A la redécouverte du Petit Prince

Mark Osbpetitalbumstopmotionorne (le réalisateur de Kung Fu Panda) nous fait redécouvrir à travers les yeux d’une petite fille le chef-d’oeuvre d’Antoine de Saint Exupéry, sorti en 1946 chez Gallimard et aujourd’hui traduit en 265 langues, avec près de 145 millions d’exemplaires vendus de par le monde.
grandalbumstopmotionPour raconter l’histoire sans trahir l’oeuvre d’origine, il a imaginé une petite fille intrépide et curieuse, isolée dans un monde d’adultes, qui passe ses journées à étudier pour suivre le plan de vie tracé par sa mère. Jusqu’à ce que vienne s’installer à côté de chez elle un voisin excentrique: l’Aviateur (à qui André Dussolier prête sa voix à l’écran). Très vite, ils deviennent inséparables. Et l’Aviateur lui livre son secret le plus précieux, une histoire qu’il a vécue il y a bien longtemps, l’histoire du « Petit Prince ».
Le film sera sur nos écrans le 29 juillet prochain. De quoi inspirer à Gallimard la publication de cinq livres (disponibles dès à présent). Deux nouvelles éditions de l’oeuvre originale: le « petit album stop motion » qui reprend l’oeuvre originale de Saint-Exupéry abrégée pour les plus jeunes ( dès 4 ans) et illustrée par les images poétiques de l’animation en papier découpé du film et « le grand album stop motion texte intégral » pour redécouvrir toute la poésie de l’oeuvre originale illustrée grâce aux images d’animation. Et trois livres autour du film. « Le petit album du film » (l’histoire du film simplifiée et accessible dès 4 ans dans un format souple à petit prix); « L’album du film » (un bel album cartonné illustré par les images du film) et « Le roman du film« , la novellisation du film, accessible dès 8 ans et entièrement illustrée par les images du film en couleurs.

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Opération Sweet Tooth

Voici du tout bon Ian McEwan, comme on l’aime (ou du moins comme moi je l’aime) ! Avec « Opération Sweet Tooth », l’auteur nous emmène dans la Grande-Bretagne du début des années 70 en proie à de sérieuses tensions sociales et nous plonge en pleine guerre froide. Il nous rappelle que durant celle-ci, à l’ombre du spectre de l’arme atomique, les services secrets ont tiré parti d’une arme plus subtile…

L’arme culturelle

La trame s’inspire quelque peu du scandale Encounter, du nom de la revue littéraire libérale qui fut financée par les fonds secrets de la CIA, et nous emmène à travers les yeux de la belle Serena Frome dans l’univers du M15, service du renseignement britannique. La jeune fille, universitaire fraîchement diplômée en statistiques et amoureuse de littérature, est toute désignée pour intégrer l’opération secrète Sweet Tooth qui a pour le but de subventionner discrètement -et à leur insu- des auteurs anti-communistes en phase avec les idées du gouvernement britannique. Une aubaine pour Serena qui -de part son statut de femme- ne voit que très peu de possibilités d’évolution de carrière s’offrir à elle. Son boulot consiste à suivre et infiltrer l’univers de Tom Haley. Sphère professionnelle et sphère privée vont très vite étroitement se mêler…

Hommage

Si « Opération Sweet Tooth » est richement documenté, il est surtout brillamment construit… Car, au final, sous des dehors de roman d’espionnage, le dernier né de l’auteur anglais semble finalement nous parler davantage d’amour que de politique… On y suit effectivement toutes les aventures et histoires de coeur de Serena Frome. Au passage, ce roman rafraîchira (ou disons plutôt qu’il étoffera plus que sensiblement) nos connaissances en littérature anglaise. Car Ian McEwan profite d’« Opération Sweet Tooth » pour disserter littérature et rendre hommage à ses pairs et amis, au rang desquels l’on compte Julian Barnes, Martin Amis, Christopher Hitchens, Salman Rushdie, et les poètes Craig Raine et James Fenton.

Anne-Sophie

« Opération Sweet Tooth », Ian McEwan, éditions Gallimard, 440 pages, 22,50 euros

Cote : 4/5

 

Intrigues à l’ombre de l’Atomium

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Jonathan Coe qui s’est fait connaître avec « Testament à l’anglaise » » (prix du meilleur livre étranger 1996) et « La maison du sommeil » (prix Médicis étranger 1996) nous gratifie avec « Expo 58 » d’un très très bon cru ! Son dernier né s’avère frais et rythmé. Il sent bon le vintage et fait la part belle à l’humour (belge et british). On adore !

