Comment devenir un parfait arriviste

Pour devenir un parfait arriviste, il faut savoir manipuler à son profit les masques et les paravents, explique Corinne Maier, qui n’a pas hésité d’ailleurs à trafiquer sa propre biographie sur Wikipédia. Après «Bonjour paresse» où elle racontait comment glander au boulot, l’auteure de «No kid» nous livre cette fois ses précieux conseils pour devenir un arriviste.

On pourrait de prime abord se demander si vous êtes compétente pour écrire ce livre, vous qui avouiez dans «Bonjour paresse» glander au boulot. Mais ce livre est en réalité du même acabit.

«Oui, c’est un livre sur les masques et les semblants, et tout ce qu’il faut faire pour être quand même intégré dans la société, mais en se débrouillant pour en tirer le maximum d’avantages et parfois juste pour rester dedans.»

Si vous n’avez rien d’une arriviste, vous connaissez la recette pour le devenir.  

«Oui. C’est par l’observation du monde et des choses que je me suis aperçue que j’avais commis beaucoup d’erreurs. Et puis j’ai observé ce qu’il se passait dans les groupes, les entreprises, tous les lieux où il y a une collectivité de gens avec parfois peu d’avantages à en tirer. Il est d’autant plus nécessaire de faire semblant dans un monde où il n’y a pas de croissance, où les places sont chères, et où il est difficile de gagner sa vie et de progresser. Je pense que la crise a pour conséquence une compétition accrue. Et donc il faut d’autant plus faire semblant et donner des gages aux autres et au groupe. Des gages de normalité, d’intégration,…»

Et comment fait-on pour bien faire semblant justement?

«D’abord il faut dire ‘oui’ tout le temps. Ne jamais rien refuser. Il faut parler le jargon de l’époque parce qu’il y a des mots qu’il faut comprendre et parfois utiliser. Des mots anglais, mais aussi le jargon en usage dans une entreprise. Et il faut maîtriser ces mots pour savoir de quoi on est menacé, comment est-ce qu’on pourrait les utiliser à son avantage. Il faut toujours retourner ses échecs et les reformuler de manière positive. Il faut avoir l’air parfaitement normal en fait, et en bonne santé.  Ne jamais critiquer de façon trop forte. Ne jamais servir des idéaux parce que sinon, on devient vulnérable et on peut être manipulé. Faire des croche-pieds aux autres dans le milieu professionnel. Ce sont des conseils très cyniques évidemment et qui visent à faire réfléchir à l’époque dans laquelle on vit qui est très dure.»

Comment définiriez-vous l’arriviste?

«C’est quelqu’un qui manipule à son profit les masques et les paravents et qui sait donner aux autres l’impression qu’il faut pour parvenir à ses fins. C’est donc quelqu’un qui manipule bien le mensonge et qui sait parfaitement faire semblant tout le temps, et se vendre en permanence. L’arriviste, c’est donc quelqu’un qui sait manipuler les faux-semblants.»

Pour réussir, vous encouragez à mentir sur son CV?

«Oui, à mentir sur soi-même bien sûr puisqu’il faut se présenter de manière favorable tout le temps. Même vis-à-vis de son entourage, de ses relations, de ses voisins. Et donc, il faut bien sûr mentir sur son CV parce qu’il y a beaucoup de choses qui ne seront jamais vérifiées. Des chiffres français montrent que 50% des CV contiennent des informations fausses. Si vous, vous êtes authentique et que tous les autres mentent, vous partez perdant dans la course. Donc il faut mentir aussi et toujours améliorer les choses. Par exemple, gonfler ses responsabilités… C’est très important aussi de pouvoir raconter une histoire sur soi-même, ce que les anglo-saxons appellent le story-telling. Il faut mettre en scène une histoire.»

Comme vous sur Wikipédia!

«Exactement. C’est un exemple de choses que je pratique! C’est plus intéressant de raconter que je suis l’arrière-petite-fille d’un humoriste célèbre qui n’a jamais existé -mais cela, les gens ne le savent pas quand ils tombent sur ma fiche- plutôt que de présenter les choses de façon très banale. Parce qu’en soi, mon histoire est banale comme celle de beaucoup de gens. Cela n’intéresse personne. Donc il faut l’améliorer un petit peu.»

Christelle 

«Petit manuel du parfait arriviste», de Corinne Maier, éditions Flammarion, 134 pages, 16 €