Un avenir pour l’Afrique

Wangari Maathai, activiste environnementale et militante pour la démocratie, est écoutée en Afrique et en dehors des frontières du continent. Elle doit sans doute plus cet impact médiatique au Prix Nobel de la Paix qu’elle s’est vue décerné en 2004 pour sa «contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix» qu’au «Green Belt Mouvement» (Mouvement de la Ceinture verte) qu’elle fonda en 1977 et qui depuis a planté quelque 30 millions d’arbres. En 2008, elle publia «Celle qui plante les arbres» qui connut son petit succès avec plus de 15.000 exemplaires vendus. Son deuxième ouvrage, «Un défi pour l’Afrique», se veut un témoignage des défis et des réussites de l’Afrique moderne. Dans cet essai écrit dans un style clair et abordable, elle dissèque les causes de la délicate situation tant économique que politique ou sociale à laquelle est aujourd’hui confronté le continent africain. Elle met le doigt sur les erreurs du passé, les rapports de forces qui se sont installés durant la colonisation et au moment de l’indépendance, sur les dérapages et les erreurs de gouvernance. Au constat succèdent les perspectives d’avenir. Wangari Maathai ne stigmatise ni les uns ni les autres, mais offre un espoir concret et propose des choix réalistes pour sortir de l’impasse. Elle appelle la population, culturellement déracinée, à entreprendre une révolution morale pour accéder à la croissance. Elle s’adresse aux Etats, qu’elle incite à s’unir, pour enfin prendre leurs responsabilités. Les réflexions et propositions de l’activiste africaine seront-elles entendues? Un ouvrage instructif et passionnant!

Anne-Sophie

«Un défi pour l’Afrique», de Wangari Maathai, éditions Héloïse d’Ormesson, 368 pages, 22 €

Cote : 3/5

Sexe, mensonges et trahisons

Pumuky, chanteur d’un groupe rock très en vogue, est retrouvé une balle dans la tête sur un terrain vague. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un suicide. Mais l’hypothèse du meurtre n’est pas exclue. Alors que s’est-il passé? L’énigme sera-t-elle élucidée une fois la dernière page tournée? Un à un, les proches et les connaissances du beau gosse entrent en scène. Tous sont interviewés par un journaliste qui souhaite consacrer un livre au leader des Sex & Love Addicts en passe de devenir une légende. L’histoire se déroule dans le Madrid branché et fait quelques détours par Barcelone. Il y a Romano -le bassiste du groupe que Pumuky vénérait- et sa mère Sabina, Mario -guitariste et tête pensante du groupe- et sa génitrice Marié -romancière remariée avec un prof d’université qui la trompe-, Olga -la manager du groupe qui a couché avec Romano et Pumuky tout en les plumant sans le moindre remord-, et puis il y a aussi Lola, Sonia, Valéria, Leonardo,… A travers eux, se dessine peu à peu la personnalité pour le moins complexe du chanteur. Sur fond d’ambiance gin tonic, minijupe et rail de coke, l’auteure livre neuf visions d’une même histoire, toutes plus passionnantes les unes que les autres. La romancière espagnole Lucia Etxebarria («Amour, Prozac et autres curiosités», «Beatriz et les corps célestes», «Un miracle en équilibre») revient ici à l’un de ses thèmes de prédilection: la vérité d’un être est multiple. Pour cerner l’homme, il faut croiser les points de vue, recouper les témoignages. Un tout bon roman qui ne lâche pas le lecteur!

Anne-Sophie

«Sex & Love Addicts», de Lucia Etxebarria, éditions Héloïse d’Ormesson, 336 pages, 22 €

Cote : 5/5

L’évasion par l’imagination

Musicien de son état, Damien Luce signe avec «Le Chambrioleur» un premier roman doux et poétique. Il nous conte l’histoire de Jeanne, une enfant de 8 ans délaissée par ses parents et moquée par ses camarades de classe. Solitude et silence emplissent son morne univers jusqu’à cette nuit fatidique où Paulin s’introduit dans l’appartement. Le récit glisse alors dans l’imaginaire. Les pistes sont brouillées. Le lecteur désorienté s’interroge. Les élucubrations de Jeanne sont-elles le fruit de ses fantasmes ou sont-elles réelles? Damien Luce, lui-même, serait bien en peine de répondre à la question. Rencontre avec ce jeune auteur fort prometteur.

Comment d’une vocation de pianiste-compositeur passe-t-on à l’écriture?
Damien Luce:
«Je ne pense pas que l’écriture a découlé de mon travail de musicien. C’est plutôt le goût de lire qui m’a donné petit à petit l’envie d’écrire. Au début, j’ai commencé à écrire de la poésie surtout. Petit à petit, j’ai écrit des nouvelles. Tout cela a abouti aussi à une pièce de théâtre, «Presque trop sérieux», que j’ai jouée il y a deux ans. Ensuite, j’ai écrit «Le Chambrioleur» qui était au départ une nouvelle. Je l’ai peu à peu transformé en roman.»

