Chefs d’œuvre connus et perles cachées de l’Art nouveau

Florilège d’ouvrages consacrés à l’Art nouveau à Bruxelles et ailleurs parsèment les étagères des libraires. Celui de Marie Resseler sort du lot. Son “ Top 100. Art nouveau/Bruxelles” s’inscrit à la fois comme un ouvrage de référence sur le sujet et comme un guide. Il présente de nombreuses bâtisses peu connues du grand public et des amateurs d’architecture. Il invite à la découverte de la capitale belge et présente à cet effet des cartes en fin de pagination pour permettre aux éventuels promeneurs d’imaginer leur propre balade.

D’où vient l’idée de l’ouvrage?
Marie Resseler:
“C’est par la pratique des visites guidées que j’ai eu l’idée de ce livre. Tout le monde a l’impression de connaître l’art nouveau, mais les connaissances se limitent souvent aux bâtiments célèbres. J’ai eu envie de faire un “top 100” pour aller voir un peu au-delà des vingt bâtiments dont on parle toujours. Toutes ces stars éclipsent la multitude d’autres bâtiments Art nouveau. L’idée du livre était vraiment de ré-expliquer quelle a été la démarche de l’Art nouveau. Il s’inscrit non pas une rupture avec le passé comme on le présente un peu trop souvent, mais bien une rupture par rapport à l’architecture de l’époque. Un groupe d’architectes estime que cette démarche est vaine et n’a plus de sens. Il propose d’essayer autre chose. L’architecte est libre comme les artistes le sont. Chacun va marquer son architecture de sa propre griffe. Les architectes signent les façades comme les artistes signent leurs œuvres.”

La majorité des maisons construites à cette époque-là relevait-elle de l’Art nouveau?
“Pas la majorité. En 1880-1890, la mode est à l’éclectisme. Le néogothique est lui aussi très en vogue. Il est porté par les catholiques. L’Art nouveau relève d’un style plus laïc, du moins progressiste. Les artistes et les mécènes de l’Art nouveau se retrouvent beaucoup dans les loges maçonniques.”

Les bâtisses Art nouveau sont surtout concentrées dans certains quartiers…
“On est à la charnière du 19e et du 20e siècle, Bruxelles est vraiment en pleine expansion. La Belgique, toute jeune à l’époque, est la deuxième puissance industrielle européenne. Elle dispose d’une richesse fantastique. De nouveaux quartiers se construisent à Saint-Gilles, à Schaerbeek avec le quartier des squares, à Ixelles avec le quartier des étangs . Autant d’endroits où c’est à cette époque la rase campagne. Pour stimuler la qualité architecturale, les administrations communales vont mettre en place des concours d’architecture. Ainsi pourront être construites les façades qui seront primées. C’était une façon de stimuler la qualité. A côté de cela, on a pu aussi remarquer une vague de spéculation immobilière. Ernest Blérot, par exemple, va acheter des terrains à la pelle. Il va les bâtir puis revendre les maisons.”

En quoi votre ouvrage se différence-t-il des nombreux bouquins consacré à l’Art nouveau?
“Il va voir l’envers du décor. Ce ne sont pas uniquement les hôtels de maître que l’on connaît qui y sont présentés. J’ai aussi eu envie de taper sur le clou de l’Art nouveau… Qu’a-t-il de nouveau? J’ai voulu reposer les jalons et montrer ses caractéristiques et son évolution par le biais de quelques maisons bien choisies. La “maison des chats” à Schaerbeek, par exemple, n’est reprise dans aucun livre sur l’Art nouveau. J’ai voulu illustrer des maisons qui sont plus discrètes.”

Quelle est la grande nouveauté de l’Art nouveau?
“Sa démarche architecturale est complètement novatrice. Les formes des fenêtres sont originales. La façade est divisée en plusieurs parties. L’architecture n’hésite pas à mettre en évidence les différentes fonctions de la maison. Elle devient presque fonctionnelle. Il y a une honnêteté de l’architecture qui indique ce qui se passe à l’intérieur. La façade devient le reflet du plan.”

Il n’est pas toujours évident d’identifier les bâtiments Art nouveau tant les styles sont différents…
“Il est effectivement un peu difficile de se retrouver dans le foisonnement de styles. Pour moi, l’art nouveau, plus qu’un style c’est une période. Il n’est pas possible de définir un style Art nouveau bien précis, car chaque architecte va développer son propre langage. Il s’agit là d’une liberté et d’une spécificité qui sont au cœur de la notion d’Art nouveau, partout mais à Bruxelles en particulier. Dans l’Art nouveau, on va déjà retrouver des choses qui font tout à fait penser à l’Art déco. Tous les architectes n’ont pas développer cette envie de courbes et de motifs floraux. Hankar n’a jamais fait ça. Beaucoup d’architectes ont tout de suite travaillé quelque chose de très géométrisant comme cela ce faisait à Vienne.”

Anne-Sophie

“Top 100. Art nouveau/Bruxelles”, de Marie Resseler, éditions Aparté, 224 pages, plus de 600 photos en couleur, 28,50 euros

Cote: 5/5


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