Hibernatus, mais à la sauce Marc Levy

marc levyEt si parfois, les romanciers prenaient de l’avance sur les scientifiques? Espérons en tout cas que le dernier roman de Marc Levy insuffle un peu d’inspiration à la recherche en neurosciences!
Dans « L’horizon à l’envers » (à paraître le 11 février), l’auteur laisse son imagination divaguer à partir de l’histoire vraie de Kim Suozzi (dont le NewYork Times se fait l’écho ici), cette jeune femme de 23 ans qui, se sachant atteinte d’un cancer alors incurable, décide de se faire cryogéniser à sa mort dans l’espoir de se réveiller à une époque où cette vilaine maladie pourrait enfin être soignée.
C’est donc un « Hibernatus » mais à une sauce 21e siècle des plus plausibles (et avec en prime une jolie romance comme les filles en raffolent)  qui se dévoile au fil des pages. Dans la fiction, Kim cède la place à Hope, une jeune étudiante américaine en neurosciences.  Sur le campus, Hope se lie d’amitié avec Josh et Luke, deux étudiants plutôt  brillants qui, pour financer leurs études,  travaillent au « Centre », un laboratoire privé et très secret ayant adopté pour philosophie l’adage de Victor Hugo: « Rien n’est plus imminent que l’impossible ». Les semaines passent. Josh et Hope deviennent un peu plus qu’ami. Et Luke et Josh proposent à Hope de les épauler dans leurs recherches.
A eux trois, ils vont imaginer une technique permettant de sauvegarder la conscience d’un individu. Aussi, lorsque Hope se retrouve telle Kim atteinte d’un mal incurable, ils décident de mettre en pratique leur projet…
Quant au dénouement, il est tel que, à coup sûr, si nous avons nous aussi un jour l’occasion de réaliser un back-up de notre mémoire, il ne pourra qu’en subsister une trace quelque part !

Christelle

« L’horizon à l’envers », de Marc Levy, éditions Robert Laffont/Versilio

Cote: 5/5

60 jours chrono

Qui  ne s’est jamais surpris à vouloir rembobiner un morceau de sa vie? C’est ce qui arrive au héros de « Si c’était à refaire ». Assassiné dans les toutes premières pages du livre alors qu’il faisait son jogging, Andrew Stilman se voit offrir mystérieusement une seconde chance et reprend connaissance deux mois plus tôt. Il a donc 60 jours pour découvrir qui a voulu le tuer. Et les pistes ne manquent pas… Tant dans sa vie professionnelle que privée. Grand reporter au New York Times, il a récemment enquêté en Argentine sur les atrocités commises sous la dictature et publié un article sur des magouilles à l’adoption en Chine. De quoi se mettre pas mal de gens à dos et rendre des collègues jaloux. Et puis il vient d’épouser Valérie, son grand amour d’adolescence, avant de bousiller leur histoire. Ces deux mois de sursis lui permettront-ils de sauver sa peau? Nous voilà en tout cas lancés avec le héros dans une course effrénée de 60 jours chrono. Entre thriller et comédie sentimentale, le 13e roman de Marc Levy nous offre à tout le moins un bon moment de détente et d’évasion.

Christelle

«Si c’était à refaire», de Marc Levy, éditions Robert Laffont, 422 pages, 21 €.

Cote: 4/5

Alice aux pays des senteurs: un parfum d’été avec le nouveau Marc Levy

Quelle foi prêter à une diseuse de bonne aventure qui vous annonce que l’homme qui va le plus compter dans votre vie vient de passer fugitivement dans votre dos, mais qu’avant d’arriver jusqu’à lui, il vous faudra rencontrer six personnes? Alice, elle, ne veut pas y croire. Pourtant, elle ne peut chasser ces paroles de ses pensées, à tel point qu’elle en perd le sommeil. D’étranges cauchemars incompréhensibles viennent peupler ses nuits. Elle qui exerce la profession de nez n’arrive plus à créer de parfum original. Pour tenter d’y remédier, son voisin, Mr Daldry (un peu bougon de prime abord mais qui se révèle vite un véritable gentleman excentrique, peignant des… carrefours), la persuade de prendre au sérieux la prédiction de la voyante. Il passe avec Alice  un drôle de marché et tous deux se retrouvent embarqués pour un long voyage qui les mènera de Londres à Istanbul, à la rencontre du destin. De romantique au départ, l’histoire – qui démarre peu de temps après la seconde guerre mondiale – se termine sur une touche plus historique. Mais rythmé par les cauchemars d’Alice, ses péripéties avec son voisin aux intentions pas toujours très claires et leur correspondance, le récit est aussi parfumé. Dans son douzième roman aux mille senteurs, Marc Levy nous balade en effet dans de petites ruelles escarpées, avec vue sur le Bosphore, des odeurs d’épices et de café serré. Déjà un vrai parfum de vacances!

