Ein Volk, ein Reich, zwei Führer

En voilà un album original ! Le Flamand Pieter De Poortere ose tout avec son personnage Dickie ! Bien connu des néerlandophones sous le nom de Boerke, le petit personnage rondouillard proche de la physionomie du Playmobil et présenté comme un véritable looser a attiré l’attention des éditions Glénat. Voilà donc une première publication francophone étonnante et désopilante ! Le lecteur retrouve Dickie dans une période des plus tourmentées. On est en pleine Seconde Guerre mondiale et il semblerait que Dickie soit le fils naturel d’Hitler. Rien de moins ! En 1944, Adolf Hitler sent sa fin approcher. En mal de descendance, il apprend qu’il a un fils. Tout est mis en oeuvre pour retrouver sa progéniture. Dickie, anti-héros par excellence, se serait bien passé de l’intérêt soudain dont il fait l’objet.  Un one shot à aborder bien évidemment sur le ton de la plaisanterie. Le lecteur survolera et se délectera des cases muettes riches en petits détails et clins d’œil amusants. On adore !

Anne-Sophie

« Le fils d’Hitler. Une aventure de Dickie », de Pieter De Poortere, éditions Glénat, 59 pages, 15 €

 Cote : 5/5

Reiser visionnaire

Reiser. Un nom bien connu des bédéphiles. Le dessinateur décédé en 1983 a surtout travaillé dans le registre humoristique, pas toujours politiquement correct d’ailleurs. Fidèle de «Hara Kiri» et «Charlie Hebdo», les lecteurs ont bien ri avec «Jeanine», «Gros Dégueulasse» ou «La Vie des Bêtes». Par contre, il est nettement moins connu pour ses positions écologistes avant l’heure. Reiser n’avait rien à voir avec l’écolo bobo d’aujourd’hui. Non, le dessinateur était bien plus que cela, il était un écologiste convaincu pour qui l’écologie était un mode de vie à part entière. Dès les années 1970, il consacre de nombreux croquis au sujet. Pollution, marée noire, nucléaire, solaire, chasse, pêche, espèces menacées, recyclage, tout y passe. Reiser nous fait part de toute une série d’inventions. Et oui, Reiser était un précurseur et un visionnaire! Le présent album regroupe également des textes où l’auteur explique le fonctionnement de l’énergie éolienne et solaire. Un très bel objet.

Anne-Sophie

«L’écologie», de Reiser, préface de Jean-Marc Parisis, éditions Glénat, 199 pages, 19 €

Cote: 4/5

Panier de crabes

Philippe Richelle («Les secrets bancaires») persiste à dénoncer les dessous peu reluisants de notre société. Il s’attaque cette fois au monde de requins qu’est celui des médias. Manu Courvet est un jeune idéaliste au caractère bien affirmé. La société et ses injustices le révoltent. Chahuteur entêté à l’adolescence, il finit en maison de correction mais signera par la suite un parcours universitaire brillant. Ambitieux comme pas deux, il «monte» à Paris pour essayer de décrocher un job dans l’audiovisuel. Son culot paiera puisqu’il obtient un CDD dans l’équipe de production d’Etienne Chavagne. Alors qu’il est engagé pour assurer le contenu rédactionnel du site web, Manu prend sur son temps libre pour échafauder un concept d’émission révolutionnaire. Il tente bien de gagner la considération de ses patrons. Rien n’y fait, son CDD n’est pas renouvelé… Manu y laisse un projet d’émission qui -on s’en doute- s’avérera une bombe et sa copine sur lequel son supérieur semble avoir jeté son dévolu. Le scénario de Philippe Richelle n’étonne pas mais est plaisant et tient bien la route. La fin de ce premier tome laisse de nombreuses portes entrouvertes et titille habillement la curiosité du lecteur. A suivre…

Anne-Sophie

«Média, t 1 : L’Idéaliste», de Philippe Richelle et Marc Renier, éditions Glénat, 48 pages, 13 €

Cote : 3/5

De la difficulté d’être homo

Une histoire d’amour pas commune. Clémentine, jeune ado, est troublée par Emma, jeune femme aux cheveux bleus. Une complicité naît très rapidement entre les deux demoiselles. Emma est ouvertement homosexuelle. Clémentine découvre, elle, à grand-peine sa sexualité. De nombreux signes la troublent. Son obsession et son désir pour Emma vont crescendo. La relation évolue peu à peu. Sans précipitation. Mais l’amour est le plus fort. Clémentine souffre, ne sait plus à qui se confier. Le drame couve… Avec «Le bleu est une couleur chaude», Julie Maroh signe un premier album très fort, très personnel et engagé politiquement. Elle évoque avec tact la place réservée aux gays et lesbiennes dans notre société. Elle pose la question de leurs droits et interroge sur la difficulté de certains à assumer leur orientation sexuelle. Si certains portent fièrement l’étendard de l’homosexualité, d’autres éprouvent de la honte et ne parviennent pas à faire avaler le morceau à leur entourage. Un très bel album empreint de pudeur et de délicatesse, tant dans le texte que le dessin. 

Anne-Sophie 

«Le bleu est une couleur chaude», de Julie Maroh, éditions Glénat, 156 pages, 14,99 €

 Cote : 4/5

Royales vacances

Albert, Laurent et Philippe amarrent leur camping-car en vue des vacances. Direction : Ostende. Toute la petite famille profite des bienfaits des embruns marins. Les gags royaux se succèdent sans vraiment se ressembler. On se surprend à sourire, même à rire pour finalement s’enfiler rapidement l’entièreté de l’album. Même si tout le monde en prend pour son grade, Fabiola semble avoir particulièrement inspiré l’auteur Charel Cambré. Un premier album intitulé « Albert & Co » était sorti de presse il y a un an déjà, sans trop faire parler de lui. Pas de réaction du côté du Palais royal. Ce qui devait être un one shot a donc trouvé une suite.

