Zep totally rock

Zep… Avec un nom pareil, il ne pouvait être -évidemment- que fan de rock. Le papa de Titeuf tire d’ailleurs son pseudonyme d’un fanzine créé à 12 ans quand il était fan de Led Zeppelin. Vous voyez le rapport? Il était donc grand temps que l’auteur de bandes dessinées consacre un album au rock n’ roll! Alors qu’il nous avait quelque peu déçus avec “Happy Girls”, il nous convainc carrément avec son “Happy Rock”, dernier de sa trilogie happy books. Et pour cause, Monsieur est un grand connaisseur. De là à dire que Zep a plus d’expérience avec la musique qu’avec les femmes, il y a un pas que nous ne franchirons pas! U2, Madonna, Eric Clapton, Bruc Springsteen, AC/DC, les Rolling Stones Janet Jackson ou Led Zeppelin, il les a tous faits! Cet album remuant sent le vécu. Le dessin est frais (comme toujours), les couleurs sont vivantes, les blagues bien pensées et très proches de la réalité. Tout le monde se retrouvera donc avec plaisir dans cet album!

Anne-Sophie

“Happy Rock”, de Zep, éditions Delcourt, 48 pages, 13,50 euros

Cote: 4/5

Souvenirs épileptiques

Emouvant récit autobiographique que nous livre ici Elodie Durand. Dans « La parenthèse », elle rassemble les souvenirs d’une période douloureuse de sa vie, celle d’une maladie qui l’a empêché de vivre pendant près de quatre ans, à savoir l’épilepsie. Judith, son alter ego, est en proie à de soudains malaises et des pertes de mémoires, d’abord fugaces, ensuite plus intenses. Les médecins diagnostiquent un cas d’épilepsie. On suit alors Judith dans son combat, ses visites chez le neurologue et ses opérations chirurgicales. On assiste également à sa rémission inattendue. Cette délicate BD intimiste « est née d’une nécessité, d’un besoin, d’un désir très fort de rassembler des souvenirs confus, d’éclaircir un passé douloureux », explique l’auteure qui ajoute avoir eu aussi envie de témoigner et de peut-être informer sur cette maladie finalement fort peu comprise.

Anne-Sophie

« La parenthèse », d’Elodie Durand, éditions Delcourt, 224 pages, 14,95 €

Cote : 3/5

Une perle de la BD indépendante anglo-saxonne

Le Canadien Chester Brown révolutionna en son temps la bande dessinée anglo-saxonne avec son récit autobiographique « Je ne t’ai jamais aimé ». Publié en anglais en 1994, l’ouvrage fut ensuite traduit en québecois. Difficilement lisible en français, il vient -enfin- de faire l’objet d’une nouvelle traduction. Les amateurs de BD anglo-saxonne se régaleront des tâtonnements amoureux de Chester Brown. Le récit est délicat et sensible. Il nous brosse un Chester aux comportements étranges. Intelligent mais mal dans sa peau, l’adolescent ne fait que peu de cas de la tendresse et de l’amour dont lui fait preuve Carrie, une de ses meilleures amies mignonne comme un cœur. Chester en pince pour la copine de celle-ci, Sky. Il ne tarde pas à se déclarer mais, décidément trop gauche et trop coincé, il n’aura jamais le courage d’aller plus loin. L’adolescence et ses tourments dans toute leur splendeur…

Anne-Sophie

« Je ne t’ai jamais aimé », de Chester Brown, éditions Delcourt, 194 pages, 13,95 €

Cote : 3/5

Une quadra pleine de peps

Les BD sur les jeunettes et les trentenaires célibataires sont pléthore. Celles consacrées au quotidien des quarantenaires divorcées et mères célibataires le sont moins. Gloria est l’une de ces femmes ordinaires… toujours au bord de la crise de nerf ! Les lectrices du mensuel belge « Gaël » la connaissent bien puisque ses aventures ou plutôt ses déconvenues sont publiées dans le magazine. Dans l’Hexagone, Gloria est encore plus connue : depuis près de deux ans, cette femme active pleine d’entrain et somme toute fort sympathique s’exprime toutes les semaines dans ‘Version Femina’. Après deux années de bons et loyaux services, un premier album sort de presse. Celui-ci reprend un certain nombre de planches déjà publiées plus un grand nombre d’inédites. Toutes sont centrées sur Gloria et son Doudou d’amour, le fils chéri, un ado qui lui en fait voir de toutes les couleurs.

