Un homme s’efface

Les romans de Sylvie Germain (« Magnus », « Jours de colère ») sont toujours un peu mystérieux. « Hors champ » ne déroge pas à la règle. La romancière nous invite à suivre le parcours d’Aurélien une semaine durant. Une semaine cruciale dans la vie du jeune homme… puisqu’elle sera la dernière avant son retour au néant. En quelques jours à peine, le jeune homme s’efface peu à peu, aux yeux des simples passants qu’il croise dans la rue, mais aussi aux yeux de ses collègues, de sa famille et même de sa petite amie. Son image devient floue pour enfin disparaître complètement. Plus il perd en visibilité, plus il gagne en sensibilité. Des sons et des odeurs environnantes, des sentiments et des douleurs d’autrui, il fait siens. Le phénomène est irréversible. Sa présence s’éteint tout simplement et son souvenir quitte les mémoires. Phénomène étrange dont l’auteure ne pipera mot. Le lecteur curieux dévorera les pages à la recherche d’une explication, mais en vain. Alors, un cauchemar ? Un conte ? Cet ouvrage doux et poétique se veut avant tout une réflexion sur notre place dans ce bas monde. Quelle place, quelle importance avons-nous pour notre entourage ? Sommes-nous indispensables, irremplaçables ? Tant de questions angoissantes qui nous taraudent l’esprit et surtout celui de Sylvie Germain.

Anne-Sophie

« Hors champ », de Sylvie Germain, éditions Albin Michel, 15 euros

Cote : 4/5