Christelle
« L’étrange voyage de Monsieur Daldry », de Marc Levy, 434 pages, 21 €
Cote: 3/5

Parcours d’auteur – MARC LEVY

Nom: Marc Levy
âge: 48 ans
travail actuel: écrivain

Que rêviez-vous de faire comme métier quand vous étiez enfant?
«Sapeur pompier et marchand de gaufres.»

Alliez-vous volontiers à l’école?
«Surtout les jours où on avait Sciences Nat, car la prof était très sexy.»

Quels métiers avez-vous exercé?
«J’ai travaillé un peu dans l’informatique puis dans l’architecture, gagné trois fois les championnats régionaux de pâtés de sable, maintenant j’écris.»

Qu’avez-vous fait avec votre premier salaire?
«J’ai pris un crédit et j’ai acheté un piano.»

Du Marc Levy en bande dessinée

Après le 7ème art, c’est au tour du 9ème d’art d’adapter Marc Levy! Sous les coups de crayon d’Espé, Corbeyran réorchestre donc le coup de foudre entre un ange et un démon, supposés livrer l’ultime combat entre le bien et le mal… Un travail lu et approuvé par Marc Levy himself!

Pourquoi avoir choisi d’adapter ce roman-là en bande dessinée?

«Il faut poser la question à Eric Corbeyran, parce que c’est lui qui l’a adapté, et c’est son initiative. On était assis à côté l’un de l’autre au jury du prix Carrefour Savoirs. Moi je lui disais à quel point j’aimais son travail et que j’aimais ‘Le Chant des Stryges’. Lui m’a dit qu’il aimait énormément ce roman et qu’il avait envie de l’adapter. Je lui ai répondu ‘vas-y mon vieux!’»

Et vous quel roman auriez-vous choisi d’adapter?

«Dans ce format-là, le format B.D. traditionnel, je pense que j’aurais pris celui-ci aussi, ou éventuellement ‘La prochaine fois’. En roman graphique, ‘Les enfants de la liberté’ et ‘Où es-tu?’»

Vous êtes donc aussi un lecteur de B.D.?

«Oui, je suis un gros lecteur de bande dessinée. Cela a commencé assez jeune avec la ‘Rubrique-à-brac’ et cela s’est poursuivi jusqu’à maintenant. Cela va du ‘Chant des Stryges’ en passant par le cycle d’Ossian. J’ai lu tous les ‘Johan et Pirlouit’, tous les ‘Buck Danny’, tous les ‘Tanguy et Laverdure’, etc. Je dois avoir mille B.D. à la maison.»

Vous aviez donc une bonne base pour superviser l’adaptation?

«Non, je ne voulais pas du tout être dirigiste. Eric n’est pas un quart d’auteur ou un demi-auteur. C’est un auteur à part entière, comme un metteur en scène qui vous propose d’adapter un de vos romans. Le propos n’est pas d’aller leur expliquer comment faire leur métier. Eric m’a envoyé son scénario pour que je le valide… et je lui ai dit que je lirais la B.D. avec plaisir!»

Et votre impression?

«J’ai lu la B.D avec plaisir! Plus que cela même. C’est drôle parce que je suis incapable de relire un de mes livres. Même pour écrire la suite de ‘Si c’était vrai’, je n’ai pas pu relire le roman. Mais là, je l’ai lu comme un lecteur de B.D. J’ai complètement oublié que c’était moi qui avais écrit cela.»

C’était comme vous vous l’imaginiez?

«C’est toujours le problème de l’adaptation. Mais je pense que la B.D. est une étape plus proche du roman que du cinéma, pour la raison que la B.D. ne souffre d’aucune contrainte budgétaire. Dans la B.D. comme le roman, quand vous faites exploser trois entrepôts, le producteur n’est pas mort d’un arrêt cardiaque au moment où il est expliqué ce qu’il va se passer dans la scène.»

Le choix d’Espé pour les dessins s’est fait comment?

«Corbeyran me l’a proposé. J’ai vu les premiers dessins d’Espé et j’ai tout de suite été subjugué.»