 Anne-Sophie

 « Gloria va à l’essentiel », de Marianne Maury Kaufmann, éditions Delcourt, 64 pages, 14,95 €

 Cote : 3/5

Les filles et l’ado boutonneux

Il nous avait fait tellement rire avec « Happy Sex » où il évoquait la sexualité du point de vue des adultes. On était donc très curieux de découvrir le « Happy Girls » de Zep, le papa de Titeuf. Ici, Robert, un ado pas spécialement séduisant et carrément hors du coup, fantasme à fond sur un tas de filles. Autant dire d’emblée qu’il se prend râteau sur râteau. La drague, il essaie, mais ce n’est pas vraiment son truc. Et, nous, ça ne nous fait pas trop rire. Les gags son assez classiques et valent les sketches de « Tamara », mais version masculine. Pas mauvais, non, mais juste très banal. L’album amusera sans doute davantage les ados que les adultes. Dans « Happy Girls », Zep s’inspire de son propre vécu. « Il y a certaines histoires qui sont à 100% autobiographiques et d’autres qui sont romancées », explique-t-il. A ce titre-là, signalons que le tout dernier gag qui fait office d’épilogue nous a quand même bien fait rire ! 

Anne-Sophie 

« Happy Girls », de Zep, éditions Delcourt, 48 pages, 12,90 €

 Cote : 2/5

Sortir de l’adolescence

Après « Lettres d’Agathe », Nathalie Ferlut se penche sur les tourments de la fin de l’adolescence, époque cruciale où de grandes décisions doivent être prises. Le Mur de Berlin s’apprête à tomber. Elisa a presque vingt ans. Elle vient de finir son bac et se résout, sur avis parental, à s’inscrire à la fac pour suivre de cours d’économie. Rien de bien motivant à ses yeux. Elisa est tourmentée. Amoureuse depuis des années de Daniel, le petit ami de sa meilleure amie Rachel, elle profite du fait que celle-ci étudie à Paris pour trahir son amie. Rongée par le remords, elle veut tout déballer à Rachel mais n’en a pas le temps. Son amie meurt dans un accident de voiture. Complètement déboussolée, Elisa culpabilise et s’enfuit à Paris, ne se souciant pas de ses proches et des tourments qu’elle leur fait subir. « «Elisa», c’est à la fois un conte et un bout de vie très réaliste », explique l’auteure, née en 1968, qui a voulu mettre en scène des jeunes de sa génération à l’aube de leurs vingt ans. Un bel album dont on appréciera le dessin au lavis d’encre de Chine.

Anne-Sophie

« Elisa », de Nathalie Ferlut, éditions Delcourt, collection Mirages, 112 pages, 14,95 euros

Cote : 2/5

Indifférence parentale

«Sutures» est notre bande dessinée coup de coeur de ce début d’année 2010. David Small, illustrateur américain récompensé à plusieurs reprises pour ses livres pour enfants et ses dessins de presse, opère dans ce récit autobiographique une véritable thérapie artistique. Il y livre l’indifférence de sa mère à son égard, les silences de la famille et la violence psychologique à laquelle il a dû faire face étant enfant. Une mère dure qui se mure dans ses silences, un père médecin qui se défoule sur son punching-ball, un grand frère -à peine évoqué- qui se réfugie dans sa musique et David qui exprime ses souffrances par la maladie. L’asthme et les bronches souffrantes de David sont étrangement soignés… par rayon X. A 10 ans, un kyste apparaît au niveau de son cou. Ses parents indifférents ne se pressent pas pour faire retirer cette boule inquiétante. Les mois s’écoulent, les années aussi. L’opération qui ne devait être que bénigne est enfin programmée. David se réveillera avec une corde vocale de moins et sans glande thyroïde. Le kyste de David était devenu cancer.

