Le retour de Boro

 Franck et Vautrin poursuivent avec Veber pour l’adaptation en bande dessinée d’un nouveau cycle des aventures de Boro, reporter photographe. «Le Temps des Cerises» comptera trois tomes. L’action se situe à Paris en 1936. Son inséparable Leica à la main, Boro est le témoin des heurts de plus en plus violents que provoquent les succès de la gauche française qui gagnera bientôt les élections, avec à sa tête Léon Blum. Dans la clandestinité, le mouvement qui se fait appeler «La Cagoule» s’apprête à basculer dans l’action armée. C’est en ces temps troublés que le chemin de Liselotte, une jeune fille dont le père minier vient de décéder, croise celui de Boro qui, attendri, décide de la prendre sous son aile. Dans ce premier opus, les événements se bousculent et les éléments se mettent en place très rapidement. Certains lecteurs se sentiront un peu perdus, d’autres ne s’ennuieront pas de l’action proposée par les scénaristes et par ailleurs auteurs de la célèbre série romanesque des aventures de Boro. Celle-ci compte aujourd’hui huit volumes parus chez Fayard et Pocket.

 Anne-Sophie

 «Les aventures de Boro, reporter photographe. Le Temps des Cerises. Tome 1», de Veber, Franck et Vautrin, éditions Casterman, 48 pages, 12,90 €

 Cote : 3/5

Alliance cubaine

Dans ce huitième opus, le «Tueur» poursuit sur sa lancée moralisatrice et nous livre ses réflexions sur l’état du monde. Cette petite pointe intellectualisante n’est à vrai dire pas pour nous déplaire. Dans «L’ordre naturel des choses», on découvre un tueur à gages plus sensible qu’il n’y paraît et qui avoue voir le monde sous un jour un peu différent depuis la naissance de son fils. Le père de famille a installé femme et enfant à Cuba et espère un jour raccrocher. Mais son heure n’est pas encore venue. Appelé au Venezuela, le «Tueur» fait temporairement alliance avec les Cubains et leurs intérêts, incarnés par la voluptueuse Katia qui semble l’avoir ensorcelé ou presque. Il lui est demandé de mener une campagne d’assassinats ciblés contre la junte militaire dans le but d’assurer le retour du président élu. Mariano, son ami et contact dans les milieux maffieux, met en garde le «Tueur» contre ce nouveau contrat et la belle Katia qui ne lui semble pas très nette. Un tout bon album qui confirme tout le bien que l’on pense de la série signée Jacamon et Matz.

 Anne-Sophie

 «Le Tueur, t 8: L’ordre naturel des choses», de Jacamon et Matz, éditions Casterman, 56 pages, 10,40 €

 Cote : 4/5

Les fils restés au pays

Excellente bande dessinée d’auteur américaine. « Sous la bannière étoilée” évoque avec retenue et sensibilité le drame et les angoisses des familles qui ont envoyé leur fils, frère ou époux au combat en Irak. James Ponsoldt signe l’adaptation scénaristique d’une nouvelle de l’écrivain américain Benjamin Percy. Ce roman graphique, prémisse à une prochaine adaptation cinématographique, évoque l’enlisement de la guerre à travers l’expérience au pays des enfants de soldats. Josh et ses deux meilleurs amis purgent leur dernière année de lycée, dans une petite ville américaine ordinaire. L’avenir qui s’offre à eux n’est pas fort réjouissant. Si l’un se destine à de grandes études, les autres par manque de moyens financiers ne voient d’avenir. Dans cette ville où la plupart des hommes sont des soldats de l’armée américaine, l’angoisse est permanente et les recruteurs se cachent à chaque coin de rue. Josh et ses amis résisteront-ils à l’appel de la bannière étoilée ? Auront-ils le choix ?

