Livre-cadeau pour la fête des mères/pères

Mieux qu’une banale carte, ce livre-cadeau est interactif et à compléter par les proches de celle ou celui à qui il est offert. Une idée originale pour la fête des mères, ce 9 mai, ou celle des pères, le 13 juin prochain. L’occasion d’évoquer des souvenirs pour mettre en avant les qualités adorées… mais aussi les petits défauts acceptés des parents. A compléter notamment: le contenu du sac à main de Maman, les tics du langage de Papa, leurs idoles de jeunesse, les héros auxquels ils s’apparentent, les fou-rires en commun, leurs petites manies… Pas certain toutefois que Maman apprécie la page «Ce que tu devrais changer chez toi» avec au choix les fesses, les cuisses, le menton, la poitrine et bien d’autres! Un moment de convivialité magré tout assuré! En librairie dès les 6 mai.

Christelle

«Aujourd’hui c’est ton jour Maman», de Frédéric Ploton, illustration de Nathalie Jomard, éditions Hugo & Cie, 48 pages, 6,95 € Cote: 3/5

L’Autre-Monde de Maxime Chattam livre enfin ses secrets !

Tous les éléments du puzzle mis en place par Maxime Chattam dans les deux précédents tomes de son épopée « Autre-monde » s’emboitent enfin! Dans « Le Coeur de la Terre », troisième volet de la série qui vient clore le premier cycle, cet Autre-Monde nous révèle tous ses secrets… ou presque (car quatre nouveaux tomes suivront!) Alors que Tobias a disparu dans les entrailles du Raupéroden, Malronce et ses armées d’adultes, les Cyniks, se préparent à livrer une guerre inégale et sans merci aux enfants, rebaptisés « Pans ». Matt et Ambre, qui ont découvert dans le tome précédent les sombres projets de la reine des Cyniks, retournent à Eden, la cité des Pans, pour avertir le conseil de la ville de l’imminence d’une invasion. Les Pans n’ont plus le choix : il leur faudra se battre pour assurer la survie des enfants et l’avenir de cette étrange planète. Epreuve ultime d’une longue quête, on suit ces jeunes héros attachants à travers leurs nouvelles péripéties et leur apprentissage de la vie, mais aussi de la politique et de la guerre. De quoi revoir notre propre rapport à la nature. Une épopée fantastique palpitante dont on attend avec impatience le prochain cycle! Et pourquoi pas un film?

Christelle

« Autre-Monde tome 3 – Le Coeur de la Terre » de Maxime Chattam, éditions Albin Michel, 473 pages, 20 €

Cote: 5/5

Pour ceux qui aurait manqué les deux premiers volumes, petit rattrapage ici:

………… et ici!

L’interview de Maxime Chattam à lire prochainement sur Clair de plume!

www.versunautremonde.com

Les passagers ne sont pas des poissons

Une petite robe rouge au décolleté affriolant et une teinture blonde peuvent parfois chambouler toute une vie! Pour fêter ses 40 ans, Valérie se voit ainsi offrir une séance de relooking par ses meilleures amies. Le lendemain, plutôt que de se rendre à son boulot de caissière, Valérie  décide de plaquer sa vie actuelle -son mari Djamel et leur ado ingrate, Laura – et saute dans le premier train. Dans la foulée, elle change de prénom et devient Julia, comme Julia Roberts, l’héroïne de « Pretty Woman » et de « Erin Brockovich ».  Débute alors entre Paris et Toulouse un huis-clos complètement loufoque de personnages improbables. Colette, cette vieille dame amoureuse de deux hommes. Germinal, le contrôleur anarchiste. Gheorje, le Roumain « sourd et muet ». Dick et son groupe de choristes. Jean-Pierre, l’éternel dragueur, embarqué avec sa femme et leurs enfants. Et puis surtout les deux chercheurs, Nicolas et Vincent, qui se rendent à un colloque accompagnés de leurs épouses respectives,  Aude, la silencieuse, et Muriel, l’éternelle insatisfaite. « Les poissons ne connaissent pas l’adultère » écrit l’un des auteurs qu’étudie Vincent. Mais les passagers du train ne sont pas des poissons!

Christelle

« Les poissons ne connaissent pas l’adultère » de Carl Aderhold, éditions JC Lattès, 322 pages, 18 €

Cote: 3/5

Des prénoms qui sortent de l’ordinaire

Pas toujours facile à l’école de deviner à qui s’adresse la maîtresse quand elle dit «Emma» ou «Lucas». Si vous voulez éviter ce problème à votre enfant et lui choisir un prénom plus original, plongez-vous dans ce petit livre. Vous y dénicherez la perle rare, un prénom innovant, du genre d’Abelia, Abeline ou encore Aelia, rien que pour le début de la lettre A… Des infos sur l’étymologie permettent également de trouver un prénom sur mesure pour votre enfant: Pharell pour qu’il soit courageux, Philibert pour qu’il soit brillant ou Calia pour qu’elle ait une belle voix! La cote de popularité des prénoms est aussi indiquée. On notera encore que les pages des prénoms féminins sont roses et celles des prénoms masculins bleues. Pas de confusion possible donc!

Christelle

«Les 4000 plus beaux prénoms rares», de Stéphanie Rapoport, éditions First, 400 pages, 8,90 €

 Cote: 4/5

Auteure également de « L’Officiel des prénoms », Stéphanie Rapoprt est la créatrice d’un site web bien pratique pour les parents à la recherche d’un prénom:

http://meilleursprenoms.com/

Léger passage à vide pour Nicolas Rey

 Le dernier livre de Nicolas Rey est un concentré de tous ces moments dingues et toutes ces mauvaises passes que la vie nous offre. S’adressant aux lecteurs, l’écrivain et chroniqueur annonce directement la couleur sur la quatrième de couverture: « Entre notre date de naissance et notre date de décès, il y a quelques moments dingues, des mauvaises passes et puis tout le reste. J’ai retiré tout le reste pour ne t’offrir rien que des moments dingues et des mauvaises passes. » Et parmi ceux-ci, se succèdent donc la naissance de son fils -de la première échographie aux contractions du jour J +++ en passant par les ballons rouges du cours de préparation à l’accouchement- mais aussi des témoignages d’amitié,  son couple brisé, les femmes, l’alcool, la cocaïne, les médocs…  L’auteur du Prix de Flore pour son deuxième roman « Mémoire court » nous livre ici une autofiction à la fois drôle et touchante.