 Anne-Sophie

«Sutures», de David Small, éditions Delcourt, 328 pages, 19,90 €

Cote : 5/5

Papes et sodomites

« Le Pape terrible », nouvelle série que signe Jodorowsky avec Theo, brosse un tableau des plus crus de l’époque des Borgia ainsi qu’un portrait machiavélique à souhait du futur pape Jules II. Complots, empoisonnements, népotisme, luxure,… Autant d’ingrédients qui permettront au cardinal Della Rovere d’accéder, en son heure, à la fonction suprême. Les superbes dessins de Theo donnent toute sa saveur au récit qui présente un petit air de déjà vu… On ne peux s’empêcher de comparer ce premier opus à la série « Borgia » (Jodorowsky/Manara). L’on s’interrogera toutefois sur la gratuité de certaines scènes de sexe. Les scènes sodomites servent-elles le récit ? A moins que ce ne soit l’inverse ? On se serait tout de même bien passé des orgasmes d’un vieil homme décrépi, à l’aube du trépas…

Anne-Sophie 

« Le Pape Terrible, t 1 : Della Rovere », de Jodorowsky et Theo, éditions Delcourt, 56 pages, 13,95 €

 Cote : 3/5

Comment créer une bande dessinée?

willWill Eisner (« Spirit », « Le trilogie New York »), une légende de la BD américaine. Cet auteur majeur décédé en 2005 a enseigné la bande dessinée pendant de nombreuses années à l’Ecole des Arts Visuels de New York. Dans cette série intitulée « Les Clés de la bande dessinée » qui paraîtra en trois tomes, il rassemble la synthèse de ses idées, théories et conseils sur les procédés narratifs du neuvième art. Le tout est illustré par de nombreux extraits de ses propres albums. Cet ouvrage fort bien fait, didactique et intéressant, guidera les étudiants, les dessinateurs ou tout simplement les fans de BD dans le processus créatif semé de codes propres au genre. Le premier tome est consacré à l’art séquentiel, le second dont la publication est prévue pour juin 2010 s’attachera à la narration.


Anne-Sophie


« Les Clés de la Bande Dessinée, t 1 : L’Art Séquentiel », de Will Eisner, éditions Delcourt, 192 pages, 17,50 €


Cote: 4/5

 

L’homme bonsaï

C’est l’histoire d’un homme mal mené par la vie qui un jour, abandonné bonsaide tous sur une île déserte, est touché par un arbre divin. Une petite graine de bonsaï lui tombe sur la tête et le parasite. Peu à peu, Amédée le misérable se transforme en un être fort et puissant. Recueilli par une jonque pirate dirigée par un équipage chinois, il est soigné aux petits oignons et devient une arme redoutable. L’heure de la vengeance a sonné et celle de l’amour absolu aussi. Fred Bernard, au scénario et au dessin, signe un conte original où s’entrelacent piraterie, mystères et de l’Orient et destinée tragique.

 

 

Quelle est la genèse de cet homme bonsaï?

fredbernardFred Bernard : « Il s’agit au départ d’un livre jeunesse. J’ai écrit cette histoire en 2003 et François Roqua, un ami avec lequel je travaille depuis 15 ans, l’a mise en images. Cette première histoire traitait de piraterie mais pas d’amour. Etant donné que ce livre s’adressait à un public très jeune, je n’ai évidemment pas abordé la thématique de l’amour charnel. J’étais content d’avoir inventé cet homme bonsaï, à qui il pousse un arbre sur la tête, pour pouvoir faire basculer un énième récit de pirates dans le fantastique, même si les ingrédients de base restent les mêmes, à savoir le capitaine, l’île déserte, les abordages… »

 

Ce premier livre ne vous satisfaisait pas ?

