Il sera une fois… Bernard Werber

werber 3Ses histoires, Bernard Werber ne les commence pas par «il était une fois» mais bien par il sera une fois! Et de fait: son dernier roman, «Le miroir de Cassandre», raconte la vie d’une visionnaire, Cassandre Katzenberg. Cette jeune fille de 17 ans a en effet hérité de son antique homonyme du don d’entrevoir le futur mais aussi de la malédiction de ne pas être écoutée. Difficile de sauver le monde dans ces cas-là!

Avec vous, les histoires ne commencent pas par il était une fois mais bien par il sera une fois…

« Oui. C’est vrai!» 

Le don d’entrevoir le futur comme celui de Cassandre, cela vous plairait?

«Je crois que tout le monde voit le futur. On sent plus ou moins où l’on va. Le problème ensuite, c’est de savoir ce qu’on en fait. Les gens n’ont pas envie de voir le futur parce qu’après ils vont tourner devant cette idée : qu’est-ce que je peux faire pour arranger les choses ? Et vu qu’ils n’ont pas de solutions, ils ont coupé leur capacité à voir le futur. En fait, les politiciens, les scientifiques et les philosophes n’osent pas parler du futur.  Donc c’est aux auteurs de science-fiction de s’autoriser à faire ce travail. Parce qu’il faut qu’il y a ait actuellement des gens qui pensent au futur et qui ait envie de le changer. Tout ce que nous avons de bien actuellement a été pensé par nos ancêtres. Tout ce que nos petits enfants auront de bien a été pensé maintenant.»

Si, comme Cassandre, vous découvrez en rêve qu’un attentat se prépare, que feriez-vous?werber 4

«J’essaierais d’avertir mon entourage, voire les autorités, voire d’agir. Nous sommes actuellement une société où la plupart des gens sont rentrés dans une sorte de lâcheté confortable. Des gens peuvent se faire agresser autour de nous sans qu’on ne réagisse. C’est un peu comme cela que fonctionne notre système. Même quand il y a un attentat terroriste, tout le monde dit que c’est affreux, mais personne ne fait rien. Tant qu’ils n’ont pas été victimes eux-mêmes, les gens ne se rendent pas compte qu’il y a une sorte de retour de la barbarie et de la sauvagerie et qu’il faut au moins être clair dans ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas.»

Vous aimeriez une montre qui indique la probabilité de mourir dans les cinq minutes, comme celle de Cassandre ?

«Oui, beaucoup!»

«Ce sont nos rêves d’aujourd’hui qui vont créer les réalités de demain » concluent vos personnages dans le livre. Et vous, la société de demain vous la voyez comment?

«Il y a le positif et le négatif. Je vois une chance de réussir et une chance d’échouer. Pour ce qui est d’échouer, c’est annoncé tous les jours aux actualités. On nous annonce le réchauffement climatique, la pollution, la guerre nucléaire. Maintenant, il faut imaginer le positif. Pour moi, c’est arrêter la croissance économique, la croissance financière, la croissance démographique. On s’arrête et on réfléchit. Et on cherche à établir une meilleure répartition des richesses, une meilleure communication entre les individus.»

Vous pensez qu’on peut influencer le futur ?

«Ah oui! Je crois qu’une goute d’eau fait déborder l’océan. N’importe quel individu qui décide de faire quelque chose agit sur le monde.»  

Ce livre, c’est un peu une manière de remettre en question la société d’aujourd’hui ?

«C’est une manière de se poser de nouvelles questions et d’essayer de changer les choses dans le bon sens. J’ai l’impression que le drame de notre époque, c’est que les gens sont résignés. Tout le monde à l’impression d’être trop petit, que ce sont des enjeux qui nous dépassent. Du coup, les gens sont démobilisés. ‘Le Miroir de Cassandre’ est fait pour redonner envie aux gens de se prendre en main et de se reconnecter à eux-mêmes.»  

L’avenir de la planète vous préoccupe. Déjà dans «Paradis su mesure», vous envisagiez différents scénarios.

«Je crois que tout être humain doit se préoccuper de l’avenir de la planète. Le contraire de cela, c’est se préoccuper juste de soi-même, mais c’est très limité. On étouffe au bout d’un moment. Aller vers les autres et se préoccuper des autres me semble nécessaire à la survie.  En tout cas d’un esprit sain.»

Vos personnages sont attachants. Comment sont-ils nés?