Anne-Sophie

« Sous la bannière étoilée », de Novgorodoff et Ponsoldt, éditions Casterman, 144 pages, 15 €

Cote : 3/5

Affreux cauchemars

Ah… Emilie jolie… Toute notre enfance ! Ce personnage mythique de l’édition jeunesse est né en 1975 au sein de la célèbre collection Rouge et Or des Presses de la Cité, sous le pinceau de Domitille de Pressensé, Les aventures de la petite minouche ont été traduites en douze langues et ont connu de belles heures jusqu’en 1991. Au total, la collection compte 64 albums. Bien des années plus tard, la série est relancée, recolorisée et modernisée, pour le plus grand bonheur de nos petites têtes blondes. Avec un brin de nostalgie, les parents se feront un plaisir de faire découvrir Emilie à leur progéniture. Dans ce douzième album, Emilie doit faire face à ses cauchemars. Impossible de dormir car dès que maman et papa ont quitté la chambre, ils font leur (ré) apparition. Mais heureusement que son grand frère Stéphane a une solution au problème. Lui-même sait capturer les cauchemars et les enfermer dans une boîte en carton qu’il suffira d’aller enterrer dans le jardin au petit matin. Bonne nuit, Emilie !

 Anne-Sophie

« Emilie fait un cauchemar », de Domitille de Pressensé, éditions Casterman, 32 pages, 5,50 €

 Cote : 3/5

Apprendre à dessiner ou à compter?

En voilà un chouette petit livre éducatif! Pas facile d’aborder les chiffres et les mathématiques sous l’angle ludique. Et pourtant Godeleine de Rosamel y parvient fort bien. Son ouvrage intitulé «Oh les chiffres!» se propose d’apprendre aux jeunes enfants à différencier les chiffres, à les écrire mais surtout à les dessiner! Et oui… A mieux y regarder, le 1 se dresse comme une girafe, le 2 se pose comme un canard, le 3 a un petit air de singe, le 4 pointe son museau de chien… En trois à quatre étapes et quelques coups de crayons, les chiffres se métamorphosent en petits animaux tout rigolos. Les enfants vont adorer apprendre… à dessiner et compter. D’une pierre deux coups! C’est simple, frais et attrayant. On recommande! De 3 à 7 ans.

 Anne-Sophie

 «Oh les chiffres!», de Godeleine de Rosamel, éditions Casterman, 32 pages, 8,95 €

 Cote : 4/5

Les univers d’Adèle Blanc-Sec

Alors que le nouveau film de Luc Besson «Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec», adaptation de l’oeuvre de l’auteur de BD Jacques Tardi, est sorti dans les salles ce mercredi, «Le Roman d’Adèle» et «Le Livre d’Adèle» déboulent dans les librairies. Le premier est une novélisation du scénario de Luc Besson, réalisé par Benjamin Legrand, écrivain et scénariste de BD sous la supervision de Tardi qui a validé l’ensemble. Ce «roman», agrémenté de quelques photos du film, est sans doute destiné aux grands fans du cinéaste. Il ravira -aussi- certainement les retardataires qui n’auront pas eu l’occasion de voir le film en salle. «Le Livre d’Adèle» intéressera davantage. Centré sur le personnage d’Adèle Blanc-Sec, il propose à la fois une découverte approfondie du film de Besson et une exploration de l’univers d’auteur développé par Tardi autour de son héroïne. On apprécie l’iconographie qui allie illustrations de Tardi et photos du tournage et propose ainsi une comparaison de certaines cases et scènes. Le texte, fouillé, conjugue entretiens, récit de tournage, galerie de personnages, découverte de l’univers visuel du film, évocation des monstres de Tardi et présentation détaillée des albums de la série consacrée à Adèle Blanc-Sec.

Anne-Sophie

«Le roman d’Adèle» (247 pages, 12 euros) et «Le livre d’Adèle» (64 pages, 16 euros) aux éditions Casterman

Napoléon dessiné

Napoléon continue encore et toujours de faire couler beaucoup d’encre… même en BD! Ce tome 1 de la vie du plus célèbre personnage de  l’histoire de France débute par l’entrée de ce jeune garçon de la noblesse corse à l’Ecole royale militaire de Brienne, en Champagne pour se refermer avec son succès à Toulon qui le voit nommé général. Entre les deux, le jeune Napoléon grandit, aime. Cette belle reconstitution mèle action, aventure et émotion. Jean Torton, qui a dessiné plusieurs albums de la série Alix, se lance donc dans une nouvelle épopée historique sur base d’un scénario de Pascal Davoz. Une façon enfin différente d’aborder le personnage.

