Au-delà du cliché

CES-MORTSQuels secrets de famille inavouables se cachent parfois derrière les clichés souriants de nos aïeux? Tel est le thème du dernier roman de Frank Andriat dans lequel la narratrice nous livre au fil des pages son histoire, celle que la photo ne dit pas. Et si Fred et Elise n’étaient pas ses grands-parents tendrement aimant qu’ils semblent être? Quels lourds secrets sont enfuis dans leur passé? La narratrice les divulgue au compte-goutte, jusqu’au sordide dénouement final…

Christelle

« Ces morts qui se tiennent par la taille », de Frank Andriat, éditions du Rocher, 214 pages, 16,90 €

Cote: 2,5/5

Vingt ans après les fourmis, place aux micro humains !

werber_microhumainsVingt ans après la sortie des « Fourmis », Bernard Werber nous conte les péripéties d’une nouvelle mini espèce, celle des Emachs, les Micro Humains (« M.H. ») de sa « Troisième humanité« . Le deuxième tome de cette trilogie suit en effet cette nouvelle race plus petite, plus féminine et plus résistante créée par les scientifiques David Wells (l’arrière petit-fils d’Edmond Wells, l’auteur de la célèbre «Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu») et Aurore Kammerer, avec l’aide de la militaire naine Natalia Ovitz. Suite au succès dû à leur petite taille des missions confiées aux Emachs (notamment au cœur du réacteur nucléaire de Fukushima ou d’une mine au Chili pour libérer des mineurs coincés sous terre), le monde entier s’arrache leurs services, commercialisés par la société française Pygmée Prod. Tout va donc pour le mieux jusqu’au jour où, en Autriche, un adolescent se filme en train de torturer des Emachs loués à son père. La vidéo fait le buzz sur internet. Et les Emachs, emmenés par Emma 109, finissent par se révolter… Une nouvelle question fait débat: ces créatures doivent-elles être considérées comme des êtres humains? A côté de cela, Bernard Werber résout dans ce deuxième tome l’histoire d’amour et… nous livre enfin la solution de la fameuse énigme lancée dans le précédent puisque l’on y découvre comment faire un carré avec trois allumettes!

Christelle

« La troisième humanité ** – Les Micros Humains », de Bernard Werber, éditions Albin Michel, 400 pages, 22 €

Cote: 4/5

Paternité surprise

pernuschPaulin adore sa vie. Il file le parfait amour avec Lena, et mène une existence paisible dans son petit village au bord de la mer où il tient un magasin de poteries. Jusqu’au jour où une lettre vient tout bouleverser. Une femme -dont il ne se souvient même plus- lui apprend que leur aventure d’un soir il y a neuf ans a fait de lui le père d’une petite Hermine. Mine  pour les intimes. Et que celle-ci réclame  désormais de connaitre son père. Pour Paulin, c’est hors de question. D’abord parce que la bizarre Lena ne veut pas d’enfant, et certainement pas d’une fillette qui n’est même pas d’elle. Et puis parce qu’il en veut beaucoup à la mère de Mine qui ne lui a rien dit à l’époque et le met aujourd’hui devant le fait accompli. Mais un beau jour, Mine débarque dans son village, bien décidée à le rencontrer. Une belle histoire de paternité au fil de laquelle vous ne pourrez vous empêcher de vous demander comment vous auriez réagi, vous, à la place de Paulin.

Christelle

« Une visite surprise » de Claude Pernusch, éditions Belfond, 224 pages, 18 €

Cote: 3/5

Une belle histoire d’amitié

Telle n’est pas la surprise d’Hermann, Marlène, Jean-Claude et Lucas quand leur meilleur ami, Marc, pourtant séducteur insatiable, leur annonce qu’il va se marier. Mais leur étonnement est encore plus grand quand ils découvrent sur un cliché pris par leur ami, par ailleurs célèbre photographe, que la future mariée est une jeune Chinoise plutôt insipide.  Les quatre acceptent malgré tout de jouer les témoins pour ce mariage qui doit avoir lieu cinq jours plus tard. Oui mais voilà: avant que le mariage n’ait été prononcé, Marc meurt dans un tragique accident de voiture. Il ne reste donc plus à ses meilleurs amis qu’à attendre la fiancée, Yun,  à l’aéroport et lui apprendre la triste nouvelle. Mais alors qu’ils s’apprêtent à briser son rêve, ils s’aperçoivent que c’est elle qui va bouleverser leur vie. Et si Yun n’était pas vraiment la femme qu’elle semblait être? Didier van Cauwelaert nous livre ici une belle histoire d’amitié bourrée de sensualité, racontée à tour de rôle par les témoins. Bouleversant, l’auteur de « L’évangile de Jimmy » et de « L’éducation d’une fée » fait une pause dans sa série pour ados Thomas Drimm et nous entraîne dans un récit plein de suspense et de machiavélisme. Un très bon cru!

Christelle

« Les témoins de la mariée » de Didier van Cauwelaert, éditions Albin Michel, 250 pages, 19 €

Cote: 4/5

Un amour incestueux

Après l’infanticide dans «Le cimetière des poupées», Mazarine Pingeot s’attaque à l’inceste. Son dernier roman, «Mara», du nom de son héroïne, raconte l’histoire d’amour entre un frère et une sœur. Mais c’est aussi le récit d’une quête des origines, le tout sur fond de guerre d’Algérie. Un récit romanesque captivant qui prouve à ceux qui en douteraient encore que Mazarine Pingeot n’est pas seulement la fille cachée de François Mitterrand, mais aussi une auteure pas du tout en manque d’imagination!

Comment est née l’idée de ce roman?

