Dimsum & haute-couture

crazyrichkevinkwanC’est une véritable immersion dans l’aristocratie chinoise, richissime et trèèèès secrète, que nous offre cette comédie. Rachel Chu, jolie prof d’Economie sino-américaine, vit à New York et file le parfait amour depuis deux ans avec Nicholas Young, un prof d’Histoire plutôt beau gosse. Invité au mariage de son meilleur ami à Singapour d’où il est originaire, Nick parvient à convaincre Rachel de l’y accompagner. Mais « alamak »! Leurs vacances qui s’annonçaient romantiques tournent rapidement au cauchemar pour Rachel. C’est que Nick avait « oublié » de lui mentionner un petit détail: sa famille n’est pas juste riche, elle est « crazy rich »… et lui, l’un des héritiers les plus convoités de tout l’Extrême-Orient. Issu lui-même de cette aristocratie chinoise, Kevin Kwan nous fait entrer dans les coulisses de ce monde pailleté et fascinant qui vous tiendra haleine grâce à une galerie de personnages plus attachants les uns que les autres.

Christelle

« Crazy rich à Singapour », de Kevin Kwan, éditions Albin Michel, 528 pages, 22,90 €

Cote: 4/5

Bridget Jones en cougar !

BRIDGET_JONES_T3_DOC 145Poids: 446 pages. Situation familiale: veuve. Nombre d’enfants: 2. Nombre de toy boy: 1. Fous rires déclenchés par ce livre: 446 au moins.

Rien de tel que de retrouver une vieille copine emballée sous le sapin! Bridget Jones is back, les filles! Bridget alias @JoneseyBJ. Car désormais, ce qui obsède notre bonne vieille (eh oui, elle est désormais quinqua) Bridget, ce ne sont plus les kilos en trop et les unités d’alcool absorbées mais bien le nombre de poux sur la tête de ses gosses Billy & Mabel et surtout les followers qui la suivent sur Twitter! Dont un en particulier, le jeune Roxter. Exit donc Marc Darcy. Car attention aux choc: dès les premières pages, on découvre que le grand Marc Darcy, avec qui Bridget nous a tenus en haleine depuis les toutes premières pages de son journal, n’est plus. Bridget est veuve. La voilà donc transformée en cougar tombée dans les bras d’un sexy trentenaire. Tout en gérant les frasques de ces amis (des vieilles connaissances à nous aussi: Tom, Jude, Talitha et surtout of course Daniel Cleaver). Et bien sûr les situations incroyables dans lesquelles elle seule a le don de se fourrer. Rien de tel qu’un bon moment en compagnie de la plus truculente des sujets de sa majesté!

Christelle

« Bridget Jones, folle de lui », de Helen Fielding, éditions Albin Michel, 446 pages, 21,50 €

Cote: 4/5

Pour un été délicieusement déjanté

RIEN_NE_VA_PLUS_CHEZ_LES_SPELLMAN_couv.inddLes Spellman sont de retour! Et rien ne va plus vraiment dans cette famille de détectives délicieusement frappadingue. Si Izzy semble (mais ce n’est qu’une illusion) s’être assagie avec ex-n°13, la mère, elle, se met à disparaître sous des prétextes fallacieux. Le père aussi fait ses petites cachotteries. La cadette, Rae, passe son temps à enlacer des arbres. Quant à leur frangin, David, la paternité le rend méconnaissable. Seule ombre à son tableau: sa fille Sydney ne prononce qu’un seul mot: « banane ». Enfin, pour couronner le tout, la grand-mère rétrograde emménage chez eux… et se prend d’affection pour Demetrius, alias D., un ex-taulard récemment embauché par l’agence de détective familiale… Un cinquième tome délicieusement rafraîchissant!

Christelle

« Rien ne va plus chez les Spellman », de Lisa Lutz, éditions Albin Michel, 464 pages, 22 €

Cote: 4/5

 

Démoniaque Chattam

LA_PATIENCE_DU_DIABLE_DOC 155Diabolique. Démoniaque, même. Maxime Chattam est incontestablement la valeur sûre en matière de thrillers mais, sérieusement, n’est ce pas encore plus flippant de se demander où il va chercher tout cela?!? Après l’épidémie de crimes de « La conjuration primitive« , il continue d’explorer ici le Mal en faisant mourir de peur, littéralement, ses victimes.

Tout commence dans un train lancé à grande vitesse avec deux ados tirant sur des passagers pris au piège. Il y aussi ce drôle de go-fast qui transporte non pas de la drogue, mais… de la peau humaine. S’en suivent des scènes d’horreur en plein restaurant et devant des centres commerciaux, des carnages dans des salles de cinéma…  Le lien entre tout cela? C’est ce que le lieutenant Ludivine Vancker va tenter d’établir. Car on retrouve ici avec énormément de plaisir les (quelques) survivants du précédent thriller de l’auteur.

« La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu’il n’existe pas », a dit Baudelaire, cité en exergue. Rusé, Maxime Chattam l’est aussi pour parvenir à faire mourir des gens de terreur, tout en restant plausible.

Mais le vrai talent de l’auteur tient sans doute à son habilité à nous renvoyer en boomerang nos peurs à la figure en nous propulsant au cœur des pires dérives humaines. Navetteurs qui prenez le train tous les jours, nous vous aurons prévenus! Le pire dans tout cela, c’est qu’on espère déjà retrouver prochainement Ludivine et Segmon pour de nouvelles enquêtes…

Christelle

« La patience du diable », de Maxime Chattam, éditions Albin Michel, 496 pages, 22,90 €

Cote: 4/5

 

 

 

Katherine Pancol et ses muchachas

muchachasImpossible pour Katherine Pancol de faire un pas ce week-end à la Foire du Livre de Bruxelles sans se faire harponner par un (mais surtout une) fan lui demandant un autographe. C’est sûr, l’auteure des «Yeux jaunes des crocodiles», de «La Valse lente des tortues» et des «écureuils de Central Park sont tristes le lundi» est populaire chez nous! Le temps d’une petite pause, elle a néanmoins pris le temps de répondre à nos questions.