Êtes-vous satisfait du rendu des personnages? Sont-ils tels que vous vous les représentiez?

«En tant que lecteur, je suis fou de bonheur des dessins et je suis complètement admiratif. Je trouve qu’Espé a un talent extraordinaire. En tant que romancier, je suis gardien de ce qui fait pour moi la différence entre un roman et une B.D. ou un film. Mon travail a toujours consisté à faire exister le personnage sans jamais le décrire. J’ai même poussé le vice dans ‘Le voleur d’ombre’ à le faire exister sans lui donner de prénom. Donc je ne vous dirai jamais si le personnage correspond à ce que j’avais en tête parce que je priverais quelqu’un d’autre de la liberté de définir le personnage tel qu’il l’entend. Mais en tant que lecteur, je suis très heureux.»

Tout le roman ne peut pas rentrer dans le format B.D. Des scènes ont été supprimées. Cela ne vous a pas fait mal?

«Très honnêtement, le seul regret que j’ai pour la B.D., mais qui est uniquement émotionnel et personnel et ne remet pas du tout en cause la qualité du travail des adaptateurs, c’est la disparition du personnage de Reine Sheridan. Pour une raison très simple, c’est que dans le roman, elle est l’incarnation de ma grand-mère. Donc j’y étais personnellement très attaché. Mais je n’ai jamais appelé Eric pour lui dire qu’il ne pouvait pas me faire cela. Et cela n’enlève peut-être rien à l’histoire. Mais c’est le seul regret que j’ai eu.»

D’autre adaptation B.D. sont prévues?

«C’est un gag, chaque fois qu’Eric et moi nous parlons au téléphone, on sedemande quand on fait le suivant. Mais cela ne se fait pas en 24h non plus, c’est un travail de longue haleine. Et puis il y a déjà un tome 2 qui est en préparation.»

Le but de cette B.D., c’est toucher un autre public?

«Non, c’est beaucoup plus égoïste que cela. Pour moi, c’est le pur plaisir d’avoir la B.D. chez moi! C’est un cadeau que Corbeyran me fait.»

Et la fin dans le tome 2 de la B.D. sera la même que dans le livre?

«Je ne suis pas sûr, je n’ai pas lu le scénario. J’ai laissé à Corbeyran carte blanche. Je n’ai pas voulu me gâcher le plaisir de la lecture…»

 Christelle

En quelques lignes

Inspirée du troisième roman de Marc Levy, l’histoire raconte le pari risqué conclu entre Dieu et Lucifer pour tenter de mettre un terme à leur éternelle rivalité. Durant sept jours, un ange -la belle Zofia- affrontera un démon -le sulfureux Lucas- pour un ultime combat qui doit voir triompher le Bien ou le Mal. Mais Dieu et Lucifer n’avaient semble-t-il pas prévu que leur meilleur agent pourrait tomber amoureux de celui du camp adverse… Les fans de Marc Levy connaissent bien sûr déjà l’histoire, assez bien respectée par Espé & Corbeyran, même si le format B.D. implique quelques simplifications. Reste que pour vérifier si la fin de la B.D. demeure bien la même que celle du roman, il faudra encore attendre quelques mois pour la parution du tome 2 !

«Sept jours pour une éternité – Première partie», d’Espé & Corbeyran, éditions Casterman, 72 pages, 12,95 €

Cote: 3/5

Marc Levy renoue avec la comédie romantique et le surnaturel

Les fans sont gâtés. Six mois après «La première nuit», un nouveau roman de Marc Levy –son onzième- vient de sortir,  annoncé d’ores et déjà par l’éditeur comme le roman de l’été! Il est vrai que l’idée s’annonce originale: il est question cette fois d’un petit garçon au pouvoir un peu particulier, celui de voler les ombres. Un brin de soleil et, lorsque son ombre en croise une autre, il leur arrive de s’échanger. Le petit garçon entend alors tout ce que le propriétaire de l’ombre n’arrive pas à exprimer et qui le rend triste. A lui ensuite de tenter de rendre le sourire au propriétaire de l’ombre…  En parallèle, on suit aussi le parcours de ce petit garçon, de la cour de récré à la fac de médecine, en passant par le divorce de ses parents et sa première histoire amour. Après deux romans d’aventures, l’auteur français le plus lu à travers le monde renoue donc avec les ingrédients qui ont fait son succès. Une touche de comédie romantique, une petite pincée de surnaturel…  Le style est agréable. L’envie de tourner les pages est bien là. On referme pourtant le livre avec un petit goût de trop peu et un léger soupçon de déception. Quoi de plus frustrant en effet qu’une belle idée prometteuse qui nous laisse, au final, pas complètement rassasiés? C’est que l’auteur nous a déjà habitués à mieux, tout simplement…

