La bosse des maths

Si vous êtes fan de maths, le nom de Cédric Villani vous dit peut-être quelque chose. C’est ce jeune mathématicien portant une lavallière autour du cou, et une araignée stylisée sur le revers de son col. Et qui, accessoirement, a reçu en 2010 la prestigieuse médaille Fields pour un de ses théorèmes. En cette rentrée littéraire 2012, ce personnage hors du commun publie un premier livre dans lequel il raconte comment, jour après jour, ce fameux théorème a germé en son esprit, depuis le moment où il a décidé de se lancer dans
l’aventure jusqu’à la publication de l’article annonçant le résultat. Entre quelques lignes d’équations incompréhensibles, place donc à un drôle de road-trip, avec même un petit côté roman d’aventures!

Christelle

«Théorème vivant», de Cédric Villani, éditions Grasset, 284 pages, 19 €

Cote: 3/5

L’histoire de Belgique revisitée

© Jérôme Bonnet

Dans une chronologie anachronique dont lui seul a le secret, Patrick Roegiers a mis l’histoire de Belgique à sa sauce, faisant vivre à Yolande Moreau, La Malibran, Jacques Brel, Victor Hugo, Benoît Poelvoorde et Hugo Claus pour ne citer qu’eux des aventures sur mesures.

C’est une drôle d’histoire de Belgique que vous racontez là. Vous la vouliez surréaliste comme notre pays?
« L’histoire de Belgique est une fiction. Ce pays naît d’un opéra, en 1830. Quel début incroyable! C’est un pays de carton-pâte et en trompe-l’oeil. Le pays du leurre et de l’illusion. Mais, en même temps, c’est un pays terriblement vrai. Les Belges sont des réalistes avant tout. Et, curieusement, ils ne croient pas à leur réalité. Mon héros a onze ans. Il n’a pas de prénom ni de parents. Son histoire est proprement celle du pays. Je voulais écrire un roman où se retrouveraient tous les personnages qui ont fait l’histoire de Belgique. Et aussi que tous les grands événements s’y retrouvent. Mon héros rencontre tout le monde. Et participe à tout. Tous les temps se mélangent en un seul et même temps qui est celui du roman. De ce point de vue, on peut, si on veut, considérer l’histoire de Belgique comme surréaliste. »

 Comment le récit s’est-il mis en place? 
« Ce fut très compliqué à mettre en place. Trop de choses. La clé a été lorsque j’ai compris que la Belgique servirait de toile de fond. Et que ce sont les aventures du héros qui primaient. J’ai réalisé qu’il fallait tout inventer. Et surtout, tout imaginer. La seconde chose, c’est qu’il fallait tout « euphoriser ». Il y a beaucoup d’événements tragiques dans ce pays. Surtout les dernières années. Rendre tout joyeux et comique est bien plus fort. Par contraste, le bonheur renforce l’arrière-plan dramatique. Peut-être l’avez-vous remarqué? Dans mon roman, il ne pleut (presque) jamais et tout le monde est heureux.

L’anachronisme ne vous fait pas peur !
« Il y a une chronologie, mais elle est anachronique. Le livre s’ouvre sur une scène avec Yolande Moreau. Le héros s’enfuit et part à l’aventures. Il assiste à une reconstitution de la bataille de Waterloo avec Victor Hugo. Puis,c’est la naissance du pays chantée par la Malibran et Jacques Brel. Puis, c’est l’Expo 58 avec les Quatre fils Aymon. Et ainsi de suite. Le livre est écrit au présent. Le passé constitue l’avenir. Tout se mélange. C’est l’extraordinaire pouvoir de poésie et de fantaisie du roman. »

Vous n’avez pas peur de revisiter les faits du passé ?
« Les Belges sont sans langue, sans identité et sans mémoire. Ils sont amnésiques. Mais leur histoire est formidable. Et irremplaçable. On a chacun une seule histoire. Et une seule vie. Tous les maux du présent résident dans le passé. Bart De Wever participe à la bataille des éperons d’or, en 1302. Guido Gezelle, le poète flamand, anticipe la pédophilie de l’église. Marc Dutroux patine dans un tableau de Breugel. Rien de plus terrible et de plus éclairant que le passé. Sans lui, on ne comprend rien à l’actualité. »