Vous n’en aviez pas tout à fait terminé avec la famille Cortès?

«Apparemment, non! (rires) La suite de leurs aventures m’est venue assez naturellement finalement. J’ai entendu la voix d’Hortense qui disait la première phrase. Et j’ai replongé dans les histoires d’Hortense, de Gary. J’étais à New York. C’est venu comme cela.»

«Muchachas» est aussi prévu en trois tomes.

«Mais ce n’est pas une trilogie. C’est un même livre, une même histoire, que l’on a coupé en trois. C’est pour cela qu’ils sortent tous les deux mois. Les deux prochains tomes sortiront en avril et en juin.»

Vous avez donc déjà terminé de raconter toute l’histoire? Vous en connaissez la fin?

«Ah bhein oui!»

Et en commençant à écrire, vous connaissiez déjà la fin de l’histoire?

«Non, elle est venue après.»

Vous pouvez nous en dire déjà un peu plus sur le prochain tome?

«Le tome 2 se passe à New York. Avec Gary, Hortense, Calypso. Toute la partie américaine de l’histoire.»

La maman de Stella, votre nouvelle héroïne, vous a été inspirée alors que vous étiez assise à une terrasse de café.

«Oui, je l’explique à la fin du livre. J’étais à une terrasse de café. Je vois une femme qui se fait battre. Je sens que je ne peux absolument rien faire. »

Comment avez vous découvert l’univers des ferrailleurs de Stella?

«Une de mes amies a une ferme. Et je m’étais installée chez elle, pour le personnage de Stella et sa vie dans une ferme justement. Et j’étais chez elle depuis déjà dix jours quand elle m’a parlé de Gloria. Je lui ai demandé ce que faisait Gloria. Elle m’a dit qu’elle tenait une ferraille. »

À laquelle de vos héroïnes vous identifiez vous le plus?

«À toutes, même au petit garçon, Tom. Je suis tout le monde.»

Pourquoi ce titre, «Muchachas»?

«Parce qu’il y a beaucoup de femmes, que ce sont elles qui mènent l’action. C’est vraiment une histoire de solidarité entre femmes. Il faut aller jusqu’au bout pour comprendre… C’est un bloc d’amis.»

Ce livre est donc un hommage que vous rendez aux femmes?

«Oui, en effet. Elles y sont mises à l’honneur.»

Votre livre fait aussi voyager.

«Oui, j’adore voyager. Et j’ai vécu dix ans à New York.»

Votre précédente trilogie va être adaptée au cinéma.

«Oui. Un producteur a acheté les droits. Mais je ne m’en suis pas occupée du tout, moi. J’avais déjà commencé à écrire ‘Muchachas’, donc je ne m’en suis pas occupée. Je suis quand même allé deux fois sur le tournage. Mais j’étais en train d’écrire ‘Muchachas’ et je n’étais pas disponible dans ma tête.»

Vous avez vu Julie Depardieu dans le rôle de Joséphine?

«Oui, elle est très bien. Elle est formidable.»

Et «Muchachas» pourrait être adapté au cinéma à son tour?

«Je ne sais pas. Ce n’est pas moi qui m’en occupe. Mais c’est possible. C’est comme un feuilleton en fait.»

Comment vous y prenez-vous pour écrire?

«J’écris l’après-midi, dans le calme, sur l’ordinateur, chez moi. J’ai des horaires précis. Je travaille de 14h jusqu’à 19h30.»

Et où trouvez-vous votre inspiration?

«Dans la vie de tous les jours. Rossellini avait une phrase formidable qui disait que ce n’est pas la peine d’inventer, qu’il y a tout dans la vie. Et c’est vrai. Il y a tout dans la vie. Si vous alliez interviewer tous les personnages là (elle désigne les gens autour de nous), je suis sûre que vous auriez autant d’histoires que de personnes. C’est vrai, hein! Si je vous interroge sur votre vie, je suis sûre que je pourrais écrire un livre! Après tout dépend de la manière dont vous le mettez en scène, comment c’est écrit, comment c’est raconté. »

Et cela vous arrive de prendre des gens de votre entourage comme personnage?

«Jamais.»

Quel est alors votre secret pour raconter des histoire?

« Je n’ai pas de secret. Non, non. Il n’y a pas de recette.»

Christelle

En quelques lignes

Ce sont les filles qui mènent la danse dans le dernier livre de Katherine Pancol, une grosse brique divisée en trois parties, et dont la première vient de paraître. On y retrouve Hortense et Gary à New York. A leur histoire s’invite Calypso, une violoniste tout à l’opposé d’Hortense. Puis direction Londres pour la suite des aventures de Joséphine, de Phil et de Zoé. Avant d’emboîter le pas de Stella, une nouvelle héroïne, ferrailleuse en Bourgogne. Et l’auteure de nous dévoiler son passé. L’occasion pour elle de parler de la violence conjugale. Car à l’origine du livre, une scène de ménage à laquelle elle a assisté un jour, alors qu’elle était attablée à la terrasse d’un café, un homme qui frappe sa femme devant leurs deux enfants. Katherine Pancol tente de rejoindre la femme aux toilettes pour lui parler. Mais l’homme la menace de dérouiller son épouse si elle ne s’en va pas. Ainsi sont donc nés les personnages de Stella, de sa mère Léonie et de Ray, son « père », pompier et héros de la ville. De nouveaux secrets de famille qui tiendront ses lectrices en haleine durant encore deux tomes.

