Lutte d’une dynastie fruitière

Dix après “Camille” pour lequel il avait alors décroché le prix Décembre, Anthony Palou, journaliste au ‘Figaro’, nous revient avec “Fruits et Légumes” en cette rentrée littéraire. Ce court récit nostalgique, riche en souvenirs d’enfance et d’adolescence, conte l’histoire d’une dynastie fruitière qui avait en son temps quitté l’Espagne franquiste pour Quimper, en Bretagne. Le narrateur adulte se plonge dans son passé et évoque l’ascension socio-économique familiale mais aussi sa terrible chute. Le grand-père se lança à corps perdu dans les fruits et légumes, son commerce se portait plutôt bien malgré les piètres qualités commerciales de sa grand-mère. Ce fut ensuite au tour du père de reprendre le flambeau. Un père absent, complètement déconnecté de ses enfants, et dont les qualités de gestion n’ont point fait leurs preuves. De malchance en mauvaise gestion, c’est la dégringolade. Les dettes s’accumulent, la valse des saisies fait son oeuvre, la boutique ferme et le père grand parieur au demeurant ne s’en remettra jamais. En filigrane, le narrateur, alors adolescent, nous compte ses premiers émois amoureux et la voie de la médiocrité qu’il choisira alors. Le récit fluide et lancinant berce le lecteur au fil de ses 153 pages. Ce dernier appréciera la plume délicate d’Anthony Palou qui se joue des mots avec délectation et use des expressions les plus recherchées. Un joli exercice de style!

Anne-Sophie

“Fruits et légumes”, d’Anthony Palou, éditions Albin Michel, 153 pages, 14 euros

Cote : 3/5

Petite fille deviendra grande

Nouvel exemple d’une jeune auteur qui passe de la blogosphère à la BD. Un parcours qui n’a plus rien de bien exceptionnel à l’heure actuelle. Les éditeurs écument le web à la recherche des jeunes talents prometteurs. La toile leur permet de faire leur marché facilement… sans prendre trop de risques. Le projet «Marshmalone» est de ceux-là. Le roman graphique signé Lolita Séchan (la fille de Renaud et la femme de Renan Luce, rien de moins) se penche sur l’ «adulescence». Remarquée sur son blog pour son style frais et candide, Lolita Séchan semble obsédée par les lapins blancs qui ponctuent inlassablement ses dessins. Un symbole -il est vrai- tout bien trouvé pour illustrer l’état d’esprit de ces jeunes adultes qui ne parviennent à quitter qu’à grand-peine l’adolescence. Lolita est une adulescente comme les autres. Elle collectionne des tas d’objets inutiles et se délecte de ses souvenirs d’enfance. Mais Lolita a le cœur en peine car elle vient d’apprendre l’arrivée prochaine d’un petit frère. Elle qui a grandi en tant que fille unique va devoir partager son père avec ce nouvel arrivant. Le petit frère va forcer la grande sœur à grandir. Dubitative, jalouse, sadique, émue, elle sera finalement conquise par le petit d’homme, mais ne cessera jamais de s’interroger sur le sens de la vie.

Anne-Sophie

«Marshmalone», de Lolita Séchan, éditions Hélium, 112 pages, 14,90 €

Cote : 3/5