Dans la peau de Virginia Woolf


Michèle Gazier et Bernard Ciccolini (photo) se sont glissés dans la peau de Virginia Woolf. Au travers d’un roman graphique, ils retracent le destin hors du commun de cette femme écrivain, « en quête d’insaisissables vérités et d’un improbable bonheur ».

Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter la vie de Virginia Woolf?
 Bernard Ciccolini: «Quand l’écrivain Michèle Gazier, qui est une amie, a su que les éditions Naïve avaient prévu de faire cette petite collection de grands destins de femme, elle m’a appelé, sachant que comme elle, j’aimais bien Virginia Woolf. On avait déjà eu envie de faire des livres ensemble. Là, c’était l’occasion. J’ai dit oui tout de suite! On se voyait une fois par semaine. Michèle a pris le parti pris de tout écrire à la première personne. Du coup, je trouve le récit vivant comme tout.»

L’emploi de la première personne oblige de se glisser dans la peau de Virginia Woolf. Ce n’est pas trop compliqué?
«Effectivement, il faut trouver le ton. Et comme en plus on n’a pas le droit de faire de citations de ses textes, Michèle a fait le tour de force d’écrire à la manière de Virginia Woolf. Il y a parfois des phrases où on a l’impression que c’est Virginia, alors qu’elle a tout retravaillé. Et en même temps, c’est tellement juste et tellement simple que pour moi, cela a été facile pour trouver des images en contrepoint du texte, qui en même temps racontent quelque chose, un complément d’information.»

C’est gai de dessiner Virginia Woolf?
«Oui! Même si effectivement ce n’est pas simple comme vie. C’est beaucoup de drames. La mort frappe vite, souvent. C’est une hécatombe du début à la fin. Elle souffre énormément. Cela se termine qu’elle ne reconnaît plus son époque, elle n’arrive plus à écrire et se suicide. »

Vous avez aimé dessiner cette époque-là?
«Oui! C’est très riche: les décors, les vêtements. Tout bouge, tout change, c’est passionnant. Et puis ce sont des chenapans. Je me suis bien amusé à dessiner leur canular, quand ils jouent au noir d’Abyssinie. Ils ont bousculé complètement la société anglaise. Je trouvais que c’était un peu comme du Tintin, leur truc, de se déguiser en l’empereur d’Abyssinie pour aller voir ce bateau top secret. Et que cela marche!»

Qu’est-ce qui vous a le plus touché dans l’histoire de Virginia Woolf?
«La biographie officielle, de Quentin Bell, le neveu de Virginia, présente une Virginia très dépressive, très sombre, avec une santé fragile. Ce qui m’a marqué, c’était de voir que le personnage est beaucoup plus complexe. C’est une femme qui a une soif de tout: de la vie, de l’amour, des enfants, manger, recevoir des amis… Elle est très passionnée. C’est surtout ce côté-là qui m’a le plus surpris et attiré. Et puis de découvrir des choses invraisemblables, comme par exemple qu’elle est partie en Allemagne avec un ouistiti. C’est absolument dément!»

Vous avez lu beaucoup de ses livres? Votre préféré?
«Je n’ai pas tout lu. Mais j’aime bien ‘Orlando’, qui est assez étrange, un peu à part peut-être aussi. Il est très construit alors que les autres sont plus des romans initiatiques. »

Cela change de vos précédents livres.
«Oui, cela n’a plus rien à voir en effet avec les livres pour la jeunesse. Mais Virginia aussi a fait des livres pour les enfants, qui sont des livres plein de poésie, de personnes mélangeant réalité et souvenirs, C’est charmant!»

Christelle 

En quelques lignes
De la petite fille joyeuse, un brin gloutonne, à la jeune femme à la plume incisive, ce roman graphique retrace la vie de Virginia Woolf. Il nous fait découvrir une Virginia passionnée et drôle. Ainsi, on la voit se maquiller en noir avec des amis dans le but de se faire passer pour l’empereur d’Abyssinie et sa suite et visiter le vaisseau le plus secret d’Angleterre. Ou partir pour un tour d’Europe accompagnée de son mari et… d’un ouistiti. Il y est aussi question bien sûr des drames qui ont jalonné sa vie telles les morts prématurées de nombreux de ses proches. Et pour finir son suicide, le 28 mars 1941. On notera par ailleurs le format original du livre, plus petit que les albums classiques, mais avec une pagination plus importante, façon manga.

