Une histoire d’ « amour » à la Nicolas Rey

Après son « Léger passage à vide » et sa victoire sur ses addictions en tout genre, Nicolas Rey renoue avec l’amour en la personne de Maud. « Nicolas, continue à raconter ta vie, t’es bon qu’à ça », lui avait dit Clara, son éditrice. Alors, Nicolas continue le grand déballage. Et il est vrai que l'(ex?-)nouvelle femme de sa vie, fille d’un acteur célèbre, elle-même réalisatrice, a tout d’un personnage de roman.  Du Nicolas Rey au féminin. Puis parfois, on a droit aussi à des conseils sur les filles que l’auteur et chroniqueur promulgue à son fils Hippolyte. Et quelques anecdotes sur son agent/meilleur ami, Yves Kleber (dont une avec Angelina Jolie!). Ce grand déballage dure au total 168 pages, écrites en gros caractères. C’est pas qu’on souhaite à Nicolas Rey d’aller mal. Mais c’est quand même quand il va mal qu’on le préfère…

Christelle

« L’amour est déclaré », de Nicolas Rey, éditions Au diable Vauvert, 168 pages, 17,50 €

Cote: 2/5

Un bel exercice de style

On se souvient de Régis de Sà Moreira pour son livre «Mari & femme» dans lequel un homme et une femme sur le point de se séparer se réveillent un matin chacun dans la peau de l’autre. Un livre en passe d’être adapté au cinéma. Cette fois, l’auteur, qui après New York et le Brésil vit aujourd’hui à Paris, nous revient avec un nouveau livre déroutant et difficilement résumable d’ailleurs! Le principe? Des personnages qui se succèdent de paragraphe en paragraphe, chacun rebondissant sur les propos du précédent pour raconter sa version. S’enchaînent ainsi des bouts d’histoire, qui se tissent comme par hasard, pour livrer au final un portrait de la vie, dans toute sa complexité… tout simplement! «Que c’est bon la vie parfois! En même temps, on ne peut pas la comparer à autre chose qui serait meilleur ou moins bon, la vie c’est tout ce qu’on connaît finalement, on n’a même pas de mot pour quelque chose qui ne serait pas ça, tu préfères la vie ou le kawatchagoulou?» médite ainsi l’un des protagonistes. Un bel exercice de style à la «marabout, bout de ficelle…» qui a le mérite d’être orignal. Quant à la posologie, le récit partant dans tous les sens, pour éviter l’overdose, mieux vaut consommer par petite dose!

Christelle

«La vie», de Régis de Sà Moreira, éditions Au diable vauvert, 136 pages, 15 €

Cote : 3/5

De Honoré à Balzac

Comment Honoré est-il devenu Balzac? C’est donc au tour d’Honoré De Balzac de faire l’objet, en ce début d’année, d’un opus de la chouette collection « A 20 ans »  des éditions Au diable Vauvert qui revient sur la jeunesse des plus grands écrivains. On y découvre comment, en 1819, rêvant déjà de couvrir de gloire son nom, Honoré abandonne ses études de droit et passe ses journées dans une mansarde parisienne à écrire un drame théâtral dont, un académicien l’ayant lu dira: « ce jeune homme doit faire de tout, excepté de la littérature! » « Un grand homme doit être malheureux« , affirmait Balzac. Et dans ce domaine, il n’a pas eu à se plaindre. Maltraité par sa mère, il tombe amoureux l’année de ses 20 ans, en 1819, de Mme de Berny, une femme de 42 ans déjà mère de neuf enfants. Elle devient sa protectrice. Il l’appelle Maman. Avec Auguste Lepoitevin d’Egreville, un littérateur qui achètera quelques années plus tard le jeune journal Le Figaro, il rédige des romans d’aventures à quatre mains. Puis il devient imprimeur. Mais en moins de trois ans, il se ruine durablement et se voit désormais condamné à écrire toujours plus pour rembourser ses créanciers. A trente ans, il publie pour la première fois sous son vrai nom (mais sans la particule qu’il rajoutera par la suite)  « Le dernier Chouan ». Pour terminer l’ouvrage, une chronologie passe en revue les dates marquantes de la vie de ce grand classique de la littérature française.

A noter que Colette, Marguerite Duras, Jean-Jacques Rousseau, Marcel Proust, Boris Vian et Ernest Hemingway notamment ont déjà un ouvrage qui leur est consacré dans cette collection.