«Pour Cassandre, il y avait un défi: essayer de ressentir ce que peut ressentir une jeune fille de 17 ans, autiste et orpheline. C’est un vrai challenge pour un écrivain de ressentir d’abord ce que peut ressentir une femme, et ensuite, une femme jeune et qui souffre d’un problème de communication. Mais au bout d’un moment j’enfilais ce personnage comme on enfile un vêtement. Pour me mettre à écrire, je devenais elle. Je devenais Cassandre Katzenberg et j’essayais de ressentir ce qu’elle pouvait ressentir en permanence. Pour les autres personnages, c’était pareil. Il fallait se mettre dans la peau d’un marabout africain, d’une ex-mannequin italienne. Ces personnages m’amusaient beaucoup et je les retrouvais avec plaisir.»

werber 2 Vous mettez parfois des gens que vous connaissez dans vos livres?

«Non, je m’inspire d’une personne pour créer une sorte de base, sur laquelle je vais ajouter d’autres éléments de personnes que je connais, puis après je vais ajouter de l’imaginaire ».

Cassandre décrit chaque personnage qu’elle rencontre comme ressemblant à tel ou tel acteur. Cela pourrait devenir un film ?

«Quand vous devez transmettre l’image d’un personnage au lecteur, il y a plusieurs manières. Soit vous dites qu’il a de grands yeux, un long menton, un nez pointu… Mais cela demande beaucoup de travail de la part du lecteur. Par contre, si vous dites qu’il ressemble à Harrison Ford, l’image arrive plus précisément, plus vite. Donc je me suis amusé à utiliser directement les stars pour pouvoir nourrir le livre.»

On y retrouve aussi des grands livres de science-fiction, comme ‘Le papillon des étoiles’, ‘L’arbre des possibles’…

«Oui, j’ai essayé de faire que tous mes livres soient connectés et que, pour les lecteurs qui me suivent, il y ait un plaisir supplémentaire, de retrouver les noms et des liens de familles.»

On sent que vous étiez journaliste et que vous aimez les mots. Je pense au passage sur l’étymologie des mots, les oxymores…

«Les mots, c’est mon métier. Ce sont les briques avec lesquelles je construits mon édifice. Donc le minimum c’est de s’intéresser à eux!»

Vous êtes l’un des auteurs français les plus lus au monde. Cela vous fait quoi ?

«Cela me fait très plaisir! Cela montre que le public est le vrai lecteur. J’adore l’idée que les livres vivent avec le temps. Le temps révèle les bons livres des mauvais livres.  Les livres qui sont à la mode ne résistent pas au temps. Au bout d’un moment, on les oublie.  Alors que les bons livres, eux, restent. Et ils vivent en poche, ils vivent du bouche à oreille. Je compte beaucoup là-dessus: faire des livres qui résistent au temps.»

 

DIX VERSIONS D’UN MEME ROMAN

Pour rédiger une histoire, l’auteur des «Fourmis», du cycle des anges et de la trilogie des dieux commence toujours par une petite nouvelle. De cette nouvelle, il extrait le début, le milieu et la fin. «Autour de cela, je vais progressivement créer les personnages que je vais introduire dans la nouvelle», confie-t-il. «Et au fur et à mesure, j’écris une sorte de premier jet, qui est une sorte d’expérience du livre, une exquise». Ce premier jet, il va l’observer, l’oublier et tout de suite en faire un deuxième jet. «Je vais en fait réécrire le même livre une dizaine de fois avec dix histoires différentes pour trouver le bon ton.»

Pour lui, avoir été journaliste scientifique est un atout. Cela lui a permis de faire des reportages sur l’autisme, les probabilités, et sur les dépotoirs, des choses qui lui ont servi pour faire ce livre. Sans oublier qu’il raconte aussi, à la fin du livre, avoir lui-même vécu «une expérience involontaire de clochardisation» à l’âge de 18 ans, après s’être fait détrousser de toutes ses économies à New York. De quoi l’aider quelque peu à imaginer la vie de Cassandre et de ses nouveaux amis.