«On ne sait jamais comment naît une idée. Mais je pense que je portais le début de l’histoire en moi depuis assez longtemps. Lors d’un voyage au Maroc, on m’avait raconté des histoires de gens qui se cachaient dans les villes. Je trouvais cette idée de venir se cacher au vu de tout le monde vachement romanesque. Mais je n’en avais rien fait. Et puis l’idée a mûri. J’avais aussi une vraie volonté d’aller vers un roman beaucoup plus ample, qui prend en charge d’autres dimensions que la pure dimension intime. C’est vrai que dans le précédent, j’étais allée au bout d’un travail qui était celui de l’introspection. Là je voulais prendre un peu le contre-pied et aller vers le monde, faire à la fois un voyage géographique et historique.»

Après avoir abordé l’infanticide dans «Le cimetières des poupées», vous vous penchez ici sur un autre sujet tabou: l’inceste.

«J’ai une sorte de fascination pour ce qui relève de la transgression! Parce que je trouve que la transgression et le tabou, c’est toujours le lieu de rencontre entre les problématiques individuelles et les problématiques sociales. Donc forcément, c’est une richesse incroyable pour un écrivain. Du fait que c’était un inceste, il y avait aussi cette idée de vivre quelque chose d’interdit et donc d’être dans l’obligation de le vivre en dehors du monde, de se cacher. Et enfin, il y a cet aspect d’amour passionnel. Je pense que tout amour passionnel est un amour fusionnel, encore plus quand c’est incestueux. Cette idée d’un amour absolu coupé du monde est l’illusion de croire qu’on peut ne vivre que de cela. On est tellement pris par son sentiment amoureux que finalement, le reste du monde n’a plus d’importance. Et croire que l’on peut vivre dans cet absolu est forcément une illusion. C’était cela aussi que je voulais interroger.»

«J’ai une sorte de fascination pour ce qui relève de la transgression!»

C’est la démonstration qu’on ne peut pas vivre que d’amour et d’eau fraîche?

«Oui! Je pense en effet que ce n’est pas possible.»

L’un des thèmes est cette quête des origines, cette thématique de la filiation, il y a des échos de votre propre histoire?

«Oui et non. Je pense que cela vient toujours de soi ce qu’on écrit, mais c’est quand même très, très transposé. Moi pour le coup, je n’ai pas eu à faire cette quête des origines parce que je savais très clairement d’où je venais! En revanche, ce qui est plus transposé, c’est l’idée de vivre dans une forme de réclusion, caché du monde, et puis de faire le travail inverse, de s’ouvrir au monde, d’aller à la rencontre des autres, et donc de soi-même aussi. Quand à la quête identitaire, je pense qu’elle est propre à tout le monde, moi comme les autres.»

Il s’agit d’un triangle amoureux entre Mara, Manuel et Hisham?

«Oui. À un moment donné, le troisième personnage devient fondamental. C’est lui qui va faire exploser cette bulle, même si elle explose aussi parce que ce n’est pas viable. C’est aussi lui qui va permettre à Mara de sortir de cette fusion totale, qui va l’amener vers le monde et l’obliger d’une certaine manière à réaliser sa quête des origines. Je pense que le troisième personnage est toujours fondamental pour casser la fusion.»

Pourquoi avoir choisi de parler de la guerre civile algérienne?

«Je trouvais notamment intéressant cette mise en parallèle avec l’histoire de France et son rapport à l’Algérie qui est aussi une relation incestueuse, très forte, très charnelle. Il y a un parallèle entre la grande Histoire et la petite.»

Christelle

«Mara», de Mazarine Pingeot, éditons Julliard, 512 pages, 21 €

Cote: 4/5

Les passagers ne sont pas des poissons

 

© Delphine Jouandeau

Après «Mort aux cons», Carl Aderhold est de retour avec un nouveau roman. L’occasion pour l’auteur de s’attaquer cette fois aux malentendus liés au culte des apparences.

Les poissons ne connaissent pas l’adultère… Mais les humains bien!
«Il semblerait, oui!»

Comme quoi, une petite robe rouge et une décoloration peuvent vous changer une vie?
«Cela peut en effet changer une vie si on en attend un changement important. Les femmes qui se lancent dans le relooking attendent souvent énormément de choses de ce changement d’apparence. De fait, mon héroïne, Julia, se retrouve tout d’un coup plongée dans un monde totalement nouveau. Avant ce relooking, elle était transparente, personne ne la remarquait. Puis tout d’un coup, tous les regards se tournent vers elle. Les hommes essaient de la séduire, ce à quoi elle n’était plus habituée. Et là pour le coup, cela peut changer une vie!»

Vous prenez souvent le train?
«Très souvent. À la sortie de mon premier roman, ‘Mort aux cons’, je suis allé faire pas mal de signature en province. Pendant un an, j’ai donc pris le train très souvent. C’est comme cela que m’est venue l’idée de ce roman. D’ailleurs, plusieurs dialogues de passagers sont des choses que j’ai entendues.»

Comment sont nés tous ces personnages?
«J’en ai croisé certains. Par exemple, la chorale dans le train, qui est peut-être ce qui est le plus abracadabrant, je l’ai pourtant subi pendant trois heures dans un train. Pour le reste, c’est la combinaison de plusieurs personnes que j’ai pu rencontrer. C’est parfois aussi une idée. J’avais envie de mettre des personnages qu’on ne trouve pas habituellement dans un roman. Une vieille dame, un contrôleur. Parce que forcément, quand on est dans un train, un personnage s’impose, celui du contrôleur. Il fallait que je trouve une contradiction sur lequel il repose qui, au contact de Julia, allait le faire changer complètement. D’où l’idée de faire d’un contrôleur maniaque du règlement une sorte d’anarchiste qui laisse tout filer.»

Duquel êtes-vous le plus proche?
«La question piège! Il y en a plusieurs. Il y a beaucoup de choses de moi dans Vincent. Mais dans Germinal, le contrôleur, aussi, qui est à la fois respectueux de l’ordre et a en même temps envie de tout enfreindre.»