« Virginia Woolf », de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini, éditions Naïve, 92 pages, 23 €

Cote: 3/5

Lapins suicidaires

Les lapins suicidaires d’Andy Riley sont de retour. Après leur avoir fait une infidélité avec ses « Méchants cochons », l’illustrateur britannique leur a trouvé tout un nouvel album de moyens sophistiqués pour en finir avec leur morne existence. Dominos, horloge, prise, harpe, maïs, champignons… Ce retour dans un 3e volume au format plus grand s’accompagne de la sortie d’un coffret intégral, revêtu… d’oreille de lapin en fourrure, cela va de soi. De l’humour noir hilarant!

Christelle

« Le coup du lapin – tomme 3 », d’Andy Riley, éditions Chiflet & Cie, 160 pages, 14,50 €

Cote: 4/5

Le pouvoir au bout des doigts

Si les deux premiers récits de la collection « Sorcières » initiée par les éditions Dupuis ne nous avaient pas vraiment convaincus (pour ne pas dire pas du tout), le troisième intitulé  « Héritages » nous semble avoir nettement plus de saveur. Ce qui relancera sans doute l’intérêt de la série ! Le dessin de Stéphanie Hans, réalisé à l’aquarelle, est des plus plaisants. Ses couleurs chaudes et feutrées rehaussent l’atmosphère campée par Bénédicte Gourdon dont le scénario somme toute assez peu surprenant s’avère néanmoins efficace. Sans plus. Nina est une jeune femme comme les autres. En apparence du moins… Elle se sait sorcière. Ses mains ont le pouvoir de guérir. Mais jusqu’à présent elle a toujours refusé de s’en servir. Nina porte d’ailleurs des gants pour éviter tout événement malencontreux qu’elle ne pourrait contrôler. Mais un jour, la donne change. La jeune femme est victime d’un accident de voiture dans lequel son amoureux laisse la vie. Nina ne peut le sauver. Très vite, elle en viendra à découvrir qu’il ne s’agissait en rien d’un accident et qu’un groupe de sorciers malveillants en veut à son pouvoir qu’elle va apprendre à maîtriser… La suite au prochain épisode…

Anne-Sophie

« Héritages, tome 1 », de Hans et Gourdon, éditions Dupuis, 56 pages

 

Scénario : 2,5/5

Dessin : 4,5/5

L’année 2010 revue par Pierre Kroll

Quand ça coince, que ça ne marche pas, que le pays est en crise, qu’est-ce qu’on fait? « Alors on danse », propose Pierre Kroll dans son dernier album, à la manière de Stromae. Le caricaturiste passe cette fois encore l’année écoulée en revue, l’occasion de revivre 2010 au travers de ses dessins. On y retrouve Herman Van Rompuy en messie, le père Damien en saint, monseigneur Léonard et les prêtres pédophiles, Sarkozy et ses Roms, mais aussi Haïti, l’irruption de l’Eyjafjallajökull, Copenhague, Bagdad, Kaboul, Charleroi, Kinshasa, Tintin, Justine, Fabiola, les Borlée… Sans oublier les omniprésents roi Albert, Elio Di Rupo et Bart De Wever. Bref encore une année fort mouvementée qui avait de quoi inspirer le caricaturiste. L’album de cette année contient aussi des pages spéciales dépliantes en posters, avec notamment « Le beau jeu de l’oie Leterme ». Très intéressant aussi, les quelques pages spéciales de dessins refusés…

Christelle

« Alors on danse », de Pierre Kroll, éditions La Renaissance du livre, 96 pages, 20 €

Cote: 3/5

Vient de paraître également, l’agenda Kroll 2011 qui, comme les années précédentes, vous prépare à une année pleine d’humour, anticipant tous les grands événements.