Un héros sans nom, ce n’est pas facile!
« Il a onze ans comme moi en 1958. Il est libre et sans attaches. J’aime qu’il n’aie pas de nom. Cette absence renforce la présence de tous ceux qu’il rencontre. Il passe de l’un à l’autre sans problèmes. Il a trois mères adoptives, gagne le tour des Flandres et meurt plusieurs fois. Tout l’amuse. La vie n’est qu’un jeu. Ce qui lui manque, c’est un père. Il est un peu comme Tintin qui n’a pas de chez soi, ne se lave pas les dents, n’écrit qu’un seul article, ne vieillit pas et ne rentre en Belgique que pour repartir. »

Comment avez-vous sélectionné vos «personnages»?
« Les grandes figures mythiques, tant francophones que flamandes. Arno compose la Brabançonne. C’est une fresque, une symphonie, un tableau d’histoire, un roman épique et délirant à l’image d’un pays chaotique et unique qui est sans doute en train de disparaître et ne savait pas qu’il était si heureux. »

Pourquoi certains personnages apparaissent sous leur vrai nom et d’autres, comme Freddy Bergouillard, sont «déguisés»?
« Il y a des personnages inventés pour le besoin du récit comme Freddy Belgouillard, Fons De Vlaeminck ou Séraphin Van den Peerboom. Mais il y aussi le peintre Wappers, Hugo Claus, Hendrik Conscience tout comme le Père Damien ou le capitaine Haddock. Les personnages de papier comptent autant que les personnalités réelles. Dans l’imaginaire tout se confond. Les figures d’un pays sont aussi bien Egmont et Hornes que Manneken Pis, Soeur Sourire, Benoît Poelvoorde ou Godefroid de Bouilllon. Quel casting! Un index de 25 pages à la fin du livre tente d’aider le lecteur à s’y repérer. »

Vos belges préférés ? Ceux qui font les meilleurs personnages selon vous ?
« Tous ceux à qui j’ai donné un rôle de premier plan avec une tendresse secrète pour Hugo Claus que j’ai rencontré en 1985. Le titre de mon livre est un clin d’oeil à son roman « Le Chagrin des Belges ». »

Vous avez déjà eu des réactions de personnalités qui figuraient dans votre roman? Comme Yolande Moreau par exemple en ogresse et en Madame pipi.
 » Non, parce qu’il n’est pas encore sorti. Donnez-moi l’adresse de Yolande Moreau, sorte de Médée sortie tout droit de son film « Quand la mer monte ». Je lui envoie illico un exemplaire dédicacé. »

On voit aussi Dutroux petit dans votre roman. Et la libération de Michèle Martin, vous en pensez quoi ?
 » Il fallait que Dutroux soit dans le livre. Il est la mauvaise conscience de la Belgique. L’exemple personnifié du cauchemar, de l’horreur et du trauma. Je n’aurais pu traiter de Dutroux en personne. Relisant les dossiers qui le concernent, j’ai découvert qu’il séduisait ses victimes dans les patinoires. Un meurtier, patineur d’élite! Je l’ai posé à l’âge de dix ans dans le tableau de Breugel « Jeu d’enfants ». Qui imagine Dutroux, enfant? Il se dit un « vilain garnement ». Les monstres aussi ont commencé petit. Quant à à Michèle Martin, on ne parle que de ça. Elle passera d’une cellule à l’autre. Il ne faut pas la canoniser. »

De Paris, comment vivez-vous l’actualité belge? Ce qui se passe en Belgique ?
« Je la suis de très près, dans les journaux, à la télévision, et je la commente souvent dans les médias français. Un pays qui se défait et se débat pour sa survie est un sujet fascinant pour un romancier. »

Vous pensez quoi pour de vrai du futur de la Belgique?
« Je ne suis pas optimiste. Comme l’indique le titre de mon roman, je crois que le bonheur est passé. »