Le personnage central est celui de Julia. Ce n’est pas trop compliqué de se glisser dans la peau d’une héroïne quand on est un homme?
«C’est d’autant plus compliqué qu’au départ, mon idée était de mettre en place des héros qui ne sont pas des héros de romans. Mais petit à petit en écrivant, Julia a pris toute la place. Du coup, il a fallu que je me plonge à la fois dans une psychologie mais aussi dans une gestuelle physique féminine, qui n’était pas du tout mon univers!»

Vous êtes fan de Julia Roberts?
«Je le suis devenu! Ce qui est très intéressant chez Julia Robert, c’est qu’elle a un statut un petit peu à part des autres stars d’Hollywood, parce qu’elle joue très souvent des rôles de femmes simples qui vont devenir petit à petit, soit par leur combat, soit par leur séduction, des femmes remarquables. Il y a ‘Pretty woman’ bien sûr, mais aussi ’Erin Brockovich’. C’était un peu un modèle pour mon héroïne qui avait jusqu’alors l’impression de ne pas exister et qui est devenue à ses propres yeux une star.»

Dans «Mort aux cons», vous vous attaquez aux différentes formes d’imposture. Aujourd’hui, c’est aux malentendus liés au culte des apparences.
«Oui. Ce qui m’a intéressé, c’est de voir comment une femme, vraiment dans l’artifice -parce que c’est assez difficile de vivre au quotidien avec une robe rouge, des talons hauts et un décolleté- va devenir petit à petit elle-même, découvrir sa vérité. Normalement, cet artifice, c’est comme un costume de scène. On le garde quelques heures, on a joué un rôle et puis on redevient ce qu’on était avant. Là, grâce à cet artifice, elle va enfin découvrir qui elle est. Évidemment pas une star, mais une femme qui existe, qui est belle et qui a envie de vivre.»

Vous avez déjà une idée pour votre prochain roman?
«Oui. Je vais encore changer de registre puisque ce sera une histoire autour de ce qui semble être une spécialité française, à savoir la séquestration de patron.»

Christelle

L’histoire…
Une petite robe rouge au décolleté affriolant et une teinture blonde peuvent parfois chambouler toute une vie! Pour fêter ses 40 ans, Valérie se voit ainsi offrir une séance de relooking par ses meilleures amies. Le lendemain, plutôt que de se rendre à son boulot de caissière, Valérie  décide de plaquer sa vie actuelle -son mari Djamel et leur ado ingrate, Laura – et saute dans le premier train. Dans la foulée, elle change de prénom et devient Julia, comme Julia Roberts, l’héroïne de «Pretty Woman» et de «Erin Brockovich». Débute alors, entre Paris et Toulouse, un huis clos complètement loufoque de personnages improbables. Colette, cette vieille dame amoureuse de deux hommes. Germinal, le contrôleur anarchiste. Gheorje, le Roumain «sourd et muet», qui est là malgré lui. Dick et son groupe de choristes. Jean-Pierre, l’éternel dragueur, embarqué avec sa femme et leurs enfants. Et puis surtout les deux chercheurs, Nicolas et Vincent, qui se rendent à un colloque accompagnés de leurs épouses respectives,  Aude, la silencieuse, et Muriel, l’éternelle insatisfaite. «Les poissons qui peuplent les océans sont innombrables, même si Pline l’ancien n’en compte que 144 variétés. Mais aucune espèce ne peut s’unir avec une autre, à la différence du cheval avec l’ânesse. Les poissons ne connaissent pas l’adultère», écrit l’un des auteurs qu’étudie Vincent. Mais une chose est sûre, les passagers du train ne sont pas des poissons!

«Les poissons ne connaissent pas l’adultère» de Carl Aderhold, éditions JC Lattès, 322 pages, 18 €

Cote: 3/5

Argent, sexe et pouvoir

Vingt ans après « Le bonheur, d’une manière ou d’une autre »,  Christine Arnothy confronte une fois encore des hommes et des femmes aux actes qu’ils posent, aux chemins qu’ils prennent et aux portes qu’ils poussent. Et son héroïne, Alice, nièce d’une milliardaire des cosmétiques, a sans aucun doute poussé la mauvaise porte en se rendant à cette soirée organisée par son amie Hilda dans un somptueux appartement parisien.Violée par des jeunes ivres et drogués, elle est laissée pour morte devant l’Hôpital Central, où nombre de médecins et étudiants étrangers se font la main sur des patients sans ressources. Engagé par la tante d’Alice, Jonathan parviendra finalement à sauver la jeune femme in-extremis. Mais la milliardaire entend-elle  réellement protéger sa nièce?  Ne cherche-t-elle pas seulement à protéger du scandale son compagnon, un ambassadeur, propriétaire de l’appartement où a eu lieu le viol et qui veut s’engager dans la prochaine course à la présidentielle? Une occasion pour l’auteure -rendue célèbre par son autobiographie « J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir »- de s’interroger sur ce qui gouverne réellement le monde: le pouvoir, l’argent ou le sexe?

Christelle

« La vie, d’une manière où d’une autre », de Christine Arnothy, éditions Flammarion, 380 pages, 21 €

Cote: 3/5

Viktor Lazlo dans la peau d’une schizophrène

 Viktor Lazlo se met dans la peau d’une schizophrène. Non pas pour les besoins d’un prochain rôle à la télé ou au théâtre, mais pour nous conter l’histoire de son héroïne de papier, Ida. Car si on la connaissait chanteuse et comédienne, Viktor Lazlo est désormais aussi auteure… et plutôt douée en plus!  Pour son premier roman, elle a enfermé une femme dans  un hôpital psychiatrique et déroule avec elle le fil de son histoire afin de tenter de comprendre comment elle en est arrivée là.

 
 

© Annsophie Lombrail

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée vous lancer dans l’écriture?
«Ce n’est pas une envie, c’est un besoin que j’ai depuis que je sais écrire!»