Christelle

« Napoléon Bonaparte – tome 1 », de Jean Torton et Pascal Davoz, éditions Casterman, 48 pages, 12,90 €

Cote: 3/5

Plongée en eaux troubles

Cécile bosse de nuit pour le Samu social. Elle aide les sans-abri de Paris à passer les dures nuits d’hiver. D’emblée le dessin noir et blanc séduit. Le récit qui s’attache à une rude réalité sociale semble des plus prometteurs. Les rebondissements ne se font pas attendre. Et Cécile, une jeune femme très propre sur elle, de franchir la porte des Addicts Anonymes qu’elle fréquente depuis quelque temps. Ancienne toxicomane et ex-prostituée, elle travaille au plus près des sans-abri dans l’espoir de retrouver son père SDF qui l’a abandonnée alors qu’elle était gosse. Ce qu’on croyait être un récit social glisse rapidement vers le polar. Cécile retrouve dans des circonstances délicates la trace de ce père qui aujourd’hui se fait appeler Bird. Ce dernier est le témoin d’une scène des plus violentes. Un groupe de fils à papa débarque dans la zone pour « casser du SDF ». La bastonnade vire au meurtre. Une des jeunes a un père fort influant en la personne du maire qui mène campagne pour sa réélection. Et voilà que la chasse au témoin gênant est lancée. Le changement de ton a de quoi surprendre et pourra dérouter le lecteur. On appréciera toutefois la plongée dans le monde parfois très violent des SDF que nous offrent Jean-Philippe Peyraud et Marc Villard.

Anne-Sophie 

«Happy slapping», de Peyraud et Villard, éditions Casterman, 80 pages, 17 €

 Cote : 4/5

Un rêve afro-américain

«Liberty», comme cette liberté retrouvée une fois débarquée à New York. «Liberty», comme le nom donné à sa fille née d’une aventure malheureuse d’un soir. Tout débute en 1974 dans un hôtel de Kinshasa, à la veille du championnat du monde de boxe des poids lourds qui doit opposer Mohamed Ali à Georges Foreman. La jeune Tshilanda, 16 ans à peine, fille du chef de la sécurité de l’hôtel, craque pour le manager du groupe de James Brown de passage au Zaïre. Enceinte, elle doit quitter le pays pour éviter le scandale. Epaulée par un diplomate français et par le batteur de James Brown qui devient très vite son compagnon de vie, elle s’installe à New York et accouche d’une petite métisse. Warnauts (scénario et dessin) et Raives (dessin) évoquent, grâce à l’histoire d’une mère et sa fille, les aspirations de toute une génération d’Afro-Américains qui ne font qu’effleurer le rêve américain… jusqu’à l’élection à la présidence de Barack Obama.

Anne-Sophie

«Liberty», de Warnauts et Raives, éditions Casterman, 64 pages, 15 €

Cote : 3/5

Trois et quatre

Après «India Dreams», le couple Maryse et Jean-François Charles connaît à nouveau le succès avec la série «War and Dreams», qui se déroule durant la guerre dans le Pas-de-Calais en 1944. Dans le tome 3 titré «Le repaire du mille-pattes», l’action se situe à Mimoyecques, où une forteresse dissimulée sous une colline est construite par les Allemands. Elle abrite bientôt la nouvelle arme secrète d’Hitler: «le mille-pattes», un canon à air comprimé, capable d’envoyer sur Londres les fameux V3. Le site localisé, les Anglais décident sa destruction, sacrifiant les 500 ouvriers recrutés parmi les S.T.O., juifs et prisonniers politiques qui y travaillent dans des conditions extrêmes. Un album de haut vol, rassemblant les héros Archie, Opale et Joe, qui forment une chaîne solidaire pour contrecarrer les plans nazis. Le tome 4, «Des fantômes et des hommes», a été publié dans la foulée. Mais, bien plus qu’un quatrième volet de la saga, il s’agit ici d’un recueil d’illustrations romancé, annexe à la trilogie.