Outre-Manche

Cette fois, l’auteur anglais n’hésite pas à traverser la Manche et s’intéresse à un événement d’envergure international qui ne s’est donc pas déroulé sur ses terres, mais bien chez nous, en Belgique. Une fois n’est pas coutume… « En fait, je voulais écrire une histoire qui se passe en Grande-Bretagne à la fin des années 50. Mais je n’ai rien trouvé d’intéressant chez nous à cette époque », confiait l’auteur en février lors de la Foire du Livre de Bruxelles, dont il était l’invité d’honneur. Jonathan Coe sort donc ses personnages de Londres pour les emmener à Bruxelles, sur le site de l’exposition universelle, à l’ombre de la fameuse Atomium qui semble fasciner tant l’auteur que son héros.

Parodie de roman d’espionnage

Thomas Foley, petit fonctionnaire sans grande envergure, n’hésite que fort peu à délaisser femme et enfant pour une période de six mois quand le ministère de l’Information pour lequel il travaille depuis de nombreuses années lui propose de partir pour Bruxelles. Il doit y superviser la construction du Pavillon britannique et veiller à la bonne tenue du Britannia, un pub monté sur le site de l’Expo et censé incarné à la fois la tradition et la modernité britanniques. Sylvia, épouse toute dévouée de cette fin des années 50, accuse stoïquement le coup. Foley profite de ce vent de liberté nouveau. Il ne lui faudra pas bien longtemps pour s’amouracher -en tout bien tout honneur, of course- d’Anneke, une jeune hôtesse de l’Expo, et sympathisera très vite avec toute une kyrielle de personnages hauts en couleurs. Il y a son compagnon de chambrée Tony -scientifique responsable d’une des pièces maîtresse du pavillon britannique-, Chersky, ce journaliste russe pas très net, ou encore la belle Emily, une actrice américaine en peine de succès. Un tel mix de nationalités en période de guerre froide… Et voilà Foley embarqué bien malgré lui dans une affaire d’espionnage.

Néerlandophone ?

Jonathan Coe s’est extrêmement bien documenté pour l’écriture de son dernier opus. Ce qui ne l’en rend que plus intéressant. On ne pourra tout de même s’empêcher de noter un petit accent flamand plus prononcé que nécessaire dans la traduction française. Les lieux dits et noms de rues de la capitale sont exprimés -comme dans la version originale- en néerlandais, alors que Bruxelles est une ville certainement plus francophone que néerlandophone. Un détail qui n’aurait pas dû échapper à la traductrice… On connaît davantage la rue Sainte-Catherine que la Sint-Katelijnestraat. Notons aussi les remerciements de Jonathan Coe à l’égard de la Koninklijke Biblitoheek van België. Assurément, Bibliothèque nationale de Belgique sonne mieux en français. Autant de détails qui feront davantage sourire qu’ils ne vexeront 😉

Anne-Sophie

« Expo 58 » de Jonathan Coe, éditions Gallimard, 330 pages, 22 euros

Cote: 5/5

La science au temps de Versailles

Versailles, avant tout lieu de pouvoir, était aussi une cour savante où la science était omniprésente. Tout s’y décidait. Louis XIV ne pouvait négliger les enjeux de la recherche scientifique. En 1666 est créée l’Académie des Sciences qui instaure un nouveau contrat entre l’Etat et les scientifiques. Ceux-ci sont dégagés de tout souci matériel, en échange de quoi leur inventivité et les résultats de leurs recherches doivent servir le royaume. L’heure est donc à la découverte scientifique, dans tous les domaines. Hydraulique, géométrie, astrophysique, médecine, botanique,… Les progrès ne se font pas attendre. Ce petit hors-série de la collection « Découvertes Gallimard », publié à l’occasion de l’exposition qui se tient en ce moment au château de Versailles, résume en mots et en images cette période bouillonnante sur le plan intellectuel. On ouvre, on déplie verticalement ou horizontalement, on découvre une nouvelle manière de lire. Les illustrations (plans, peintures, maquettes, …) fort didactiques se succèdent et ne manquent pas d’intéresser le lecteur.