Vous nous livrez ici la photographie d’une famille moderne qui a réussi socialement. Une certaine forme de critique sociale?
«Pas du tout! Le cas de Jeanne est une exception. En tout cas, j’ose l’espérer! Ses parents sont occupés et ne se rendent pas compte qu’ils la délaissent et la privent d’amour.»

Jeanne, qui recherche désespérément une affection qui lui est refusée, n’est pas pour autant présentée comme une pauvre petite fille…
«Je n’aime pas du tout ce qui est larmoyant. Jeanne a un côté cruel, très dur. Ce qui n’empêche pas pour autant le lecteur de s’y attacher. Cet attachement se crée au fur et à mesure de la lecture. On comprend que sa cruauté est causée par de profondes blessures, par le manque d’amour, l’abandon, les moqueries de ses camarades de classe. Toutes petites souffrances mises bout à bout l’endurcissent. Jeanne se crée une espèce d’armure. Petit à petit, le lecteur est amené à voir à travers cette armure-là.»

Les enfants peuvent être très cruels. Vous portez cette cruauté à son paroxysme…
«Les enfants ne se rendent pas compte de leur méchanceté, de la portée de certaines de leurs paroles ou de leurs actes. Est-ce que l’on peut appeler cela de la cruauté? C’est une cruauté à l’état brut. On ne peut pas non plus leur en vouloir.»

Ici on parle tout de même de meurtre…
«Meurtre ou pas meurtre… Pour certains lecteurs, tout n’est que le fruit de l’imagination de Jeanne. Certains estiment que rien n’est vrai dans ce roman. Ils n’arrivent pas à croire que tout cela soit possible, qu’une petite fille puisse s’évader, vivre plusieurs semaines dans la rue, pousser les gamins dans la Seine. D’autres au contraire pensent que tout est vrai, du début à la fin. C’est un peu comme ça que j’ai construit le roman. Moi-même, je n’ai pas envie de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux. Ce qui m’intéressait justement c’est de broder autour de la réalité, de voyager entre réalité et fiction.»

Imagination ou schizophrénie?
«Bonne question! Quelle est la frontière entre ce que l’on appelle l’imagination qui a très bonne presse et la folie qui a nettement moins bonne presse? Oui, parler de schizophrénie, c’est employer des gros mots. Mais à partir de quel moment peut-on dire de quelqu’un qu’il est fou? Il invente des tas de choses, mais est-il simplement fantasque? C’est un point crucial du livre.»

Anne-Sophie

«Le Chambrioleur», de Damien Luce, éditions Héloïse d’Ormesson, 202 pages, 15 €

Cote: 4/5

60 ans d’écriture pour Jean d’Ormesson

 

copyright Sandrine Roudeix

Toujours jeune malgré ses 84 ans, Jean d’Ormesson vient de publier deux ouvrages dans la maison d’édition de sa fille Héloïse. Le premier couvre soixante ans de chroniques, de 1948 à 2009. Des coups de cœur comme des coups de griffes sur des sujets allant de la crise de la littérature à la conquête de la lune en passant par Arsène Lupin et Edith Piaf. Le second est un conte tendre et touchant pour petits et grands. Rencontre avec l’idole des grands-mères mais aussi des jeunes, à commencer par le chanteur Julien Doré! 

Votre dernier recueil couvre 60 ans d’articles. Comment les avez-vous sélectionnés?

«Soixante ans, hélas! C’est ma fille qui les a sélectionnés. Je dois beaucoup à ma fille. Non seulement parce qu’elle a sélectionné les articles, mais aussi parce que, quand elle était jeune, elle m’incitait à ne pas écrire uniquement des articles politiques, mais aussi des articles sur les livres, les voyages, la musique, des peintures. Ce qui vieillit le plus vite, ce sont les articles politiques. On ne pourrait pas reprendre les articles politiques d’il y a 40 ans. On ne se rappelle plus qui sont les hommes politiques d’alors. Tandis que les livres, les grands écrivains, l’Inde, l’Égypte, les îles grecques, cela ça va toujours.»

 Vous ne les avez pas retravaillés?

«Non, je n’y ai pas touché un mot. Il y a un premier article de 1948, ‘qu’est-ce qu’un bourgeois?’. L’article n’est pas très bon. Je l’ai mis parce que c’est amusant de voir l’article le plus ancien. Le plus récent date, lui, d’il y a quelques mois. C’est un article sur l’anniversaire de la conquête de la lune. Il y a aussi un article de 1962 sur la crise du roman. On pourrait le signer aujourd’hui. L’inflation littéraire, trop de livres…»

Vous avez commencé par le journalisme avant de passer écrivain dix ans plus tard.