« Muchachas », de Katherine Pancol, éditions Albin Michel, 450 pages, 19,80 €

Cote: 3/5

Vingt ans après les fourmis, place aux micro humains !

werber_microhumainsVingt ans après la sortie des « Fourmis », Bernard Werber nous conte les péripéties d’une nouvelle mini espèce, celle des Emachs, les Micro Humains (« M.H. ») de sa « Troisième humanité« . Le deuxième tome de cette trilogie suit en effet cette nouvelle race plus petite, plus féminine et plus résistante créée par les scientifiques David Wells (l’arrière petit-fils d’Edmond Wells, l’auteur de la célèbre «Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu») et Aurore Kammerer, avec l’aide de la militaire naine Natalia Ovitz. Suite au succès dû à leur petite taille des missions confiées aux Emachs (notamment au cœur du réacteur nucléaire de Fukushima ou d’une mine au Chili pour libérer des mineurs coincés sous terre), le monde entier s’arrache leurs services, commercialisés par la société française Pygmée Prod. Tout va donc pour le mieux jusqu’au jour où, en Autriche, un adolescent se filme en train de torturer des Emachs loués à son père. La vidéo fait le buzz sur internet. Et les Emachs, emmenés par Emma 109, finissent par se révolter… Une nouvelle question fait débat: ces créatures doivent-elles être considérées comme des êtres humains? A côté de cela, Bernard Werber résout dans ce deuxième tome l’histoire d’amour et… nous livre enfin la solution de la fameuse énigme lancée dans le précédent puisque l’on y découvre comment faire un carré avec trois allumettes!

Christelle

« La troisième humanité ** – Les Micros Humains », de Bernard Werber, éditions Albin Michel, 400 pages, 22 €

Cote: 4/5

Il faut sauver JFK

22-11-63-kingEt si Kennedy n’avait pas été assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas, la guerre du Vietnam aurait-elle été évitée? Martin Luther King aurait-il été assassiné? Et les attentats du 11 septembre 2001 auraient-ils eu lieu? Plus qu’un simple livre sur l’assassinat de Kennedy comme pourrait le laisser supposer le titre, c’est un fabuleux voyage dans le temps que nous offre ici un Stephen King magistral. Son héros, Jake Epping, prof d’anglais d’une petite ville du Maine, se voit confier une étrange mission par son ami Al, gérant d’un fast-food local, sur le point de mourir d’un cancer: empêcher l’assassinat de JFK. Pour cela, il faudra à Jake emprunter une sorte de fissure temporelle dissimulée au fond du resto de son copain, qui le fera atterrir en 1958. Il aura ainsi quelques années pour empêcher Lee Harvey Oswald de commettre son geste fatal. Mais le passé est tenace et on ne peut le modifier impunément, comme le découvrira Jake à ses dépens. Et altérer l’Histoire peut avoir de lourdes conséquences sur l’avenir… Un seul mot: palpitant!

Christelle

«22/11/63» de Stephen King, éditions Albin Michel, 934 pages, 25,90 €

112263book.com

Cote: 4/5

Quatre corps, cinq couverts

Le dernier thriller de l’Américaine Lisa Gardner met cette fois en avant les enfants perturbés et la pédopsychiatrie. Et bien sûr, nous offre sa dose habituelle de frissons! Son enquêtrice, D.D. Warren, jolie blonde célibataire qui peut s’empiffrer sans prendre un gramme et rêve désespérément de s’envoyer en l’air, est appelée à enquêter sur un familicide. Sur les lieux du crime, cinq corps. Ceux des membres d’une même famille. Seul le père, une balle dans la tête, respire encore faiblement. Tout semble indiquer que l’homme, criblé de dette, a décidé d’assassiner les siens avant de se donner la mort. Sauf que sur la table du dîner, six couverts avaient été dressés… Et que rapidement, une nouvelle famille est retrouvée chez elle assassinée. Les cadavres qui s’entassent vont donner du fil à retordre à D.D. A noter que si vous souhaitez devenir l’une des prochaines victimes de Lisa Gardner ou offrir cette chance à un proche, un concours est ouvert sur le site de l’auteure!

Christelle

« Les morsures du passé » de Lisa Gardner, éditions Albin Michel, pages, 20,90 €

Cote: 4/5

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Amélie Nothomb assaisonne « Barbe bleue » à sa façon !

©Pablo Zamora/ S Moda ©Editions Conelpa

Pour sa 20e rentrée littéraire, Amélie Nothomb revisite «Barbe bleue», le conte de Charles Perrault. Un exercice périlleux et pourtant très réussi.

Cette année, vous remettez le conte de Charles Perrault, Barbe bleue, au gout du jour si on peut dire?

«Plus exactement, je le remets à mon goût! Je ne sais pas si ce sera au goût des autres, mais le conte de Perrault, ‘Barbe bleue’, est à la fois mon conte préféré et à la fois celui qui m’irrite le plus parce que je trouve que Perrault n’est pas juste avec ses personnages. J’adore l’histoire, mais je trouve qu’il ne nous dit pas tout. D’abord il ne nous explique pas pourquoi Barbe bleue est comme cela. On nous le vend comme un monstre, point final, il n’y a pas d’explication. Et il nous présente quand même les femmes comme de vraies cruches, à savoir que toutes comme un seul homme tombent dans le piège. En plus, elles pratiquent la curiosité malsaine. Et elles ne se défendent pas: après elles se laissent toutes tuer. Surtout la femme que l’on voit apparaitre dans le conte. Celle-là est particulièrement cruche puisque non seulement elle tombe dans  le même piège que toutes les autres, mais en plus quand elle est dans le pétrin, elle n’est même pas capable de s’en tirer toute seule, il faut que ce soit son frère qui viennent la sauver. Je trouve cela énervant! Bref, je voulais rendre justice aux deux personnages. Je voulais montrer que Barbe bleue n’était pas un pur monstre, qu’il y a quand même des explications, qu’à la base, la cause de Barbe bleue est quand même juste. C’est la cause du secret. C’est un homme qui veut avoir un secret. On a tous le droit d’avoir un secret, et c’est vrai que c’est odieux quand quelqu’un essaie de savoir votre. Et puis, je voulais présenter ici une femme qui n’est pas une cruche,  qui non seulement ne tombe pas dans le piège, mais en plus se défend toute seule.»