Christelle

« Honoré de Balzac à 20 ans », d’Anne-Marie Baron, 168 pages, 12 €

Cote: 3/5

Toxique Amérique

Les éditions Au diable vauvert, qui fêtent leurs dix ans cette année, proposent pour cette rentrée un roman caustique de Warren Ellis, bien connu des amateurs de comics. Pour son premier roman, cet Anglais nous emmène à la découverte de la face obscure de l’Amérique, pourtant si puritaine d’apparence. Michael McGill est un privé plutôt raté, un « aimant à merde », raison qui lui vaut d’être choisi par le chef de cabinet du président américain pour mettre la main sur l’original de la Constitution des Etats-Unis. Cette version jusque-là tenue secrète comporte des amendements écrits à l’encre alien invisible, qui ont le pouvoir d’insuffler au lecteur des idées proches de celles des puritains Pères fondateurs. Car le gouvernement américain entend insuffler rapidement une morale inflexible à ce peuple de plus en plus dépravé. Pour mener à bien sa mission et retrouver le précieux document dérobé dans les années 50 et passé depuis de main en main en échange de services louches, Mike se voit verser la somme d’un demi-million de dollars. Aidé de Trix, une jeune-fille aux mœurs très libres qui écrit une thèse « sur les expériences humaines extrêmes auto-infligées », Mike s’enfonce donc dans ce que l’Amérique a de plus fou, de plus grotesque et surtout de plus déviant. Et les voilà qui se retrouvent, pour les besoins de leur enquête, tantôt dans une soirée Godzilla Bukkabe, tantôt chez des énergumènes prenant plaisir à s’injecter une solution saline pour voir leurs testicules devenir énormes… De New York à Los Angeles en passant par Vegas et l’Ohio, ce road book aux chapitres courts et bourrés d’humour noir explore une Amérique trash et pervertie. Pour le plus grand plaisir des lecteurs qui trouveront là un peu de fraîcheur à côté des romans plus sérieux qui peuplent habituellement les tables des libraires à chaque rentrée.

Christelle

« Artères souterraines » de Warren Elis, éditions Au diable vauvert, 336 pages, 18 €

Cote: 4/5

Léger passage à vide pour Nicolas Rey

 Le dernier livre de Nicolas Rey est un concentré de tous ces moments dingues et toutes ces mauvaises passes que la vie nous offre. S’adressant aux lecteurs, l’écrivain et chroniqueur annonce directement la couleur sur la quatrième de couverture: « Entre notre date de naissance et notre date de décès, il y a quelques moments dingues, des mauvaises passes et puis tout le reste. J’ai retiré tout le reste pour ne t’offrir rien que des moments dingues et des mauvaises passes. » Et parmi ceux-ci, se succèdent donc la naissance de son fils -de la première échographie aux contractions du jour J +++ en passant par les ballons rouges du cours de préparation à l’accouchement- mais aussi des témoignages d’amitié,  son couple brisé, les femmes, l’alcool, la cocaïne, les médocs…  L’auteur du Prix de Flore pour son deuxième roman « Mémoire court » nous livre ici une autofiction à la fois drôle et touchante.

Christelle

« Un léger passage à vide » de Nicolas Rey, éditions Au diable vauvert, 186 pages, 17 €

Cote: 3/5

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Thomas Gunzig se met à table

© DR
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Sans les arts martiaux, le dernier livre de Thomas Gunzig n’aurait sans doute pu voir le jour. L’écrivain belge, ceinture marron de karaté, a en effet affronté son ancien éditeur Luc Pire, ceinture rouge de tae kwondo, pour récupérer les droits de «Carbonaterstoemp» lors de la Foire du livre 2008. Pour ceux qui n’y aurait pas goûté lors de sa précédente édition, le Carbonawaterstoemp est un plat relevé, ne manquant pas de piment, que l’auteur nous sert pour la rentrée accompagné d’autres de ses spécialités, des petites histoires inédites données sur scène ou parues en revues. Alors, bon appétit!

Votre nouvelle ‘L’héroïsme au temps de la grippe aviaire’ était présentée cet été au Festival d’Avignon sous le titre «Spiderman». Et vous, quel héros appelleriez-vous à l’aide?

«Bonne question! C’est une colle. Parce que j’espère toujours être moi-même mon superhéros! Ne pas avoir besoin de quelqu’un d’extérieur! Et vu que je cultive depuis longtemps toutes sortes de superpouvoirs…»

Ah bon! Et quels sont-ils?

«Cela, c’est un secret! Je ne les révèle que quand j’enfile mon costume le soir!»

Quelles sont les cinq choses que vous aimez faire?