Des rêves délicieusement torturés

Nicoletta Ceccoli…. Un nom à retenir. Cette illustratrice italienne de grand talent n’est encore que très peu connue chez nous. Et pourtant elle a déjà quelques livres, quelques expositions et quelques prix à son actif. Mais la demoiselle est surtout active en Italie, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Ceci expliquant cela. On ne peut donc que se réjouir de l’initiative des éditions Venusdea qui publient le premier artbook de l’artiste. Le très bel ouvrage reprend une grande partie de la production de l’Italienne. Les illustrations sont magnifiques. Etranges, oniriques, innocentes et cruelles à la fois. Elles mettent toutes en scène des femmes-enfants intrigantes au regard lourd et triste. Les aquarelles présentées ont un petit côté familier. Elles n’ont font un peu penser à l’univers –tellement plus joyeux mais tout aussi poétique – de Rébecca Dautremer, illustratrice de talent elle aussi dont l’on peut trouver des cartes postales et autres articles de papeterie dans toutes les bonnes librairies. Autre comparaison possible: la BD intitulée “Jolies ténèbres” de Kerascoët et Vehlmann sortie de presse début 2009. La poésie de ces “Beautiful Nightmares” est toute féminine, délicatement torturée mais ne versera jamais dans le gore. Les petites fées mise en scène transpirent l’innocence mais le ou les détails qui donnent toute son originalité au dessin nous confirment qu’il n’en est rien. En bref, les dessins Nicoletta Ceccoli nous plongent dans un délicieux surréalisme et on en redemande !

Anne-Sophie

“Beautiful Nightmares”, de Nicoletta Ceccoli, éditions Venusdea, 136 pages, 34,90 euros

Cote: 4/5

Pour une visite du site de Nicoletta, c’est par ici.

90 films cultes massacrés

Ce petit bouquin en format de poche se propose de nous résumer 90 films cultes en trois cases BD. Ces trois dessins -assez minimalistes, il faut le préciser- accompagnés chacun d’un petit texte d’une à trois phrases ont pour mission de permettre aux personnes pressées que nous sommes d’étaler une culture que nous n’avons pas (toujours) forcément. Ceux qui prendraient le quatrième de couverture au mot et mémoriseraient vite fait les résumés de ces 90 chefs-d’oeuvre pourraient bien passer pour de piètres idiots auprès de leurs amis et collègues. Si l’une ou l’autre présentation nous ont tout de même fait bien sourire pour leur second degré bien imaginé, la plupart des propos tenus tombent carrément à plat. Quant aux films qu’il n’aurait pas (encore) eu l’occasion de visionner, le lecteur n’en apprendra pas grand-chose. Pire les trois cases “à l’usage des personnes pressées” ne lui donneront même pas envie d’enregistrer le film s’il venait à être diffusé sur le petit écran. Bref, vous l’aurez compris, on n’est pas vraiment fan. Dommage, car le concept de l’ouvrage (ce dernier faisant suite au “90 livres cultes à l’usage des personnes pressées”) nous avait pourtant séduits.

Anne-Sophie

“90 films cultes à l’usage des personnes pressées”, de Henri Lange et Thomas Wengelewski, éditions ça et là, 187 pages , 9 euros

Cote: 1/5

Zombillénium embauche pour l’éternité

Zombillénium, une nouvelle série que l’on adooooore ! Assurément l’une des meilleures surprises de ce deuxième semestre 2010 ! Arthur de Pins, auteur prolifique bien connu notamment pour ses “Péchés mignons” et ses collaborations à Fluide Glacial et Fluide Glamour, entame ici -toujours avec son graphisme bien caractéristique- une histoire humoristique très rock n’ roll. La trame se déroule dans un parc d’attractions un peu particulier mettant en scène momies, vampires, loups-garous et autres créatures démoniaques. Mais pour séduire le public, pas question d’engager des figurants qui seraient grimés à souhait. Non non, à Zombillénium, ce sont de vraies créatures de l’ombre qui assurent l’animation. C’est d’ailleurs un vampire, Francis von Bloodt, qui gère en bon père de famille le parc à thème. Mais les affaires vont mal. Les simples mortels sont de plus en plus exigeants et il en faut toujours plus pour les faire trembler. C’est alors qu’Aurélien entre en scène. Une aubaine cet Aurélien! Ce pauvre gars plutôt beau gosse vient de se faire plaquer par sa femme. Au bout du rouleau, le pauvre ère est désemparé et la malchance est décidément au rendez-vous. Sa petite personne croise l’instant d’une fraction de seconde la voiture d’employés du Zombillénium. Aurélien trépasse mais ressuscite grâce à la bienveillance de l’un des ses futurs collègues. Aurélien s’avère être une créature des plus terrifiantes. Mais, difficile pour lui, de maîtriser sa métamorphose…

Anne-Sophie

“Zombillénium, t 1: Gretchen”, d’Arthur de Pins, éditions Dupuis, 48 pages, 10,95 euros

