Une suite à « Hors de moi »

Après avoir conté la vie d’un poirier, Didier van Cauwelaert prend cette fois la défense d’une plante aux vertus thérapeutiques, volées aux Indiens d’Amazonie par le numéro un mondial des cosmétiques. Et fait vivre de nouvelles aventures au héros de «Hors de moi».

On retrouve ici le héros  de «Hors de moi». Il vous manquait?

«Oui, il a demandé à revenir. Il m’a harcelé. Je n’en avais pas fini avec lui. Je le savais en terminant le premier livre. Mais cela a mis du temps. D’abord parce que d’autres livres ont eu la priorité. Et ensuite pour amener l’histoire qui était autour de lui. Et puis un jour, c’était une évidence.»

Et comment est venue cette évidence?

«La première image qui je crois à vraiment amené ce livre,  c’est quand il rentre chez le vrai Martin Harris et qu’il découvre sa femme endormie. Sa chemise de nuit par terre, la seringue… Ce bouleversement amoureux qui lui tombe dessus, qui est au-delà d’un coup de foudre puisqu’il y a déjà eu l’empreinte, qu’il a déjà aimé cette femme avant de la rencontrer puisque ces souvenirs d’un autre sont programmés en lui. Et puis qu’il se permette de s’allonger à la place du vrai Martin Harris. Là je me suis dit, ça y est, j’ai le livre, j’ai cette vibration émotionnelle qui me donne envie  d’aller plus loin.»

Vos personnages vous suivent donc une fois le point final tracé. Un peu comme des amis ?

«Comme des amis, oui. Et parfois comme des intrus, des parasites, des chieurs qui viennent m’emmerder alors que je suis occupé à autre chose. ‘Retourne d’où tu viens, retourne dans ton livre, je t’ai déjà traité’ Parfois, cela m’est arrivé sur des personnages secondaires qui ont demandé à revenir d’un livre à l’autre. Mais lui, oui, à vraiment demandé à revenir. Il lui fallait son histoire. Et puis un jour, j’ai eu une autre idée, celle d’une plante sur qui il y a un brevet. Cela existe dans la réalité.  Je me suis demandé comment sauver une plante. Un jour, la jonction s’est faite. Elle était évidente, mais je ne l’avais pas vue. Parce qu’évidement, parler de Martin Harris, c’est reparler de la botanique. Et j’ai compris pourquoi mon personnage me harcelait. Il avait vu une évidence que je n’avais pas vue. Et moi, je le laissais dehors ! «Tu rentreras plus tard, je suis occupé. Sauf qu’il tapait parce que j’étais occupé là où il devait venir. Je n’avais pas compris. Je suis un peu lent à la détente parfois! Heureusement, ils ne se vexent pas!»

«Hors de moi» a été adapté au cinéma. Et celui-ci, il pourrait aussi devenir un film?

«Oui, je pense. En tout cas, il y a déjà des tractations autour… En plus, le film a bien marché dans le monde entier. Mais le problème des suites, c’est qu’il y a une loi économique qui se met en route qui fait que l’acteur Liam Neeson qui avait fait le premier volume demande le double !  Donc pour l’autre vie du livre, on verra.»

Et si vous deviez vous retrouver dans la peau de quelqu’un d’autre, vous aimeriez que ce soit qui?

«Je passe tellement ma vie de romancier à faire cela qu’après, je suis bien dans ma peau, je n’ai pas envie de bouger. Je ne me pose jamais la question en fait… quand je suis dans un roman, je suis tout le temps dans la peau de quelqu’un d’autre. Donc quand j’en suis sorti, je me repose un peu dans ma peau à moi, qui est une structure d’accueil. C’est un peu mon port d’attache! Donc je n’ai pas envie de faire port d’attache dans quelqu’un d’autre.»

Votre précédent roman parlait d’un poirier. Cette fois encore, il est question d’une plante à sauver. Les questions liées à l’environnement vous préoccupent?

