Maxime Chattam renoue avec les thrillers

© Richard Dumas

Marquant une pause dans sa série fantastique «Autre-Monde», Maxime Chattam revient avec un nouveau thriller palpitant qui nous plonge dans les coulisses de l’Exposition universelle de 1900, entre monstre légendaire et le fantasme de maîtriser le temps.

Votre héros, Guy de Timée, est écrivain comme vous. Vous avez beaucoup d’autres points communs?
«Oui, pas mal! D’abord son nom puisque Guy est mon second prénom. Et le Timée de Platon, c’est le dialogue où Platon parle de la pluralité. Je me retrouve assez en lui dans son processus de création des personnages. C’était un moyen finalement de parler de la littérature, de la création littéraire au travers d’un romancier qui a mené une enquête. Son processus pour essayer de comprendre le tueur est quelque chose que je fais moi aussi quand je prépare un roman. En revanche, il y a des choses pour lesquelles je ne me retrouve pas du tout en lui, et c’est volontaire. Ce n’est pas mon double non plus. C’était important pour moi de le faire écrire des satires sociales, qu’il ne soit pas heureux. La rançon de son succès lui impose tout le temps la même chose, là où justement moi je me permets de m’amuser, au sein même des thrillers où je change un peu d’univers à chaque fois, et où je me permets même des ‘Autre-monde’. Je trouvais amusant de le faire fuir tout cela pour lui faire écrire un roman policier. Ce qui moi m’équilibre pouvait peut-être l’équilibrer lui!»

Il essaie d’imiter Conan Doyle. C’est aussi un modèle pour vous?
«Oui, dans sa façon de raconter son histoire, de surprendre le lecteur à la fin, d’avoir un personnage très fort. Par moments, Guy a lui aussi ce côté presque agaçant de toujours savoir, un peu à la Sherlock Holmes. Donc c’était mon Sherlock Holmes à moi. Sauf qu’à la place de son faire-valoir qui est Watson, je voulais plutôt un personnage qui lui servait d’alter ego, qu’il trouve en Faustine mais aussi en Perotti, chacun à sa manière. Perotti avec son côté masculin, Faustine avec sa vision féminine, son instinct. Je suis un grand fan de Conan Doyle, dans tout ce qu’il a fait, pas seulement Sherlock Holmes. Il est une grande référence pour moi.»

Mais rassurez-nous, vous n’avez pas besoin, vous, pour écrire, de vous confronter avec la mort, de vous imprégner de la violence, du sang…
«Non, heureusement! Et en même temps, j’ai quand même dû faire des études de criminologie pour parler de ces sujets-là!»

Ce thriller, c’est aussi une balade dans les coulisses de l’Expo universelle de 1900. Cela vous a demandé beaucoup de recherches?
«Oui. J’ai vraiment voulu m’immerger complètement pour retranscrire cela avec mes mots mais tout en restant fidèle dans le moindre détail à la réalité. Et tout ce qui est écrit dans le livre a existé. La rue Monjol, les attractions que je décris de l’Exposition universelle, le grand bateau, les grandes peintures qui défilent… Tout cela est vrai dans les moindres détails.»

Vous auriez aimé vivre à cette époque ? Quels personnages auriez-vous aimé côtoyer?
«Oui, j’aurais adoré vivre à la fin du 19e pour rencontrer Darwin, Conan Doyle, Jules Verne, ou encore Churchill enfant… Certains horlogers aussi: je suis un fan de montres. Il y a des tas de personnages que j’aurais adoré rencontrer, les voir vivre.»

Situer votre thriller à cette époque, cela vous prive de toutes les techniques modernes, comme l’ADN.
«C’était frustrant et en même temps intéressant. Cela me lançait le défi de pimenter mon récit avec des techniques qui seraient contemporaines de cette époque-là. Et il fallait que ce soit en rapport avec un romancier, la création, l’écriture. Je suis donc parvenu à deux éléments que je pouvais utiliser. Le premier, c’est la graphologie. Cela colle avec ce personnage qui écrit à la main, est passionné de mots, de calligraphie, de tout ce qui va avec. C’est une méthode quasi scientifique donc très intéressante. Le second élément dont je pouvais me servir était celui de la projection créative, ce qu’on appelle aujourd’hui le profiling. On cherche à faire parler des faits, à les étudier dans les moindres détails pour comprendre la personnalité qui en est responsable. C’est finalement ce que fait un romancier quand il crée un personnage.»