Vous souvenez-vous de quand vous avez découvert ce conte?

«Je ne m’en souviens pas très précisément, mais je me souviens que ma mère me l’avait raconté quand j’étais toute petite. Elle racontait très bien les contes. Puis plus tard, adolescente, j’ai lu le conte de Perrault. C’est là que les choses ont commencé à moins me satisfaire. En même temps, il y a des choses très réussie, comme ‘Sœur Anne, ne vois-tu rien venir?’. Quand j’étais petite, je sais que cela me faisait très, très peur quand maman racontait cette scène. Mais c’est dès l’adolescence que la version de Perrault a commencé à ne plus me satisfaire.»

Vous aimez les contes en général?

«Ah, j’adore les contes. Tous les contes sont de telles sources d’enseignement. Les contes du monde entier d’ailleurs. Ici on se cantonne un peu au registre européen qui est déjà formidable, mais il y a aussi les contes japonais, les contes chinois…»

Votre Barbe Bleue prend les traits d’un noble espagnol, Don Elemirio. Pourquoi?

«Je voulais le différencier de Henri VIII. A mon avis,  Charles Perrault nous a présenté un Barbe bleue tellement monstrueux parce qu’il s’est inspiré d’Henri VIII, qui était -il faut bien le dire- un très sale type. Donc le mien n’est pas Anglais, il est Espagnol. Et cela n’a rien à voir!»

Il ne serait pas quelque peu cousin avec Prétextat Tach d’«Hygiène de l’assassin»?

«Ah non, moi je les trouve très différents.»

Ils sont tous les deux misanthropes quand même…

«Leur misanthropie est extrêmement différente. La misanthropie de Prétextat est la misanthropie d’un vrai salaud. Tandis que la misanthropie de Don Elemirio est une misanthropie extrêmement raffinée. Il a des motifs distingués pour ne pas aimer le monde. Je trouve que Don Elemirio est beaucoup plus attachant que Prétextat. Prétextat est vraiment un être ignoble, ce n’est rien de le dire, tandis que Don Elemirio n’est pas du tout dépourvu de noblesse.» 

Et ils ont tous deux de drôles de rapports avec les femmes…

«Des rapports très différents parce que bien sûr Don Elemirio a des comportements qui ne sont pas très recommandables, mais on voit qu’il adore les femmes. Tandis que les déclarations de Prétextat vis-à-vis des femmes sont des déclarations monstrueuses.»

L’héroïne, Saturnine, a encore une fois un prénom très original. Vous les pêchez où?

«Ce sont toujours des noms qui existent. Je n’en ai inventé aucun. Ici, il s’agissait pour moi d’écrire un roman alchimique. Et dans le cadre d’un roman alchimique, c’était obligé que l’héroïne s’appelle Saturnine puisque Saturne c’est la planète qui est liée au plomb. Et dans une quête alchimique, le but n’est pas de transformer le plomb en or. Le but, c’est de transformer soi-même en or.»

Pour ce Barbe bleue donc, la femme idéale est une colocataire! Vous pensez qu’il a raison?

«Ah vous savez, moi je ne suis pas concernée ! (rires) Mais j’ai souvent été une colocataire parce qu’avant que je trouve un logement à moi à Paris, il y a eu bien des aventures pour me loger dans cette ville.»

Et à la place de Saturnine, vous auriez accepté la proposition?

«Je pense que oui. Ne serait-ce que parce que c’est tellement désespérant une recherche de logements à Paris qu’on devient capable d’accepter bien des choses.»

Cette fois aussi, il est question de champagne. C’est votre boisson préférée?

«Ah, la dimension autobiographique du livre, c’est sans aucun doute le champagne.»

Votre préféré?

«Le Dom Pérignon millésimé 1976.»

Vous aimez les œufs?

«J’adore les œufs et j’aime tellement les œufs que je n’en mange pas parce que quand je commence avec les œufs, je ne peux plus m’arrêter alors cela me rend malade.»

C’est une autre dimension autobiographique cela!

«J’ai prêté de mes caractéristiques aux deux personnages. J’ai beaucoup de points communs avec Saturnine, mais j’ai aussi beaucoup de points communs avec Elemirio.»

La photo joue un rôle dans ce livre… L’occasion de parler de la vôtre en couverture. Vous aimez vous faire tirer le portrait par de grands photographes?

«Soyons clairs, la photo j’ai horreur de cela. D’autre part, on vit dans un système où un auteur ne peut pas se passer de se faire photographier. Alors tant qu’à être photographié, autant choisir des photos que j’aime. Donc autant être photographié par de vrais artistes.»

170 pages, c’est plutôt encore un gros bébé cette année!

«C’est vrai. Vous avez raison, il est long par rapport aux autres.»

C’est donc votre 20e rentrée cette année?

«C’est mon 20e anniversaire mais c’est mon 21e livre.»