 

UN SITE INTERNET TRES LUDIQUE

Après le plaisir de la lecture, ne manquez pas non plus de passer faire un petit tour sur le très réussi site de l’auteur. Plus qu’une simple biographie et bibliographie de Bernard Werber, on y trouve des petits jeux interactifs sur ses livres. Un rapide petit quiz révèle si l’on peut, nous aussi, sauver le monde. On y découvre également un «arbre des possibles», du nom d’un de ces précédents recueils de nouvelles dont on retrouve une connexion dans «Le miroir de Cassandre». Sur le site comme dans le livre, «c’est un endroit où tous les gens qui ont envie de parler du futur et de réfléchir sur le futur peuvent venir déposer leur scénario», explique Bernard Werber. «C’est le livre dans le livre. J’aime bien cette idée.»

L’an dernier, après la sortie de ‘Paradis sur mesure’, Bernard Werber avait également lancé sur son site un sondage qui permettait de voter pour sa nouvelle du livre préférée. En fonction des réactions des gens, il avait promis de développer un thème ou l’autre en roman. «J’aime bien cela», confie-t-il. «C’est comme si les gens pouvaient choisir un tout petit peu le prochain livre». Celle qui a le mieux marché, confie-t-il, c’est ‘Demain les femmes’. ‘Le maître du cinéma’ et ‘Un amour en Atlantide’ ont bien fonctionné aussi. Son prochain roman sera d’ailleurs lié à l’une des nouvelles… 

www.bernardwerber.com

www.arbredespossibles.com

 

L’HISTOIRE

Miroir de CassandreSi Cassandre n’a aucun souvenir de son passé avant ses treize ans et l’attentat qui a tué ses parents, elle peut par contre voir le futur. Ses pouvoirs visionnaires se concentrent surtout sur les attentats terroristes qu’elle voit en songes avant qu’ils ne se produisent. Mais encore lui faut-il parvenir à convaincre d’autres personnes de l’aider pour pouvoir agir. Cette aide, elle va la trouver auprès de drôles d’énergumènes vivant à l’écart du monde, dans un gigantesque dépotoir. Outre Cassandre, on fait  donc la connaissance d’un ancien légionnaire baptisé d’un nom bien belge, Orlando Van de Putte, d’un marabout africain, Fetnat, d’une ex-mannequin italienne, Esméralda, et de Kim Ye Bin, un jeune Coréen, as de l’informatique et fan de proverbes. Autour de son poignet, Cassandre porte une montre, qui a la particularité de ne pas donner l’heure, mais la probabilité de mourir dans les 5 secondes…

L’auteur des “Fourmis”, du cycle des anges et de la trilogie des dieux nous emmène cette fois dans un Paris futuriste. Il y sera question de terrorisme, d’autisme et des lois de probabilités, tout en cherchant un remède pour sauver la planète. Plus encore peut-être que dans ses précédents livres, Bernard Werber, l’un des auteurs français les plus lus au monde avec Marc Levy, insiste sur le côté réaliste et psychologique.

Résultat: une grosse brique de 631 pages qui pourtant se dévore, pour l’histoire qu’elle nous conte bien sûr, mais aussi pour la beauté des mots et les digressions sur leur étymologie, les oxymores, etc.  A tel point qu’on en apprendrait presque certains passages par cœur!

Christelle

«Le miroir de Cassandre», de Bernard Werber, éditions Albin Michel, 631 pages, 22,90 €

Cote: 5/5

Disparition inquiétante….

tu ne jusgeras point Armel jobIl est question de disparition d’enfant dans le dernier livre du Belge Armel Job. L’histoire se déroule près de Liège, après l’affaire Dutroux. Denise Desantis abandonne son dernier né de treize mois dans son landau devant la porte d’un magasin, le temps d’y faire une course. Lorsqu’elle ressort du magasin, elle trouve la poussette vide. Tout porte à croire que l’enfant a été enlevé. Mais l’équipe chargée de l’enquête a un doute. Et si cette mère de quatre enfants n’était pas aussi innocente qu’elle n’y paraît? Une chose est sûre, le suspect n’est pas toujours celui qu’on croit. Alors moralité: tu ne jugeras point!

Son interview à lire ici !