Christelle

« Un léger passage à vide » de Nicolas Rey, éditions Au diable vauvert, 186 pages, 17 €

Cote: 3/5

Ne manquez pas les vidéos de Nicolas Rey sur You tube:

Une nouvelle comédie rocambolesque signée Tom Sharpe

Si vous rencontrez jamais une femme portant le nom de famille Grope, prenez immédiatement vos jambes à votre cou et fuyez tant qu’il en est encore temps! Leurs signes distinctifs ? Un physique ingrat, une nature antipathique et des pulsions castratrices inversement proportionnelles à leur volonté de se reproduire… Car chez ces mégères inapprivoisées, faute de trouver un mari, on le kidnappe! Le dernier homme a en avoir fait les frais est le jeune Edmond Burnes. «Enfant de l’amour» d’une toquée de romans à l’eau de rose et d’un banquier terne et disgracieux, le pauvre garçon atterrit chez son oncle et sa tante, après avoir échappé de justesse à une agression alcoolisée de son père. De quoi donner des idées à sa tante Belinda, ménagère forcenée… dont le nom de jeune fille est Grope. L’écrivain britannique Tom Sharpe laisse une fois de plus libre court à son imagination débridée. Résultat, une comédie rocambolesque et complètement farfelue qui enchaîne les disparitions suspectes, les soûleries aggravées et les accès de folie… jusqu’à une fin abrupte. Pour les amateurs d’humour noir, de grotesque et de non-sens.

Christelle

« Le gang des mégères inapprivoisées ou comment kidnapper un mari quand on n’a rien pour plaire », de Tom Sharpe, éditions Belfond, 240 pages, 19 €

Cote : 2/5

*** A paraître le 4 mars : Un omnibus Tom Sharpe, «Cancres Ltd & Cie», regroupant quatre romans (Porterhouse, Panique à Porterhouse, Le cru de la comtesse, Fumiers et compagnie) de l’auteur en un seul volume. ***

Retour à l’expéditeur

Cate a été kidnappée à l’âge de trois ans alors qu’elle campait en Californie avec ses parents. Depuis, elle vit en marge de la société, élevée sur les routes par un vagabond, Les, avec lequel elle a bâti une relation d’amour filial et de dépendance. Tous les ans, Les appelle la mère de Cate pour lui dire que sa fille est vivante et qu’elle se porte bien. Mais cette année, Cate a 14 ans, et elle est devenue une adolescente qui a fait une grosse bêtise: elle a commis un meurtre. Quelque peu dépassé, Les décide de rendre Cate à sa mère. Cette mère dont l’adolescente n’a aucun souvenir. Les et la jeune fille quittent donc leur Far West pour rejoindre, à bord de leur vieux pick-up, la maison au fond des bois de la Virginie où vit la mère de Cate. Mais les retrouvailles ne se passent pas tout à fait comme prévu. Car cette Anglaise sophistiquée a du mal à reconnaître en cette ado sauvageonne l’adorable bébé qu’elle a perdu douze ans auparavant. Convaincue que sa fille est décédée, elle croit en une macabre plaisanterie et exige un test ADN. Mais dans l’attente des résultats, une difficile cohabitation s’impose. Une histoire à la fois bouleversante et captivante, racontée à la première personne par l’adolescente, écartelée entre l’amour filial développé pour ce père d’emprunt et cette vraie mère qui lui est étrangère et ne la reconnait même pas au simple coup d’oeil. Le sang commun qui coule dans les veines de la mère et la fille parviendra-il à effacer les doutes? Car comment se pardonner quand il aura fallu des preuves pour se reconnaître? A la fois terrible et captivant, ce livre est un vrai coup de cœur.

Christelle

«Ton sang ne saurait mentir», de Patricia Tyrrell, éditions Actes Sud, 288 pages, 21 €

Cote: 5/5

Le bio à toutes les sauces

De la boulangerie bio aux textiles issus de l’agriculture biologique en passant par les jouets, les meubles, les lavoirs, les produits d’entretiens, les peintures, les produits de beauté, les marchés et même le salon de coiffure bio, ce livre dresse l’inventaire des lieux bio de la capitale. S’y trouve, l’adresse de ces endroits éthiques et étonnants, accompagnés de quelques lignes de présentation et de très nombreuses photos. Un carnet de bord pour tous ceux qui désirent consommer de façon responsable, qu’ils soient amateurs de naturel ou bioconsommateurs confirmés.

Christelle 

«Biorythme Bruxelles», de Donatienne de Séjournet, photos de Louis-Philippe Breydel, éditions Luc Pire, 192 pages, 30 €

Cote: 3/5

Les révélations du mari d’Ingrid Betancourt

Après ses codétenus américains, son ancienne amie Clara Rojas ou encore l’émissaire français Noël Saez, c’est au tour du mari colombien d’Ingrid Betancourt de publier ses confidences dans un livre. Juan Carlos Lecompte, qui avait quitté son boulot et vendu son appart pour se consacrer pleinement à la libération de sa femme, y explique avoir cessé de l’aimer le jour où elle lui a envoyé ses avocats au chevet de son père mourant pour accélérer la procédure de divorce…

Pourquoi avoir écrit ce livre?

«J’ai écrit ce livre pour me faire du bien, pas pour faire du mal à quiconque. Écrire ce livre m’a beaucoup aidé à tourner la page. Mais j’ai aussi écrit ce livre pour donner ma version des faits. Nous, les familles, sommes aussi quelque part des otages, parce que notre vie est mise entre parenthèses pendant la captivité de nos êtres chers. Et enfin, je voulais écrire ce livre pour donner plus de visibilité à la lutte pour la libération des otages aujourd’hui. Parce que depuis la libération d’Ingrid et des otages américains, les médias n’en parlent plus.»

