Du Marc Levy en bande dessinée

Après le 7ème art, c’est au tour du 9ème d’art d’adapter Marc Levy! Sous les coups de crayon d’Espé, Corbeyran réorchestre donc le coup de foudre entre un ange et un démon, supposés livrer l’ultime combat entre le bien et le mal… Un travail lu et approuvé par Marc Levy himself!

Pourquoi avoir choisi d’adapter ce roman-là en bande dessinée?

«Il faut poser la question à Eric Corbeyran, parce que c’est lui qui l’a adapté, et c’est son initiative. On était assis à côté l’un de l’autre au jury du prix Carrefour Savoirs. Moi je lui disais à quel point j’aimais son travail et que j’aimais ‘Le Chant des Stryges’. Lui m’a dit qu’il aimait énormément ce roman et qu’il avait envie de l’adapter. Je lui ai répondu ‘vas-y mon vieux!’»

Et vous quel roman auriez-vous choisi d’adapter?

«Dans ce format-là, le format B.D. traditionnel, je pense que j’aurais pris celui-ci aussi, ou éventuellement ‘La prochaine fois’. En roman graphique, ‘Les enfants de la liberté’ et ‘Où es-tu?’»

Vous êtes donc aussi un lecteur de B.D.?

«Oui, je suis un gros lecteur de bande dessinée. Cela a commencé assez jeune avec la ‘Rubrique-à-brac’ et cela s’est poursuivi jusqu’à maintenant. Cela va du ‘Chant des Stryges’ en passant par le cycle d’Ossian. J’ai lu tous les ‘Johan et Pirlouit’, tous les ‘Buck Danny’, tous les ‘Tanguy et Laverdure’, etc. Je dois avoir mille B.D. à la maison.»

Vous aviez donc une bonne base pour superviser l’adaptation?

«Non, je ne voulais pas du tout être dirigiste. Eric n’est pas un quart d’auteur ou un demi-auteur. C’est un auteur à part entière, comme un metteur en scène qui vous propose d’adapter un de vos romans. Le propos n’est pas d’aller leur expliquer comment faire leur métier. Eric m’a envoyé son scénario pour que je le valide… et je lui ai dit que je lirais la B.D. avec plaisir!»

Et votre impression?

«J’ai lu la B.D avec plaisir! Plus que cela même. C’est drôle parce que je suis incapable de relire un de mes livres. Même pour écrire la suite de ‘Si c’était vrai’, je n’ai pas pu relire le roman. Mais là, je l’ai lu comme un lecteur de B.D. J’ai complètement oublié que c’était moi qui avais écrit cela.»

C’était comme vous vous l’imaginiez?

«C’est toujours le problème de l’adaptation. Mais je pense que la B.D. est une étape plus proche du roman que du cinéma, pour la raison que la B.D. ne souffre d’aucune contrainte budgétaire. Dans la B.D. comme le roman, quand vous faites exploser trois entrepôts, le producteur n’est pas mort d’un arrêt cardiaque au moment où il est expliqué ce qu’il va se passer dans la scène.»

Le choix d’Espé pour les dessins s’est fait comment?

«Corbeyran me l’a proposé. J’ai vu les premiers dessins d’Espé et j’ai tout de suite été subjugué.»

Êtes-vous satisfait du rendu des personnages? Sont-ils tels que vous vous les représentiez?

«En tant que lecteur, je suis fou de bonheur des dessins et je suis complètement admiratif. Je trouve qu’Espé a un talent extraordinaire. En tant que romancier, je suis gardien de ce qui fait pour moi la différence entre un roman et une B.D. ou un film. Mon travail a toujours consisté à faire exister le personnage sans jamais le décrire. J’ai même poussé le vice dans ‘Le voleur d’ombre’ à le faire exister sans lui donner de prénom. Donc je ne vous dirai jamais si le personnage correspond à ce que j’avais en tête parce que je priverais quelqu’un d’autre de la liberté de définir le personnage tel qu’il l’entend. Mais en tant que lecteur, je suis très heureux.»