Christelle

« Tu ne jugeras point », d’Armel Job, éditions Robert Laffont, 284 pages, 19 €

Cote: 3/5

Echecs, littérature et rock’n’roll…

GuenassiaC’est toute une époque que nous conte Jean-Michel Guenassia dans son premier roman, une brique de 768 pages mais néanmoins très digeste! « Le Club des Incorrigibles Optimistes » nous plonge en 1959, sur fond de rock’n’roll et de guerre d’Algérie. On y enboîte les pas de Michel Marini, douze ans, lecteur compulsif, passionné de baby-foot et photographe amateur. On le suit au Balto, un café parisien où, dans l’arrière-salle, se trouve un club hors du commun, celui des Incorrigibles Optimistes. Avec lui, on écarte le rideau et pousse la porte de ce club étrange pour y découvrir Joseph Kessel et Jean-Paul Sartre en train de jouer aux échecs. On y croise aussi Leonid, Igor, Sacha, Imré, Werner et les autres. Des hommes qui ont passé le Rideau de fer pour sauver leur peau. Ce roman est ainsi le portrait d’une génération, mais aussi le parcours d’un adolescent. Et si l’auteur y aborde des sujets sérieux, le livre n’en reste pas moins un roman très divertissant aux personnages attachants! Pour preuve, ses 768 pages s’avalent et se digèrent facilement! L’une des bonnes surprises de cette rentrée!

Christelle

« Le Club des Incorrigibles Optimistes », de Jean-Michel Guenassia, éditions Albin Michel, 768 pages, 23,90 €

Cote: 4/5

Tranches de vie

Colum McCannPrenant comme prétexte la balade incongrue dans les airs, entre les deux tours jumelles du World Trade Center, d’un funambule par un matin d’août 1974 à New York, Colum McCann nous conte dans son dernier roman des tranches de vie. Celle d’un prêtre irlandais vivant dans un taudis du Bronx et qui cherche Dieu au milieu des prostituées et des miséreux. Celle aussi de mères de jeunes soldats disparus au Vietnam folles de douleur face à l’inacceptable. Celle encore d’un couple d’artistes, d’as de l’informatique et d’un jeune taggeur. Celle enfin d’une prostituée qui, depuis sa cellule d’une prison new-yorkaise, nous crie son désespoir. Des destins de gens ordinaires qui se croisent et s’entrecoupent tandis que le vaste monde, comme dans le poème d’Alfred Lord Tennyson, poursuit sa course folle. Une très belle histoire faite de rencontres fortuites, d’amours impossible et d’amitiés improbables avec une petite touche de nostalgie pour cette rentrée.

Christelle

«Et que le vaste monde poursuive sa course folle», de Colum McCann, éditions Belfond, 448 pages, 22 €

Cote: 4/5

Galerie de portraits

Jacques BertrandAuteur d’une quinzaine d’ouvrages aux titres toujours amusants comme « Tristesse de la Balance et autres signes », « J’aime pas les autres » ou encore « Les sales Bêtes », Jacques A. Bertrand nous revient pour cette rentrée avec un nouveau livre au titre prometteur: « Les autres, c’est rien des sales types »! L’occasion pour l’auteur de dresser une galerie de portaits de personnages croustillants. Parmi ceux-ci figurent le Con (du grand au petit en passant par le pauvre con),  le Touriste qui gâche le paysage, l’Imbécile heureux désolant ou au contraire l’Agélaste qui ne rit jamais. S’y font croquer aussi le Conjoint et les querelles de ménage, le Jeune (heureusement provisoire),  le Voisin et son cocktail de nuisances, Médecin et Malade ou encore le Végétarien. Tout le monde y passe et vous ne manquerez pas de vous y retrouver écornés dans l’une ou l’autre des ces catégories! Mais l’auteur ne s’épargne pas non plus, puisqu’il en arrive à la conclusion que l’écrivain aussi est un sale type! Des petits portraits bien ciselés qui font sourire tout en mettant le doigt sur nos petits travers et ceux de notre entourage. Bref, d’agréables petits moments de détente, à lire à la carte pour cette rentrée…

Christelle

« Les autres, c’est rien que des sales types », de Jacques A. Bertrand, éditions Julliard, 138 pages, 15 €

Cote: 3/5

Désintox

Eric Holder aime dérouter le lecteur. Pas question de lui tenir la main tout au long du récit, il l’aiguillera juste ce qu’il faut et s’amusera des interrogations. Son roman est fractionné en de multiples petits chapitres, jusque là rien de bien exceptionnel, si ce n’est que le premier d’entre eux ne semble se rattacher à aucun autre… Surprise… Le titre “Bella ciao” évoque la fin d’une histoire d’amour. Certes, l’amour est omniprésent dans ce court roman de 146 pages, mais l’amour auquel l’auteur fait référence est davantage celui qui lie l’ivrogne à sa bouteille. Notre héros, un écrivain qui a signé un best-seller et s’est ensuite reposé sur ses lauriers, vit depuis de trop longues années aux crochets de sa belle Myléna qui finalement en a eu assez. L’alcool est sa seule passion. Se retrouvant à la rue, il décroche un emploi d’ouvrier agricole. Un boulot abrutissant. La bouteille reste son principal soutien. Jusqu’au jour où il décide de reconquérir Myléna et de tenter de rattraper le temps perdu avec ses enfants.