Vous savez si Ingrid Betancourt a lu votre livre?

«Non, je ne sais pas. Elle n’a pas réagi.»

Qu’est-ce qui vous avait séduit chez Ingrid?

«Elle était jolie, elle avait de belles jambes! Après cela, je suis tombé amoureux de son discours aussi. Il était très spontané. Elle disait des choses très vraies. Elle avait une intégrité qui m’étonnait.»

Et aujourd’hui, quand vous pensez à elle, que vous vient-il à l’esprit?

«Quand je pense à Ingrid, je pense à l’Ingrid que j’ai vue pour la dernière fois après sa libération. Je l’ai ressentie très distante, très froide, très calculatrice. Une Ingrid que je ne reconnaissais pas. Ce qui me vient en tête maintenant, c’est que peut-être à l’époque où elle m’a rencontré, j’étais utile pour elle et ses projets. Elle avait énormément d’ambition politique. Elle voulait lancer une campagne. À l’époque, j’étais un publiciste assez réputé. J’avais des idées créatives. C’est moi qui ai créé son logo, qui l’ai aidée à lancer son parti. Aujourd’hui, tout le monde la connaît. Elle n’a plus besoin de moi. Peut-être qu’elle m’a utilisé comme un mouchoir. Maintenant, elle n’en a plus besoin, c’est tout.»

Votre psy vous avait prévenu que ce ne serait plus comme avant?

«C’est vrai que mon psychologue m’avait dit que je pouvais attendre un peu tout et n’importe quoi d’elle. Et c’est vrai qu’étant donné la situation, je me suis dit qu’elle aurait pu sortir de cette expérience beaucoup plus affectée.»

Comment avez-vous vécu vos retrouvailles?

«J’avais reçu un coup de fil de sa part alors qu’elle était toujours dans l’avion. Et c’est à ce moment-là que j’ai compris que ses sentiments envers moi avaient énormément changé. Grâce à ce coup de fil, j’ai eu quinze minutes pour me préparer au pire. Je ne me souviens plus de ce qu’elle m’a dit quand on s’est revus, mais je me souviens très bien de son geste, son attitude. Elle était très froide, très distante. Moi, cela faisait six ans et demi que je rêvais de ce moment.»

Elle ne vous a jamais dit merci de vous être battu pour sa libération?

«Non, jamais.»

Vous croyez au scénario de sa libération?

«Je ne crois pas à la version officielle. L’opération Jaque a été assez réussie parce que finalement, on a réussi à libérer 15 otages sans verser de sang. Mais je pense que c’était moyennant argent.»

Ingrid était pressée de divorcer? Vous écrivez qu’elle vous a harcelé alors que vous étiez au chevet de votre père mourant.

«C’était assez bizarre…»

Vous savez ce qu’elle vous reproche?

«Non. Qu’est-ce que je donnerais pour avoir un tête-à-tête avec elle et lui poser mes questions. Lors des quatre preuves de vie reçues pendant sa captivité, elle me disait qu’elle m’aimait. Peut-être s’est-il passé quelque chose entre sa dernière preuve de vie en novembre 2007 et sa libération en juillet 2008.»

Ingrid a eu vent des rumeurs concernant une aventure que vous auriez eu pendant sa captivité?

«Je ne saurais pas vous dire. C’était infondé. Mais même si sa mère lui a communiqué la rumeur par la radio, je pense qu’Ingrid est assez intelligente pour comprendre, de la même manière que moi, je comprendrais si elle avait eu une histoire dans la jungle.»

Son combat pour la libération des otages est terminé?

«D’après ce que je sais, elle ne fait rien du tout. Elle avait promis à sa libération qu’elle allait lutter pour les otages toujours dans la jungle. Après sa libération, beaucoup de familles d’otages m’appelaient pour que j’intercède auprès d’Ingrid. J’étais obligé de leur expliquer que je n’avais pas du tout de contact avec elle.»

Christelle

«Ingrid et moi. Une liberté douce-amère», de Juan Carlos Lecompte, éditions Alphée, 214 pages, 21,90 €

Trentenaires

Après s’être attaquée à l’adolescence dans «Miss Saturne» et à la vingtaine dans «Pop heart», Barbara Israël poursuit son exploration des différentes étapes de la jeunesse. On retrouve dans son dernier roman Zeno, Alex et Betty, cette fois dans la trentaine bien tassée. Zeno y est toujours célibataire. Quant au couple formé par Alex et Betty, il traverse une sérieuse crise. Leur grand rêve d’oisiveté ne résiste plus au quotidien, surtout depuis que Manhattan, un chien capricieux, a fait irruption dans leur vie… Un livre plein de flash-back, histoire de bien montrer au lecteur quand l’histoire et l’existence des personnages ont commencé à déraper. Avec toujours un zeste de musique, de Morrissey et des Smiths.

Christelle

«Nos vies rêvées», de Barbara Israël, éditions Flammarion, 329 pages, 18 €

Cote: 2/5

Pour les jeunes mamans

Un cadeau à faire à une jeune maman? Et pourquoi pas ce bouquin plein d’humour qui devrait lui rappeler pas mal de situations vécues et lui apporter parfois un peu de réconfort. L’auteure -une journaliste, écrivain, globe-trotteuse, shopping-victim accro d’internet et mère de famille- livre les hauts et les bas d’une «Mama cool». Du lever au coucher, la moindre banalité prend désormais des allures d’expédition rocambolesque…

Christelle

 «Mama cool», de Marie-Julie Gagnon, éditions Michel Lafon, 256 pages, 18€

 Cote : 3/5

Les châteaux de la Loire

châteaux de la LoireDu château d’Amboise  à celui de Villandry en passant par ceux d’Angers, Azay-le-Rideau, de Blois, Chambord, Chenonceau, Cheverny, Chinon, et du Clos-Lucé, ce livre nous conte l’histoire de dix châteaux de la Loire parmi les plus visités. Consacrant un chapitre à chacun de ces châteaux, l’auteur  nous emmème donc dans les couloirs et jardins de cette « Vallée des  Rois » française, tout en nous faisant revisiter les dédales de l’histoire de France. Aux fastes des chasses royales de François Ier à Chambord s’opposent l’assassinat du duc de Guise à Blois et le génie de Léonard de Vinci, que le savant exprima également au Clos-Lucé, devenu son manoir à la fin de sa vie. Le tout est agrémenté de photos, de reproduction de peintures et de documents. De quoi préparer une visite dans le Val de Loire, devenu membre en 2001 d’un club très fermé, celui des sites inscrits au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco.