Anne-Sophie


« Versailles et les sciences », de Catherine Arminjon, éditions Gallimard, collection Découvertes, 8,40 euros

Cote: 3/5

Une dernière chance

Nathan Zuckerman vit reclus dans sa demeure sise dans la campagne du Massachussetts depuis près de onze ans. Un cancer de la prostate l’a mené à adopter cette vie d’ermite. Les contacts avec le monde extérieur sont sciemment rompus : pas de télévision, pas de presse, pas d’invités. Vieil homme, Nathan, devenu incontinent et impuissant, estime avoir perdu toute dignité. Mais un voyage express à New York pour des injections de collagène qui pourraient, si la chance lui sourit, diminuer ses pertes urinaires, va changer la donne. Sur un coup de tête, il échange avec Billy et Jamie, un jeune couple d’écrivains, sa demeure isolée contre un appartement new-yorkais pour une durée d’un an. Très vite, Nathan s’entiche de la jeune femme, veut tout connaître d’elle et renouer une ultime fois avec le désir. Passera-t-il le cap ou se bornera-t-il, une fois encore, à se réfugier dans l’écriture pour y coucher ses fantasmes ? Après un roman quelque peu décevant en 2007 (« Un homme »), Philip Roth (« La pastorale américaine », « La tache ») nous convainc une fois encore en nous dépeignant cette fois les turpitudes de l’âge et ses désillusions. Un récit teinté d’une critique acerbe de la politique américaine à l’heure ou George W. Bush fut réélu pour prester un second mandat.

Anne-Sophie

« Exit le fantôme », de Philip Roth, éditions Gallimard, 336 pages, 21 €

Cote : 4/5

Une histoire amoureuse signée Joann Sfar

Avec « l’Ancien temps », une toute nouvelle série imaginée par Joann Sfar, on retrouve l’auteur-dessinateur dans ce qu’il fait de mieux! Il nous livre ici un joli conte consacré à l’amour, aux légendes et autres croyances fantastiques. Ce premier tome s’apparente quelque peu à un prologue dans lequel les aventures de la belle Nadège et de son prétendant Cassian se mettent lentement mais sûrement en place. Les deux jeunes gens sont apprentis sourciers. La première, femme-renarde, ne rêve que d’aventures amoureuses et le second, vaillant romantique, ne vit que pour une longue et belle romance. Nadège décide de fuir pour vivre sa vie à Nissa. Elle rencontre sur son chemin des personnages bien étranges et un brave roi qui n’embrasse pas. Cassian, de son côté, endosse le rôle de protecteur. Affublé d’une arme-serpent, il se lance sur les traces de sa belle. Et voilà qu’il se livre à un premier combat… Un dessin enchanteur pour un récit qui l’est tout autant. Gageons que le deuxième opus de ce récit féerique trouvera son rythme de croisière.

Anne-Sophie

« L’Ancien temps, t 1: Le roi n’embrasse pas », de Joann Sfar, éditions Gallimard, 142 pages, 22 euros

Cote: 4/5

Un roman plein de délicatesse

foenkinosComme l’indique le titre d’emblée, le huitième roman de David Foenkinos -à qui l’on doit notamment «Le potentiel érotique de ma femme» et «La séparation»- est empreint de délicatesse. Son héroïne, Nathalie, «à la féminité suisse» selon les dires de l’auteur, file le parfait amour avec son mari, jusqu’à la mort tragique de celui-ci, dont elle mettra du temps à se remettre. Et puis un beau jour, un homme pourtant insignifiant, Suédois mais avec un petit côté «pays de l’Est», passe par là et elle l’embrasse sans réfléchir! Une histoire tendre et attendrissante racontée par un auteur doué pour saisir la magie de chaque instant. Il y est question d’amour, d’un gars au physique plutôt désagréable mais attachant, d’un autre sûr de lui mais méprisable… sans oublier de meubles Ikea et de petits pains Krisprolls. Les chapitres sont courts, alternant les formes et le style. Quant au récit, il est pimenté de notes en bas de page et entrecoupé de petits interludes. Parmi ceux-ci, on retrouve notamment les chansons qu’auraient pu écrire John Lennon s’il n’était pas mort en 1980, tout le mal que pense l’auteur de l’invention de la moquette qui tue le bruit sensuel des talons aiguilles, le fameux dossier 114, les ingrédients du risotto aux asperges, le nombre de langues -dont le suédois- dans lesquelles on peut lire La Modification de Michel Butor Prix Renaudot 1957 et bien sûr la définition donnée par Le petit Larousse de la délicatesse. Un vrai petit bonheur. Assurément l’un des coups de cœur de cette rentrée. 

Christelle

 «La délicatesse», de David Foenkinos, éditions Gallimard, 208 pages, 16 €

Cote: 4/5