Anne-Sophie

“Bella ciao”, d’Eric Holder, éditions Seuil, 146 pages, 16 euros

Cote: 3/5

Une belle caricature du capitalisme

elsschot-bateauciterneAvec à peine 83 pages (soit moins que le dernier Amélie Nothomb!), voici sans doute le plus fin livre de cette rentrée! L’histoire, publiée en 1941, est une réédition d’un livre d’un de nos compatriotes, l’écrivain et poète de langue néerlandaise Willem Elsschot, à qui l’on doit le désopilent « Fromage ». Si elle se déroule en 1939, elle fait malgré tout vaguement penser à ces pourriels qui se glissent de temps à autres parmi nos e-mails, nous demandant d’aider l’expéditeur à récupérer de grosses sommes d’argent en Afrique ou ailleurs. Mais la ressemblance s’arrête là. Car cette histoire-ci débute à La Panne, en 1939. Jack Peeters porte un toast à la santé de la guerre qui vient d’être déclarée. Et pour cause! Sa rencontre avec un certain Booreman lui a permis de conclure une affaire en or: sans payer le moindre centime, il s’est retrouvé l’heureux propriétaire d’un bateau-citerne, qui ne manquera pas de prendre de la valeur avec le début de la guerre. Une belle arnaque? La réponse dans ce petit livre à l’accent belge, qui nous emmène de la Côte aux Ardennes avec une halte à Bastogne pour déguster du jambon… Une belle caricature du capitalisme toujours d’actualité!

Christelle

« Le bateau-citerne », de Willem Elsschot, éditions du Castor Astral, 13 €

Cote: 3/5

Le beat parfait

Un Afro-Américain accro au banc solaire erre dans le Berlin Ouest d’avant réunification. Le bien-être que procurent les rayons du soleil lorsqu’ils réchauffent les visages et les corps lui manque cruellement. Un sacré bonhomme, ce DJ Darky qui a quitté les USA pour peaufiner son beat parfait, sa Joconde sonique comme il l’appelle. Son oeuvre a besoin d’une dernière touche de génie qu’un seul homme est en mesure de lui apporter: Charles Stone, un jazzman d’avant-garde, alias le Schwa. Mais personne ne sait où se terre l’artiste. Etonnante coïncidence, Darky reçoit par voie postale, en provenance de Berlin, la bande-son épatante d’une vidéo porno qui met en scène un homme et une poule. Le DJ est intimement convaincu que cette composition est l’oeuvre du Schwa. Sur les traces de son maître spirituel et artistique, il se fait embaucher en qualité de caviste pour juke-box au “Slumberland”, un bar berlinois que fréquentent de jeunes (et moins jeunes) Allemandes en quête d’exotisme pour une aventure d’une nuit. Paul Beatty, auteur de cinq romans, dont le petit dernier “Slumberland”est le premier à être traduit en français, se penche ici sur la “négritude”, la grandeur et la décadence de l’homme noir, sur l’amour et le sexe, sur la mutation du Berlin en voie de réunification, le tout se fondant sur un background musical des plus pointus. “Slumberland” est indéniablement une des découvertes intéressantes de cette rentrée littéraire.