Christelle

« La véritable histoire des châteaux de la Loire », de Jean des Cars (Plon), 336 pages, 25 €

cote: 4/5

Lettres insolites de Françoise Dorin

francoise dorin

En voilà des lettres insolites que nous livre ici Françoise Dorin! Dans ses missives qu’elle n’a (bizarrement!) pas envoyées, l’auteure de « La mouflette » s’adresse à son nombril, à ses deux moitiés qu’elle baptise « Paule Nord » et « Paule Sud », aux répondeurs automatiques, à la fée Pilule et même au bonheur, carrément! Mais Françoise Dorin prend aussi sa plume pour écrire à une habitante de l’été, « l’abominable femme du mois d’août », celle qui nous agace avec tous ses défilés de mode sur la plage. Son « beau » voisin y passe également. Un voisin particulier comme on le découvre à la fin! Ont droit également à une de ses lettres non envoyées « l’obsédée des calories » et celui qui aurait pu être un amour de jeunesse mais qui n’a été qu’une erreur de jeunesse! Mais parmi toutes ses lettres, notre préférée reste celle dédiée à son carnet d’adresses. Un carnet d’adresse un brin particulier puisqu’à la lettre A y figuraient les Andouilles, Amicaux et Agressifs. La lettre B était réservée aux Bavards, Bornés et Bigames et le C aux Connards, qu’ils soient des Connards inoffensifs, malveillants ou prétentieux… Pas sûr qu’on aurait aimé figurer parmi ses connaissances!  

Christelle 

« Les lettres que je n’ai pas envoyées » par Françoise Dorin (Plon), 226 pages, 16 € 

Cote: 3/5

Lakshmi Mittal kidnappé en Belgique

nicolas ancion l homme qui valait 35 milliardsLakshmi Mittal a été kidnappé à Liège. Ce kidnapping, on le doit à un Belge, Nicolas Ancion. Le « jeune auteur belge que la France devrait s’arracher » -dixit Didier Van Cauwelaert-  a en effet imaginé l’enlèvement d’une des plus grosses fortunes au monde par deux énergumènes qui vont l’obliger à réaliser des oeuvres d’art contemporaines de plus en plus absurdes! Prétextant une interview, les deux comparses parviennent en effet à enlever l’homme d’affaires et sont bien décidés à lui faire payer ses manies de distribuer des dividendes conséquents aux actionnaires (lui en bonne partie!) tout en liquidant le personnel pour ne conserver la production que dans les pays les moins coûteux. « Ce qui m’intéresse, moi, c’est de savoir combien vous valez, vous, dans ce monde-ci. (…) ça m’intéresse de savoir à combien exactement vous vous estimez », balance ainsi l’un des ravisseurs à Lakshmi Mittal. Un livre au parfum de crise, où il est question de  la fermeture d’un haut-fourneau liégeois, de la politique des gros industriels, mais aussi de chômage et de dignité… Si l’histoire -complètement surréaliste-, est bien trouvée, on regrettera malgré tout certains passages un peu trop tirés en longueur.

A voir absolument: l’excellente vidéo de lancement du livre sur You Tube, clin d’oeil au précédent livre de l’auteur, un recueil de nouvelles intitulé « Nous sommes tous des playmobiles »!

Christelle

« L’homme qui valait 35 milliards », de Nicolas Ancion, éditions Luc Pire, 283 pages, 18 €

Cote: 3/5

www.nicolasancion.com

Quand le surnaturel devient naturel

Pauline Alphen

copyright: Iris de Oliveira

Après l’univers des sorciers d’Harry Potter et celui des vampires de Stephenie Meyer, voici encore un nouveau monde à découvrir, celui de Pauline Alphen et de ses Eveilleurs. Cette Franco-Brésilienne de 48 ans a imaginé un univers fantastique où le surnaturel est naturel et où les personnages transitent dans des dimensions parallèles! Avec passion, elle nous parle de son univers à elle…

 

Comment avez-vous eu l’idée de ce livre?

«J’ai commencé à penser à ce roman en 2001. Cela fait un bail déjà! J’habitais Paris à l’époque. Aujourd’hui je vis à Toulouse. Je venais de déposer mon fils à la crèche. Il faisait un temps pourri. J’étais en retard pour aller travailler. Je rate le bus, je cours pour le rattraper au prochain arrêt, et en courant sous la pluie, j’ai vu l’image d’Eben dans sa tour qui regardait en bas et voyait sa fille, Claris, passer dans la cour. Et je l’ai entendu penser si on peut dire! Ce n’est pas la première scène du livre, mais celle qui vient juste après. Ces personnages sont arrivés comme cela! Puis dans le bus, bondé de gens de mauvaise humeur, j’ai noté ce début d’histoire dans un carnet. En arrivant au travail, arce que j’avais vraiment l’histoire dans la tête, j’ai tapé quelques pages et c’est comme cela  que cela a commencé!»

Vous avez donc mis près de dix ans à écrire cette histoire?

«Quand j’ai eu cette idée, j’ai très vite vu que c’était un univers assez complexe et qu’il me faudrait beaucoup de temps pour en écrire l’histoire. Or, je n’avais pas beaucoup de temps à l’époque, parce que je travaillais à temps plein. J’écrivais un peu le week-end, la nuit quand mon fils dormait. Donc j’ai pensé à cette histoire pendant près de dix ans, en prenant des notes et en écrivant d’autres livres plus courts à côté, cinq qui ont été publiés au Brésil, et un en français. Peut-être aussi que je n’étais pas encore prête pour écrire ‘Les Eveilleurs’. Je me disais que c’était un livre que j’écrirais quand je serais à la retraite! Puis ma vie est arrivée à un tournant. J’ai quitté Paris et mon travail pour suivre mon compagnon dans le Sud. Je me suis dit que c’était peut-être le bon moment.»