Christelle 

En quelques lignes

Saturnine cherche désespérément un logement à Paris. Aussi, lorsqu’elle tombe sur l’offre alléchante de Don Elemirio Nibal y Milcar, un riche noble Espagnol pour qui «la colocataire est la femme idéale» et qui loue une chambre somptueuse dans son hôtel particulier, elle saute sur l’occasion. Malgré la réputation de l’homme dont les précédentes colocataires ont toutes mystérieusement disparus… Pour sa 20e rentrée littéraire, Amélie Nothomb remet à son goût le conte «Barbe Bleue» de Charles Perrault. Pas de jeune épouse carrément «cruche» ici ni de monstre sanguinaire cruel sans raison. Pas de «sœur Anne, ne vois-tu rien venir» non plus, mais d’autres jolies phrases -sur le champagne notamment- et réflexions bien balancées. Quelques orgies culinaires aussi dont seule l’auteure a le secret! Revisiter un classique est toujours un exercice délicat. Sans doute fallait-il s’appeler Amélie Nothomb pour oser le dépoussiérer. Nous, on applaudit!

«Barbe bleue», d’Amélie Nothomb, éditions Albin Michel, 170 pages, 16,50 €, et disponible aussi en version Audiolib (17,30 €) lue par Claire Tefnin.

Cote : 4/5

Chassé-croisé amoureux

Direction Barcelone avec ce roman pour ados qui sent bon le soleil! La jolie Paula,17 ans, a rendez-vous après les cours avec Angel, un garçon qu’elle a rencontré sur internet et dont elle est tombée amoureuse. Mais Paula attend et Angel n’arrive pas. Lasse d’attendre, elle entre finalement dans le Starbucks juste en face du lieu où Angel et elle devaient se retrouver. Et croise Alex, un jeune auteur plutôt séduisant qui lit le même roman qu’elle. Avant qu’Angel ne fasse à son tour son apparition…  Mais qui Paula choisira-t-elle? D’autant qu’à  ce trio viennent s’ajouter une demi-sœur insistante et une jeune starlette amoureuse. Et les deux meilleures amies de l’héroïne, cela va de soi. Bref, tous les ingrédients pour un joli chassé-croisé amoureux fait de quiproquos et de rivalités en tous sens ! Et qui devrait connaître une suite. Comme son personnage, l’auteur, l’Espagnol Francisco De Paula Fernandez, a lancé son livre  sur internet sous le pseudo de Blue Jeans. Le livre continue d’ailleurs à vivre sa vie sur le net en français via Facebook.

Christelle

« Dis-moi que tu m’aimes », de Francisco de Paula Fernandez, éditions Albin Michel, collection Wiz, 640 pages, 17,90 €

Cote: 4/5

www.facebook.com/dismoiquetumaimes.lelivre

Toujours aussi délirant!

La plus fêlée des familles farfelues est de retour dans un quatrième tome. Cette fois, les « Spellman contre-attaquent ». Izzy Spellman, qui a atteint l’âge canonique de 32 ans, y  enquête sur un confrère qui commence à empiéter sur leurs plates-bandes… Mais aussi sur la quincaillerie qui disparaît petit à petit dans la maison familiale. Et sur la mystérieuse blonde que sa mère a aperçu sortir de chez son frère David, pourtant casé… Car dans la famille Spellman, on n’hésite jamais à s’espionner les uns les autres. Et toutes les semaines on édicte une nouvelle règle du genre de «avoir toujours une poignée de porte sur soi»… Côté cœur, la mère d’Izzy entend bien, par tous les moyens, obliger sa fille à rompre avec son barman de copain, pas assez bien pour elle. Et Henry, le flic accro au bio dont Izzy aurait bien fait un de ses ex précédemment, semble finalement partant pour un peu plus que de l’amitié… Quant à Ray, la cadette de la famille, elle s’est lancée dans un combat contre l’erreur judiciaire, et joue un bien vilain tour à sa grande sœur. Bref, on peut à coup sûr compter sur cette comédie hilarante pour déjanter l’été!

Christelle

« Les Spellman contre-attaquent », de Lisa Lutz, éditions Albin Michel, 460 pages, 22 €

Cote: 4/5

Eric-Emmanuel Schmitt dans les pas de Confucius

Madame Ming, dame pipi d’un grand hôtel chinois, est intarissable sur ses dix enfants. Ting-Ting, son aînée, Ho, Da-Xia (qui voulait tuer Madame Mao), Kun, Kong, Li Mei, Wang, Ru, Zhou et Shuang dont on découvre le parcours au fur et à mesure qu’elle se confie au narrateur, un homme d’affaires européen. Mais ce dernier a un peu de mal à la prendre au sérieux, dans un pays où la politique de l’enfant unique est appliquée à la lettre. Et comme lui, le lecteur s’interroge. Madame Ming fabule-t-elle? Aurait-elle sombré dans une folie douce? Ou bien a-t-elle réussi à contourner la loi? Jusqu’à finir par douter: et si cette progéniture n’était finalement pas si imaginaire que cela? Quoi qu’il en soit, ce petit conte éclairé par la sagesse immémoriale de Confucius nous fait découvrir une facette de la Chine, sixième étape du cycle de l’invisible dont Eric-Emmanuel Schmitt avait entamé l’exploration avec « Milarepa » (1997) et poursuivi avec « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » (2001), « Oscar et la Dame Rose » (2002), « L’enfant de Noé » (2004) et « Le sumo qui ne pouvait pas grossir » (2009). Un cycle de l’invisible dans lequel le romancier nous fait à chaque fois découvrir une nouvelle sagesse, une autre spiritualité (bouddhisme, islam, christianisme, judaïsme, zen…), qu’il soit question d’une naissance, d’un amour, une maladie ou de la mort, rien qui n’ait a priori une « signification évidente »… (cd)

« Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus », d’Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 114 pages, 12 €

Cote: 4/5

www.eric-emmanuel-schmitt.com

Cet Autre qui sommeille en vous…

Après les deux briques de  « Dôme » l’an dernier, Stephen King sort cette année un recueil de quatre nouvelles qui ont en commun cet « Autre »  qui sommeille en chacun de nous.  Ce double démoniaque s’empare tantôt d’un fermier qui tente de convaincre son jeune fils de l’aider à assassiner sa mère pour l’empêcher de vendre leur propriété à un éleveur de porcs, tantôt d’une auteure de polar rendue à moitié folle après un viol et qui décide de se faire justice elle-même… Il y a cet homme aussi, atteint d’un cancer, qui achète une « extension »  à  un inconnu: en échange d’un peu de vie, il vend un ami d’enfance dont il a toujours été jaloux, pour souffrir à  sa place.  Et puis enfin, il y a cette femme qui découvre par hasard qu’elle vit depuis plus de vingt ans aux côtés  d’un tueur en série. Mais que va-t-il se passer maintenant que son mari sait qu’elle sait? Notre préférée dans tout cela? Cette drôle d’histoire d’extension sans doute même s’il est difficile  de choisir tant chaque nouvelle a son petit détail flippant. Mais on n’en attend pas moins du maître incontesté de l’horreur, n’est-ce pas?

Christelle

« Nuit noire, étoiles mortes », de Stephen King, éditions Albin Michel, 496 pages, 23,20 €

Cote: 3/5

Un inédit de Kawabata

Les romans inachevés abandonnent généralement le lecteur, frustré, sur sa faim. Ici pourtant, cette fin décidée par la mort abrupte de Kawabata, qui s’est suicidé en 1972 avant d’avoir pu mettre un point final à son manuscrit, ajoute comme une touche de poésie à l’ouvrage. L’histoire est celle d’Ineko Kizaki, une jeune femme atteinte d’un mal étrange, une forme de cécité partielle qui l’empêche de voir certaines parties de son corps ou celui de son amant, Hisano. Le récit commence alors que la mère de la jeune fille et Hisano quittent l’hôpital psychiatrique, où ils viennent de faire enfermer Ineko. Autour d’eux, un champ de pissenlits en fleurs. Un paysage rythmé par le son de la cloche de l’asile  que les patients font tinter….  Et la drôle de conversation de l’amant et la mère. Premier écrivain japonais à obtenir le Prix Nobel de littérature en 1968, l’auteur du « Pays de neige » et du « Grondement de la montagne » nous offre ici encore un récit tout en pudeur, autour des thèmes qui l’obsèdent, le désir et la mort. Triste et poétique à la fois.

Christelle

« Les pissenlits », de Yasunari Kawabata, éditions Albin Michel, 250 pages, 18 €

Cote: 3/5

L’amour mufle !

Mufle, comme l’extrémité du museau de certains mammifères. Mais surtout comme goujat(e) ou malotru(e). Et comme les personnages du dernier roman d’Éric Neuhoff.

Le titre «Mufle» s’adresse auquel de vos personnages en fin de compte? Elle ou lui?
«Au lecteur! (rires) Parce que le lecteur est un peu mufle de mettre son nez dans ce linge sale! En réalité, c’est surtout parce que le mot me plaisait. J’aime bien sa sonorité. Et puis, c’est un mot un peu démodé, qu’on n’emploie plus beaucoup, et qui me semblait être à la fois marrant et évocateur.»

Pourquoi cette photo sur la couverture?
«Elle faisait partie d’une brochette que l’éditeur m’avait proposée. Je la trouvais bien mais, comme l’éditeur d’ailleurs, je me suis un peu trompé: les chiens ont une truffe et pas un mufle! (rires) Il y a eu une petite confusion. Malgré tout, je trouve que la photo tombait bien, avec ce chien qui écrase la tête d’un autre, ce qui est un peu le thème du livre.»

Ce roman a un petit air d’autobiographie, non?
«J’espère que non. Ce roman m’a demandé trente ans de recherches, de repérages quand même! C’est ce que j’ai appris en trente ans!»

Vous avez beaucoup de points en commun avec le narrateur ?
«L’âge. Et les deux mariages. »

D’autres personnages de votre livre sont inspirés de personnes de votre vie?
«Il y a un mixe d’un tas de filles que j’ai connues. Quant à l’ami, c’est un mélange de tous les amis que j’ai, un condensé, un ami idéal. Au départ, je voulais que l’homme et la femme ne soient pas très identifiés, qu’ils soient seulement ‘il’ et ‘elle’. Mais c’était trop compliqué, pour des raisons techniques, d’utiliser seulement des pronoms. Quand ils rencontraient des gens, on ne savait plus qui était qui! Alors j’ai donné un prénom à l’héroïne. On ne connaît pas non plus leur métier. Je voulais que ce soit un homme et une femme. Point!»

Le narrateur dit tantôt «je», tantôt «il».
«Oui. Parce qu’il y a des moments où il ne se reconnaît plus, alors je me suis dit que ce serait plus rythmé s’il se mettait à parler de lui à la troisième personne dans ces cas-là.»

On voit dans ce livre que les hommes peuvent eux aussi souffrir en amour!
«C’est marrant, tout le monde me dit cela comme si c’était une découverte! Bien sûr que les hommes aussi peuvent souffrir. Les hommes, les femmes, les enfants. C’est la parité dans ce domaine, je crois!»

