amérique d’aujourd’hui. Vous trouverez tout cela dans ce livre qui, en plus d’être un excellent polar, nous livre aussi 31 conseils du grand écrivain Harry Quebert. Petit clin d’œil supplémentaire de l’auteur, les remerciements à la fin du livre, à lire absolument (mais après avoir lu le livre évidement si l’on veut comprendre). 

 «La vérité sur l’affaire Harry Québert», de Joël Dicker, éditions de Fallois/L’âge d’homme, 670 pages, 22 €

Cote: 5/5

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4 réactions sur “La vérité sur Joël Dicker

  1. Pingback: Succès confirmé pour Joël Dicker | Clair de Plume

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