Vous connaissez déjà la fin ?

«Je sais où mène l’histoire, je sais ce qui va se passer, ce que je veux raconter. Mais je ne sais pas comment cela va se décliner.»

Vous savez déjà en combien de volumes vous allez raconter l’histoire?

«Non, je ne sais pas! Je n’arrive pas à y penser comme cela. C’est une longue histoire, je n’y peux rien! Au départ, j’étais partie sur une trilogie, parce que cela allait raconter une histoire de divers points de vue différents. Et puis, je me suis aperçue en cours d’écriture, que l’univers en s’installant prenait de l’ampleur, qu’il y avait des personnages qui déboulaient. Par exemple, les Borges n’étaient pas du tout prévus. Pendant quelques minutes, je me suis demandé ce que j’allais faire avec cette famille-là. Mais ils étaient là avec leur nom, leur personnalité, je ne pouvais pas juste les gommer. Et donc je me suis rendu compte que cela ne pouvait pas être une trilogie, sinon, le premier livre ferait mille pages.»

Cette fin nous laisse quand même sur notre faim, ce n’est pas sympa!

«Je suis désolée!  C’est vrai que j’aurais pu arrêter un peu avant ou après. Mais c’était la construction du livre dans ma tête. Au départ, c’était donc la première partie du livre. Après commençait la seconde partie, qui va être le second livre. Mais cela, c’est la faute des personnages!»

Vous voulez dire que vous n’arrivez pas à contrôler vos personnages?

«Non! L’écrivain ne contrôle pas tout. Même si je sais exactement où  je vais, que je fais plein de plans, de portraits, de tableaux, je réfléchis beaucoup à la façon dont les choses vont s’agencer etc.,  ce que je préfère dans tout ce travail d’écriture, c’est justement quand je perds le contrôle. Quand l’histoire prend tout à coup un chemin auquel je ne m’attendais, quand des personnages arrivent ou qu’ils font des choses qui me font me demander ce que je vais faire de cela! Cela, ce sont vraiment des moments très intéressants.» 

Vous ne vous inspirez donc pas de gens que vous connaissez pour créer vos personnages?

«Si. Après coup, je découvre qui ils sont, je réfléchis, je les construis bien sûr.  Et là, je peux découvrir qu’effectivement, ils ressemblent à quelqu’un que je connais. Ce sont souvent mes proches qui disent cela. Mais cela reste toujours des personnages de fiction.»

Et y a-t-il un personnage qui vous ressemble à vous ?

«Tous, je crois! Ma mère trouve que Claris, c’est moi. Cela m’a fait rigoler. Parce que Claris, ce n’est plus moi. Elle ressemble sûrement à la petite fille que j’ai été à douze ans. Mais je ne me décris pas moi quand je parle d’elle.»

Vous aimeriez avoir un don?

«J’ai la sensation qu’on a tous des dons. Et les dons des jumeaux ne sont pas encore très clairs. Ce qu’on sait, c’est qu’ils ont le don de la télépathie. Mais en même temps ce sont des jumeaux et les jumeaux vous diront que cela arrive. Beaucoup de gens font l’expérience d’avoir comme cela une communication non verbale avec des gens qu’ils aiment. Moi, cela m’est arrivé. Cela arrive aussi avec des animaux domestiques. Ce n’est pas comme la communication que Blaise peut avoir avec Athena. Mais les dons pour moi, ce ne sont pas des dons surnaturels. Pour moi, tout est un peu naturel! Alors est-ce que j’aimerais avoir un don surnaturel, je ne sais pas. Je crois qu’on a toute une partie du cerveau qu’on n’exploite pas et qui sûrement possède des trésors de capacité.»

Dans votre livre, le surnaturel est en fait quelque chose de tout à fait naturel !

«Voilà! Mais je crois que c’est comme cela! C’est peut-être dû à mon côté brésilien. C’est vrai qu’au Brésil on a avec ce qui est appelé surnaturel un contact plus familier.»

Dans quelles catégories se classe votre roman?

«Je ne m’embarrasse pas trop de ces catégories. Ce sont des mots tout cela. Je m’en fiche un peu qu’on dise que mon livre c’est de la fantaisie, de la science-fiction, du fantastique ou du merveilleux. C’est une fiction. De même, pour les tranches d’âge: est-ce un livre pour enfants, ado, adulte? Pourquoi cela ne pourrait pas être un livre pour tout le monde?» 

Harry Potter a le Quidditch. A Salicande, on a le jeu des milles chemins?

«Oui, c’est vrai! Le livre joue un peu avec tout cela. Je suis une grande lectrice de fantaisie, de littérature de l’imaginaire. C’est vrai qu’il y a des clins d’œil à des auteurs, à des livres, à des standards de la fantaisie. Il y a aussi un peu une liberté de jouer avec ces éléments qu’on attend dans ce genre de livres et de les utiliser un petit peu autrement.»

L’environnement, c’est une question qui vous préoccupe? Vous parlez beaucoup de la nature dans votre livre.

«C’est vrai. C’est curieux comme cela s’est passé, parce qu’il y a dix ans, quand j’ai commencé à penser ce livre, ce n’était pas inscrit dans ce contexte-là. Peut-être tout simplement parce qu’il y a dix ans, les choses n’en étaient pas où elles sont maintenant et que moi-même, je ne me sentais pas autant concernée. Et puis aussi, il y a dix ans, je vivais à Paris. On ne peut pas dire que c’était un environnement naturel! Je vis aujourd’hui plus proche de la nature. Tout cela à fait que, quand j’ai commencé à écrire vraiment le livre, je me suis rendu compte que l’histoire était venue se nicher dans ce contexte-là. Mais La Grande Catastrophe existait déjà tout au début.»