Qui vous a inspiré la femme de votre roman?
«Cette femme ressemble à toutes les femmes dans leur part la plus obscure. Et cet homme, Adrien, ressemble à ce que tous les hommes pourraient être. L’histoire, c’est ce qui se passerait vraiment si les gens n’étaient pas plus respectueux, plus sensibles, plus attentifs, moins peureux. Et si tout cela arrivait, l’histoire pourrait tourner très mal, comme dans mon livre.»

Cette femme, Ida,  a aussi des points communs avec vous?
«Forcément. J’ai mis dans ce personnage mes frayeurs d’enfant, d’adolescente et d’adulte. Elle a donc cela de commun avec moi. Mais contrairement à moi, elle n’a pas résorbé ses frayeurs en grandissant. Elle n’a jamais rencontré personne pour lui dire ‘everything gonna be ok’. Elle s’est plantée. Chaque rencontre a fait partie du mécanisme de sa déconstruction.»

C’est compliqué de se mettre dans la peau d’une schizophrène?
«Non, ce n’est pas très difficile. J’ai trouvé cela très intéressant. Si on est vraiment honnête avec soi, il n’y a pas un moment dans l’existence d’un être humain où, face au miroir, on ne s’est pas posé la question de savoir ce qu’il y avait derrière. Ce n’est donc pas difficile de faire marche arrière et de retrouver ce moment où on s’est retrouvé face au miroir et qu’on s’est demandé ce qu’il y avait là, pourquoi c’était comme cela.»

Et vous, jusqu’où seriez-vous prête à aller pour l’amour d’un homme?
«Moi, j’ai compris que l’amour des autres était une chose, et l’amour de soi quelque chose de bien plus fondamental. Cela ne veut pas dire que je suis, comme disent les Américains, ‘a selfish bitch’! Mais j’ai compris que de toute façon, pour être aimée, il valait mieux s’aimer d’abord. Le regard que l’on porte sur vous est directement lié au regard que vous portez sur vous-même.»

Vous avez d’autres livres en tête?
«J’ai deux livres en chantier. J’écris tout le temps. Je n’ai jamais arrêté d’écrire.»

Toujours dans le même style?
«Ce qui m’intéresse, de manière récurrente, c’est la part obscure de l’être humain: ce qu’il cache, ce qu’il sait de lui et voudrait que l’on ignore, les destins un petit peu chaotiques. Les histoires de princesses ne m’intéressent pas. Ce qui m’intéresse, ce sont les histoires de princesses qui se cassent la gueule! Parce que c’est dans l’échec qu’on reconnaît la valeur de l’homme plus que dans sa réussite.»

«Ce qui m’intéresse, ce sont les histoires de princesses qui se cassent la gueule!»

Vous avez des projets en tant que chanteuse ou comédienne?
«Oui, l’envie est toujours là d’être sur scène pour la chanson. J’ai une petite idée derrière la tête de créer un nouveau spectacle que j’amènerai à Bruxelles. Pour la comédie, non. La comédie n’a jamais été à mon initiative. On est venu me chercher. Et pour l’instant, on ne vient pas me chercher!»

Avant de vous lancer dans l’écriture vous étiez déjà connue. C’est plutôt un atout ou un handicap?
«Ce sont les deux. C’est un atout parce que pour certains médias, il y aura un a priori favorable parce que certaines personnes vous aiment et sont intéressées par ce que vous faites, peu importe ce que vous faites. Et pour certains médias plus sectaires, plus snobs, cela va être impensable: une chanteuse, cela chante, point. La première fois que j’ai fait du théâtre, les théâtreux m’ont méprisée. L’écriture est un cénacle encore plus clos. Si mon livre avait été reçu uniquement comme le premier texte d’un écrivain, il n’aurait pas eu à souffrir d’a priori.»

Christelle

En quelques lignes
Connue pour ses chansons («Pleurer des rivières» et «Canoë Rose» ) et son rôle dans «Navarro», Viktor Lazlo s’essaie désormais à l’écriture. Son premier roman, «La femme qui pleure», raconte l’histoire d’une femme schizophrène qui, enfermée entre les quatre murs d’un hôpital psychiatrique, attend son procès tout en essayant de comprendre comment elle a atterri là. Le style d’écriture est vif et concis. Et si les propos sont parfois décousus, c’est sans aucun doute pour mieux coller à son héroïne névrosée, tiraillée entre son fils et son amant, et qui tente désespérément de sortir du brouillard… 

«La femme qui pleure» de Viktor Lazlo, éditions Albin Michel, 154 pages, 14 €

Cote: 3/5

Viktor Lazlo sera à la Foire du livre de Bruxelles le vendredi 5 mars

Les passagers ne sont pas des poissons

Une petite robe rouge au décolleté affriolant et une teinture blonde peuvent parfois chambouler toute une vie! Pour fêter ses 40 ans, Valérie se voit ainsi offrir une séance de relooking par ses meilleures amies. Le lendemain, plutôt que de se rendre à son boulot de caissière, Valérie  décide de plaquer sa vie actuelle -son mari Djamel et leur ado ingrate, Laura – et saute dans le premier train. Dans la foulée, elle change de prénom et devient Julia, comme Julia Roberts, l’héroïne de « Pretty Woman » et de « Erin Brockovich ».  Débute alors entre Paris et Toulouse un huis-clos complètement loufoque de personnages improbables. Colette, cette vieille dame amoureuse de deux hommes. Germinal, le contrôleur anarchiste. Gheorje, le Roumain « sourd et muet ». Dick et son groupe de choristes. Jean-Pierre, l’éternel dragueur, embarqué avec sa femme et leurs enfants. Et puis surtout les deux chercheurs, Nicolas et Vincent, qui se rendent à un colloque accompagnés de leurs épouses respectives,  Aude, la silencieuse, et Muriel, l’éternelle insatisfaite. « Les poissons ne connaissent pas l’adultère » écrit l’un des auteurs qu’étudie Vincent. Mais les passagers du train ne sont pas des poissons!

Christelle

« Les poissons ne connaissent pas l’adultère » de Carl Aderhold, éditions JC Lattès, 322 pages, 18 €

Cote: 3/5

Qui Antonio tuera-t-il ce soir ?