« Si si ! Mais ce livre illustré avec une quinzaine de dessins était destiné aux 8-12 ans. Je l’aimais beaucoup mais j’étais frustré. Le récit pouvait basculer dans tout autre chose. Je sentais que je pouvais aller plus loin. »

 

Difficile de classer une telle histoire…

« « L’homme bonsaï » est un gros mix. C’est un conte pour adulte qui contient autant d’aventure qu’il y a d’amour. C’est aussi un peu une histoire de super héros. Comme Spiderman qui se fait piquer par une araignée, une petite graine de bonsaï parasite Amédée qui va alors se transformer en un être extraordinaire. »

 

Quel est le message de cet étrange conte ?

« Je voulais faire le condensé ce que peut être la vie. Du début et de sa fin, de ses hauts et de ses bas. Le héros connaît le pire puis il atteint des sommets de puissance et de gloire, mais ce n’est pas pour cela qu’il est plus heureux. Je voulais aussi parler du désir de puissance et de vie éternelle qui est un peu vain. Une fois qu’Amadée a vécu pleinement sa vie de héros et que ses heures de gloire sont clairement derrière lui, il tente de mettre fin à ses jours parce qu’il est fatigué et qu’il en a marre. Comme les morts-vivants, il faut qu’il meurt vraiment pour trouver le repos. »


Anne-Sophie

 

« L’homme bonsaï », de Fred Bernard, éditions Delcourt, 128 pages, 14,95 €

 

Cote : 2/5

 

 

Ida en Afrique

idaChloé Curchaudet avait conquis le public l’an dernier avec son premier album solo, « Groenland Manhattan », pour lequel elle a obtenu plusieurs prix mérités. Cette fois, elle quitte le Grand Nord pour l’Afrique. Dans « Ida », elle nous conte l’histoire d’une vieille fille hypocondriaque et autoritaire de la fin du 19e siècle. Secouée par son médecin qui lui prescrit une cure d’air marin en lieu et place des ses habituels médicaments, Ida va prendre goût aux voyages lointains. Elle emmènera dans ses aventures Fortunée, une Occidentale délurée et en tout son opposée. Toutes deux découvriront l’intensité de l’Afrique dans leurs longues robes à crinoline. Une bande dessinée au graphisme délicat, surprenant et agréable qui rend hommage aux grandes exploratrices de la fin du 19e siècle. On appréciera le style très particulier du dessin !


Anne-Sophie


« Ida, t 1 : Grandeur et humiliation », de Chloé Cruchaudet, éditions Delcourt, 56 pages, 13,95 €


Cote : 3/5

Un Titeuf pour les grands

Le papa de Titeuf se lâche dans «Happy Sex» et livre à ses lecteurs un bon moment de rigolade. Il causehappysex sexualité, ne s’embarrasse pas de tabou, appelle une chatte une chatte et dessine ce qui doit être dessiné. Explicitement. Sans la moindre ellipse. Un album hard sans être vraiment vulgaire. A lire seul ou en couple, mais à ne pas laisser entre toutes les mains! Rencontre avec Zep.

«Happy Sex», un album autobiographique?

© Laurent Seroussi

© Laurent Seroussi

Zep: «Forcément, il y a un peu d’autobiographie.»

Un peu?

«(rires) Oui, il n’y a qu’une petite partie autobiographique. Après, c’est aussi mon métier de raconter des histoires, d’exagérer et de mentir quand il le faut. J’ai juste besoin de quelques éléments. Je puise dans ce que j’entends autour de moi, ce que me racontent mes amis, ça me suffit pour faire une histoire.»

Justement en parlant de vos amis… Vous les avez croqués dans «Happy Sex»?