Et cette Grande catastrophe, vous pensez qu’elle pourrait se produire ?

«Oui, je le pense. Sûrement pas celle-là, avec ces caractéristiques-là. Je trouve que ce qui se passe maintenant, c’est déjà un peu une Grande Catastrophe. Je pense que ce n’est pas pour rien non plus que ce livre s’appelle ‘Les Eveilleurs’. Je crois qu’il faut éveiller à un certain nombre de choses.» 

Oui, pourquoi ce titre?

«Il y a plusieurs choses dans ce mot-là. Je pense que l’on est des éveilleurs dans la vie des uns des autres. Il y a une chose à laquelle je crois vraiment dans la vie, ce sont les rencontres. Quand je regarde en arrière, je me rends compte que dans ma vie, beaucoup de choses se sont passées grâce à des rencontres. Par exemple, j’ai commencé à écrire parce qu’il y a eu une rencontre avec un prof en CM1. Je pense que les rencontres, c’est ce qui tisse vraiment notre vie et on ne s’en rend pas toujours compte. Donc ‘Les Eveilleurs’, c’est un peu cela. Chacun peut être dans la vie l’éveilleur de l’autre. Pareil pour les personnages du livre.  Il n’y en a pas un qui fait tout, qui est plus sage que les autres ou qui n’a pas de doutes. Parce que dans la vie c’est comme cela, on apprend les uns des autres.»

L’histoire en quelques lignesles éveilleurs

Au centre du récit, des faux jumeaux, Claris et Jad. Leur mère, Sierra, a mystérieusement disparu le jour de leur troisième anniversaire. Ou plus exactement de leur troisième lunée puisque c’est ainsi que l’on compte désormais dans le royaume de Salicande, fondé par le grand-père des jumeaux, Jors. En s’installant à Salicande après La Grande Catastrophe de 2189, Jors a en effet établi un nouveau calendrier et interdit a quiconque d’encore faire usage de ses dons. Car dans le monde des Eveilleurs, la magie se pratique sans baguette. Certains parlent avec les animaux. D’autres vivent à l’intérieur des couleurs ou même parmi les arbres. Et on dirait bien que les dons des jumeaux, âgés de 12 lunées au début du récit, sont prêts à se réveiller à leur tour…  Après s’être familiarisé avec la ribambelle de personnages, on se laisse entraîner pour un drôle de voyage dans un monde dont on découvre au fil des pages l’étendue. Un roman à la fois magique et écolo. Une nouvelle série pour nous faire rêver.

Christelle

“Les  Eveilleurs – livre 1. Salicande”, de Pauline Alphen, aux éditions Hachette, 526 pages, 14,90 €

Cote : 4/5

Des petites histoires comme à la terrasse d’un café

FouadLarouiCe livre, c’est un peu comme refaire le monde à la terrasse d’un café de Casablanca. Au travers de petites histoires, Fouad Laroui croque tout ce que ces petites incompréhensions entre les cultures ont de cocasse.

C’est un recueil de nouvelles, mais on retrouve, d’une histoire à l’autre, certains personnages.

«C’est un peu comme une bande d’amis qui se rencontreraient souvent dans un café et, à tour de rôle, se raconteraient des histoires.» 

Les cafés vous inspirent? Déjà «La femme la plus riche du Yorkshire» se passait dans un pub.

«Curieusement, je ne vais, moi, pas très souvent dans les cafés. Mais en situant mes livres dans des cafés, cela me permet de m’éclater moi-même en trois ou quatre personnes différentes, et d’avoir une espèce de dialogue avec moi-même! Tous les personnages représentent certaines facettes de moi. Et cela permet aussi d’avoir des points de vue très contrastés sur les mêmes choses.»

Le titre du recueil est celui de la première nouvelle. Pourquoi celui-là?

«Ce titre est un alexandrin parfait! Je trouvais que cela sonnait bien. Et puis cela donnait un peu le ton général, qui est de regarder ce qui se passe quand il y a des conflits culturels mais aussi entre générations.»

À travers ces nouvelles, c’est aussi un portrait de la société marocaine que vous dressez?

«Oui, mais en allant un peu plus loin. C’est un portrait de la société marocaine, en interaction avec l’Europe. Dans pratiquement toutes les nouvelles, il y a toujours cet instant où un malentendu culturel se passe. Généralement ce sont des incidents sans importance, mais qui débouchent parfois sur des catastrophes totales. Comme à un certain moment, juste pour une phrase mal comprise, des gens veulent aller brûler la cathédrale de Casablanca.»

Vos personnages sont des jeunes.

«Parce que ce sont eux qui sont souvent confrontés justement à des choix entre deux générations, deux cultures. Ce sont ces moments-là qui m’intéressent. Donc je prends souvent des jeunes, comme par exemple Malika, prise entre des traditions de ses parents et son propre désir d’émancipation. Dans le cas d’Ahmed, c’est plus grave encore. Il est pris dans une contradiction parce qu’on ne le comprend pas. Il est fasciné par l’Occident, du point de vue esthétique. Il veut se conformer à certains canons de beauté. C’est pour cela que cette nouvelle s’appelle ‘L’esthète radical’, car il veut être tellement Européen par l’esthétique. Et en réalité, on ne le comprend pas, on ne le voit pas du tout comme cela. On n’arrête pas de se tromper à son sujet et c’est une fin tragique. Mais lui aussi, il est coincé entre deux mondes, c’est la même chose.»

Vous abordez ici de nombreux sujets: l’islamisme, les jeunes qui meurent en tentant de gagner l’Europe dans des embarcations précaires, la mort de Saddam Hussein… C’est l’actualité qui vous inspire?

«Pour moi, ce qui est passionnant, c’est ce qui se passe aujourd’hui, parce qu’on peut y changer quelque chose. En tant qu’auteur, j’ai la prétention quand j’écris de vouloir changer les choses, même si c’est une illusion. Or si l’on veut changer les choses, il faut forcément écrire sur les problèmes d’actualité.»