Christelle

En quelques lignes

C’est une histoire de Belgique plein de fantaisie que nous conte Patrick Roegiers. Il est vrai que pas mal de Belges font de bons personnages de romans! Godefroid de Bouillon, les Quatre fils Aymon, La Malibran, Tintin et Haddock, Nadar, Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, Arno, Bart De Wever… On passe de la Révolution belge à l’Expo 58. Et d’une course cycliste à la guerre de 14-18. Sans oublier Manneken Pis bien sûr pour éteindre l’incendie de l’Innovation! Un jeune héros sans nom nous balade d’un événement à l’autre, d’une rencontre à une autre. Passé et futur fusionnent pour n’être plus que temps présent. Résultat? Un meeting-pot surprenant mais dans lequel pourtant, malgré quelques passages un peu tiré en longueur, on se sent chez soi! Les amateurs de surréalisme trouveront ce gros volume d’histoire de Belgique revisitée en librairies dès mercredi.

« Le bonheur des Belges », de Patrick Roegiers, éditions Grasset, 450 pages, 22 €

Cote: 3/5     

Entre road-movie et romance lesbienne

Virginie Despentes nous sert pour cette rentrée un roman déjanté, mélange entre le polar contemporain, la satire sociale et la romance lesbienne, avec en prime un petit côté road-movie. L’histoire commence par la disparition de Valentine, adolescente délurée et fille d’un écrivain raté, qui s’est volatilisée alors même qu’elle était pistée par une détective privée. Pour retrouver la trace de Valentine, la détective, une hétéro pas canon et un peu coincée, appelle à l’aide à une pro du métier, surnommée La Hyène, une gouine bien virile. Et les voilà toutes deux lancées sur la route, direction Barcelone où vit la mère de Valentine, pour tenter de retrouver l’ado et rencontrer tous ceux qui l’ont connue. Une occasion rêvée pour l’auteure de «Baise-moi» et de «Bye-Bye Blondie» de dresser un portrait cru, féroce et corrosif d’une époque… explosive.

Christelle

«Apocalypse bébé», de Virginie Despentes, éditions Grasset, 352 pages, 19 €

Cote: 3/5

Une journée dans la peau d’un gosse de banlieue

samuel benchetritA la fois cinéaste (« J’ai toujours rêvé d’être un gangster »), dramaturge (« Moins 2 ») et écrivain (« Récit d’un branleur » et les deux premiers tomes de ses mémoires, intitulés « Chroniques de l’asphalte »), Samuel Benchetrit nous revient avec un très beau roman, « Le coeur en dehors ».  Son héros, le narrateur, est un jeune black de dix ans, d’origine malienne, Charles Traoré (mais dites Charlie!). Il vit dans un grand immeuble de la banlieue parisienne avec sa mère, Joséphine, et son grand frère, Henri, un drogué. Le père ayant mis les voiles à la naissance de Charlie, leur mère fait de son mieux pour élever ses fils… Jusqu’au jour où elle est embarquée par les flics. Samuel Benchetrit semble avoir pris beaucoup de plaisir à se glisser dans la peau d’un enfant de banlieue, laissant son esprit divaguer pour nous raconter tout ce qui lui passe par la tête.  On aime ici encore son parler vrai et ses traits d’humour. Une histoire pour apprendre à mettre son « coeur en dehors ». Un titre que l’auteur explique dans cette jolie phrase: « Ne sois jamais égoïste avec ton coeur. S’il est rempli d’amour,  alors montre-le. Sors-le de toi et montre-le au monde. Il n’y a pas assez de coeurs courageux. Il n’y a pas assez de coeurs en dehors. » L’histoire dure le temps d’une journée. Chaque chapitre égrène le temps qui passe, de 8h à 23h40. Un seul regret donc: que la journée s’arrête là.

Christelle

« Le coeur en dehors », de Samuel Benchetrit, éditions Grasset, 300 pages, 18 €

Cote: 4/5

Alexandre Jardin s’actualise

 
Alexandre jardin

Copyright Grasset

Alexandre Jardin a décidé de s’actualiser! Après «Fanfan» il nous livre aujourd’hui l’acte 2, intitulé «Quinze ans après» et dans lequel on retrouve ses personnages pas du tout là où on les avait laissés. Désormais, Alexandre ne fait plus l’éloge des prémices de l’amour. Il croit au contraire à l’érotisme ménager, à la passion casanière. C’est donc l’antithèse de Fanfan qu’Alexandre Jardin nous livre ici, semblant prendre beaucoup de plaisir à se moquer de lui-même!