«J’aime bien ne rien faire du tout. J’aime bien manger des bonnes choses. J’aime bien regarder des films. J’aime bien faire un peu de sport. Et j’aime bien terminer un gros travail, genre un livre ou un scénario.»

Et les cinq choses que vous n’aimez pas faire?

«Je n’aime pas commencer un gros travail. Fondamentalement, je n’aime pas travailler. J’aime de moins en moins devoir sortir de chez moi pour des choses ou d’autres. Cela fait un peu mec psychotique, cela, non? (rires) Je n’aime pas quand je travaille sur un texte ou dans un scénario avoir l’impression d’être dans une impasse, ne pas trouver de solution. Et enfin, je n’aime pas non plus quand j’ai l’impression que le travail que j’ai fait, pour le théâtre ou autre, m’échappe et qu’il est interprété ou repris d’une manière qui me déçoit. À part cela, qu’est-ce que je n’aime pas faire? (Il réfléchit, NDLR) En fait, il n’y a pas grand chose que je n’aime pas faire!»

Le héros de cette nouvelle est fan d’arts martiaux. Un peu comme vous qui avez défié Luc Pire au karaté pour récupérer les droits de «Carbowaterstoemp»…

«Pour une fois que le karaté me sert à quelque chose à part me maintenir en forme! Heureusement, j’ai pu récupérer les droits et cela à donc pu sortir Au Diable Vauvert, sinon ce bouquin n’aurait pas existé.»

Mais il n’y pas que «Carbowaterstoemp» dans votre dernier recueil.

«J’avais envie de rassembler pas mal de nouvelles parues à gauche à droite, des textes que j’avais écrits pour la radio, pour le théâtre… Toutes sortes de choses qui m’avaient demandé énormément de travail ces dernières années. J’avais l’impression que tous ces textes étaient un peu perdus dans la stratosphère de différentes choses, que j’étais le seul à les connaître. Qu’ils avaient été diffusés, mais n’étaient pas à un endroit. Et moi, j’ai un peu la psychose du disque dur. J’aime bien quand tout est rassemblé au même endroit et bien rangé. Ce bouquin, c’est un peu cela! Un bouquin disque dur.»

Vous écrivez aussi dans ce livre qu’avoir réussi, c’est avoir une longue page sur Wikipédia. C’est votre cas. Mais de quoi êtes-vous le plus fier?

«D’avoir battu Luc Pire!»

Quel est votre plat préféré?

«C’est quelque chose qui change. Par exemple, on revient d’Italie où l’on a passé des vacances. Je dois bien dire que les petits raviolis aux truffes… Super-bons. Depuis cet été, je me suis mis aussi à cuisiner des lentilles. C’est bon aussi, avec des lardons, des petits oignons, des carottes. On fait mijoter cela avec du confit de canard… La cuisine du Sud-Ouest, j’aime beaucoup. Et j’aime bien aussi les sushis.»

Comment trouvez-vous les noms de toutes ces nouvelles?

«C’est le plus facile. Quand elles sont toutes écrites, on ferme les yeux trois secondes et puis on imagine des petites phrases amusantes. Et boum!»

Ce que vos nouvelles ont en commun, on peut dire que ce sont des personnages qui cherchent à améliorer leur vie?

«Il y en a un paquet. (Il feuillette la table des matières, N.D.L.R.) Mais oui, on peut dire que ce sont tous des gens qui cherchent à améliorer leur vie.»

Et vous, votre vie pourrait être améliorée? Comment?

«Ah oui! Si je gagnais plus d’argent avec les livres ou les scénarios, je devrais moins travailler à toutes sortes de commandes auxquelles je me plie maintenant, qui sont toujours chouettes, mais qui me demandent pas mal de trucs. Et puis je serais moins stressé avec les factures à la fin des vacances… Donc, c’est très terre à terre comme réponse, mais je dirais plus d’argent.»

C’est la vie d’humains, mais aussi d’animaux. Furet, gambas… Les animaux vous inspirent? Vous en avez?

«J’ai un chat, qui est très gentil. J’aime beaucoup les animaux, cela m’inspire à mort! J’adorerais avoir une grande maison pour avoir un chien. L’expression de la vie à travers les animaux est intéressante. C’est un peu un miroir.»

Pour la nouvelle «Le petit Prince», vous pensiez à quelqu’un en particulier?

«Non. J’aime bien parler de la déglingue de la Belgique. C’est un des aspects qui me plaît le plus, que je trouve à la fois drôle et très porteur d’énergie. Je trouvais que ‘Le Petit Prince’ incarnait la déglingue complète, avec une Belgique fichue, une famille royale fichue…»

C’est votre Bye bye Belgium à vous?