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNESFouad Laroui le jour où malika

Complexé par son petit cul, Ahmed, étudiant en France, compense son postérieur inexistant en superposant les caleçons. Alors quand il est retrouvé mort sur le site d’une explosion, la police à vite fait de tirer les conclusions de son drôle d’accoutrement. Panique dans un petit village marocain. L’administration scolaire impose l’achat d’un protège-cahier de couleur «bounni». Mais qu’est-ce donc pour une couleur? Et comment Malika, 16 ans, réagira à la demande en mariage émanant d’un instituteur de son village, par vieux voisin interposé? Au travers de ces nouvelles, racontées comme de petites histoires échangées entre amis à la terrasse d’un café, Fouad Laroui -professeur à l’université d’Amsterdam et romancier- dresse un portrait de la société marocaine, dans tout ce que ces petits malentendus culturels ou intergénérations peuvent parfois avoir de cocasse… ou de tragique.

Christelle

«Le jour où Malika ne s’est pas mariée», de Fouad Laroui, éditions Julliard, 210 pages, 17 €

Cote: 3/5

Alexandre Jardin s’actualise

 
Alexandre jardin

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Alexandre Jardin a décidé de s’actualiser! Après «Fanfan» il nous livre aujourd’hui l’acte 2, intitulé «Quinze ans après» et dans lequel on retrouve ses personnages pas du tout là où on les avait laissés. Désormais, Alexandre ne fait plus l’éloge des prémices de l’amour. Il croit au contraire à l’érotisme ménager, à la passion casanière. C’est donc l’antithèse de Fanfan qu’Alexandre Jardin nous livre ici, semblant prendre beaucoup de plaisir à se moquer de lui-même!

 

 

Comme le demande la journaliste Faustine à Alexandre dans le livre… Pensez-vous qu’il y ait dans vos livres un fascisme du bonheur obligatoire? Une sorte d’intégrisme de la joie?

«(rires) Il y a des gens qui ne supportent pas que l’amour réussisse. Je n’en suis pas. (rires) Je ne me sens absolument pas contraint au désastre. Je crois que l’amour est fait pour la création, le quotidien enchanteur. La langue française parle d’aimer: c’est un verbe. On a le droit de le conjuguer, et donc en faire une action. Il n’y a donc aucune raison d’aller dans le mur, mais bien toutes les raisons du monde d’en faire une joie. En revanche, si l’on reste coincé dans l’idée habituelle selon laquelle les sentiments nous tomberaient dessus et s’en iraient sur la pointe des pieds, là on court à la tragédie, ce qui ne me semble absolument pas indispensable. En tout cas, moi, je n’ai pas de grandes compétences pour le malheur!»

Comment vous est venue l’idée d’écrire une suite à « Fanfan »?

«L’angle mort de la littérature, c’est le quotidien amoureux. Une histoire d’amour, c’est presque toujours l’histoire d’une rencontre, ou d’une rupture. On ne nous parle jamais de ce qui se passe au milieu. Le pari qui était le mien était d’en faire le temps fort! Comment imaginer un érotisme ménager, domestique, une passion casanière, une aventure jour après jour? J’ai choisi d’attraper d’anciens personnages pour les faire évoluer, parce que je ne suis plus du tout d’accord avec ‘Fanfan’. Ce film, comme le roman, fait l’éloge des prémices, des commencements de l’amour, en présentant cela comme le meilleur. J’avais tort. C’est une escroquerie!»

Comme l’Alexandre du livre, vous avez donc décidé de vous «actualiser sans délai». C’était donc aussi une envie de faire votre autocritique? De vous moquer de vous-même?

«Oui! D’abord cela me fait rire! Et puis sincèrement, je ne suis plus du tout d’accord avec mes romans de jeunesse, même s’y croyais fortement à l’époque. Ce film, comme le roman, fait l’éloge du commencement amoureux, en présentant cela comme le meilleur. Ils contribuent à glorifier la rencontre amoureuse, les prémices, tout ce que je cherche à démonétiser aujourd’hui. Bien sûr que cela peut être charmant. Mais la folie amoureuse que le temps seul permet est dix mille fois plus extraordinaire! L’érotisme des débuts reste un érotisme bateau. On ne s’aventure vraiment dans la dinguerie avec une fille que sur la longue durée, et surtout en changeant radicalement de regard, sur ce qui est censé étouffer l’amour. Si vous pensez qu’il n’est pas possible d’introduire de suspense dans un quotidien amoureux, il y a de fortes chances que vous vous emmerdiez. Si au contraire vous pensez que vous avez-vous la possibilité de créer un suspense extraordinaire, et donc d’en faire un moment de création, la journée risque d’être trépidante.» 

Le summum de l’amour tiendrait donc dans une paire de pantoufles?

«Oui, si on change de paire de pantaoufles tous les jours, c’est-à-dire si l’on joue avec les habitudes! Si on accepte d’entrer dans le jeu, les habitudes en amour ne sont pas un problème. Il y a de bonnes habitudes et de mauvaises habitudes. Si vous prenez l’habitude comme mon personnage de mettre en scène ce qui vous arrive, c’est une excellente habitude. Alors que si vous vous complaisez dans la nostalgie des débuts, vous êtes foutus. On ne peut pas ouvrir un magazine féminin aujourd’hui qui ne nous explique qu’il faut renoncer au mythe du prince charmant. Il faudrait se contenter de peu pour ne pas trop souffrir? Moi, je  crois qu’il faut se contenter de beaucoup. Et que si l’on réclame beaucoup, on obtient plus!» 

Il s’est passé quelque chose dans votre vie qui vous a inspiré ce revirement?

«Il n’y a pas eu un événement, mais une succession d’événements qui m’ont montré que l’usure des sentiments n’existe pas. J’appartiens à la courte liste d’hommes qui rêvent de coucher avec leur femme! L’usure n’est pas venue. Et j’ai fini par comprendre que ce que l’on appelle l’usure, c’est l’usure de soi, qu’on fait très chèrement payer à l’autre. Croire qu’il y aurait une fatalité de l’érosion des sentiments me paraît aussi bête que de perdre un match de tennis et de sortir du terrain en disant ‘c’est la faute du tennis’. C’est parce qu’on a mal joué qu’on perd son match, ce n’est pas de la faute du tennis. La plupart des gens incriminent l’amour. Mais ils ont simplement très mal joué.»