«L’album présente effectivement beaucoup de personnages. Au fil des planches, je me demandais qui dessiner. C’est vrai que je me suis inspiré des personnes qui passaient chez moi. Je les dessinais ensuite dans mes histoires. Je séparais les couples et je changeais leurs coupes de cheveux pour qu’ils n’aient pas l’impression que je les ai mis en fâcheuse posture. Je vais voir si je perds mes amis dans les jours à venir… (rires)»

Titeuf est-il trop sage ? Vous avez eu besoin de vous défouler?

«Titeuf n’est pas beaucoup plus sage, mais ce sujet ne le concerne pas encore, pas de cette manière. J’avais envie de faire quelque chose d’adulte, même si tout un public adulte suit les aventures de Titeuf. Je peux traiter beaucoup de sujets par le biais de l’enfance, mais pas le sexe. J’avais depuis longtemps envie de faire cet album. Je voulais aborder la sexualité comme un sujet de société. Je ne voulais pas d’un ouvrage érotique ou pornographique, mais je voulais montrer le sexe de manière très explicite. Ce qui me semblait très amusant à faire.»

Quel est le but poursuivi?

«Rire de notre sexualité, faire un état des lieux de notre sexualité quotidienne, montrer ces petites accroches, ces dérapages, ces moments où l’on ne parvient pas toujours à se rencontrer. Il se joue beaucoup de choses dans la sexualité et ça m’intéressait de montrer cela, de m’en amuser. Je voulais que l’on puisse rire ensemble de sexualité en lisant l’album. Ce qui est neuf, parce qu’on ne rit pas en regardant un film porno…»

C’est une manière de dédramatiser certaines situations?

«Bien sûr de dédramatiser et de désacraliser aussi! Il y a encore de fortes attentes autour du sexe. On espère toujours que l’autre va comprendre tout ce que l’on en attend et on ne sait pas toujours en parler. Les ‘ratages’ sont fréquents et il est urgent de se détendre par rapport à cela, de se dire que c’est normal. Il faut oser parler de nos attentes et de nos désirs pour cela soit plus cool. En rire est le meilleur moyen pour y parvenir.»

Vous ne vous embarrassez pas de tabous…

««Happy Sex» aborde une sexualité lambda. Je ne raconte pas de bizarreries, ni de choses très insolites. Il ne s’agit pas ici d’une sexualité idéalisée. Il y a des gens qui sont beaux, d’autres moins beaux, des petits, des gros, des poilus, etc. Il est logique de dessiner le plus honnêtement possible. Ce qui aurait été bizarre, c’est d’être racoleur et puis de ne pas assumer, de ne pas montrer les choses. Alors, effectivement, tout ce qui doit être dessiné est dessiné. C’est une question d’honnêteté vis-à-vis du lecteur.»

Une certaine autocensure?

«Non, aucune. Je suis resté dans une sexualité hétéro que je connais. J’avais envie de traiter d’une sexualité du quotidien, sans bizarreries. Ce n’est pas de la censure. Je voulais simplement rester dans des choses que je peux comprendre moi-même.»

Auriez-vous pu vous lancer dans un tel projet au début de votre carrière?

«Je n’aurais pas pu le faire il y a vingt ans ou même dix ans. Je n’aurais pas eu cette liberté de ton sur la sexualité. Je n’aurais même pas eu cette vision sur le sexe. J’avais encore une image très sacralisée de la chose, un peu coincée en fait. Mon grand âge (40 ans, ndlr) aujourd’hui me permet plus de choses. (rires)»