«La preuve! Parce que je n’emploie  pas le mot environnement, qui crée une distance déjà. Le problème de l’être humain, c’est qu’il considère la nature à la fois comme un environnement et une matière première. Comme un décor ou comme une source de profit. Bien sûr, il faut couper du bois pour se chauffer, cueillir des légumes pour manger. Mais il faut réguler la demande et l’impact de cette demande et de ces besoins sur la nature. Or l’être humain est la seule espèce sur terre qui ne sache pas réguler. On n’a jamais vu un prédateur, un fauve par exemple,  éliminer ses proies. A un moment donné, il s’arrête. L’homme, dès qu’il arrive sur une contrée nouvelle, il se met à chasser et à éliminer les espèces les plus faciles à chasser. Et puis après, il prend les suivantes. Jamais un animal ne ferait cela parce qu’il y a une interaction entre l’animal et le végétal qu’il n’y a plus entre l’homme et les animaux et le règne végétal.»

A la fin du livre, vous écrivez que tout n’a pas été inventé et parlez du combat des indiens.

«Oui, la cause des Indiens est liée au sujet que j’aborde là, une multinationale qui prend le brevet sur une plante qui ne pousse plus que sur un petit territoire en Amazonie et donc achète ce territoire,  et les Indiens sont privés de cette plante dont ils ont découvert les propriétés thérapeutiques. Je donne dans le livre le moyen de lutter contre ce scandale absolu qui est la prise de brevet sur le vivant. Par tâtonnements de romancier, je cherchais comment mon petit bonhomme tout seul face à ce géant des produits de beauté va arriver à libérer cette plante, à trouver une astuce. Parce que prendre le brevet sur une plante, c’est prendre le brevet sur les composantes de cette plante. Sauf qu’il y a déjà des brevets antérieurs sur d’autres plantes qui ont donc breveté ce composant. Donc ceux qui ont pris le premier brevet n’ont qu’à attaquer le deuxième et cela casse le brevet sur cette plante. Après, il faut trouver un troisième qui a une antériorité encore sur le deuxième…  Et on fout le bordel. Des avocats ont commencé. J’aime bien quand l’imaginaire tordu d’un auteur a des répercussions heureuses dans la réalité face à ce genre de scandale.»

Et Thomas Drimm va-t-il bientôt vivre de nouvelles aventures?

«Il est en train… Je suis en pleine écriture… C’est mon problème en ce moment. Je suis obligé d’arrêter l’écriture pour reparler de ce livre, et en même temps, lui me harcèle et commence vraiment à me pourrir la vie! Mais je vais essayer de le finir pour l’été.»

Et lui, il pourrait devenir un film?

«Il y a des projets. Ou bien en animation ou bien en réel… Je ne sais pas encore. Et puis il y a toujours la crise économique qui touche aussi le cinéma qui fait que des choses qui paraissaient sûres sont maintenant en attente… Donc on verra!»

Vous avez d’autres romans qui pourraient aussi être adaptés?

«Il y a plusieurs options en cours mais on n’est jamais sûr que cela fasse un film à l’arrivée.»

Christelle

En quelques lignes

Youpie! Didier van Cauwelaert fait vivre de nouvelles aventures à son «faux» Martin Harris, l’agent de la CIA Stephen Lutz qui, dans «Hors de moi», opérait sous le nom du botaniste réputé Martin Harris quand un traumatisme crânien l’a amené à se prendre vraiment pour le scientifique. Depuis lors, le tueur repenti a gardé comme une «double identité» et rêve d’une plante mystérieuse, la kimani. Au fil des pages, il découvre que celle-ci aurait des propriétés thérapeutiques et pourrait guérir des milliers de malades atteints du cancer. Sauf que, volée aux Indiens d’Amazonie par le numéro un des cosmétiques et désormais victime d’un brevet exclusif, elle ne sert qu’à fabriquer la crème antirides la plus chère au monde… Il va donc reprendre le combat du botaniste mystérieusement décédé contre les multinationales sans scrupule. Et au passage, tomber amoureux de sa veuve, Liz! Résultat, un roman écolo avec une bonne dose d’aventures et une touche de romance. Bref, une suite plutôt réussie pour «Hors de moi», devenu «Sans identité» au cinéma.

«Sans identité», de Didier van Cauwelaert, éditions Albin Michel, 246 pages, 19,50 €

Cote: 4/5

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