Anne-Sophie

“Slumberland”, de Paul Beatty, éditions Seuil, 327 pages, 21 euros

Cote: 4/5

Une société malade

Abha Dawesar, Indienne de 35 ans ayant fait ses études à New York avant de partager sa vie entre New Delhi et Paris, signe avec “L’Inde en héritage” un roman des plus aboutis. Loin de l’écriture légère et fantaisiste qui l’avait fait connaître, elle n’hésite pas cette fois à égratiner sérieusement la société indienne d’aujourd’hui. Subversif à souhait, ce roman est rapidement devenu best-seller dans la plus grande démocratie du monde. Aujourd’hui traduit en français, il ne manquera pas de nous faire découvrir une société grangenée par la corruption. L’auteure nous conte les travers de cette Inde d’aujourd’hui via le quotidien et l’innocence d’un jeune enfant, fils de modestes médecins qui s’échignent à la tâche du matin au soir. Le garçonnet, gavé d’antibiotiques, vit dans l’unique pièce familiale adossée à la consultation de sa mère. De santé fragile, il manque souvent l’école et -la promiscuité aidant- connaît tout des secrets des patients de sa mère… et de sa famille. Un noeud de vipères où l’amour familial n’a d’égal que l’opportunisme et la manipulation. Il y a Cousin, son modèle, fils de M et Mme Six-Doigts vivant aux crochets de Grand-Père, qui fricote avec la mafia locale, il y a Cousine qu’il faut marier quoi qu’il en coûtera (au propre comme au figuré), il y a Paria en mal de reconnaissance paternelle, et puis aussi Psiorasis au physique peu avantageux, Paget qui élève une fille qui n’est pas la sienne, Mme Parfaite qui a tout sacrifié pour son homme, M et Mme Poudre à la solde de leur fils Camé Raté, Prout l’oncle handicapé, etc. Sans oublier Miss Shampooing, icône et fiancée de toute une génération qui sera froidement assassinée. Une brochette de personnages qui permet à l’auteure d’évoquer de multiples maux. Trafic d’organes, disparitions et meurtres d’enfants en série, vie dans les bidonvilles, difficultés de logement, problème de la dote maritale, administration kafkaïenne, …, la liste n’en finit pas. Abha Dawesar décrit avec force cette corruption qui sévit à tous les étages de la société, ces pots-de vin qui permettent d’acheter le silence de la police, d’enfermer des innocents, d’obtenir les autorisations et les permis adéquats. Un portrait de société peu flatteur mais qui, vu au travers de l’innocence de l’âge, garde tout de même une certaine fraîcheur.

Anne-Sophie

“L’Inde en héritage”, d’Abha Dawesar, éditions Héloïse d’Ormesson, 317 pages, 20 euros

Cote: 4/5

http://www.abhadawesar.com/


659 livres pour la rentré littéraire 2009

Amélie Nothomb voyage d hiver659: c’est le nombre de nouveaux romans de cette nouvelle rentrée littéraire, attendus d’ici la fin octobre et le début de la remise des prix. Un nombre impressionnant, mais néanmoins en baisse par rapport aux années précédentes.

On est loin en effet des 727 livres de la rentrée 2007. Le cru 2008 avait déjà connu une baisse avec ‘seulement’ 676 livres. Mais qu’à cela ne tienne ! On ne manquera pas encore de lectures cette année. En voici un petit aperçu…

On pourra bien sûr compter chez Albin Michel sur le dernier Amélie Nothomb intitulé «Le voyage d’hiver». Pas mal (ne manquez pas son interview lundi prochain dans l’ITW de la semaine!), mais toujours aussi vite lu (130 pages à peine).

Outre Amélie Nothomb, Albin Michel publie pour cette rentrée «Hors champ», de Sylvie Germain, «Sépharade» d’Eliette Abécassis  et Jean-Michel Guenassia, un nouveau venu de 59 ans au premier roman, «Le club des incorrigibles optimistes», jusqu’ici très prometteur (sur la table de chevet en ce moment et très bientôt donc sur Clair de Plume !).foenkinos

Parmi les autres romans attendus de cette rentrée, on notera aussi «Mauvaise fille», de Justine Lévy  (éditions Stock), «La délicatesse», le petit dernier très réussi de David Foenkinos paru chez Gallimard (lire la citation ci-contre pour se mettre en appétit!), «Les heures souterraines» de Colum McCannDelphine de Vigan (éditions JC Lattes), «Le jeu de l’ange» de l’Espagnol Carlos Ruiz Zafon (chez Robert Laffont), le dernier roman de Richard Price «Souvenez-vous de moi» (éditions Presse de la Cité), «Slumberland» de Paul Beatty (éditions du Seuil)  ou encore «Et que le vaste monde poursuive sa course folle» de l’Irlandais Colum McCann (éditions Belfond).

Car si le nombre de romans en français a quelque peu diminué (36 de moins que l’an passé), la littérature étrangère connaît, elle, une légère hausse: 229 nouveautés contre 210 en 2008.