Votre personnage dit que l’amour est «totalitaire». «Quand j’aime, je suis comme Hitler. Pas de prisonniers. La route est jonchée de cadavres», dit le narrateur.
« Oui, parce qu’il faut être entier quand on aime. Sinon, on n’est pas amoureux. Il ne faut pas faire de compromis. Il faut y aller à fond. C’est pour cela que par moments, le ton est peut-être un peu brutal et violent! Ce n’est pas de l’excès, c’est de la tristesse, de la colère. »

Vos ex ont lu votre livre?
«Je ne sais pas. Si elles le lisent, elles se vantent. Mais ce qui est curieux avec les livres, c’est qu’il y a des gens qui s’y reconnaissent et ce ne sont jamais les bons! En plus, un personnage n’est jamais une seule personne. On prend un détail vestimentaire chez quelqu’un, une manie chez quelqu’un d’autre… Même si on voulait prendre un seul modèle, on n’y arrive pas parce que dès qu’on se met à écrire, on enjolive, on ment un petit peu sur les bords…»

Vous travaillez déjà sur votre prochain roman?
«Oui. Un roman que j’ai commencé il y a longtemps qui devrait être un gros roman celui-là! Mais je dis toujours cela quand je commence! L’histoire se déroule sur une vingtaine d’années en vacances sur la Costa Brava…»

Christelle 

En quelques lignes
Il y a lui, la cinquantaine, deux fois divorcé, de grands enfants. Et il y a elle, Charlotte, la femme qui partage sa vie. Et le trompe sans vergogne. Pourtant, lui décide de rester. Cocu, blessé, il en devient mauvais. Du «je», le narrateur passe au «il» pour disséquer leur histoire. Et nous montrer que les hommes aussi peuvent souffrir en amour. Divorcé deux fois lui aussi, l’auteur, plein d’humour, lave dans ce livre son linge sale. Et ce mufle de lecteur prend beaucoup de plaisir à regarder !

«Mufle », d’Éric Neuhoff, éditions Albin Michel, 118 pages, 11,90 €

Cote : 4/5

Deux bios de stars

Les éditions Albin Michel viennent de sortir deux biographies de stars. Côté musique d’abord, s’attaquant au parcours hors du commun de Lady Gaga.  Auteur-compositeur-interprète,  la star déjantée au look  improbable enchaîne  les tubes d’années en années. Mais qui se cache vraiment derrière des tenues toujours plus extravagantes et un maquillage outrancier? Comment la jeune Stefani a-t-elle réussi son incroyable ascension? Et pourquoi cherche-t-elle la provocation?, s’interroge l’ouvrage. Côté cinéma ensuite avec la bio de l’idole de nombreuses ados, Robert Pattinson, alias le bel Edward de la saga « Twilight ».  Une bio sous forme d’abécédaire, commençant à la lettre « A » avec « accidents », en référence aux bobos de tournages, et se terminant à « Z » comme « Zac Efron », son prédécesseur semble-t-il dans le cœur des jeunes filles. Entre les deux, on passe notamment par le « F » de fans, le « K » de Kristen Stewart et le « R » de « rencards ». Une manière originale de découvrir les derniers potins concernant le jeune comédien anglais, totalement inconnu jusqu’à son apparition dans le 4ème film de « Harry Potter » en 2005. Sans oublier les nombreuses photos de Rob qui parsème l’ouvrage…

Christelle

« Lady Gaga », d’Emily Herbert, éditions Albin Michel, pages, 236 pages, 10 €

« Robert Pattinson », de Sarah Olivier, éditions Albin Michel, 270 pages, 10 €

Cote: 2/5

Six femmes, six personnalités

© Pascal Gascuel

Le dernier livre de Macha Méril prend comme prétexte un festival de film au Maroc pour raconter un huis clos entre six femmes que tout oppose. Entre roman et récit, il y est question de femmes bien sûr mais aussi de différences culturelles, d’amour… et un petit peu de cinéma!

Vous avez publié plusieurs autobiographies. Ce livre-ci est étiqueté roman. Pourtant, il relate aussi un épisode de votre vie.

«Cela a été l’objet d’une discussion avec mon éditeur. C’est lui qui a pensé qu’il fallait qu’on le mette dans la catégorie des romans parce que si c’est effectivement un événement réel -une semaine de festival au Maroc- mais les événements qui s’y passent sont romancés. J’ai modifié beaucoup de choses. Les noms notamment. La chronologie des certains événements. Mais je crois que c’est surtout le roman qui a évolué. Un roman, ce sont des faits interprétés par un auteur et rendus de manière à ce que ce soit de la littérature. Ce n’est pas la même chose qu’un récit. Si j’avais écrit un récit, j’aurais donné un compte-rendu de ce festival. Cela aurait pu être très intéressant mais cela ne faisait pas le livre. La façon dont tout cela est digéré, ou pas digéré (rires), c’est de la littérature. Donc je crois qu’il faut élargir la notion de roman et qu’on accepte cette nouvelle forme littéraire qu’est le roman autobiographique. Je raconte les faits, pour qu’on ait les éléments, mais j’essaie d’en tirer la leçon. J’essaie moi de vivre mieux après.»

Vous avez changé le nom des jurés, mais vous dévoilez tous les petits secrets des délibérations. C’est permis?

«Ce ne sont pas vraiment des secrets. C’était un huis clos, mais il y avait des espions quand même! Beaucoup de gens qui ont raconté ce que nous avions dit. Il se trouve que c’est un petit festival. Et puis il me semble que je rends hommage à ce festival car, comme je le dis dans le livre, les films étaient excellents. Il y avait de quoi discuter. Ce qui était intéressant, c’était les différences entre nous. Ces femmes et moi n’avions absolument rien en commun et nous nous demandions sur quel plan on allait bien pouvoir délibérer, batailler. Chacun défend ses opinions, ses convictions, sa culture, son pays. C’est la confrontation entre toutes sortes de partialités. Ce à quoi je tenais, c’est que ce soit démocratique et donc, qu’à la fin, le palmarès ressemble à ce que nous étions, qu’il soit accepté par tout le monde.»

