Parcours d’auteur: PHILIPPE DELERM

© Hermance Triay

Nom: Philippe Delerm
Age: 61 ans (27 novembre 1950)
Profession actuelle: écrivain

Quel métier rêviez-vous de faire enfant?
«Je rêvais d’être journaliste sportif. Et assez vite, j’ai voulu devenir champion d’athlétisme, mais c’était un sport amateur à l’époque où j’étais enfant. Je rêvais d’être un grand athlète, même si je n’avais pas les moyens physiques pour cela. Par contre, être spécialiste d’athlétisme de ‘L’équipe’, cela, c’était mon rêve.»

Alliez-vous volontiers à l’école?
«J’y habitais. Mes parents étaient instituteurs et à l’époque les instituteurs habitaient dans l’école. Donc c’est difficile de répondre à cette question parce que c’était ma vie entière. Avant, après. Globalement, j’aimais bien ce lieu. Mais aller en classe, c’était parfois différent. J’étais souvent en classe avec mes parents. En plus, mon père était le directeur de l’école. C’était un petit peu compliqué parce qu’il fallait que je me démarque, que je ne sois pas le fils du dirlo. Donc je faisais peut-être un peu plus de bêtises que ma nature ne m’aurait poussé naturellement à faire pour être un petit peu du mauvais côté. Alors que j’étais plutôt sage, mélancolique et rêveur.»

Vous étiez donc bon élève?
«Oui, mais cela n’a pas duré. J’ai redoublé ma troisième. J’ai eu mon bac, c’était un miracle! Tout ce qui était de l’ordre du langage, c’était bon. Par contre tout ce qui était de l’ordre du raisonnement, la compréhension d’abstraction, là j’ai plus de mal.»

Qu’avez-vous fait comme études?
«J’ai fait des études de lettres. Après mon baccalauréat, j’ai fait un mois de stage comme journaliste au journal France Soir. Et puis l’ambiance ne m’a vraiment pas plu. Je me suis dit qu’il allait me falloir 25 ans pour faire mon trou. Je trouvais les journalistes sportifs un peu frimeurs. Petite voiture décapotable, petite nana. Cela ne m’emballait pas trop cette ambiance-là. Donc à la rentrée, je suis parti en fac de lettres. Et après une licence de lettres, j’ai passé le concours pour être professeur puisque entre temps, j’avais rencontré la femme de ma vie.»

Quels sont les métiers que vous avez exercés?
«Mon premier job d’été, cela a été ce stage. Je n’en ai pas exercé d’autres. Ce n’était pas vraiment dans ma culture familiale. On allait en vacances chez mes grands-parents qui étaient paysans. Les vacances, j’avais ce privilège de pouvoir traînasser tant que je pouvais à bicyclette sur les routes du sud-ouest de la France.»

Vous souvenez-vous de ce que vous avez fait de votre premier salaire?
«En sortant de France Soir, fin juillet, avec mes 690 francs je crois, je suis allé m’acheter -j’étais quand même très coquet!-, deux jeans, deux polos!»

Delerm, caustique et observateur

© Hermance Triay

Un vieux con, Philippe Delerm? Un vieux con observateur alors, caustique à ses heures. Ironique aussi. Dans son dernier recueil, il part à la chasse aux petites phrases toutes faites, mais révélatrices.

Où avez-vous pêché toutes ces petites phrases?
«J’ai procédé de façon peut-être un peu inattendue pour un livre comme cela. Je n’ai jamais de carnet sur moi pour noter les phrases que j’entends, puisqu’il s’agit-là de phrases entendues… ou que je peux prononcer aussi d’ailleurs. Cela se décante un peu de façon différente. Ce sont des phrases en l’occurrence dont je me dis après coup, mais vraiment longtemps après coup, qu’elles sont intéressantes, c’est-à-dire qu’elles manifestent quelque chose de la vie d’aujourd’hui, mais un petit peu plus aussi, qu’il y aurait un petit peu de l’éternel humain.»