 

 

Comme le demande la journaliste Faustine à Alexandre dans le livre… Pensez-vous qu’il y ait dans vos livres un fascisme du bonheur obligatoire? Une sorte d’intégrisme de la joie?

«(rires) Il y a des gens qui ne supportent pas que l’amour réussisse. Je n’en suis pas. (rires) Je ne me sens absolument pas contraint au désastre. Je crois que l’amour est fait pour la création, le quotidien enchanteur. La langue française parle d’aimer: c’est un verbe. On a le droit de le conjuguer, et donc en faire une action. Il n’y a donc aucune raison d’aller dans le mur, mais bien toutes les raisons du monde d’en faire une joie. En revanche, si l’on reste coincé dans l’idée habituelle selon laquelle les sentiments nous tomberaient dessus et s’en iraient sur la pointe des pieds, là on court à la tragédie, ce qui ne me semble absolument pas indispensable. En tout cas, moi, je n’ai pas de grandes compétences pour le malheur!»

Comment vous est venue l’idée d’écrire une suite à « Fanfan »?

«L’angle mort de la littérature, c’est le quotidien amoureux. Une histoire d’amour, c’est presque toujours l’histoire d’une rencontre, ou d’une rupture. On ne nous parle jamais de ce qui se passe au milieu. Le pari qui était le mien était d’en faire le temps fort! Comment imaginer un érotisme ménager, domestique, une passion casanière, une aventure jour après jour? J’ai choisi d’attraper d’anciens personnages pour les faire évoluer, parce que je ne suis plus du tout d’accord avec ‘Fanfan’. Ce film, comme le roman, fait l’éloge des prémices, des commencements de l’amour, en présentant cela comme le meilleur. J’avais tort. C’est une escroquerie!»

Comme l’Alexandre du livre, vous avez donc décidé de vous «actualiser sans délai». C’était donc aussi une envie de faire votre autocritique? De vous moquer de vous-même?

«Oui! D’abord cela me fait rire! Et puis sincèrement, je ne suis plus du tout d’accord avec mes romans de jeunesse, même s’y croyais fortement à l’époque. Ce film, comme le roman, fait l’éloge du commencement amoureux, en présentant cela comme le meilleur. Ils contribuent à glorifier la rencontre amoureuse, les prémices, tout ce que je cherche à démonétiser aujourd’hui. Bien sûr que cela peut être charmant. Mais la folie amoureuse que le temps seul permet est dix mille fois plus extraordinaire! L’érotisme des débuts reste un érotisme bateau. On ne s’aventure vraiment dans la dinguerie avec une fille que sur la longue durée, et surtout en changeant radicalement de regard, sur ce qui est censé étouffer l’amour. Si vous pensez qu’il n’est pas possible d’introduire de suspense dans un quotidien amoureux, il y a de fortes chances que vous vous emmerdiez. Si au contraire vous pensez que vous avez-vous la possibilité de créer un suspense extraordinaire, et donc d’en faire un moment de création, la journée risque d’être trépidante.» 

Le summum de l’amour tiendrait donc dans une paire de pantoufles?

«Oui, si on change de paire de pantaoufles tous les jours, c’est-à-dire si l’on joue avec les habitudes! Si on accepte d’entrer dans le jeu, les habitudes en amour ne sont pas un problème. Il y a de bonnes habitudes et de mauvaises habitudes. Si vous prenez l’habitude comme mon personnage de mettre en scène ce qui vous arrive, c’est une excellente habitude. Alors que si vous vous complaisez dans la nostalgie des débuts, vous êtes foutus. On ne peut pas ouvrir un magazine féminin aujourd’hui qui ne nous explique qu’il faut renoncer au mythe du prince charmant. Il faudrait se contenter de peu pour ne pas trop souffrir? Moi, je  crois qu’il faut se contenter de beaucoup. Et que si l’on réclame beaucoup, on obtient plus!» 

Il s’est passé quelque chose dans votre vie qui vous a inspiré ce revirement?