Cote: 4/5

Zep totally rock

Zep… Avec un nom pareil, il ne pouvait être -évidemment- que fan de rock. Le papa de Titeuf tire d’ailleurs son pseudonyme d’un fanzine créé à 12 ans quand il était fan de Led Zeppelin. Vous voyez le rapport? Il était donc grand temps que l’auteur de bandes dessinées consacre un album au rock n’ roll! Alors qu’il nous avait quelque peu déçus avec “Happy Girls”, il nous convainc carrément avec son “Happy Rock”, dernier de sa trilogie happy books. Et pour cause, Monsieur est un grand connaisseur. De là à dire que Zep a plus d’expérience avec la musique qu’avec les femmes, il y a un pas que nous ne franchirons pas! U2, Madonna, Eric Clapton, Bruc Springsteen, AC/DC, les Rolling Stones Janet Jackson ou Led Zeppelin, il les a tous faits! Cet album remuant sent le vécu. Le dessin est frais (comme toujours), les couleurs sont vivantes, les blagues bien pensées et très proches de la réalité. Tout le monde se retrouvera donc avec plaisir dans cet album!

Anne-Sophie

“Happy Rock”, de Zep, éditions Delcourt, 48 pages, 13,50 euros

Cote: 4/5

Du Marc Levy en bande dessinée

Après le 7ème art, c’est au tour du 9ème d’art d’adapter Marc Levy! Sous les coups de crayon d’Espé, Corbeyran réorchestre donc le coup de foudre entre un ange et un démon, supposés livrer l’ultime combat entre le bien et le mal… Un travail lu et approuvé par Marc Levy himself!

Pourquoi avoir choisi d’adapter ce roman-là en bande dessinée?

«Il faut poser la question à Eric Corbeyran, parce que c’est lui qui l’a adapté, et c’est son initiative. On était assis à côté l’un de l’autre au jury du prix Carrefour Savoirs. Moi je lui disais à quel point j’aimais son travail et que j’aimais ‘Le Chant des Stryges’. Lui m’a dit qu’il aimait énormément ce roman et qu’il avait envie de l’adapter. Je lui ai répondu ‘vas-y mon vieux!’»

Et vous quel roman auriez-vous choisi d’adapter?

«Dans ce format-là, le format B.D. traditionnel, je pense que j’aurais pris celui-ci aussi, ou éventuellement ‘La prochaine fois’. En roman graphique, ‘Les enfants de la liberté’ et ‘Où es-tu?’»

Vous êtes donc aussi un lecteur de B.D.?

«Oui, je suis un gros lecteur de bande dessinée. Cela a commencé assez jeune avec la ‘Rubrique-à-brac’ et cela s’est poursuivi jusqu’à maintenant. Cela va du ‘Chant des Stryges’ en passant par le cycle d’Ossian. J’ai lu tous les ‘Johan et Pirlouit’, tous les ‘Buck Danny’, tous les ‘Tanguy et Laverdure’, etc. Je dois avoir mille B.D. à la maison.»

Vous aviez donc une bonne base pour superviser l’adaptation?

«Non, je ne voulais pas du tout être dirigiste. Eric n’est pas un quart d’auteur ou un demi-auteur. C’est un auteur à part entière, comme un metteur en scène qui vous propose d’adapter un de vos romans. Le propos n’est pas d’aller leur expliquer comment faire leur métier. Eric m’a envoyé son scénario pour que je le valide… et je lui ai dit que je lirais la B.D. avec plaisir!»

Et votre impression?

«J’ai lu la B.D avec plaisir! Plus que cela même. C’est drôle parce que je suis incapable de relire un de mes livres. Même pour écrire la suite de ‘Si c’était vrai’, je n’ai pas pu relire le roman. Mais là, je l’ai lu comme un lecteur de B.D. J’ai complètement oublié que c’était moi qui avais écrit cela.»

C’était comme vous vous l’imaginiez?

«C’est toujours le problème de l’adaptation. Mais je pense que la B.D. est une étape plus proche du roman que du cinéma, pour la raison que la B.D. ne souffre d’aucune contrainte budgétaire. Dans la B.D. comme le roman, quand vous faites exploser trois entrepôts, le producteur n’est pas mort d’un arrêt cardiaque au moment où il est expliqué ce qu’il va se passer dans la scène.»

Le choix d’Espé pour les dessins s’est fait comment?

«Corbeyran me l’a proposé. J’ai vu les premiers dessins d’Espé et j’ai tout de suite été subjugué.»

Êtes-vous satisfait du rendu des personnages? Sont-ils tels que vous vous les représentiez?

