Après Tequila frapée, Coco givrée

Il se passe une fois de plus de drôles de choses à Pandore, cette ville née de l’imagination farfelue de la Belge Nadine Monfils ! Plusieurs personnes ont disparu au « carrefour de la mort » où, raconte-t-on, des fantômes d’accidentés font du stop. Les choses se compliquent quand les cadavres de fillettes disparues réapparaissent dans des mises en scène inspirées des toiles de Magritte. L’inspecteur Lynch et son acolyte Barn, dont on avait fait la connaissance dans « Babylone dream » et « Tequila frappée », suivent l’affaire, flanqués de Nicki, leur profileuse préférée. Mais ils ne savent plus où donner de la tête car leur vie personnelle est, elle aussi, chamboulée. Barn, qui menait une vie d’heureux célibataire avec son chat depuis le départ de sa femme, voit débarquer chez lui Coco, la pute qu’il partage avec Lynch… Et elle semble bien décidée à s’installer avec sa grand-mère, fan du sosie belge de Johnny Hallyday. Quant à Lynch, il est en émois depuis que sa chienne Tequila s’est mise à composer des hiéroglyphes en pissant. Résultat: un polar délicieusement givré, à l’image de Nadine Monfils, digne représentante du surréalisme à la belge. On attend avec impatience la suite des aventures de toute cette joyeuse bande !

Christelle

« Coco givrée » de Nadine Monfils, éditions Belfond, 264 pages, 18,50 €

Cote: 5/5

Du Magritte à la sauce Didier Van Cauwelaert

la maison des lumièresOn entre dans les romans de Didier Van Cauwelaert comme dans une toile de Magritte: en se laissant emporter par son imaginaire. C’est d’autant plus le cas encore pour son petit dernier, «La maison des lumières », qui nous plonge littéralement dans un tableau du peintre surréaliste belge.

 L’idée de son dernier roman, Didier Van Cauwelaert l’a puisée en quelque sorte dans ce tableau de Magritte représentant une maison dépourvue de porte d’entrée, avec un ciel de jour et une rue de nuit. «Je me trouvais comme mon personnage à Venise», explique l’auteur français au nom de famille qui sonne pourtant bien de chez nous. «Je ne savais pas que ce tableau, dont je vis avec la reproduction depuis des années, y était exposé au musée Guggenheim ». Quand il est entré dans la salle du musée, un jeune homme regardait le tableau. «Il avait un grand sourire et des larmes qui tombaient dans le sourire. Je me demandais ce que ce tableau lui racontait. Quand le jeune homme est parti, je me suis mis devant le tableau et lui ai presque demandé ‘alors, qu’est-ce qu’il t’a dit?’ Et le rôle de ce tableau comme troisième personnage d’une histoire d’amour a commencé à s’imposer.»

Didier Van Cauwelaert nous confie être fan de Magritte depuis toujours. «Ce qui me touche chez lui, c’est que ses tableaux sont accueillants. On a envie de se projeter à l’intérieur, de rejoindre la démarche du peintre.»

Et c’est en effet ce qu’il fait dans «La maison des lumières». Il plonge son personnage, Jérémie Rex, 25 ans, boulanger à Arcachon, dans le tableau où il va retrouver, le temps d’un instant, la femme de sa vie, du temps où elle l’aimait encore. Accident cérébral ou autre espace-temps? Qu’importe pour Jérémie qui, revenu à lui, n’a qu’une seule idée: retourner dans le tableau.

 DES PERSONNAGES ORDINAIRES

Comme dans ses autres romans, l’auteur nous plonge dans son univers romanesque peuplé de personnages simples et attachants, avec une pincée de paranormal et beaucoup de grandeur d’âme.

Après un piscinier dans ‘L’Évangile de Jimmy’ ou un contrôleur des impôts dans ‘La nuit dernière au XVe siècle’ pour n’en citer que quelques-uns, son héros est cette fois boulanger. «J’aime beaucoup les personnages que l’on croit simples. On en croise plein dans la vie. Une caissière de supermarché, un quincaillier, un garçon boucher», explique-t-il. «J’aime bien ces personnages qu’on enferme dans des schémas et qui en réalité ont une autre vie. Ils ne se résument pas à la fonction qu’ils occupent.» Et de fait! Son Jérémie Rex, un type qu’on ne remarquerait pas dans la vie, vit une histoire vraiment forte. Enfant star de 10 à 12 ans, en retraite depuis, il a atteint une maturité précoce. «Il est parti tellement en avance par rapport aux autres, a arrêté très tôt et en a retiré cette philosophie de la vie qui est de la distance et de la lucidité.»