Tout le roman ne peut pas rentrer dans le format B.D. Des scènes ont été supprimées. Cela ne vous a pas fait mal?

«Très honnêtement, le seul regret que j’ai pour la B.D., mais qui est uniquement émotionnel et personnel et ne remet pas du tout en cause la qualité du travail des adaptateurs, c’est la disparition du personnage de Reine Sheridan. Pour une raison très simple, c’est que dans le roman, elle est l’incarnation de ma grand-mère. Donc j’y étais personnellement très attaché. Mais je n’ai jamais appelé Eric pour lui dire qu’il ne pouvait pas me faire cela. Et cela n’enlève peut-être rien à l’histoire. Mais c’est le seul regret que j’ai eu.»

D’autre adaptation B.D. sont prévues?

«C’est un gag, chaque fois qu’Eric et moi nous parlons au téléphone, on sedemande quand on fait le suivant. Mais cela ne se fait pas en 24h non plus, c’est un travail de longue haleine. Et puis il y a déjà un tome 2 qui est en préparation.»

Le but de cette B.D., c’est toucher un autre public?

«Non, c’est beaucoup plus égoïste que cela. Pour moi, c’est le pur plaisir d’avoir la B.D. chez moi! C’est un cadeau que Corbeyran me fait.»

Et la fin dans le tome 2 de la B.D. sera la même que dans le livre?

«Je ne suis pas sûr, je n’ai pas lu le scénario. J’ai laissé à Corbeyran carte blanche. Je n’ai pas voulu me gâcher le plaisir de la lecture…»

 Christelle

En quelques lignes

Inspirée du troisième roman de Marc Levy, l’histoire raconte le pari risqué conclu entre Dieu et Lucifer pour tenter de mettre un terme à leur éternelle rivalité. Durant sept jours, un ange -la belle Zofia- affrontera un démon -le sulfureux Lucas- pour un ultime combat qui doit voir triompher le Bien ou le Mal. Mais Dieu et Lucifer n’avaient semble-t-il pas prévu que leur meilleur agent pourrait tomber amoureux de celui du camp adverse… Les fans de Marc Levy connaissent bien sûr déjà l’histoire, assez bien respectée par Espé & Corbeyran, même si le format B.D. implique quelques simplifications. Reste que pour vérifier si la fin de la B.D. demeure bien la même que celle du roman, il faudra encore attendre quelques mois pour la parution du tome 2 !

«Sept jours pour une éternité – Première partie», d’Espé & Corbeyran, éditions Casterman, 72 pages, 12,95 €

Cote: 3/5

Marc Levy renoue avec la comédie romantique et le surnaturel

Les fans sont gâtés. Six mois après «La première nuit», un nouveau roman de Marc Levy –son onzième- vient de sortir,  annoncé d’ores et déjà par l’éditeur comme le roman de l’été! Il est vrai que l’idée s’annonce originale: il est question cette fois d’un petit garçon au pouvoir un peu particulier, celui de voler les ombres. Un brin de soleil et, lorsque son ombre en croise une autre, il leur arrive de s’échanger. Le petit garçon entend alors tout ce que le propriétaire de l’ombre n’arrive pas à exprimer et qui le rend triste. A lui ensuite de tenter de rendre le sourire au propriétaire de l’ombre…  En parallèle, on suit aussi le parcours de ce petit garçon, de la cour de récré à la fac de médecine, en passant par le divorce de ses parents et sa première histoire amour. Après deux romans d’aventures, l’auteur français le plus lu à travers le monde renoue donc avec les ingrédients qui ont fait son succès. Une touche de comédie romantique, une petite pincée de surnaturel…  Le style est agréable. L’envie de tourner les pages est bien là. On referme pourtant le livre avec un petit goût de trop peu et un léger soupçon de déception. Quoi de plus frustrant en effet qu’une belle idée prometteuse qui nous laisse, au final, pas complètement rassasiés? C’est que l’auteur nous a déjà habitués à mieux, tout simplement…

Christelle

«Le voleur d’ombres», de Marc Levy, Robert Laffont, 288 pages, 21 €

Cote : 3/5

www.marclevy.info