«En tant que lecteur, je suis fou de bonheur des dessins et je suis complètement admiratif. Je trouve qu’Espé a un talent extraordinaire. En tant que romancier, je suis gardien de ce qui fait pour moi la différence entre un roman et une B.D. ou un film. Mon travail a toujours consisté à faire exister le personnage sans jamais le décrire. J’ai même poussé le vice dans ‘Le voleur d’ombre’ à le faire exister sans lui donner de prénom. Donc je ne vous dirai jamais si le personnage correspond à ce que j’avais en tête parce que je priverais quelqu’un d’autre de la liberté de définir le personnage tel qu’il l’entend. Mais en tant que lecteur, je suis très heureux.»

Tout le roman ne peut pas rentrer dans le format B.D. Des scènes ont été supprimées. Cela ne vous a pas fait mal?

«Très honnêtement, le seul regret que j’ai pour la B.D., mais qui est uniquement émotionnel et personnel et ne remet pas du tout en cause la qualité du travail des adaptateurs, c’est la disparition du personnage de Reine Sheridan. Pour une raison très simple, c’est que dans le roman, elle est l’incarnation de ma grand-mère. Donc j’y étais personnellement très attaché. Mais je n’ai jamais appelé Eric pour lui dire qu’il ne pouvait pas me faire cela. Et cela n’enlève peut-être rien à l’histoire. Mais c’est le seul regret que j’ai eu.»

D’autre adaptation B.D. sont prévues?

«C’est un gag, chaque fois qu’Eric et moi nous parlons au téléphone, on sedemande quand on fait le suivant. Mais cela ne se fait pas en 24h non plus, c’est un travail de longue haleine. Et puis il y a déjà un tome 2 qui est en préparation.»

Le but de cette B.D., c’est toucher un autre public?

«Non, c’est beaucoup plus égoïste que cela. Pour moi, c’est le pur plaisir d’avoir la B.D. chez moi! C’est un cadeau que Corbeyran me fait.»

Et la fin dans le tome 2 de la B.D. sera la même que dans le livre?

«Je ne suis pas sûr, je n’ai pas lu le scénario. J’ai laissé à Corbeyran carte blanche. Je n’ai pas voulu me gâcher le plaisir de la lecture…»

 Christelle

En quelques lignes

Inspirée du troisième roman de Marc Levy, l’histoire raconte le pari risqué conclu entre Dieu et Lucifer pour tenter de mettre un terme à leur éternelle rivalité. Durant sept jours, un ange -la belle Zofia- affrontera un démon -le sulfureux Lucas- pour un ultime combat qui doit voir triompher le Bien ou le Mal. Mais Dieu et Lucifer n’avaient semble-t-il pas prévu que leur meilleur agent pourrait tomber amoureux de celui du camp adverse… Les fans de Marc Levy connaissent bien sûr déjà l’histoire, assez bien respectée par Espé & Corbeyran, même si le format B.D. implique quelques simplifications. Reste que pour vérifier si la fin de la B.D. demeure bien la même que celle du roman, il faudra encore attendre quelques mois pour la parution du tome 2 !

«Sept jours pour une éternité – Première partie», d’Espé & Corbeyran, éditions Casterman, 72 pages, 12,95 €

Cote: 3/5

Elle avait vendu son âme à Dieu

Tout baigne pour Alex. Dans quelques jours il décrochera son bac et profitera ensuite des jours d’été pour se détendre aux côtés de son amie Elisa. Mais le cours de sa petite vie tranquille va entièrement changer en quelques heures à peine. Ce matin-là, la mère d’Alex, éminente chirugienne entièrement acaparée par son boulot, ne peut conduire son fils à l’école et lui demande -exceptionnellement- de prendre le bus. Mais, finalement, Alex délaisse les transports en commun pour la moto de son amie. A peine le bus démarre-t-il qu’une énorme explosion s’en suit… Choqué, Alex va rapidement apprendre que cet attentat le visait, lui, plus particulièrement. S’en suivra une course-poursuite… une chasse à l’homme. La mère d’Alex a disparu et il semblerait qu’elle trempe dans un trafic pour le moins douteux. Karl T. et Damien Marie (“La Cuisine du Diable”, “Polar & Co”) nous livrent ici un thriller accrocheur mais finalment assez moyen de gamme. On appréciera le dynamisme du scénario et regrettera sûrement un manque de piquant. Précisons que les deux tomes de ce diptyque sont sortis en même temps (ce qui n’est pas pour nous déplaire!).