Comme l’annonce d’emblée le titre du roman, l’histoire débute par un gros plan sur Antonio s’apprêtant à sortir de chez lui pour aller tuer l’assassin de son fils. Mais qui Antonio tuera-t-il ce soir? Telle est la question qui va maintenir le lecteur en haleine d’un bout à l’autre de ce thriller. Flashback onze mois plus tôt. Parti faire du vélo, le fils d’Antonio et Sylvia meurt renversé par un chauffard qui a pris la fuite. Sylvia fait jurer à son mari qu’il vengera leur fils et tuera son meurtrier. Mais l’enquête piétine. Puis, un soir, Antonio découvre qu’un cadre de la boîte dans laquelle il travaille a un comportement vraiment suspect. Mais alors qu’il s’apprête à passer à l’acte et tenir la promesse faite à sa femme, les gendarmes l’informent qu’ils ont arrêté le coupable et que celui-ci est passé aux aveux. Or, il ne s’agit pas du même individu…

Un roman à quatre voix qui nous plonge tour à tour dans les pensées d’Antonio et de sa femme Sylvia, mais aussi de Jean-Pierre, l’assassin, et de son épouse, Christine. Car après s’être attaqué aux pensées de la « Femme du monstre » en 2007, l’auteur, directeur des programmes de Paris Première, s’attaque cette fois au thème de la justice personnelle. Un roman captivant.

Christelle

« Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils » de Jacques Expert, éditions Anne Carrière, 256 pages, 18 €

Cote: 4/5

Léger passage à vide pour Nicolas Rey

 Le dernier livre de Nicolas Rey est un concentré de tous ces moments dingues et toutes ces mauvaises passes que la vie nous offre. S’adressant aux lecteurs, l’écrivain et chroniqueur annonce directement la couleur sur la quatrième de couverture: « Entre notre date de naissance et notre date de décès, il y a quelques moments dingues, des mauvaises passes et puis tout le reste. J’ai retiré tout le reste pour ne t’offrir rien que des moments dingues et des mauvaises passes. » Et parmi ceux-ci, se succèdent donc la naissance de son fils -de la première échographie aux contractions du jour J +++ en passant par les ballons rouges du cours de préparation à l’accouchement- mais aussi des témoignages d’amitié,  son couple brisé, les femmes, l’alcool, la cocaïne, les médocs…  L’auteur du Prix de Flore pour son deuxième roman « Mémoire court » nous livre ici une autofiction à la fois drôle et touchante.

Christelle

« Un léger passage à vide » de Nicolas Rey, éditions Au diable vauvert, 186 pages, 17 €

Cote: 3/5

Ne manquez pas les vidéos de Nicolas Rey sur You tube:

La femme qui pleure… des rivières

Connue pour ses chansons (« Pleurer des rivières » et « Canoë Rose » ) et son rôle dans « Navarro », Viktor Lazlo s’essaie désormais à l’écriture. Son premier roman, « La femme qui pleure », raconte l’histoire d’une femme schizophrène qui, enfermée entre les quatre murs d’un hôpital psychiatrique, attend son procès tout en essayant de comprendre comment elle a atterri là. Le style d’écriture est vif et concis. Et si les propos sont parfois décousus, c’est sans aucun doute pour mieux coller à l’héroïne névrosée, tiraillée entre un fils et un amant, et qui tente désespérément de sortir du brouillard… Reste donc à voir si l’on apprécie, ou pas, les histoires de psychose.

Christelle

« La femme qui pleure » de Viktor Lazlo, éditions Albin Michel, 154 pages, 14 €

Cote: 3/5

Lettres insolites de Françoise Dorin

francoise dorin

En voilà des lettres insolites que nous livre ici Françoise Dorin! Dans ses missives qu’elle n’a (bizarrement!) pas envoyées, l’auteure de « La mouflette » s’adresse à son nombril, à ses deux moitiés qu’elle baptise « Paule Nord » et « Paule Sud », aux répondeurs automatiques, à la fée Pilule et même au bonheur, carrément! Mais Françoise Dorin prend aussi sa plume pour écrire à une habitante de l’été, « l’abominable femme du mois d’août », celle qui nous agace avec tous ses défilés de mode sur la plage. Son « beau » voisin y passe également. Un voisin particulier comme on le découvre à la fin! Ont droit également à une de ses lettres non envoyées « l’obsédée des calories » et celui qui aurait pu être un amour de jeunesse mais qui n’a été qu’une erreur de jeunesse! Mais parmi toutes ses lettres, notre préférée reste celle dédiée à son carnet d’adresses. Un carnet d’adresse un brin particulier puisqu’à la lettre A y figuraient les Andouilles, Amicaux et Agressifs. La lettre B était réservée aux Bavards, Bornés et Bigames et le C aux Connards, qu’ils soient des Connards inoffensifs, malveillants ou prétentieux… Pas sûr qu’on aurait aimé figurer parmi ses connaissances!  

Christelle 

« Les lettres que je n’ai pas envoyées » par Françoise Dorin (Plon), 226 pages, 16 € 

Cote: 3/5

Une nouvelle enquête pour Bogaert & Bacall

aarcamonde 3On pousse une nouvelle fois  avec beaucoup de plaisir la porte de l’Arcamonde, la boutique de l’antiquaire Frans Bogaert pour le troisième tome de ses aventures. Au centre de cette nouvelle enquête, un drôle de pendentif, apparemment sans valeur, mais qui réapparaît de façon inexplicable chaque fois que sa propriétaire cherche à s’en débarrasser. Frans Bogaert et son énigmatique assistante Lauren Bacall y voient la relique d’un macabre rituel toscan, qui laisserait présager qu’un crime inavoué a été commis. Mais ce tome trois est aussi l’occasion d’entretenir le mystère qui plane autour de Lauren. Avec même un petit clin d’oeil au commissaire Van In, Brugeois célèbre tout comme Bogaert! Sans oublier, comme à chaque fois, l’énigme dans l’énigme, ce petit bonus pour les lecteurs attentifs qui permettra au plus futé qui parviendra à percer le secret de l’Arcane Maxime avant Frans Bogaert de remporter un petit quelque chose. A trouver cette fois : un nombre, mais dans la langue qui convient…