«Il y a beaucoup de parenté entre les deux. Hérodote est un grand journaliste et un grand écrivain. Xénophon aussi. Les reportages de Victor Hugo, dans ‘Choses vues’, sont épatants. Zola est plus célèbre pour un article sur l’affaire Dreyfus, ‘J’accuse’, que pour toute son œuvre. Mauriac est un grand journaliste et un grand écrivain. Mais je crois aussi qu’il y a une opposition entre journaliste et écrivain. Être journaliste, c’est être dans une équipe. Être écrivain, c’est être seul. Le journaliste cherche ce qui est extraordinaire. Ce qui intéresse l’écrivain, c’est la banalité quotidienne. Je pense que le journaliste aime la vie alors que l’écrivain est un peu hanté par la mort. La vraie opposition, c’est le temps. Le temps fait deux choses: le temps passe et le temps dure. Le journaliste est tout entier du côté du temps qui passe. Son mot est ‘urgent’. Et l’écrivain est tout entier du côté du temps qui dure. Son mot est ‘essentiel’. Je crois qu’il y a là une opposition. J’ai finalement choisi écrivain. Il y a ce mot d’Oscar Wilde que j’aime tellement: ‘le journalisme est illisible et la littérature n’est pas lue’.»

 En 60 ans de carrière, de quoi êtes-vous le plus fier?

«Ma fille!»

Le livre, c’est une histoire de famille alors chez vous?

«Non. Quand ma fille a créé sa maison d’édition, je ne l’ai pas aidée du tout. Je me suis dit qu’il fallait la laisser faire. Je suis contre le népotisme, les lettres de recommandations, les renvois d’ascenseur. Je l’ai donc laissé faire, et en deux ans, elle a créé une maison qui est très honorable. Je me suis dit, l’ayant si peu aidée, qu’il fallait quand même que je fasse quelque chose. Et donc je lui ai donné ces deux livres. Je n’ai presque rien fait. Ce sont des republications. Je travaille maintenant sur un livre original qui paraîtra dans un an à peu près. »

 Chez Héloïse d’Ormesson?

«Non. Il ne faut pas trop faire de choses de famille!»

Être un Immortel, cela vous fait quoi?

«Rien du tout! Il y a une formule de Cocteau que j’aime beaucoup :’Nous sommes Immortels pour la durée de notre vie, après nous nous changeons en fauteuil.’ Et Jules Renard appelait les Académiciens ‘le commun des Immortels’.»

Vous inspirez les jeunes. Le chanteur Julien Doré s’est fait tatouer votre nom sur son bras et a aussi donné votre patronyme à l’un de ses groupes. Vous en pensez quoi?

«Beaucoup de bien! Je suis évidemment le seul Académicien qui a un groupe rock à son nom! Cela a beaucoup changé les choses. Avant, peut-être parce que j’étais directeur du Figaro, qui n’est pas très jeune, ou  peut-être parce que j’avais écrit un livre sur ma famille, ‘Au plaisir de Dieu’, j’avais un public plutôt âgé. Ce que j’ai entendu le plus souvent, c’était de jolies filles qui me disaient que leur grand-mère m’aimait bien. Grâce à Julien Doré, peut-être aussi à cause de Laurent Gerra qui m’imite, j’ai maintenant un public plus jeune. Et l’autre jour, alors que je signais des livres, deux dames un peu âgées m’ont fait un grand plaisir: elles m’ont dit ‘Ma petite fille vous aime tellement’! J’étais très content.»

 Julien Doré, vous l’avez déjà rencontré?

«Oui, bien sûr. Je l’aime beaucoup. Je trouve que c’est un très bon chanteur. Je lui avais demandé pourquoi il a pris mon nom. Et il m’a fait une réponse que j’ai beaucoup aimée, il m’a dit qu’il cherchait quelqu’un de sympathique et un peu ringard. Je lui ai dit qu’il ne pouvait pas mieux tomber! » 

«L’enfant qui attendait un train» est aussi réédité. Il est destiné aux enfants ou au adultes?

«C’est destiné aux enfants de 5 à 12 ans et puis jusqu’à 77 ans! C’est un conte que j’ai écrit il y a une trentaine d’années. Il sort d’un fait divers. J’avais lu deux lignes dans un journal. Un pauvre garde barrière, dans une région déshéritée d’Italie, a un enfant qui est très malade. Il y a le train qui passe et l’enfant regarde cela avec émerveillement. Il a tellement envie de monter dans le train avant de mourir. Sa mère écrit une lettre à un type de la mafia. La lettre émeut le mafieux, qui l’envoie à un médecin, qui l’envoie à un avocat… Elle arrive finalement entre les mains du ministre des Transports qui lit la lettre au conseil des ministres italien. Et celui-ci décide que le train s’arrêtera deux minutes pour que l’enfant puisse y monter. J’avais trouvé cela magnifique. La tristesse du monde et en même temps, la compassion, la pitié et l’amour.»