Anne-Sophie

“Dieu, t 1: A corps perdu” et “Dieu, t 2: A coeur ouvert”, de Karl T. et Marie, éditions Dupuis, 48 pages et 56 pages, 10,95 euros/l’album

Cote: 2,5/5

Matière et anti-matière

Une héroïne qui se sent seule du haut de sa tour de trente étages, tellement décalée, comme si elle avait été placée dans ce monde sans mode d’emploi. L’ennui et la solitude rythment son existence, si tant et si bien que notre jeune héroïne se construit un univers bien à elle, un univers dans lequel est entraîné le lecteur… Tom Tirabosco et Pierre Wazem à qui l’on doit l’excellente BD “La Fin du monde” récidivent avec “Sous-sols” et se jouent une fois encore de nos repères spatio-temporels. Le récit navigue entre onirisme et réalité étrange. Le lecteur ne parviendra à aucun moment à faire la part de choses. Tâche délicate que celle d’évoquer avec justesse la fragilité de la psyché humaine. On appréciera une fois encore le beau crayonné de Tirabosco et la gamme chromatique (gris-bleu irisé) utilisée ici.

L’histoire en quelques mots:

Un chercheur spécialiste de l’anti-matière et une jeune fille d’une simple robe de nuit vêtue font connaissance dans d’improbables sous-sols, ceux de l’accélérateur de particules de. Perdu dans ce qui semble s’apparenter à un véritable labyrinthe, nos héros, tels deux âmes en peine, se donnent pour mission de sauver le monde et de contrer les effets du phénomène scientifique qui tétanise la planète Terre, à savoir celui de l’absorption de la lumière par un trou noir. Pendan ce temps, l’épouse du scientifique et la jumelle de la jeune fille se rencontrent suite à un concours de circonstances des plus loufoques…

Anne-Sophie

“Sous-sols”, de Tirabosco et Wazem, éditions Futuropolis, 120 pages, 20 euros

Scénario: 3/5
Dessin: 4/5

Petite fille deviendra grande

Nouvel exemple d’une jeune auteur qui passe de la blogosphère à la BD. Un parcours qui n’a plus rien de bien exceptionnel à l’heure actuelle. Les éditeurs écument le web à la recherche des jeunes talents prometteurs. La toile leur permet de faire leur marché facilement… sans prendre trop de risques. Le projet «Marshmalone» est de ceux-là. Le roman graphique signé Lolita Séchan (la fille de Renaud et la femme de Renan Luce, rien de moins) se penche sur l’ «adulescence». Remarquée sur son blog pour son style frais et candide, Lolita Séchan semble obsédée par les lapins blancs qui ponctuent inlassablement ses dessins. Un symbole -il est vrai- tout bien trouvé pour illustrer l’état d’esprit de ces jeunes adultes qui ne parviennent à quitter qu’à grand-peine l’adolescence. Lolita est une adulescente comme les autres. Elle collectionne des tas d’objets inutiles et se délecte de ses souvenirs d’enfance. Mais Lolita a le cœur en peine car elle vient d’apprendre l’arrivée prochaine d’un petit frère. Elle qui a grandi en tant que fille unique va devoir partager son père avec ce nouvel arrivant. Le petit frère va forcer la grande sœur à grandir. Dubitative, jalouse, sadique, émue, elle sera finalement conquise par le petit d’homme, mais ne cessera jamais de s’interroger sur le sens de la vie.

Anne-Sophie

«Marshmalone», de Lolita Séchan, éditions Hélium, 112 pages, 14,90 €

Cote : 3/5


Ramadan… humoristique

Muslim’show propose, en guise de première tentative, un album qui évoque sur le ton de l’humour le mois sacré du Ramadan. Cette bande dessinée qui semblait a priori d’un goût douteux se révèle en fait une très bonne surprise. Les gags et les tranches de vie (drôles et moins drôles) s’avèrent instructifs pour les non-musulmans. A aucun moment, ils ne ridiculisent la religion musulmane. Respect donc. Le coup d’essai signé Allam et Blondin et cautionné par les éditions du BDouin est donc plus que concluant. Les planches, publiées en primeur l’an dernier sur internet, avaient d’ailleurs très vite trouvé leur public parmi la communauté musulmane, grâce notamment à un site comme oumma.com. Une collection à suivre…

Anne-Sophie

“Muslim’show, t 1: Le mois sacré du Ramadan”, d’Allam et Blondin, éditions du BDouin, 48 pages, 9,95 euros