«Il n’y a pas eu un événement, mais une succession d’événements qui m’ont montré que l’usure des sentiments n’existe pas. J’appartiens à la courte liste d’hommes qui rêvent de coucher avec leur femme! L’usure n’est pas venue. Et j’ai fini par comprendre que ce que l’on appelle l’usure, c’est l’usure de soi, qu’on fait très chèrement payer à l’autre. Croire qu’il y aurait une fatalité de l’érosion des sentiments me paraît aussi bête que de perdre un match de tennis et de sortir du terrain en disant ‘c’est la faute du tennis’. C’est parce qu’on a mal joué qu’on perd son match, ce n’est pas de la faute du tennis. La plupart des gens incriminent l’amour. Mais ils ont simplement très mal joué.»

Fanfan reproche à Alexandre d’écrire les choses plutôt que de les vivre. C’est un reproche qu’on ne pourrait pas vous faire, à vous alors?

«J’espère qu’on ne peut pas me le faire avec toute l’énergie que je dépense! Pour soigner simplement mes entrées le soir lorsque je rentre, je serais vexé qu’on me fasse ce reproche! Je suis très sensible à la bande-son de ma vie. Si vous rentrez chez vous sur une musique du ‘Livre de la jungle’ ou de James Bond, d’entrée vous êtes un mari beaucoup plus efficace! Sur le thème de James Bond, vous ne pouvez pas rentrer de manière inodore, sinon vous êtes grotesque. Et puis, on n’est pas obligé de rentrer chez soi par la porte…»

«Fanfan» se termine par un mariage. La dernière phrase du livre, c’est « Nous eûmes beaucoup d’enfants, je devins écrivain et, contre toute attente, nous fûmes très heureux ». Or dans «Quinze ans après», quand on les retrouve, ils ne se sont finalement pas mariés. Que s’est-il passé?

«C’est parce que le sous-entendu quand on écrit cela, c’est que ce n’est pas vrai! La preuve, c’est que  dans les contes, quand on écrit cela, après cela s’arrête. Si c’était vrai, on le raconterait. Donc ils partent avec cette idée, mais il est simplement évident que puisque le héros de Fanfan est convaincu que le meilleur, ce sont les débuts, cela ne peut pas marcher! (rires). Donc fatalement, leur histoire d’amour démarre et puis foire.»

Certains de vos romans sont des confessions autobiographiques comme dans « Le roman des Jardin ». Ici, quelle est la part d’autobiographie dans «Quinze ans après».

«Pas trop grande, car j’aurais trouvé indélicat de re-citer dans un roman des moments de vie qui doivent rester des créations pour une femme.»

À côté des personnages de Fanfan et d’Alexandre, on retrouve une certaine Faustine, journaliste cruelle. C’est quelqu’un en particulier qui vous l’a inspirée?

«Faustine est un concentré de plusieurs personnes qui ont comme point commun la haine du bonheur, qui se sentent agressées par les gens heureux. Cela m’intéressait de donner un rôle à ces gens-là, à travers Faustine, parce qu’ils existent. Et cela me permettait d’introduire une part d’ombre dans un roman lumineux. Elle est un peu excessive on va dire, puisqu’elle ne peut coucher avec un homme que si elle le hait, elle ne peut épouser un type que si elle le méprise. Et elle en veut terriblement aux hommes qui la font jouir! Grâce à dieu, j’ai eu assez de nez dans ma vie pour éviter les Faustine. Je n’en ai jamais mises dans mon lit! (rires

«Quinze ans après» pourrait devenir à son tour un film?

«Je l’espère! Je ne sais pas ce qui va se passer. J’ai posté le livre aux acteurs sans les prévenir que j’avais écrit le livre. J’ai voulu leur faire une surprise. Je voulais que Sophie Marceau aille dans sa boîte aux lettres, déchire l’enveloppe et découvre le livre. Je trouvais cela plus joli que cela se passe comme cela.»

Va-t-il y avoir bientôt un dictionnaire des confusions amoureuses?

«Pourquoi pas? Je ne l’ai pas encore écrit mais pourquoi pas!»

Comment vous y prenez-vous pour écrire? Comme votre personnage, vous échangez votre maison sur le net? Vous observez les gens par leur fenêtre?