Par ce personnage, «DVC» entend «montrer qu’une souffrance amoureuse, lorsqu’elle est construite sur une densité qu’on ne veut pas perdre, est très productive». «Jérémie Rex refuse la chimio de l’oubli. Pour lui, mieux vaut mourir de ce qu’on aime en connaissance de cause que de survivre pour rien. Toutes ces choses qui pourraient apparaître comme des petits bouts dangereux sont au contraire positives. Cela agit comme des anticorps, cela nettoie le reste. Et on reste disponible pour une passion qui renaît.»

UNE HISTOIRE AU PASSÉ ANTÉRIEUR

Et la passion, à 48 ans, il y croit toujours. «Une passion n’a pas toujours besoin d’être heureuse ni d’être vécue. Ce qui m’intéresse, c’est comment la passion transforme les êtres. Que ce soit de la passion au présent ou de la passion au présent antérieur.»

Pour raconter son histoire, Didier Van Cauwelaert a en effet inventé un nouveau temps: le présent antérieur. «La formule m’est venue comme cela et me paraît vraiment rendre compte de cet état d’esprit que j’ai pu éprouver aussi à des moments de ma vie», explique-t-il.

PAS IMMORTEL

Il est vrai qu’il manie les mots et la langue française avec beaucoup de talent, et toujours avec une part de magie et de surréalisme.

Lauréat du Prix Goncourt à 34 ans pour «Un aller simple», on a longtemps cru qu’il prendrait bientôt possession du fauteuil laissé vacant à l’Académie française. Mais les Immortels lui ont, au bout du compte, préféré François Weyergans. Ce qui, apparemment, ne l’émeut pas. «Je n’y allais que pour faire plaisir et rendre service. Ce n’était peut-être pas forcément une bonne idée. Je suis un électron libre. J’avais la prétention de le rester et d’essayer de déteindre un peu sur l’institution. C’était leur souhait au départ, puis leur souhait à changer en cours de route.» Pour lui, rien de plus à en dire.

De toute façon, pour cet amateur de Romain Gary, Marcel Aymé, Diderot, Balzac ou encore Charles Bukowski qu’il adore relire, la plus belle des récompenses lui vient du public. «J’ai la chance que mes livres soient attendus par les lecteurs. Pour moi, leur fidélité est plus importante que tous les prix que j’ai pu recevoir.»

 ESCLAVE DE SES PERSONNAGES

Et le prochain, c’est pour quand? «Ce n’est jamais moi qui décide», avoue l’auteur qui, quand il écrit, travaille à raison de quinze heures par jour… «C’est vraiment la pression intérieure du livre. Là il y a un livre qui remonte et s’impose depuis quelque temps… Je le freine un peu parce que j’ai d’autres projets au cinéma. J’ai un film  que je vais réaliser… Mais c‘est un vrai bras de fer.» C’était déjà pareil pour ce livre-ci. «Parfois je prends des notes et les oublie, passe sur autre chose. Pour ‘La maison des lumières’, l’histoire n’a pas voulu que je la lâche. Il y a des livres qui doivent attendre que les notes se prennent. Périodiquement j’y reviens. Celui-ci, c’était ici et maintenant.» Le plus dur pour cet auteur d’ailleurs, quand il met le point final à un livre, c’est de ne plus avoir les personnages qui lui parlent… «Il y a ce moment pas marrant quand tout d’un coup, le livre cesse de faire écran. Tout d’un coup, vous êtes disponible pour payer vos impôts, répondre au courrier administratif, au téléphone… C’est une excellente excuse de dire qu’on termine un livre. En toute sincérité, parfois je fais semblant de ne pas l’avoir terminé, pour prolonger l’état d’hibernation.

DU PAPIER AU GRAND ÉCRAN

Deux livres de Didier Van Cauwelaert sont en cours d’adaptation à Hollywood. ‘Hors de moi’, qui raconte l’histoire d’un médecin qui, victime d’un accident de voiture, s’aperçoit en sortant du coma qu’une autre personne s’est emparée de son identité, sera prêt en premier, probablement en 2010. Le réalisateur français Alexandre Aja a lui décidé de s’attaquer à ‘L’Évangile de Jimmy’, du nom de cet homme qui s’avère être un clone du Christ réalisé à partir du Saint Suaire de Turin. Reste à voir si l’adaptation sera à la hauteur des romans. Mais la bonne nouvelle, c’est que le réalisateur de ‘L’Évangile de Jimmy’ tenait vraiment à ce que DVC intervienne dans le scénario, alors…

Christelle

«La maison des lumières», de Didier Van Cauwelaert, éditions Albin Michel, 192 pages, 15 €

www.van-cauwelaert.com

Cote : 3/5