Cote: 3/5

Survie londonienne

C’est dans le Londres du début des années nonante que s’inscrit l’excellent triptyque « London Calling ». La série qui trouve avec « Le grand soir » son épilogue nous fait suivre les péripéties d’Alex et Thibault, deux Français fraîchement débarqués dans la capitale britannique, dans le but de se faire une place –minime soit-elle- sur la scène musicale. Leurs aventures se greffent sur un contexte politique et social marqué par les réminiscences du thatchérisme et où s’affrontent papistes et orangistes. Les deux jeunes frenchies peinent à dégoter un logement salubre et vivotent tant bien que mal de petits boulots. Alex travaille dans un sex shop, Thibault fait la plonge dans un commissariat de police, et tous deux se sont installés dans le squat de Lucy. Leur ami irlandais Andrew, lui, se sent investi d’une mission patriotique et épouse la cause de l’IRA, tandis qu’Emma une ex-junkie séquestrée à Belfast est conduite, tel du bétail, à Londres… Tous les protagonistes se retrouveront au très attendu festival rock de Reading… pour le pire. Cette série dynamique et fort agréable à lire et découvrir brosse un portrait peu reluisant, voire très noir, de la société britannique du début des années 1990. On regrettera toutefois les dernières pages de l’album que certains trouveront peu convaincantes.

 Anne-Sophie

« London Calling, t 3 : Le grand soir », de Runberg et Phicil, éditions Futuropolis, 80 pages, 18 €

 Cote: 3/5

Le retour de Boro

 Franck et Vautrin poursuivent avec Veber pour l’adaptation en bande dessinée d’un nouveau cycle des aventures de Boro, reporter photographe. «Le Temps des Cerises» comptera trois tomes. L’action se situe à Paris en 1936. Son inséparable Leica à la main, Boro est le témoin des heurts de plus en plus violents que provoquent les succès de la gauche française qui gagnera bientôt les élections, avec à sa tête Léon Blum. Dans la clandestinité, le mouvement qui se fait appeler «La Cagoule» s’apprête à basculer dans l’action armée. C’est en ces temps troublés que le chemin de Liselotte, une jeune fille dont le père minier vient de décéder, croise celui de Boro qui, attendri, décide de la prendre sous son aile. Dans ce premier opus, les événements se bousculent et les éléments se mettent en place très rapidement. Certains lecteurs se sentiront un peu perdus, d’autres ne s’ennuieront pas de l’action proposée par les scénaristes et par ailleurs auteurs de la célèbre série romanesque des aventures de Boro. Celle-ci compte aujourd’hui huit volumes parus chez Fayard et Pocket.

 Anne-Sophie

 «Les aventures de Boro, reporter photographe. Le Temps des Cerises. Tome 1», de Veber, Franck et Vautrin, éditions Casterman, 48 pages, 12,90 €

 Cote : 3/5

Une vie de chat

De l’observation à la bande dessinée, il n’y a qu’un pas… que Frank Le Gall («Théodore Poussin») n’a pas hésité à franchir. Celui qui nous avait habitués à des albums flairant bon l’aventure se lance cette fois dans un récit nettement plus proche du quotidien. Dans «Miss Annie», il met en scène une petite chatte malicieuse, intelligente et pas très obéissante. L’animal suit sa nature et se montre prêt à braver tous les interdits pour découvrir le vaste monde autour de la maison familiale. L’originalité de l’album? L’histoire est placée à hauteur de chat. Le lecteur ne découvrira donc que les jolies gambettes des maîtres de «Miss Annie», pas plus. Un album frais qui ravira petits et grands pour lequel Frank Le Gall s’est adjoint une jeune dessinatrice prometteuse, Flore Balthazar, sa compagne.  Une suite est déjà en préparation.

Comment est née «Miss Annie»?

Frank Le Gall (scénariste): «Il y a un peu moins de deux ans, Flore et moi avons acquis une petite chatte. Et cette petite coquine m’a directement refilé la toxoplasmose! Nous avons fait connaissance de cette manière. J’étais cloué dans un fauteuil et, pendant ce temps, je voyais la miss prendre possession de la maison, faire ses petites bêtises et découvrir de nouvelles cachettes. Je l’observais. M’est alors rapidement venue l’idée de raconter l’histoire de cette petite chatte vue… à sa hauteur, à niveau de genoux d’homme. J’ai tout de suite pensé à Flore pour le dessin. Elle est plongée dans le monde des félins depuis sa plus tendre enfance. Il y a eu jusqu’à cinq chats chez elle. Elle est capable de les dessiner de mémoire et leur attribuer des mouvements très réels sans les regarder.»