Christelle

« Le coeur-de-gloire – Troisième enquête de l’antiquaire » par Hervé Picart (Le Castor Astral), 224 pages, 13 €

 Cote: 4/5

Rencontré à l’occasion de la sortie du premier volume de l’Arcamonde, l’auteur, Hervé Picart, nous avait livré quelques infos croustillantes sur ses personnages…

L’enquêteur  est antiquaire, ce qui n’est pas commun…

«J’avais envie d’écrire des romans policiers mais je voulais sortir de la routine avec analyse ADN, empreinte digitale, etc. Donc je me suis demandé pourquoi ne pas remplacer le cadavre par autre chose. J’ai pensé qu’en chinant, on rencontre souvent des objets un peu mystérieux. Parfois même le brocanteur ne sait pas de quoi il s’agit et nous invente une belle histoire. Et je me suis dit qu’une histoire sur un objet, cela pouvait être intéressant. Du coup, puisqu’on en était à essayer de percer le mystère d’un objet, l’enquêteur ne pouvait plus être un policier. Et qui est mieux à même qu’un antiquaire d’essayer de découvrir le secret d’un objet?»

Cet antiquaire est un vrai gentleman. Quelqu’un vous a inspiré le personnage?

«J’ai connu des gens comme cela. Mais pas dans le monde de la littérature du tout. Des gens qui avaient autour de la quarantaine et qui avaient des manières du temps passé. C’était les musiciens du groupe allemand Kraftwerk. Ce sont eux qui ont inventé la musique techno bien avant que personne n’y songe. C’était des gentlemen, avec des manières excises. Je me suis dit que si un jour, j’avais besoin d’un personnage avec un peu de classe, il ressemblerait à ces gens-là. Comme eux, Bogaert s’adresse systématiquement dans la langue de la personne qu’il reçoit. Et comme eux, il a les cheveux lissés en arrière.»

Son assistante, Lauren, n’est pas banale non plus!

«Elle est née en fait du nom Bogaert. J’avais choisi le nom de l’antiquaire en référence à un peintre flamand puisqu’il me fallait trouver un nom bien brugeois. Puis je me suis dit qu’un roman policier sans assistant, cela n’allait pas. Il me fallait quelqu’un, et je me suis dit puisque c’est un Bogaert, prenons Bacall. Et de là est venue l’idée que ce soit un clone parfait de Lauren Bacall, c’est-à-dire quelqu’un qui a l’apparence totale de Lauren Bacall, mais pour dissimuler quelque chose.» 

On va donc en apprendre plus sur elle?

«Beaucoup plus. Puisqu’il y a deux points d’interrogations qui persistent à la fin: qui est Lauren, et où est passée la femme de Bogaert? C’est cela l’intrigue transversale. Et cela va donner quand même une atmosphère assez lourde, assez sombre et même carrément inquiétante! » 

Donc vous connaissez déjà la fin du feuilleton?

«Oui, absolument. Il ne faut pas s’embarquer dans une série si l’on n’en connaît pas la fin. C’est un peu le principe de l’accordéon. Quand on a les deux bouts, on peut tirer autant qu’on veut. Donc je sais comment cela finit. J’ai même déjà les dernières scènes.»

Vous êtes Français. Pourtant votre histoire se passe à Bruges. Pourquoi?

«Français à peine, parce qu’en fait, je suis un quart belge par mon grand-père et trois quarts ch’timi. Je suis donc très enraciné au nord. Et parmi toutes les villes que j’aime beaucoup, il y a Bruges, une ville magnifique. C’est une ville où l’on peut se déplacer partout en marchant, où il y a de l’eau à la place des rues. En plus, c’est une sorte de vaste magasin d’antiquités. C’était donc l’écrin idéal pour y placer l’Arcamonde. D’ailleurs c’est une ville pleine de ressources. On verra dans les autres livres que plein d’endroits vont être exploités.»

À la fin du livre, vous invitez le lecteur à partir à la découverte de l’Arcane Maxime…

«Pour ceux qui n’en auraient pas eu assez avec l’énigme résolue par Bogaert, ils peuvent s’amuser à en résoudre une autre. Cela s’adresse plutôt à ceux qui aiment les casse-tête, les puzzles… C’est une énigme en cinq parties et dans chaque volume, on découvre une partie de cette énigme dont Bogaert donnera la clé dans le 6ème livre. La réponse est quelque part dans le livre. Si le lecteur a une idée et pense avoir trouvé, il va sur le site arcamonde.hautetfort.com. Il tape ce qu’il pense être la réponse et si c’est cela, il gagnera un petit quelque chose. Pour l’instant personne n’a encore trouvé.» 

http://arcamonde.hautetfort.com/

Lakshmi Mittal kidnappé en Belgique

nicolas ancion l homme qui valait 35 milliardsLakshmi Mittal a été kidnappé à Liège. Ce kidnapping, on le doit à un Belge, Nicolas Ancion. Le « jeune auteur belge que la France devrait s’arracher » -dixit Didier Van Cauwelaert-  a en effet imaginé l’enlèvement d’une des plus grosses fortunes au monde par deux énergumènes qui vont l’obliger à réaliser des oeuvres d’art contemporaines de plus en plus absurdes! Prétextant une interview, les deux comparses parviennent en effet à enlever l’homme d’affaires et sont bien décidés à lui faire payer ses manies de distribuer des dividendes conséquents aux actionnaires (lui en bonne partie!) tout en liquidant le personnel pour ne conserver la production que dans les pays les moins coûteux. « Ce qui m’intéresse, moi, c’est de savoir combien vous valez, vous, dans ce monde-ci. (…) ça m’intéresse de savoir à combien exactement vous vous estimez », balance ainsi l’un des ravisseurs à Lakshmi Mittal. Un livre au parfum de crise, où il est question de  la fermeture d’un haut-fourneau liégeois, de la politique des gros industriels, mais aussi de chômage et de dignité… Si l’histoire -complètement surréaliste-, est bien trouvée, on regrettera malgré tout certains passages un peu trop tirés en longueur.

