Désintox

Eric Holder aime dérouter le lecteur. Pas question de lui tenir la main tout au long du récit, il l’aiguillera juste ce qu’il faut et s’amusera des interrogations. Son roman est fractionné en de multiples petits chapitres, jusque là rien de bien exceptionnel, si ce n’est que le premier d’entre eux ne semble se rattacher à aucun autre… Surprise… Le titre “Bella ciao” évoque la fin d’une histoire d’amour. Certes, l’amour est omniprésent dans ce court roman de 146 pages, mais l’amour auquel l’auteur fait référence est davantage celui qui lie l’ivrogne à sa bouteille. Notre héros, un écrivain qui a signé un best-seller et s’est ensuite reposé sur ses lauriers, vit depuis de trop longues années aux crochets de sa belle Myléna qui finalement en a eu assez. L’alcool est sa seule passion. Se retrouvant à la rue, il décroche un emploi d’ouvrier agricole. Un boulot abrutissant. La bouteille reste son principal soutien. Jusqu’au jour où il décide de reconquérir Myléna et de tenter de rattraper le temps perdu avec ses enfants.

Anne-Sophie

“Bella ciao”, d’Eric Holder, éditions Seuil, 146 pages, 16 euros

Cote: 3/5

Le beat parfait

Un Afro-Américain accro au banc solaire erre dans le Berlin Ouest d’avant réunification. Le bien-être que procurent les rayons du soleil lorsqu’ils réchauffent les visages et les corps lui manque cruellement. Un sacré bonhomme, ce DJ Darky qui a quitté les USA pour peaufiner son beat parfait, sa Joconde sonique comme il l’appelle. Son oeuvre a besoin d’une dernière touche de génie qu’un seul homme est en mesure de lui apporter: Charles Stone, un jazzman d’avant-garde, alias le Schwa. Mais personne ne sait où se terre l’artiste. Etonnante coïncidence, Darky reçoit par voie postale, en provenance de Berlin, la bande-son épatante d’une vidéo porno qui met en scène un homme et une poule. Le DJ est intimement convaincu que cette composition est l’oeuvre du Schwa. Sur les traces de son maître spirituel et artistique, il se fait embaucher en qualité de caviste pour juke-box au “Slumberland”, un bar berlinois que fréquentent de jeunes (et moins jeunes) Allemandes en quête d’exotisme pour une aventure d’une nuit. Paul Beatty, auteur de cinq romans, dont le petit dernier “Slumberland”est le premier à être traduit en français, se penche ici sur la “négritude”, la grandeur et la décadence de l’homme noir, sur l’amour et le sexe, sur la mutation du Berlin en voie de réunification, le tout se fondant sur un background musical des plus pointus. “Slumberland” est indéniablement une des découvertes intéressantes de cette rentrée littéraire.

Anne-Sophie

“Slumberland”, de Paul Beatty, éditions Seuil, 327 pages, 21 euros

Cote: 4/5

La gloire et ses lendemains

De petites histoires surprenantes, parfois amusantes, apportent leur lot de fraîcheur et de réflexion dans ce recueil de nouvelles signé Paul Fournel. L’auteur y manie la langue française avec légèreté et titille l’intérêt des lecteurs curieux de découvrir tous ces récits mettant en scène de simples quidams et de grandes stars en quête de gloire et de reconnaissance. Des récits qui nous parlent et nous remuent à l’occasion. Vedette d’un instant, champion d’un jour, le pêcheur d’esturgeon, la mariée napolitaine, le quarterback et le rocker, le lanceur de couteaux, la trapéziste, l’amoureux transi, la boulangère passent tour à tour dans la lumière et doivent en payer le prix. Après les strass, viennent les bleus, les courbatures. Les chutes apportées à certains récits sont vraiment surprenantes, d’autres le sont nettement moins, décevant alors le lecteur avide de surprises.

Anne-Sophie

«Courbatures», de Paul Fournel, éditions Seuil, 168 p., 14 euros

Cote: 4/5