Fanfan reproche à Alexandre d’écrire les choses plutôt que de les vivre. C’est un reproche qu’on ne pourrait pas vous faire, à vous alors?

«J’espère qu’on ne peut pas me le faire avec toute l’énergie que je dépense! Pour soigner simplement mes entrées le soir lorsque je rentre, je serais vexé qu’on me fasse ce reproche! Je suis très sensible à la bande-son de ma vie. Si vous rentrez chez vous sur une musique du ‘Livre de la jungle’ ou de James Bond, d’entrée vous êtes un mari beaucoup plus efficace! Sur le thème de James Bond, vous ne pouvez pas rentrer de manière inodore, sinon vous êtes grotesque. Et puis, on n’est pas obligé de rentrer chez soi par la porte…»

«Fanfan» se termine par un mariage. La dernière phrase du livre, c’est « Nous eûmes beaucoup d’enfants, je devins écrivain et, contre toute attente, nous fûmes très heureux ». Or dans «Quinze ans après», quand on les retrouve, ils ne se sont finalement pas mariés. Que s’est-il passé?

«C’est parce que le sous-entendu quand on écrit cela, c’est que ce n’est pas vrai! La preuve, c’est que  dans les contes, quand on écrit cela, après cela s’arrête. Si c’était vrai, on le raconterait. Donc ils partent avec cette idée, mais il est simplement évident que puisque le héros de Fanfan est convaincu que le meilleur, ce sont les débuts, cela ne peut pas marcher! (rires). Donc fatalement, leur histoire d’amour démarre et puis foire.»

Certains de vos romans sont des confessions autobiographiques comme dans « Le roman des Jardin ». Ici, quelle est la part d’autobiographie dans «Quinze ans après».

«Pas trop grande, car j’aurais trouvé indélicat de re-citer dans un roman des moments de vie qui doivent rester des créations pour une femme.»

À côté des personnages de Fanfan et d’Alexandre, on retrouve une certaine Faustine, journaliste cruelle. C’est quelqu’un en particulier qui vous l’a inspirée?

«Faustine est un concentré de plusieurs personnes qui ont comme point commun la haine du bonheur, qui se sentent agressées par les gens heureux. Cela m’intéressait de donner un rôle à ces gens-là, à travers Faustine, parce qu’ils existent. Et cela me permettait d’introduire une part d’ombre dans un roman lumineux. Elle est un peu excessive on va dire, puisqu’elle ne peut coucher avec un homme que si elle le hait, elle ne peut épouser un type que si elle le méprise. Et elle en veut terriblement aux hommes qui la font jouir! Grâce à dieu, j’ai eu assez de nez dans ma vie pour éviter les Faustine. Je n’en ai jamais mises dans mon lit! (rires

«Quinze ans après» pourrait devenir à son tour un film?

«Je l’espère! Je ne sais pas ce qui va se passer. J’ai posté le livre aux acteurs sans les prévenir que j’avais écrit le livre. J’ai voulu leur faire une surprise. Je voulais que Sophie Marceau aille dans sa boîte aux lettres, déchire l’enveloppe et découvre le livre. Je trouvais cela plus joli que cela se passe comme cela.»

Va-t-il y avoir bientôt un dictionnaire des confusions amoureuses?

«Pourquoi pas? Je ne l’ai pas encore écrit mais pourquoi pas!»

Comment vous y prenez-vous pour écrire? Comme votre personnage, vous échangez votre maison sur le net? Vous observez les gens par leur fenêtre?

«Cela m’est arrivé d’échanger ma maison sur le net, et rien ne m’a semblé plus amusant de rentrer dans le décor d’autres personnages. Mais d’une manière générale, quand j’écris, je joue énormément. Je n’arrive pas à vivre sans jouer. Parce que je ne vois pas pourquoi je passerais mon temps à écrire des scènes et à ne pas en profiter (rires).

Donc, votre inspiration, vous la puisez dans le quotidien?

«Dans les difficultés du quotidien. Pour vous fabriquer des souvenirs, vous êtes obligé de foncer tête baissée vers une difficulté.»

Vous avez des projets? Sur quoi travaillez-vous en ce moment?

«Mis à part foncer tête baissée vers les difficultés? Non, pas pour l’instant! (rires). Je vais commencer à m’atteler au scénario du film, sans savoir si les acteurs voudront ou pas. Mais à la limite, s’ils ne veulent pas, ce sera le début d’une aventure… celle de les faire changer d’avis.»

Christelle

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNESFanfan acte 2 Alexandre Jardin

Quinze ans se sont écoulés depuis qu’on a découvert Fanfan et Alexandre, passionnément amoureux. Mais alors qu’ils devaient se marier, ni l’un ni l’autre n’est venu. Quinze ans plus tard, on les retrouve donc… pas du tout là où on l’aurait cru! Désormais, Alexandre est convaincu que l’amour peut être exalté par les petites choses du quotidien. Meurtrie par deux mariages ratés, Fanfan, elle, ne veut plus entendre parler d’aventure conjugale. À quarante ans, leurs ombres chinoises vont pourtant à nouveau se faire face, grâce à une machination orchestrée par un éditeur et un producteur avides de remettre en présence le couple qui inspira le roman «Fanfan», incarné au cinéma par Sophie Marceau et Vincent Perez. Après son romantisme du début («Fanfan», «Le Zèbre»…), Alexandre Jardin était passé à des confessions autobiographiques, des archives intimes («Le Roman des Jardin», «Chaque femme est un roman»). Il revient ici avec brio à ses premières amours mais avec une touche de maturité en prime. Un vrai régal.

«Quinze ans après», d’Alexandre Jardin, éditions Grasset, 360 pages 19 €

Cote: 5/5