Une jolie comédie romantique

© Michel Castermans

Une vieille maison pleine de charme sert de décor au dernier roman de Francis Dannemark où se retrouve une joyeuse ribambelle de personnages pour des séances de ciné-club. De quoi susciter des envies de cinéma!

Vous êtes un peu comme le Jean-François du roman, plutôt que d’écrire un énième livre sur le sujet, vous avez préféré en  faire un roman?«Oui! C’est sûr.»

Vous faites aussi des soirées ciné-club chez vous avec vos amis?

«Oui. On parle de films, on regarde des bouts de films, on parle de bouquins. C’est un vrai petit ciné-club.»

Auquel de vos personnages vous identifiez-vous le plus?

«Quand on écrit un livre, on est comme dieu: on s’identifie à tout le monde. (rires) Les romans, c’est comme les rêves, c’est la même logique inconsciente: on projette des parties de soi dans tous les personnages, les bons et les mauvais, les jeunes et les vieux. Le lecteur a tendance à imaginer que l’auteur, c’est lui ou lui. C’est sûr qu’il y a des bouts de moi dans Jean-François. Mais ceux qui me connaissent très bien verront facilement des petits bouts de moi dans tous les personnages. Même les femmes, les enfants et le chien!»

Deux hommes et huit femmes. C’est une belle galerie de personnages. Certains existent dans la vraie vie?

«Oh oui. Je suis absolument incapable d’inventer des gens en partant de rien. Si on veut vraiment inventer des personnages partis de rien, il faut des petits hommes verts. Une de mes amies qui a eu le livre et qui vient dans mon petit ciné-club s’est retrouvée dans un des personnages et elle était contente. La meilleure de l’histoire, c’est que c’est vrai et faux en même temps. Pour moi, cette personne-là a donné des caractéristiques à plusieurs personnages de mon roman. Au départ, les personnages sont squelettiques. Et ils vont grandir en empruntant à gauche à droite ce qui leur convient. Jusqu’à un moment très particulier où le personnage remplace la personne qui l’a inspiré. Ils sont devenus de vraies personnes autonomes.»

 Mais vous ajoutez une touche de magie avec le personnage de Felisa?

«Oui, mais il y a des gens comme cela! Mais c’est vrai que c’est un roman où il y a un peu de magie. Il n’y a pas que la magie du cinéma. Il y a toutes sortes de magies. Et il y a des gens qui ont quelque chose de magique.»

Les Bruxellois se sentiront chez eux dans votre livre!

«Oui. C’est-à-dire que je n’avais pas envie de faire un roman bruxellois parce que cela n’avait pas un sens majeur dans le roman. Mais je n’ai pas du tout dissimulé que c’est Bruxelles. Ceux qui connaissent reconnaîtront très facilement. Et pour les autres, c’est une ville qu’ils ont rêvée ou imaginée.»

Et cette maison au cœur du récit, elle existe?

«C’est comme pour les personnages. Ce sont des maisons où j’ai vécu, où je suis passé, que j’ai vu du dehors et qui m’ont fasciné, qui m’ont plu… Mises toutes ensemble, elles ont fini par donner naissance à une nouvelle maison qui n’existe en fait que dans le roman mais qui est inspirée par toute une série de maisons.»

Cette  fois encore, votre roman a un titre kilométrique!

«C’est parce que quand j’étais jeune, j’écrivais des poèmes et pour toutes sortes de drôles de raisons, je n’en ai pas écrit l’ombre d’un depuis sept ans. Alors comme cela je peux dire aux gens que j’écris encore des poèmes, que ce sont les titres de mes romans! ‘Du train où vont les choses à la fin d’un long hiver’ c’est un double heptamètre. Ce sont deux vers de sept pieds si l’on compte bien. Tandis que ‘La véritable vie…’ c’est deux fois dix syllabes. C’est plus fort! C’est un double décasyllabe. C’est le vers des épopées il y a plus de mille ans.»

Vous semblez vous être beaucoup amusé à trouver les titres de vos chapitres?

«C’était un vrai bonheur! C’était un plaisir à l’ancienne. C’est un peu construit comme une série télé, comme un film, une sorte d’hommage. Mais c’est aussi un bouquin qui est un clin d’œil à des livres que j’aimais quand j’étais jeune, où il y avait des intertitres,… Je dois reconnaître que je me suis amusé comme un fou. J’ai hésité à mettre la table des matières parce que c’est très long. Mais en même temps elle est très chouette à lire même toute seule. C’est comme un roman!»