Tout est observation dans cet album?

 «La plupart des choses, oui. Mais pas tout, évidemment. Notre miss à nous n’est pas copine avec une souris. Heureusement! Je ne voudrais pas avoir de muridés à la maison! (rires) Tout ce qui se passe quand elle découvre le monde extérieur est du domaine de l’extrapolation. On a tous vu nos chats sortir dans le jardin, flairer les arbres, faire des trucs puis disparaître de notre vue. On ne sait pas ce qu’ils font, on ne peut qu’imaginer… surtout quand ils reviennent avec une oreille déchirée et le pif de travers…»

 Les hommes semblent avoir encore plus de mal à décerner la psychologie animale que féminine…

«(rires) Oui, je me demande si je n’ai pas fait un amalgame… (rires) C’est peut-être plutôt une autocritique. Je me suis permis de critiquer les hommes, en disant voilà nous on croit toujours tout savoir et avoir tout compris des femmes et des animaux. Mais, bien souvent, l’homme fait le coq et la femme arrange les trucs derrière son dos. C’est la vision que j’ai du couple en général. Le père (le maître de Miss Annie, ndlr) est un peu ridicule quand il imagine tout régenter.»

 Bonne idée que ce découpage en chapitres qui donne un certain rythme au récit et relance l’intérêt du lecteur…

«Ce n’était pas du tout une idée de départ. Elle nous est venue lors de l’écriture du scénario. Cette structure en chapitres renforce le côté ‘roman’. Le format du livre s’y prête d’ailleurs fort bien. Et comme le récit évoque une petite quête initiatique, ce n’est pas plus mal d’y mettre des jalons, pour que l’on sente mieux les différents passages.»

Flore Balthazar publie avec «Miss Annie» son premier album et voilà qu’elle bénéficie déjà d’un tirage limité en noir et blanc pour accompagner la sortie de l’album couleur…

«Flore rêvait d’avoir une édition en noir et blanc. Je lui disais de ne pas y croire. Les éditeurs ne proposent un tirage de tête qu’aux auteurs dont ils sont certains du succès commercial. Et puis voilà que notre éditeur chez Dupuis, José-Louis Bocquet, nous appelle pour nous proposer l’édition noir et blanc! Le noir et blanc met très bien en valeur le travail de Flore, notamment tout son travail sur le pelage du chat. La couleur a tendance à aplatir le travail dans le trait très grisé.»

Travailler en couple, un avantage ou un inconvénient?

«On travaille ensemble dans la même pièce, face à face. L’avantage c’est que, pour «Miss Annie», j’écrivais une page ou deux puis je les présentais à Flore et lui demandais ce qu’elle en pensait. La réaction était immédiate, ce qui me permettait de rectifier le tir aussitôt. Idem du point de vue du dessin, je pouvais me pencher sur son dessin et lui souffler mes commentaires. Etant un couple, la relation n’est absolument pas la même. Il n’y a pas de problème d’ego.»

Anne-Sophie

 «Miss Annie», de Flore Bathazar et Frank Le Gall, éditions Dupuis, 78 pages, 13,50 €

Il existe également un tirage de tête noir et blanc numéroté et signé par les auteurs.

 Cote : 3/5

Le sexe sans détour

Fluide Glamour propose avec «Sexorama» un best-seller international de la BD grivoise. Son auteur Manuel Bartual, connu en Espagne pour ses dessins dans l’hebdomadaire ‘El Jueves’ (l’équivalent espagnol de ‘Fluide Glacial’), dissèque dans cet album les différentes approches que l’on peut avoir envers le sexe. Les points de vue féminins et masculins jouent de l’alternance. Si les premières planches nous ont fait bien rire, on se lasse fort rapidement de la thématique répétitive à souhait. L’humour n’est bien sûr pas des plus raffinés et des plus glamours. Parmi les thèmes abordés : les contraceptifs, les trios, le tourisme sexuel, les capotes, les acteurs pornos, l’infidélité, les décolletés et bien d’autres qu’il vaut sans doute mieux ne pas citer dans nos pages. Cet album n’est donc pas à mettre entre toutes les mains, comme (quasiment) toutes les publications estampillées Fluide Glacial ou Fluige Glamour.

Anne-Sophie

«Sexorama», de Manuel Bartual, éditions Fluide Glamour, 100 pages, 12,50 €

Cote : 2/5