Anne-Sophie

« Albert & Co, t 2 : En route pour Ostende », de Charel Cambré, éditions Glénat, 48 pages

Cote : 3/5

L’ancien et le moderne

Deux styles graphiques et deux histoires d’amour s’entrecroisent dans ce récit romantique signé Dimitri Piot. Comme nombre d’Occidentaux, cet auteur, nourri de mangas à l’adolescence, voue une véritable passion au Japon. Cet intéressant one shot digère de belle manière la tradition de la BD franco-belge et japonaise. Le jeune Koji, aspirant dessinateur de manga, peu accro à l’école et aux études, a le béguin pour Atsumi, une ado de sa classe dont le père est historien et restaurateur d’estampes anciennes. Lors d’une excursion scolaire, ils prennent un peu de distance avec le groupe, ce qui ne passe pas inaperçu et leur vaut réprimande et convocation parentale. De fil en aiguille, Koji se rapproche d’Astumi et de sa famille. Il se laisse séduire par les fabuleuses estampes sur lequel travaille le paternel et sa belle. Elles content dans la pure tradition la fuite de Koryu, samouraï pourchassé par son maître pour avoir eu une liaison avec une de ses concubines. Dans «Koryu d’Edo», Dimitri Piot allie admirablement l’ancien et le moderne. Une douce impression de romantisme se dégage de l’album dès les premières pages.

Anne-Sophie

«Koryu d’Edo», de Dimitri Piot, éditions Glénat, 56 pages, 14,90 €

Cote : 3/5

Le secret de Léonard de Vinci

vinciSix ans après les deux meurtres crapuleux commis dans la ville de Milan, un crime similaire est commis de nuit dans une ruelle de Florence. Pour chaque crime, un scénario identique : un monstre mécanique découpe avec précision le visage de sa victime. Les soupçons du prévôt Vittore en charge de l’enquête du voleur de visages portent depuis un moment sur le renommé et fort apprécié Léonard de Vinci. Le criminel est désormais sur ses gardes mais semble plus déterminé que jamais à accomplir son devoir de vengeance… Le premier tome de « Vinci » publié l’an dernier était fort prometteur. Le second opus fort attendu fait la lumière sur l’intrigante enquête et les étranges secrets de l’artiste érudit. Le scénario dynamique est efficace, même s’il s’avère finalement moins surprenant qu’escompté. Les dessins réalistes servent quant à eux particulièrement bien la trame. Un excellent diptyque qui nous sert une surprenante fiction historique.

Anne-Sophie

« Vinci, t 2 : Ombre et lumière », de Didier Convard et Gilles Chaillet, éditions Glénat, 57 pages, 13 €

Cote : 4/5

Bataille médiatique

“Coup double”, le second tome d’un quatrième dyptique, vient clore l’intéressante série “Secrets bancaires”. Sam Boldon, journaliste d’investigation, tient à la disposition de Channel 40, un documentaire qui pourrait faire l’effet d’une bombe au sein de l’administrationn américaine. Avec l’appui de la CIA, le directeur de la DEA (Drug Enforcement Administration) aurait favorisé les narcotrafiquants colombiens. Sam Boldon dispose de toutes les preuves et témoignages dont il a besoin. Mais Channel 40 est réticente à la diffusion du reportage. Cet album illustre de manière remarquable les manipulations politico-médiatiques ainsi que les difficultés auxquelles est confronté, à notre époque, le journalisme d’enquête. Le scénario du Philippe Richelle offre rebondissement sur rebondissement et le dessin semi-réaliste de Dominique Hé sert l’histoire fort à propos. Avis aux amateurs: si la série prend fin, la saga “Secrets bancaires” devrait prochainement poursuivre sa route sous une autre forme, selon l’éditeur.

Anne-Sophie

“Secrets bancaires, t 4.2: Coup double”, de Philippe Richelle et Dominique Hé, éditions Glénat, 48 pages, 9,40 euros

Cote: 4/5

Echappée au bout de la nuit

Voilà une BD qui fleure bon le road movie aux accents jazzy. Martin est un pianiste assez talentueux sans la moindre ambition. Sa passion ? Le jazz bien sûr, mais aussi et surtout (!) le tabac et ses volutes bleues. Tous les soirs, il bosse avec plaisir et sans le moindre stress dans un club de strip-tease. Il se laisse vivre. Et puis il y a Jeanne, la strip-teaseuse la plus classe qu’il lui a été donné de rencontrer. Les deux collègues se lient très vite d’amitié. Un soir, sur un apparent coup de tête, ils plaquent tout et s’enfuient avec la voiture du boss… et un sacré paquet de fric sur la banquette arrière. S’ensuit alors une chasse à l’homme. Joli travail que nous proposent ici le dessinateur Olivier Balez et l’écrivain et musicien Arnaud Le Gouëfflec. On aime : la découpe de l’album en épître, les traits des visages qui rappellent le travail au pinceau et surtout la colorisation qui se joue d’une couleur bleue dominante alliée tantôt au rouge, tantôt au jaune ou encore au rose.

Anne-Sophie

«Topless», de Le Gouëfflec et Balez, éditions Glénat, 70 p., 13,90 €

Cote : 3/5