Vous avez vécu un vrai choc des cultures durant cette semaine!

«Pff! C’était poilant. J’ai essayé d’être assez factuelle, de raconter par la façon dont elles étaient habillées, dont elles mangeaient, parlaient, plutôt que de dire leur opinion, car je voulais que le lecteur se fasse une idée lui-même, comme moi en voyant ces femmes ahurissantes. L’Égyptienne, par exemple, était indescriptible. Elle changeait de tenue deux fois par jour. Des choses extraordinaires, que jamais on oserait mettre. Mais sur elle, cela avait de la gueule! Bref, je continue à aimer Mozart et à préférer Courrèges aux robes marocaines. Mais quand même, je les ai dans l’œil maintenant. Je ne serai plus aussi intolérante.»

Vous avez gardé contact avec certaines?

«Absolument. Avec deux d’entre elles. L’Italienne et la Portugaise surtout. Elle est une grande cinéaste. J’ai changé son nom, mais elle s’est reconnue malgré tout.»

Vous aviez accepté de participer à ce festival pour retourner à Rabat sur les lieux de votre enfance.

«Oui. Et je n’ai rien retrouvé! Je n’ai même pas retrouvé les sensations de mon enfance. Pour moi, le Maroc était très lié à des odeurs, des couleurs. La maison dans laquelle on vivait me paraissait alors immense. Je l’ai revue: c’était une petite bicoque. Je pense que c’est toujours décevant. Je crois que c’est inévitable de retourner sur les lieux de notre enfance. On a besoin de cela. C’est mettre un couvercle sur quelque chose. C’est forcément un petit peu douloureux. Et j’ai trouvé que cela allait avec ce que j’étais en train de vivre. C’est au fond, l’histoire d’une perte. La perte de ce souvenir d’enfance, de mes racines, de mes parents puisque ni mon père ni ma mère ne sont encore de ce monde. La perte d’un amour puisque je me suis fait plaquer par l’homme que j’aimais. Et aussi la perte d’un certain cinéma, le cinéma que j’ai aimé et pour lequel j’ai un peu donné ma vie.»

La rupture que vous racontez s’est donc réellement passée.

«Oui, mais non pas durant ce festival, mais sur un tournage en Argentine, au bout du monde. Mon compagnon de l’époque a fait tout le voyage et est resté 48h uniquement pour me dire qu’il me quittait. Et je l’ai compris parce qu’on ne peut rien contre le destin de chacun. C’est cela qui est terrible en amour. On voudrait que ce qui est bien pour nous soit bien pour l’autre aussi. Mais ce n’est pas forcément le cas.»

Vous savez s’il a lu votre livre?

«Non, je ne sais pas. J’espère qu’il le lira. Je le pense. Au moins je peux me dire que tous mes amours ont fini. Mais je ne pense pas que les hommes que j’ai aimés m’aient oubliée. Je pense que je suis inoubliable!»

Vous dévoilez beaucoup de votre vie sentimentale dans ce livre. Vous ne craignez pas de la livrer ainsi au public?

«Non, je pense que c’est mon devoir. Je pense que ce que je vis n’est pas unique et que si d’autres femmes se reconnaissent, je peux être utile. Je pense que quand on mène une vie publique, c’est justement parce qu’on accepte cela. On accepte d’être un modèle. Etre parmi les femmes qu’on observe, qu’on regarde, qu’on écoute, cela vous confère des responsabilités et des obligations. Et ce qui pourrait paraître comme de l’exhibitionnisme, c’est en réalité uniquement ce que l’on attend de moi. Je me suis mise en vitrine. C’est comme la politique. On accepte d’être jugé sur ses actes.»

Vous venez aussi de sortir un livre de cuisine.

«Ah, un chef-d’œuvre! Autant ce roman a été écrit en trois mois, autant le livre de cuisine, cela faisait deux ans que j’y travaillais. Ce livre s’appelle ‘C’est près dans un quart d’heure’ (Robert Laffont). J’ai travaillé avec un chronomètre sur la table de la cuisine. Et j’ai tout mesuré, à la seconde près. J’ai réalisé les 60 menus en question. C’est vraiment quinze minutes depuis le moment où l’on rentre dans la cuisine jusqu’au moment où  l’on appelle à table. Y compris le temps de mettre la table !»

Vos petits secrets pour aller vite alors?

«Il faut d’abord que la cuisine soit aménagée de faction fonctionnelle. Et que l’on sache exactement où trouver les choses. Que personne donc ne range à votre place! Ensuite, il  faut avoir de bons instruments. Et prévoir. Ce qui est au cœur de mon dispositif, ce sont les prévisions. Par exemple, quand je fais de la sauce tomate, je la fais en grande quantité et je congèle des barquettes. Le congélateur, c’est ma boîte à malice, ma caverne d’Ali Baba!»

 Christelle 

En quelques lignes

Macha Méril s’est inspirée de sa propre vie pour son dernier livre. Elle y romance son expérience en tant que présidente du jury d’un festival du cinéma au Maroc. L’occasion de réunir six femmes d’horizons totalement différents, dans un huis clos. L’occasion aussi pour elle de retourner sur les traces de son enfance, passée à Rabat. L’occasion surtout de s’offrir des vacances au soleil avec son homme… pense-t-elle. Mais la comédienne et écrivain n’est pas au bout de ses surprises! Cette petite semaine va rapidement virer au cauchemar. Heureusement que philosophe, Macha Méril prend toujours la vie du bon côté !

«Jury», de Macha Méril, éditions Albin Michel, 240 pages, 17 €

Cote: 3/5