Anne-Sophie

«Happy Sex», de Zep, éditions Delcourt, 64 pages, 14,95 €

Cote : 5/5

Phénomène médiatique

Excellente BD flirtant avec l’absurde que nous livre ici Marc-Antoine Mathieu. Et si Dieu descendait sur Terre et se personnifiait à notre époque ? A l’administration, dans une file d’attente, un petit bonhomme se présente sous le prénom de « dieu » et le nom de « Dieu ». Il n’a pas de domicile, pas de papier d’identité, ni du numéro de sécurité sociale. A l’incrédulité succèdent l’étonnement et l’acceptation. Dieu s’est personnifié. Son existence déclenche une vague d’intérêt sans précédent. Ce phénomène médiatique devient une véritable opportunité commerciale. De Dieu, on ne découvrira jamais le visage. Ce parti pris de l’auteur se justifie. Dieu est un artefact. Et le mystère restera entier. « Dieu en personne », un portrait de Dieu? Certainement pas! Certes, l’album philosophe sur Dieu mais il n’abordera jamais vraiment le thème religieux. L’auteur nous propose davantage une critique de notre société par l’absurde. Les médias, la mondialisation, le profit, tout est passé au crible. Le summum de l’absurde est atteint quand un méga procès est intenté contre Dieu. Eloquent !

Anne-Sophie

« Dieu en personne », de Marc-Antoine Mathieu, éditions Delcourt, 128 pages, 14,95 €

Cote : 5/5

Camarades, unissez-vous !

Fin des années 1960. Samuel traîne derrière lui un lourd passé familial dont il ne se soucie guère. Son grand-père, tourmenté et consacré tout entier au respect de sa religion et de la tradition assidique, connut un destin tragique. Comme une bonne partie de sa famille. Si Samuel ne semble en avoir cure, certains fantômes semblent pourtant le troubler. Un peu paumé, il laisse tomber le bac tant il est obnibulé par sa révolution prolétarienne. N’ayant pas peur du paradoxe, il décide de se faire embaucher comme directeur des collections dans l’entreprise textile de son père. Une position idéale qui lui permet d’appliquer ses préceptes communistes mais aussi de rencontrer de jolies mannequins. Une amie de la famille, bienveillante,  ne l’entend pas de cette  oreille et se montre bien décidée à remettre Samuel sur le droit chemin, en lui dénichant une épouse juive bien comme il faut. “Le pavé originel” aborde des thématiques fort intéressantes et séduit d’emblée le lecteur. Malheureusement, en fin de récit, le scénario perd le fil et le lecteur aussi. L’intérêt du récit ne se trouve peut-être pas où on le pensait. Le lecteur sera sans doute dépité en découvrant les dernières pages de l’album et plus encore la dernière  case. Une dernière case qui ne se justifierait que par le titre, ou inversément.

Anne-Sophie

“Le pavé originel”, de  Pianko et Winz, éditions Delcourt, 14,95  €

Cote: 3/5

Antisémitisme outre-Atlantique

New York. 1942. L’antisémitisme et la guerre déchirent l’Europe. Outre-Atlantique, les jeunes Américains sont appelés sous les drapeaux. Dans un convoi militaire, Willie, la vingtaine, perdu dans ses pensées. Le paysage défile sous ses yeux, renvoyant le jeune juif à son histoire familiale. Le voyage est ponctué de flash-back. Vexations, humiliations, manque d’argent, la vie est dure. Will Eisner (1917-2005), grand maître de la bande dessinée américaine, livre, dans ce récit semi-autobiographique, une réflexion sur la vie des immigrants juifs et de leurs enfants dans l’Europe et l’Amérique d’avant-guerre. Un chef-d’œuvre touchant et dramatique qui se caractérise par une fluidité narrative fort agréable. Exit les bordures de cases et les découpages graphiques trop classiques. Eisner n’hésite pas à utiliser des fenêtres ou des portes pour passer d’une scène à l’autre. Un dessin en noir et blanc sur un fond noir ou blanc assure relief et dynamisme au récit. Du tout grand art ! Les éditions Delcourt ne s’y sont pas trompés en décidant de rééditer des titres incontournables et parfois méconnus de cet auteur majeur.

Anne-Sophie

« Au cœur de la tempête », de Will Eisner, éditions Delcourt, collection Contrebande, 208 p., 17,50 €

Cote : 4/5