Vous avez déjà assisté à des séances de spiritisme?
«Oui, énormément quand j’étais adolescent. Moins après, mais j’ai toujours trouvé cela intéressant. J’avais envie de m’amuser avec ce contexte-là, un peu ésotérique. Je trouvais qu’un roman qui se situait en 1900 devait absolument jouer avec les codes du fantastique, les codes du gothique, et les codes du roman policier qui sont des littératures nées à cette époque.»

Vous croyez aux fantômes?
«Pas vraiment, non. Je suis très cartésien au contraire. En revanche, je trouve cela amusant d’essayer de leur donner une explication rationnelle et de jouer avec cela.»

« Léviatemps » fait référence au monstre légendaire mais aussi au temps. La maîtrise du temps, c’est un fantasme?
«Cette créature mythologique qui vit dans les abysses de chacun, c’est un peu notre part d’ombre sous forme d’entité. Mais c’est aussi le Léviathan industriel qui est en train de se mettre en place à cette époque-là, c’est le Léviathan historique, politique, c’est la ville de Paris. Et en même temps, je pense que tout ce qui motive un individu dans cette notion, dans ses fantasmes, est lié à ses peurs de vivre et à ses peurs de mourir, donc au temps. Il y a donc l’équation entre le Léviathan et le temps, parce que l’un nourrit forcément l’autre. Je devais faire un jeu de mot avec cela.»

Hubris, c’est votre Jack l’Eventreur à vous?
«Oui, je fais en effet des références à Jack l’Eventreur. Il y a d’ailleurs un clin d’œil, une question qui est posée: est-ce que ce n’est pas lui qui sévissait déjà à l’époque, en Angleterre?»

Vous avez déjà commencé votre prochain thriller?
«Oui, il y aura une suite et fin à ‘Léviatemps’. Ce thriller n’appelle pas de suite parce qu’il y a une vraie fin. Mais le deuxième tome permettra de revoir cette fin sous un autre jour et de se rendre compte que tout n’est peut-être pas aussi simple que ce que pouvait laisser croire le premier tome…»

Vos héros d’Autre-Monde ne vous manquent pas?
«Si, pas mal, c’est vrai! Mais en même temps, je sais que je vais les retrouver bientôt. Je pense que d’ici janvier, je vais rattaquer la suite. Cela laisse le temps aux idées que j’avais de mûrir avant de reprendre. J’ai déjà scénarisé toute la série. Donc ce n’est pas plus mal de laisser du temps. Cela me permet de me demander si j’ai vraiment envie que cela se passe comme cela. Pour l’instant cela n’a pas changé mais… Je suis impatient de les retrouver, c’est vrai.»

Il n’y pas pour l’instant de projets d’adaptation au cinéma de prévus?
«Cela pourrait, si un jour un producteur s’y intéresse, pourquoi pas…»

Christelle

En quelques lignes
Romancier à succès du Paris de la fin du 19e siècle, Guy de Timée décide de plaquer femme et enfant pour se confronter à la violence, au sang et à la mort. Espérant de la sorte trouver matière à un roman policier comme ceux de ce Conan Doyle qu’il admire, il s’installe dans le grenier d’une maison close. Cette mort qu’il désire tant approcher, il ne va pas tarder à la côtoyer. Milaine, l’une des jeunes prostituées, est retrouvée assassinée dans des circonstances particulièrement étranges. Un crime que la police entend bien étouffer alors que s’ouvre à Paris l’Exposition universelle. Guy va donc mener sa propre enquête, aidé de Faustine, une mystérieuse courtisane, et de Marcel Perotti, un jeune inspecteur amoureux de la victime. Et si Milaine n’était pas la première? Et si un monstre rôdait vraiment dans les rues de la capitale? En maître incontestable du suspense, Maxime Chattam nous balade dans le Paris de 1900 et les coulisses de l’Exposition universelle, ajoutant à l’intrigue une petite touche d’ésothérisme, tout en s’intéressant à ce secret qui fascine l’homme depuis la naissance de la civilisation, à savoir la maîtrise du temps.

«Léviatemps», de Maxime Chattam, éditions Albin Michel, 443 pages, 22 €

Cote: 4/5