«Cela m’est arrivé d’échanger ma maison sur le net, et rien ne m’a semblé plus amusant de rentrer dans le décor d’autres personnages. Mais d’une manière générale, quand j’écris, je joue énormément. Je n’arrive pas à vivre sans jouer. Parce que je ne vois pas pourquoi je passerais mon temps à écrire des scènes et à ne pas en profiter (rires).

Donc, votre inspiration, vous la puisez dans le quotidien?

«Dans les difficultés du quotidien. Pour vous fabriquer des souvenirs, vous êtes obligé de foncer tête baissée vers une difficulté.»

Vous avez des projets? Sur quoi travaillez-vous en ce moment?

«Mis à part foncer tête baissée vers les difficultés? Non, pas pour l’instant! (rires). Je vais commencer à m’atteler au scénario du film, sans savoir si les acteurs voudront ou pas. Mais à la limite, s’ils ne veulent pas, ce sera le début d’une aventure… celle de les faire changer d’avis.»

Christelle

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNESFanfan acte 2 Alexandre Jardin

Quinze ans se sont écoulés depuis qu’on a découvert Fanfan et Alexandre, passionnément amoureux. Mais alors qu’ils devaient se marier, ni l’un ni l’autre n’est venu. Quinze ans plus tard, on les retrouve donc… pas du tout là où on l’aurait cru! Désormais, Alexandre est convaincu que l’amour peut être exalté par les petites choses du quotidien. Meurtrie par deux mariages ratés, Fanfan, elle, ne veut plus entendre parler d’aventure conjugale. À quarante ans, leurs ombres chinoises vont pourtant à nouveau se faire face, grâce à une machination orchestrée par un éditeur et un producteur avides de remettre en présence le couple qui inspira le roman «Fanfan», incarné au cinéma par Sophie Marceau et Vincent Perez. Après son romantisme du début («Fanfan», «Le Zèbre»…), Alexandre Jardin était passé à des confessions autobiographiques, des archives intimes («Le Roman des Jardin», «Chaque femme est un roman»). Il revient ici avec brio à ses premières amours mais avec une touche de maturité en prime. Un vrai régal.

«Quinze ans après», d’Alexandre Jardin, éditions Grasset, 360 pages 19 €

Cote: 5/5

 

 

Fanfan, le retour… quinze ans plus tard

Fanfan acte 2 Alexandre JardinQuinze ans… Quinze ans se sont écoulés depuis qu’on a découvert Fanfan et Alexandre, passionnément amoureux. Mais alors qu’ils devaient se marier, ni l’un ni l’autre n’est venu. Quinze ans plus tard, on les retrouve donc… pas du tout là où on l’aurait cru!

Désormais, Alexandre ne veut plus résister au désir afin de soustraire sa passion à l’usure du temps: il est au contraire convaincu que l’amour peut être exalté par les petites choses du quotidien. Meurtrie par deux mariages ratés, Fanfan, elle, ne veut plus entendre parler d’aventure conjugale.

A quarante ans, leurs ombres chinoises vont pourtant à nouveau se faire face, grâce à une machination orchestrée par un éditeur et un producteur avides de remettre en présence le couple qui inspira le roman « Fanfan », incarné au cinéma par Sophie Marceau et Vincent Perez.

Alexandre Jardin – l’auteur, le vrai- semble, lui, avoir tiré beaucoup de plaisir  à écrire l’antithèse de Fanfan et à se moquer de lui-même.  Au travers de son personnage, il nous confie vouloir « s’actualiser sans délai », se « montrer éloquent contre son éloquence de jadis », « écrire une oeuvre à rebours qui montrerait que seule la vie domestique bien intriguée permet d’atteindre la haute passion ». Et il y parvient fort bien!

Après son romantisme du début (« Fanfan », « Le Zèbre »…), Alexandre Jardin était passé à des confessions autobiographiques, des archives intimes (« Le Zubial », « Le Roman des Jardin », « Chaque femme est un roman »). Il revient ici avec brio à ses premières amours mais avec une touche de maturité en prime. Un vrai régal.

Son interview sera à lire la semaine prochaine sur Clair de plume!

Christelle

« Quinze ans après », d’Alexandre Jardin, éditions Grasset, 360 pages 19 €

Cote: 5/5