Comment avez-vous procédé pour sélectionner ces films.

«Je voulais des films pas trop pointus quand même, pour que cela parle aux gens. Ce n’est pas un livre pour spécialistes. Je voulais des films que l’on peut normalement trouver en DVD. Mais cela m’a rendu fou en travaillant! J’ai dû renoncer à des films dont j’avais envie de parler. Parmi les films que je trouvais épatants et que j’avais vus et revus, j’ai aussi choisi ceux qui correspondaient aux besoins du roman, ceux qui collaient avec l’ambiance. C’est un livre qui j’espère fera plaisir aux  amateurs pointus de cinéma, mais aussi à ceux qui ne connaissent pas du tout le cinéma. Au fond, c’est un ouvrage de vulgarisation, mais si possible pas bête!»

Vous apportez aussi dans ce livre votre contribution à la longue liste des listes… Et vous, vos films d’amour préférés?

«Impossible, cela va me rendre fou. (Après consultation de ses listes…) Dans la liste des films, pas  que je trouve les meilleurs mais que je préfère, que j’ai vu et revus, que ce soient de grands classiques reconnus ou pas du tout, il y a donc un film espagnol, ‘Belle époque’, de Fernando Trueba, avec Penélope Cruz. Une autre histoire d’amour extraordinaire, c’est ‘César et Rosalie’, de Claude Sautet. Je suis fou aussi de ‘Notting Hill’, de Roger Michell avec Julia Roberts. Un truc ultra-méga-craquant, c’est ‘Random harvest’, un film de 1942 connu en français sous le titre de ‘Prisonniers du passé’ de Mervyn LeRoy. Un vrai bijou. ‘La fille sur le pont’ de Patrice Leconte. Et alors ‘La leçon de piano’ de Jane Campion. Et un petit dernier avec mon idole, Fred Astaire, et Audrey Hepburn, ‘Drôle de frimousse’.»

C’est un gros roman par rapport à vos précédents?

«Oui. Il est plus gros à lui tout seul que ce que j’ai fait ces dix dernières années! Mon plan de travail pour celui-ci était deux fois plus lourd que pour le précédent. Je me suis raconté à moi-même que je ne voulais pas écrire de gros romans parce que ma distance à moi c’était le 100 mètres. C’est vrai que j’aime beaucoup les romans courts. Mais il y avait une partie de moi extrêmement frustrée depuis toujours. Le titre du roman, je l’avais déjà en tête il y a cinq ans. Les personnages sont nés petits à petits. J’ai vécu longtemps avec eux, il y a un travail de préparation immense. Le scénario est un vrai cauchemar à mettre sur pied quand il y a dix personnages. Cela change de deux dans un wagon de chemin de fer! Donc techniquement, c’est un travail de fou. Mais je me suis amusé aussi avec ces personnages.»

Christelle 

En quelques lignes

Tous les mercredis soir, Max accueille dans sa vieille maison délabrée mais pleine de charme huit femmes et son meilleur ami pour une séance de ciné-club. Au fil des pages, les personnages se dévoilent. Max bien sûr, la cinquantaine, veuf, père de deux grands enfants, psychologue qui se cherche. Jean-François, grand spécialiste des comédies de l’âge d’or du cinéma américain. À eux deux s’ajoutent Judith, Muriel, Sarah, Catherine, Annick, Kate, Marie-Louise. Et bien sûr l’énigmatique Felisa, dernière venue du groupe, auquel elle apporte une petite touche de magie. Avec une mention particulière aussi pour les titres des chapitres, parmi lesquels on citera, entre autre, «De la relativité du chien», «Petite contribution à la longue liste des listes», «De la bienveillance présumée des extraterrestres», «La longue durée d’un rire» ou «Lentement, si possible à dos d’éléphant»… Un petit bijou pour les cinéphiles, comme pour les amateurs de belles histoires d’ailleurs, tout simplement. Et comme un livre sur le cinéma se devait d’avoir sa bande-annonce, l’auteur en a posté une plutôt pas male sur You tube.

«La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis», de Francis Dannemark, Robert Laffont, 472 pages, 21 €.

Cote: 4/5

www.francisdannemark.be