C’est donc une sorte de satire des rapports humains que vous faites avec ces petites phrases.
«Oui, je me suis rendu compte après coup que c’était vraiment un recueil sur la façon de vivre en société, sur ce qu’on entend, sur la vie avec les autres, sur ce que les autres disent et sur ce que vous dites vous-même souvent. Même la phrase éponyme, ‘Je vais passer pour un vieux con’, je la prononce pas mal (rires). Mais c’est loin d’être la seule dans le recueil. Du coup, cela rend le livre peut-être un peu moins caustique (parce que j’espère que le livre est quand même assez ironique, et un petit peu drôle par moments!) vu que c’est un humour que j’exerce la plupart du temps à mes propres dépens.»

Lesquelles des petites phrases que vous pointez utilisez-vous le plus fréquemment?
«Dans les phrases plutôt tristes ou mélancoliques que je commence à utiliser, c’est ‘je ne m’en servirai plus maintenant’ à propos d’un objet qu’on utilise plus et que l’on donne à quelqu’un. Sinon, je dis forcément ‘c’est moi’. Mais c’est vrai que c’est un grand honneur de pouvoir dire ‘c’est moi’. C’est qu’on a au moins quelqu’un. Éventuellement deux ou trois quelqu’un à qui on peut dire cela. Par contre, la phrase a changé de caractère depuis que sur les téléphones mobiles, on voit apparaître le nom de l’interlocuteur. Maintenant, elle est plutôt réservée aux digicodes.»

La palme, vous l’attribuez dans ce livre à l’excuse «J’étais pas né».
«Oui. ‘J’étais pas né’, c’est une phrase de petits cons pour le coup. Dans un jeu télévisé qui passe à l’heure de midi, très, très souvent, les candidats jeunes, quand ils n’ont pas de réponse à une question disent qu’ils n’étaient pas nés. L’animateur, Nagui, cela l’énerve prodigieusement cette phrase. Il avait donc demandé au candidat si du coup il ne connaissait pas non plus les pyramides, etc. (rires). Pour me disculper d’être un vieux con, j’ai donc fait le parallèle avec la bêtise de certains jeunes!»

Pourquoi avoir choisi ce titre ironique?
«Il y a là quand même, c’est vrai, une prise de risques assez maximale. Peut-être que je me dis qu’après tout, à 61 ans, je peux m’autoriser ce risque-là. Et puis je trouvais que cela situait bien le ton du recueil, qui est peut-être un peu plus humoristique que ce que je fabrique, que ce que les gens attendent a priori de Delerm.»

Vous aimez vraiment les petites phrases, non? Ce livre est un peu dans le même registre que «Ma grand-mère avait les mêmes».
«Oui, oui. Les petites phrases ont l’avantage d’être vraiment dans la vie des gens. Curieusement, cela m’évite parfois d’utiliser des pronoms comme ‘on’ que j’utilisais toujours pour mes textes courts. C’est aussi une façon de décrire une scène. On pourrait dire que d’une certaine façon, le fais un petit peu mon La Bruyère en décrivant le caractère à travers cela. À la différence près que je suis quand même embarqué dans le truc, ce qui m’autorise à être méchant et que je suis, en l’occurrence, souvent méchant avec moi aussi. Parce qu’après tout, cela m’est déjà arrivé aussi par exemple de dire dans des émissions littéraires, je le dis dans le livre, ‘j’en parle dans le livre’ qui est toujours une phrase catastrophique pour un auteur et qu’on entend pourtant très souvent!»

Christelle 

En quelques lignes

«Comme il l’a cassé!», «J’étais pas né», «Quand on est dedans, elle est bonne», «C’est peut-être mieux comme cela», «Il y a longtemps que vous attendez?», «Mets ta cagoule!», «On n’est pas obligé de tout boire!»… Philippe Delerm traque dans ce recueil les petites phrases toutes faites, parfois stupides, souvent agaçantes, et qui nous échappent à tous de temps à autres. Tour à tour acides, drôles ou ironiques, ces petites phrases reflètent aussi une époque. L’auteur de «La Première Gorgée de bière» prouve ici qu’il a toujours le goût des mots. À paraître le 13 septembre.

«Je vais passer pour un vieux con», de Philippe Delerm, éditions du Seuil, 140 pages, 14,50 €

Cote: 3/5