Anne-Sophie

«War and Dreams, t 3: Le repaire du mille-pattes et t 4: Des fantômes et des hommes», de Maryse et Jean-François Charles, éditions Casterman, 48 pages, 12,50 €/le tome

Cote: 4/5

Voyages et musiques

Ces derniers mois, les éditions Casterman multiplient les beaux livres rendant hommage aux travaux de Hugo Pratt. Son célèbre personnage Corto Maltese est cette fois mis à l’honneur dans « Notes de voyage ». Ce petit ouvrage de 160 pages joliment illustré conte la vie du héros voyageur. Les 3 CD qui accompagnent le coffret invitent le lecteur à un tour du monde à travers des chants et des morceaux musicaux de tous continents et toutes civilisations. Parmi les morceaux proposés: un chant de bienvenue traditionnel des îles Marquises, un chœur brésilien, des compositions traditionnelles somaliennes et éthiopiennes, le blues de Wang-Wang, des raretés des traditions tadjiks, etc. Un objet raffiné et original qui ravira les fans de Hugo Pratt et de Corto Maltese.

Anne-Sophie

 « Notes de voyage. Les musiques de Corto Maltese », de Tercinat et Le Xuan, éditions Casterman, 1 livre de 160 pages et 3 CD, 39 €

 Cote : 4/5

Ça jase sec !

«Magasin général» était prévu à l’origine en trois tomes. Le succès aidant, Loisel et Tripp signent avec «Montréal» le cinquième opus d’une série campagnarde plutôt réussie dans son ensemble. Le son, les odeurs, le patois, la mentalité villageoise étriquée, tout y est. Dans ce nouvel épisode, l’histoire tourne toutefois au ralenti. Marie et le jeune Marceau n’ont pas résisté à la tentation de la chair. Leur bref moment d’attirance mutuelle va faire le tour du village et indigner les proches de Marie, quelque peu contrainte à quitter Notre Dame des Lacs pour Montréal. Une nouvelle vie s’offre à elle. Mais, conséquence directe de cette fuite en avant, le magasin général n’est plus ce qu’il était: heures d’ouverture limitées, les stocks de marchandises à sec,… Les villageois commencent à regretter la Marie.

Anne-Sophie

«Magasin général, t 5 : Montréal», de Loisel et Tripp, éditions Casterman, 72 pages, 14 €

Cote : 3/5

Voyage au pays de l’éternel présent

Aimé est âgé d’une dizaine d’années. Il vit à Taxandria, une ville en ruines, emplie de colonnes corinthiennes et de grands palaissouv déserts. Suite à un mystérieux cataclysme, les lois de l’ «éternel présent» sont d’application: toute allusion au passé et au futur est interdite, machines et femmes ont été bannies de la ville. Tout n’est que désolation et froideur. «Souvenirs de l’éternel présent», qui s’inscrit dans le cycle des Cités obscures, met en scène un monde d’après-apocalypse qui se meurt et que seule la volonté d’un enfant peut sortir de sa torpeur. Un conte étrange dont l’univers fantomatique est habilement souligné par les dessins de François Schuiten. Avec son compère scénariste Benoît Peeters, il revient sur plusieurs thèmes chers à leur duo. Critique de l’ordre établi et absurdité du pouvoir, dérives de la société industrielle, folie des hommes à vouloir détruire la terre se profilent en filigrane de ce doux récit.

Taxandria, une nouvelle cité obscure?
DSCN0039 Benoît Peeters:
«Nouvelle et pas nouvelle. Une bonne partie des dessins de cet album ont été créés à l’origine pour le film du Belge Raoul Servais «Taxandria» (sorti dans les salles en 1994 et qui ne remporta que très peu de succès, ndlr). François avait réalisé à l’époque des centaines de dessins préparatoires au film. Nous avons eu envie de réinventer ce matériel et de se la réapproprier.»