Christelle

«Le voleur d’ombres», de Marc Levy, Robert Laffont, 288 pages, 21 €

Cote : 3/5

www.marclevy.info

Un roman qui sort de l’ordinaire

 
 

Copyright : Tess Steinkolkjpg

Fin du suspense pour les fans de Marc Levy, impatients de connaître la fin des aventures de Keira et Adrian. La suite du «Premier jour» est enfin sortie! Rencontre avec l’auteur français le plus lu au monde, qui prend une nouvelle fois beaucoup plaisir à nous sortir de l’ordinaire.

La fameuse marque au-dessus de la lèvre, vous l’avez?
«Vous aussi! Nous l’avons tous. Mais je ne suis pas l’inventeur de cette légende. C’est une légende qu’on trouve dans l’Ancien Testament, dans le Coran…»
 
Vous saviez dès le départ que l’histoire comporterait deux tomes?
«Non. Je me suis fait prendre par l’ampleur du sujet et par les personnages. Quand j’ai commencé à écrire le roman, j’avais beaucoup de doutes, et je pensais que l’histoire serait terminée en 200 ou 300 pages. Puis à 450 pages, je le suis aperçu que j’en étais à peine à la moitié. Et encore, sur la totalité, j’en ai coupé une bonne centaine! Si j’avais su au départ que l’histoire ferait mille pages dans sa globalité, je crois que  je ne l’aurais jamais écrite.»
 
Et maintenant, l’histoire est-elle terminée?
«J’ai envie de vous dire oui, car dans ma tête, elle est finie. Et en même temps, j’ai beaucoup de mal à me défaire des personnages. J’ai passé tellement de temps avec Adrian, Keira et Walter qu’ils me manquent beaucoup. Mais oui, l’histoire est finie.»
 
Vous connaissiez la fin de l’histoire quand vous vous êtes arrêté à la fin du «Premier jour»?
«Oui, je la connaissais.»
 
Comment vous est venue l’idée de ces livres?
«Je crois qu’elle est venue parce que j’avais envie d’écrire un roman d’aventure. Parce que j’avais envie d’écrire un roman où je me sente extrêmement libre, un roman avec des grands espaces…»
 
Mais pourquoi cette histoire en particulier?
«Parce que cela fait partie des rêves d’adolescents qui sont devenus des rêves d’adultes et qui sont restés des rêves d’adultes.»
 
Votre héros se demandait enfant où commence l’aube. C’est une question qui vous a turlupiné vous aussi?
«Oui. Je continue d’ailleurs à me la poser. Je pense que, insidieusement, on se la pose tous d’une façon ou d’une autre. C’est difficile de se lever tous les matins, de se coucher tous les soirs, de voir la vie autour de nous se faire et se défaire et de ne pas se demander à un moment donné si tout cela à un sens, le pourquoi on est là…»
 
En prenant comme personnage une archéologue et un astronome, vous vouliez confronter le d’où on vient dans l’espace et ce que l’on fait sur terre?
«Je crois que ce qui m’amusait vraiment, c’était de prendre l’un qui regarde en bas, l’autre qui regarde en haut. Les deux qui cherchent et qui finalement ne vont trouver que l’autre. Parce que c’est cela finalement la parabole de Keira et d’Adrian, c’est que l’un cherche l’infiniment petit, l’autre l’infiniment grand, et ils vont se rencontrer dans l’infiniment humain.»
 
Cette histoire de fragments de pierres vous est venue comment?
«L’histoire du fragment est venue d’une vraie discussion métaphysique sur le temps réel et le temps imaginaire. Ce qui est fascinant, c’est que lorsque vous enregistrez un film sur un DVD, le déroulement qui est sur ce DVD est réel, mais le temps dans lequel il s’inscrit est imaginaire, puisqu’il suffit que vous mettiez le DVD dans un appareil pour en faire la lecture, et le faire passer du temps imaginaire au temps réel. Cette dimension entre le temps imaginaire et le temps réel m’a absolument fasciné. Quand vous regardez un film qui est une fiction, c’est une chose, mais quand vous regardez un film sur lequel vous vous revoyez enfant, et que vous vous posez cette question du rapport entre le temps imaginaire et le temps réel, c’est terriblement intriguant. Le temps est une dimension que l’on subit et que l’on ne comprend pas du tout.Cela fait partie des choses qui, dans mon enfance, me faisaient plus peur que les fantômes.»
 