A voir absolument: l’excellente vidéo de lancement du livre sur You Tube, clin d’oeil au précédent livre de l’auteur, un recueil de nouvelles intitulé « Nous sommes tous des playmobiles »!

Christelle

« L’homme qui valait 35 milliards », de Nicolas Ancion, éditions Luc Pire, 283 pages, 18 €

Cote: 3/5

www.nicolasancion.com

Alexandre Jardin s’actualise

 
Alexandre jardin

Copyright Grasset

Alexandre Jardin a décidé de s’actualiser! Après «Fanfan» il nous livre aujourd’hui l’acte 2, intitulé «Quinze ans après» et dans lequel on retrouve ses personnages pas du tout là où on les avait laissés. Désormais, Alexandre ne fait plus l’éloge des prémices de l’amour. Il croit au contraire à l’érotisme ménager, à la passion casanière. C’est donc l’antithèse de Fanfan qu’Alexandre Jardin nous livre ici, semblant prendre beaucoup de plaisir à se moquer de lui-même!

 

 

Comme le demande la journaliste Faustine à Alexandre dans le livre… Pensez-vous qu’il y ait dans vos livres un fascisme du bonheur obligatoire? Une sorte d’intégrisme de la joie?

«(rires) Il y a des gens qui ne supportent pas que l’amour réussisse. Je n’en suis pas. (rires) Je ne me sens absolument pas contraint au désastre. Je crois que l’amour est fait pour la création, le quotidien enchanteur. La langue française parle d’aimer: c’est un verbe. On a le droit de le conjuguer, et donc en faire une action. Il n’y a donc aucune raison d’aller dans le mur, mais bien toutes les raisons du monde d’en faire une joie. En revanche, si l’on reste coincé dans l’idée habituelle selon laquelle les sentiments nous tomberaient dessus et s’en iraient sur la pointe des pieds, là on court à la tragédie, ce qui ne me semble absolument pas indispensable. En tout cas, moi, je n’ai pas de grandes compétences pour le malheur!»

Comment vous est venue l’idée d’écrire une suite à « Fanfan »?

«L’angle mort de la littérature, c’est le quotidien amoureux. Une histoire d’amour, c’est presque toujours l’histoire d’une rencontre, ou d’une rupture. On ne nous parle jamais de ce qui se passe au milieu. Le pari qui était le mien était d’en faire le temps fort! Comment imaginer un érotisme ménager, domestique, une passion casanière, une aventure jour après jour? J’ai choisi d’attraper d’anciens personnages pour les faire évoluer, parce que je ne suis plus du tout d’accord avec ‘Fanfan’. Ce film, comme le roman, fait l’éloge des prémices, des commencements de l’amour, en présentant cela comme le meilleur. J’avais tort. C’est une escroquerie!»

Comme l’Alexandre du livre, vous avez donc décidé de vous «actualiser sans délai». C’était donc aussi une envie de faire votre autocritique? De vous moquer de vous-même?

«Oui! D’abord cela me fait rire! Et puis sincèrement, je ne suis plus du tout d’accord avec mes romans de jeunesse, même s’y croyais fortement à l’époque. Ce film, comme le roman, fait l’éloge du commencement amoureux, en présentant cela comme le meilleur. Ils contribuent à glorifier la rencontre amoureuse, les prémices, tout ce que je cherche à démonétiser aujourd’hui. Bien sûr que cela peut être charmant. Mais la folie amoureuse que le temps seul permet est dix mille fois plus extraordinaire! L’érotisme des débuts reste un érotisme bateau. On ne s’aventure vraiment dans la dinguerie avec une fille que sur la longue durée, et surtout en changeant radicalement de regard, sur ce qui est censé étouffer l’amour. Si vous pensez qu’il n’est pas possible d’introduire de suspense dans un quotidien amoureux, il y a de fortes chances que vous vous emmerdiez. Si au contraire vous pensez que vous avez-vous la possibilité de créer un suspense extraordinaire, et donc d’en faire un moment de création, la journée risque d’être trépidante.» 

Le summum de l’amour tiendrait donc dans une paire de pantoufles?

«Oui, si on change de paire de pantaoufles tous les jours, c’est-à-dire si l’on joue avec les habitudes! Si on accepte d’entrer dans le jeu, les habitudes en amour ne sont pas un problème. Il y a de bonnes habitudes et de mauvaises habitudes. Si vous prenez l’habitude comme mon personnage de mettre en scène ce qui vous arrive, c’est une excellente habitude. Alors que si vous vous complaisez dans la nostalgie des débuts, vous êtes foutus. On ne peut pas ouvrir un magazine féminin aujourd’hui qui ne nous explique qu’il faut renoncer au mythe du prince charmant. Il faudrait se contenter de peu pour ne pas trop souffrir? Moi, je  crois qu’il faut se contenter de beaucoup. Et que si l’on réclame beaucoup, on obtient plus!» 

Il s’est passé quelque chose dans votre vie qui vous a inspiré ce revirement?

«Il n’y a pas eu un événement, mais une succession d’événements qui m’ont montré que l’usure des sentiments n’existe pas. J’appartiens à la courte liste d’hommes qui rêvent de coucher avec leur femme! L’usure n’est pas venue. Et j’ai fini par comprendre que ce que l’on appelle l’usure, c’est l’usure de soi, qu’on fait très chèrement payer à l’autre. Croire qu’il y aurait une fatalité de l’érosion des sentiments me paraît aussi bête que de perdre un match de tennis et de sortir du terrain en disant ‘c’est la faute du tennis’. C’est parce qu’on a mal joué qu’on perd son match, ce n’est pas de la faute du tennis. La plupart des gens incriminent l’amour. Mais ils ont simplement très mal joué.»