C’est votre côté «écrivain du bonheur»?

«Je passe souvent pour un écrivain du bonheur. Je dirais qu’en réalité, je suis plutôt mélancolique. J’ai passé pour un peu mondain, qui aime aller dans les dîners, dans les cocktails. Mais je suis au fond plutôt solitaire. Je sais très bien que le monde est triste. Je suis entouré de gens qui sont morts, qui sont malades, qui ont perdu leur travail ou qui ne trouve pas de travail. Tout cela est triste. Quand j’étais jeune, j’ai connu la Shoah, la crise économique, l’arrivée du sida. Tout cela est triste. Donc je pense qu’il faut être gai dans ce monde triste. Qu’il faut admirer ce monde qui est si dur.»

Comment vous y prenez-vous pour écrire?

«J’écris avec un crayon. Je n’ai pas de portable, je n’ai pas d’ordinateur. Je ne me sers pas d’internet.»

Après 60 ans d’écriture, vous parvenez encore à trouver de nouvelles idées?

«Cela marche encore! Je ne crains pas beaucoup la page blanche. Je crains plutôt la page écrite. Une page écrite, quelque fois, je la corrige dix fois, quinze fois.»

Quelles sont alors vos bonnes résolutions pour cette année qui arrive?

«Ne pas se dire que l’avenir est moche et que le passé était beau. Je pense que l’avenir, c’est encore mieux que le passé. Mon avenir, il y en a de moins en moins, mais c’est quand même l’avenir qui m’intéresse. J’ai encore cet amour de la vie et cette espérance qui manque à beaucoup de gens. Et si j’ai joué un tout petit rôle dans la littérature française, c’est que j’ai occupé un créneau qui était complètement déserté, celui de la gaieté, de l’espérance.»

Christelle

«Saveur du temps» par Jean d’Ormesson (Heloïse d’Ormesson), 333 pages, 21 €

«L’enfant qui attendait un train», de Jean d’Ormesson, 48 pages, 9 €

Cote: 4/5

Une société malade

Abha Dawesar, Indienne de 35 ans ayant fait ses études à New York avant de partager sa vie entre New Delhi et Paris, signe avec “L’Inde en héritage” un roman des plus aboutis. Loin de l’écriture légère et fantaisiste qui l’avait fait connaître, elle n’hésite pas cette fois à égratiner sérieusement la société indienne d’aujourd’hui. Subversif à souhait, ce roman est rapidement devenu best-seller dans la plus grande démocratie du monde. Aujourd’hui traduit en français, il ne manquera pas de nous faire découvrir une société grangenée par la corruption. L’auteure nous conte les travers de cette Inde d’aujourd’hui via le quotidien et l’innocence d’un jeune enfant, fils de modestes médecins qui s’échignent à la tâche du matin au soir. Le garçonnet, gavé d’antibiotiques, vit dans l’unique pièce familiale adossée à la consultation de sa mère. De santé fragile, il manque souvent l’école et -la promiscuité aidant- connaît tout des secrets des patients de sa mère… et de sa famille. Un noeud de vipères où l’amour familial n’a d’égal que l’opportunisme et la manipulation. Il y a Cousin, son modèle, fils de M et Mme Six-Doigts vivant aux crochets de Grand-Père, qui fricote avec la mafia locale, il y a Cousine qu’il faut marier quoi qu’il en coûtera (au propre comme au figuré), il y a Paria en mal de reconnaissance paternelle, et puis aussi Psiorasis au physique peu avantageux, Paget qui élève une fille qui n’est pas la sienne, Mme Parfaite qui a tout sacrifié pour son homme, M et Mme Poudre à la solde de leur fils Camé Raté, Prout l’oncle handicapé, etc. Sans oublier Miss Shampooing, icône et fiancée de toute une génération qui sera froidement assassinée. Une brochette de personnages qui permet à l’auteure d’évoquer de multiples maux. Trafic d’organes, disparitions et meurtres d’enfants en série, vie dans les bidonvilles, difficultés de logement, problème de la dote maritale, administration kafkaïenne, …, la liste n’en finit pas. Abha Dawesar décrit avec force cette corruption qui sévit à tous les étages de la société, ces pots-de vin qui permettent d’acheter le silence de la police, d’enfermer des innocents, d’obtenir les autorisations et les permis adéquats. Un portrait de société peu flatteur mais qui, vu au travers de l’innocence de l’âge, garde tout de même une certaine fraîcheur.

Anne-Sophie

“L’Inde en héritage”, d’Abha Dawesar, éditions Héloïse d’Ormesson, 317 pages, 20 euros

Cote: 4/5

http://www.abhadawesar.com/