Vous donnez plein de descriptions d’endroits. Vous les avez visités?
«Ils existent tous. Je ne suis pas allé dans tous, parce qu’il y en a qui sont absolument interdits et que, si vous y allez, vous ne pouvez pas revenir pour écrire le roman.»
 
Ce roman sort aussi sous format numérique.
«Oui. Pour trois raisons. La première, c’est que cela fait très longtemps que je reçois du courrier de personnes malvoyantes et c’est un sujet qui me touche énormément. Le support numérique est un miracle pour ces gens-là car on peut augmenter la taille des caractères. Et je me fous de savoir si c’est sur iPhone ou autre, du moment que l’on peut grossir le caractère. La deuxième raison, c’est que je suis très préoccupé par la planète. Mais il faut être cohérent. Je ne peux pas entendre un écologiste me dire qu’il faut jeter les voitures à la poubelle et en même le temps, qu’il aime le papier et ne veut pas qu’on lui enlève son livre. Donc je voulais laisser le choix aux gens. Et enfin, la troisième raison, c’est que le livre numérique va sauver la lecture. On commence à lire quand on est jeune. Or aujourd’hui, les jeunes ont ces supports numériques. Dessus, il y a du jeu vidéo, du feuilleton télévisé, du podcast. S’il n’y a pas de livres, c’en est fini de la lecture.»
 
L’histoire pourrait être adaptée au cinéma?
«C’est une question que je ne me pose jamais. D’abord parce que ce n’est jamais l’auteur d’un roman qui décide si son roman va être adapté ou pas. Ensuite, parce que le roman est un espace de liberté, justement parce qu’écrire ne génère aucune contrainte. Lorsque vous écrivez dans un roman ‘mille cavaliers descendaient la colline’, vous faites ce que vous voulez. Si vous écrivez cela dans un scénario, vous avez perdu votre producteur dès la première ligne. Si j’avais pensé à l’adaptation, jamais je n’aurais écrit ‘Le premier jour’ et ‘La première nuit’. Vous imaginez le budget? Mais c’est cela la liberté du roman. Il y a eu une telle prépondérance du nouveau roman, qu’on en est venu à oublier que la fonction première du roman, c’était de fabriquer des images dans la tête avec des mots. Quand je lisais ‘Les trois mousquetaires’, je voyais un film. Pourtant, le cinéma n’existait pas à l’époque de Dumas. Aujourd’hui, quand un romancier revient à un récit qui provoque des images, on lui dit qu’il a une écriture très cinématographique. Mais c’est le métier du romancier. C’est d’ailleurs ce qui fait que le lecteur qui va voir un film adapté d’un roman est souvent déçu de l’adaptation, parce qu’il ne voit pas le film que lui s’est fait dans sa propre tête.»
 
Comment cela se passe dans votre tête: vous prenez plaisir à mettre la vie de vos personnages en danger?
«En réalité, je vis l’histoire avec eux. Le narrateur, c’est une petite marionnette sur l’épaule du personnage qui se balade avec lui. Donc non, je n’y ai pas pris de plaisir! Il y a même des nuits de travail où c’est très fatiguant. J’étais crevé à la fin du roman!»
 
Sans en dire trop, ce que Keira et Adrian découvrent à la fin, c’est votre pensée à vous?
«Disons que je pourrais y croire. Je suis comme Adrien. Je n’ai aucune certitude. Qui en a? Je me dis ‘pourquoi pas’?»
 
C’est votre 10e roman. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru?
«Chaque roman est plus difficile à écrire que le précédent. Le doute est de plus en plus grand. Il y a une volonté de corriger ses propres tics d’écriture. Et en même temps, il y a beaucoup de bonheur. C’est un métier que je vis dans un esprit de liberté. Je ne me regarde pas écrire moi, je regarde ce que j’écris. Et c’est cela qui m’amuse. Je suis trop parti avec mes personnages pour me prendre le chou. C’est un métier qui me passionne et que je fais le plus sérieusement possible. Je sais que, si un jour je me rends compte que je le fais en me prenant au sérieux, j’arrêterai immédiatement. Parce que se prendre au sérieux quand on fait quelque chose, c’est le début d’une petite mort.»
 