Fanfan reproche à Alexandre d’écrire les choses plutôt que de les vivre. C’est un reproche qu’on ne pourrait pas vous faire, à vous alors?

«J’espère qu’on ne peut pas me le faire avec toute l’énergie que je dépense! Pour soigner simplement mes entrées le soir lorsque je rentre, je serais vexé qu’on me fasse ce reproche! Je suis très sensible à la bande-son de ma vie. Si vous rentrez chez vous sur une musique du ‘Livre de la jungle’ ou de James Bond, d’entrée vous êtes un mari beaucoup plus efficace! Sur le thème de James Bond, vous ne pouvez pas rentrer de manière inodore, sinon vous êtes grotesque. Et puis, on n’est pas obligé de rentrer chez soi par la porte…»

«Fanfan» se termine par un mariage. La dernière phrase du livre, c’est « Nous eûmes beaucoup d’enfants, je devins écrivain et, contre toute attente, nous fûmes très heureux ». Or dans «Quinze ans après», quand on les retrouve, ils ne se sont finalement pas mariés. Que s’est-il passé?

«C’est parce que le sous-entendu quand on écrit cela, c’est que ce n’est pas vrai! La preuve, c’est que  dans les contes, quand on écrit cela, après cela s’arrête. Si c’était vrai, on le raconterait. Donc ils partent avec cette idée, mais il est simplement évident que puisque le héros de Fanfan est convaincu que le meilleur, ce sont les débuts, cela ne peut pas marcher! (rires). Donc fatalement, leur histoire d’amour démarre et puis foire.»

Certains de vos romans sont des confessions autobiographiques comme dans « Le roman des Jardin ». Ici, quelle est la part d’autobiographie dans «Quinze ans après».

«Pas trop grande, car j’aurais trouvé indélicat de re-citer dans un roman des moments de vie qui doivent rester des créations pour une femme.»

À côté des personnages de Fanfan et d’Alexandre, on retrouve une certaine Faustine, journaliste cruelle. C’est quelqu’un en particulier qui vous l’a inspirée?

«Faustine est un concentré de plusieurs personnes qui ont comme point commun la haine du bonheur, qui se sentent agressées par les gens heureux. Cela m’intéressait de donner un rôle à ces gens-là, à travers Faustine, parce qu’ils existent. Et cela me permettait d’introduire une part d’ombre dans un roman lumineux. Elle est un peu excessive on va dire, puisqu’elle ne peut coucher avec un homme que si elle le hait, elle ne peut épouser un type que si elle le méprise. Et elle en veut terriblement aux hommes qui la font jouir! Grâce à dieu, j’ai eu assez de nez dans ma vie pour éviter les Faustine. Je n’en ai jamais mises dans mon lit! (rires

«Quinze ans après» pourrait devenir à son tour un film?

«Je l’espère! Je ne sais pas ce qui va se passer. J’ai posté le livre aux acteurs sans les prévenir que j’avais écrit le livre. J’ai voulu leur faire une surprise. Je voulais que Sophie Marceau aille dans sa boîte aux lettres, déchire l’enveloppe et découvre le livre. Je trouvais cela plus joli que cela se passe comme cela.»

Va-t-il y avoir bientôt un dictionnaire des confusions amoureuses?

«Pourquoi pas? Je ne l’ai pas encore écrit mais pourquoi pas!»

Comment vous y prenez-vous pour écrire? Comme votre personnage, vous échangez votre maison sur le net? Vous observez les gens par leur fenêtre?

«Cela m’est arrivé d’échanger ma maison sur le net, et rien ne m’a semblé plus amusant de rentrer dans le décor d’autres personnages. Mais d’une manière générale, quand j’écris, je joue énormément. Je n’arrive pas à vivre sans jouer. Parce que je ne vois pas pourquoi je passerais mon temps à écrire des scènes et à ne pas en profiter (rires).

Donc, votre inspiration, vous la puisez dans le quotidien?

«Dans les difficultés du quotidien. Pour vous fabriquer des souvenirs, vous êtes obligé de foncer tête baissée vers une difficulté.»

Vous avez des projets? Sur quoi travaillez-vous en ce moment?

«Mis à part foncer tête baissée vers les difficultés? Non, pas pour l’instant! (rires). Je vais commencer à m’atteler au scénario du film, sans savoir si les acteurs voudront ou pas. Mais à la limite, s’ils ne veulent pas, ce sera le début d’une aventure… celle de les faire changer d’avis.»

Christelle

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNESFanfan acte 2 Alexandre Jardin

Quinze ans se sont écoulés depuis qu’on a découvert Fanfan et Alexandre, passionnément amoureux. Mais alors qu’ils devaient se marier, ni l’un ni l’autre n’est venu. Quinze ans plus tard, on les retrouve donc… pas du tout là où on l’aurait cru! Désormais, Alexandre est convaincu que l’amour peut être exalté par les petites choses du quotidien. Meurtrie par deux mariages ratés, Fanfan, elle, ne veut plus entendre parler d’aventure conjugale. À quarante ans, leurs ombres chinoises vont pourtant à nouveau se faire face, grâce à une machination orchestrée par un éditeur et un producteur avides de remettre en présence le couple qui inspira le roman «Fanfan», incarné au cinéma par Sophie Marceau et Vincent Perez. Après son romantisme du début («Fanfan», «Le Zèbre»…), Alexandre Jardin était passé à des confessions autobiographiques, des archives intimes («Le Roman des Jardin», «Chaque femme est un roman»). Il revient ici avec brio à ses premières amours mais avec une touche de maturité en prime. Un vrai régal.

«Quinze ans après», d’Alexandre Jardin, éditions Grasset, 360 pages 19 €

Cote: 5/5