«Non, parce que le scénario de Bye Bye Belgium est infiniment plus réaliste que ce que j’ai fait et donc infiniment plus triste donc. On coupe en deux et puis c’est fini. J’aime bien l’idée que cela puisse péter monstrueusement à un moment.»

Le futur de la Belgique, vous le voyez comment?

«À la Bye Bye Belgium, malheureusement.»

Votre inspiration, elle vous vient d’où?

«D’un travail acharné!»

Les nouvelles, c’est votre genre de prédilection?

«Ça l’a été. C’est vrai que c’est un format dans lequel je me sens très à l’aise. Maintenant, ce n’est peut-être pas le format qui m’excite le plus pour l’instant. J’aime bien l’idée des longs trucs. Des longs romans ou des longs-métrages.»

Les «happy end», vous n’aimez pas?

«Si, si. Mais cela, vous ne le savez pas encore parce que vous n’avez pas lu ce qui va arriver.»

Vous travaillez sur quoi actuellement?

«Je bosse sur plusieurs histoires d’amour! Si, si! Là, je termine un scénario de long-métrage qui est un film d’amour. Des gens tombent amoureux et puis ils ont du mal parce que c’est toujours comme cela les histoires d’amour. Ce scénario m’a pris quand même une grosse année de boulot pendant laquelle j’ai un petit peu laissé tomber un roman, que j’ai repris cet été.»

Christelle

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNESGunzig

Sous des titres culinaires comme «Amuse-bouches et pâté de lièvre», «Viande d’objet», «Les sandwichs mous», «Les cornichons» ou encore «L’eau salée», Thomas Gunzig dresse une série de portraits de personnages qui tentent -parfois en vain- d’améliorer leur quotidien. Au menu, vingt-sept petites histoires savoureuses, truculentes, souvent aussi désopilentes. Et si elles ne se terminent pas toujours bien pour les personnages, elle ont au moins le mérite de nous faire, nous, passer un bon moment!

«Assortiment pour une vie meilleure, Carbowaterstoemp et autres spécialités», de Thomas Gunzig, éditions au diable Vauvert, 504 pages, 22 €

Cote: 3/5

Voyage au bout du chaos

siècle d'enferL’idée de ce roman est plutôt bien trouvée. Tout commence par la libération, à 22 ans, du narrateur, enfermé depuis l’âge de 5 ans dans un camp de rééducation destiné aux enfants qui ont commis des crimes particulièrement odieux. Le voilà donc qui part à la découverte du monde avec ses yeux de Candide. En quête de liberté, d’identité et d’avenir, il découvre un État totalitaire et la violence des rapports humains d’un monde qui a sombré dans un chaos social et politique. Du narrateur, on ne connaîtra jamais le nom, mais seulement le pseudo dont il s’est lui-même affublé: Vendredi Treize. Son histoire, il nous la conte sous la forme d’un journal intime. On apprendra qu’il rêve de devenir écrivain et revendique les influences de Céline et d’Hemingway. Mais une chose est sûre, il a encore du chemin à faire avant d’y arriver. Entre les ellipses, les personnages flous ou les descriptions qui ne font en rien avancer le récit, la confusion règne et le sommeil guette…

Christelle

«Siècle d’enfer», de Frédéric Castaing, éditions Au diable vauvert, 336 pages, 18 €

Cote: 2/5

La drague pour les nuls

Neil Strauss the game Après avoir expliqué l’art de séduire dans « The Game », Neil Strauss, tombeur professionnel malgré un manque de sex-appeal, publie un manuel destiné à faire de n’importe quel lecteur un virtuose de la drague accompli en à peine trente jours! Au programme: une heure d’exercice par jour avec des questionnaires à remplir et des exercices à pratiquer dans le but de décrocher rien de moins qu’un rancard avec une fille de qualité! Présomptueux, Neil Strauss? Pas tant que cela! Ce journaliste et critique de rock au ‘New York Times’ et à ‘Rolling Stone’ sait de quoi il parle. Une autre partie du livre relate en effet les « confessions d’un virtuose de la drague », où il illustre chaque règle du grand jeu qu’est la drague par ses propres aventures de séducteur… A la fois instructif et… tout simplement tordant! Alors pourquoi ne pas profiter de l’été pour potasser les règles et appliquer ses bons conseils? Pour aller faire un petit tour sur son site, c’est par ici : http://www.stylelife.com 

 

Christelle

 

« Les règles du jeu », de Neil Strauss, éditions Au diable Vauvert, 364 pages, 22 €

Cote: 3/5