Vos détracteurs vous accusent de créer un univers irréel.
«Mais ce n’est pas de l’irréel. Quand j’étais adolescent, ceux qui m’ont le plus traumatisé, ce sont les gens qui vous disent à tout bout de champ que ce n’est pas possible. Et parce que j’ai toujours été très épris de liberté, il y avait un défi à imaginer que ce soit possible. Pas pour avoir raison, mais parce que le fait que cela devienne possible, c’était repousser les barrières de la liberté. Quand Jules Verne a écrit ‘De la Terre à la Lune’, les gens disaient que ce n’était pas possible. Et pourtant, c’est devenu possible. La vraie question qui est passionnante, c’est combien de types qui ont travaillé à la NASA pour faire en sorte que cela soit possible étaient les mômes qui avaient lu ‘De la Terre à la Lune’? Ce qui m’a toujours amusé dans le fait d’utiliser des ingrédients ‘extra-ordinaires’, c’était la liberté qu’apportait la possibilité de sortir de l’ordinaire. L’irréel, ce n’est pas un filon que j’exploite. Cela m’amuse de mettre les personnages dans un postulat qui sort de l’ordinaire, mais je n’ai jamais écrit de roman avec un superman.»
 
Christelle

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNES
On avait cru Keira morte à la fin du «Premier jour». Mais une photo d’elle envoyée de Chine à Adrian semble remettre cette mort en question. Suite du «Premier jour» qui nous laissait quelque peu sur notre faim, on retrouve ici avec beaucoup de plaisir Keira et Adrian pour tenter de percer avec eux le mystère des origines de l’humanité. Au total, près de mille pages qui nous livrent une belle histoire d’amour et un roman d’aventure palpitant.
 
«La première nuit», de Marc Levy, éditions Robert Laffont, 494 pages, 21 €

Cote: 4/5

Un parfum d’aventures dans le dernier Marc Levy

Marc Levy

Où commence l’aube? Telle est la question que se pose Marc Levy dans son dernier roman, le neuvième. Un vrai roman d’aventures qui nous entraîne aux quatre coins de la planète sur les traces d’un étrange objet. Trouvé à l’intérieur d’un volcan éteint, celui-ci va révolutionner tout ce que l’on croit savoir de la naissance du monde. Au programme, amour et passion bien sûr, mais aussi suspense, danger et mystère. 

Elle est archéologue et recherche en Afrique le premier homme. Lui est astrophysicien et s’intéresse à la toute première étoile. Elle, c’est Keira. Lui, Adrian. Ce savant à la tête dans les étoiles et cette jeune femme passionnée par son métier vont s’allier pour vivre une aventure extraordinaire qui pourrait bien les amener à percer le secret de l’origine de l’humanité.

Au cœur du mystère, cette drôle de chose que Keira porte autour du coup. Trouvée au fond d’un volcan par un petit garçon qui lui en a fait cadeau, elle semble avoir des propriétés bizarres et devient bien vite l’objet de toutes les convoitises.

De page en page, de la Vallée de l’Omo en Ethiopie aux plateaux désertiques de la cordillère des Andes au Chili en passant par la Grèce, la Chine, Londres, Paris et j’en passe, le dernier Marc Levy nous entraîne dans une course folle qui pourrait fort bien changer le cours de nos vies. Rien de moins!

Avec huit livres traduits en 41 langues et vendus à plus de 17 millions d’exemplaires à travers le monde, il faut dire que l’auteur français le plus lu au monde sait comment faire monter le suspense.

On avait dévoré ses précédents romans comme  «Et si c’était vrai» et sa suite «Vous revoir», «Sept jours pour une éternité», «Mes amis, mes amours», «Où es-tu», puis l’an passé, «Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites». Mais son dernier est d’un genre quelque peu différent. Car s’il conserve une saveur de comédie romantique, il dégage plus encore un  parfum de roman d’aventures.

Tout comme les précédents néanmoins, «Le premier jour» nous tient en haleine d’un bout à l’autre. Jusqu’à la dernière page qui nous laisse, elle, sur notre faim et avec une grosse déception: il faudra attendre pour connaître la fin de l’histoire. Intitulée «La première nuit»,  elle paraîtra à le 2 décembre 2009. Alors, comme on dit: la suite au prochain épisode… 

Christelle

«Le premier jour», de Marc Levy, éditions Robert Laffont, 498 pages, 21 €

 www.lepremierjour-lelivre.com

 Cote : 3/5