Pourquoi revenir à ce projet aujourd’hui?
Benoît Peeters:
«Nous avions l’impression que les thèmes abordés dans le récit de Raoul Servais étaient plein de résonance. L’histoire revêt notamment un aspect écologique. Les thèmes abordés nous ont paru suffisamment proches pour que l’on ait envie de se replonger dedans. Nous avons réinventé tout un pan de l’histoire à partir de nos préoccupations actuelles.»
François Schuiten:
«Il me restait un petit goût de déception par rapport au projet original. Personne, même le réalisateur en raison d’aléas techniques, n’avait réussi à en sortir tout le potentiel. C’est à cette tâche que nous sommes attelés.»

Les références surréalistes s’enchaînent, comme le voulait le film?
François Schuiten:
«Le projet de départ mettait en scène un univers encore plus surréaliste et fantastique dans son expression picturale et graphique. Mais cette dimension s’est réduite comme une peau de chagrin dans le film en raison d’impératifs liés à une production cinématographique.»

Cet album est très visuel. Le regard voyage et vole de case en case, ne s’accrochant que brièvement au texte…
François Schuiten:
«On s’amuse beaucoup, on s’oblige tous les deux à renouveler notre plaisir, notre émotion. Ce qui n’est sans doute pas le meilleur chemin pour une efficacité commerciale!»
Benoît Peeters: ««Souvenirs de l’éternel présent» est une histoire très linéaire centrée sur un personnage. Ce récit est un peu plus simple que nos précédentes histoires, il est un peu plus conte, un peu plus fable.»

Anne-Sophie

«Souvenirs de l’éternel présent», de Schuiten et Peeters, éditions Casterman, 80 pages, 18 €

Cote : 3/5

Tout sur Dracula

draculaLe phénomène « Twilight » donne des idées à beaucoup. Surfant sur la vague du vampirisme, les éditions Casterman viennent de publier, sous forme d’intégrale, un ouvrage riche en informations consacré au mythe de Dracula. « Sur les traces de Dracula. L’intégrale et le mythe » propose une trilogie imaginée par le scénariste Yves H. Les trois bandes dessinées, publiées antérieurement sous la forme d’albums grand format, parcourent trois époques distinctes et divergent radicalement au niveau du traitement du dessin. Le premier acte, « Vlad l’Empaleur », mis en images par Hermann, s’attache au parcours sanglant du prince de Valachie qui sema la terreur des années durant dans sa lutte féroce contre l’ennemi truc. C’est au deuxième volet, « Bram Stoker », dessiné par Sera, que va notre préférence. Tant pour le dessin et sa colorisation en noir et blanc que pour le thème abordé. L’histoire se penche sur la vie du très tourmenté Bram Stoker qui, travaillant dans l’ombre de l’écrasant dramaturge Henry Irving, fut persuadé jusqu’à son dernier souffle de n’être qu’un écrivain médiocre. Le troisième opus, « Transylvania », réalisé par Dany, se veut plus contemporain. Il nous emmène en Roumanie de nos jours, aux côtés d’un couple parti enquêter sur Dracula. Le tout est accompagné de repères historiques, d’explications didactiques et d’un guide historico-touristique consacré aux hauts lieux marqués par la présence de Dracula. On regrettera toutefois la mise en page peu soignée de l’ouvrage.

Anne-Sophie

« Sur les traces de Dracula. L’intégrale et le guide », d’Yves H., Hermann, Sera, Dany, éditions Casterman, 320 pages, 29,50 €

Cote: 3/5

Un hommage à la ligne claire

Avec les aventures de Scott Leblanc, Philippe Geluck et Devig rendent un hommage surprenant aux grands maîtres de la ligne claire. S’amusant de références et de contre-références, ils multiplient les clins d’œil à l’actualité des années 60. Un album étonnant et amusant à plus d’un titre. Rencontre avec le scénariste.
 
 Un album et une nouvelle série qui, en 2009, se réclament de la ligne claire. Etrange…

geluckPhilippe Geluck : «Un jour, Devig dont j’ai publié deux livres de cartoons quand j’étais directeur de publication chez Casterman, m’a parlé de son idée de faire une BD hommage à nos grands maîtres de toujours. Il me donne le pitch de l’histoire, précise le canevas et au fil de la discussion je remets son histoire en place. Les idées se bousculaient dans ma tête Sur ce, on décide de se lancer dans le projet ensemble. Je me suis pris au jeu. Jamais, je n’aurais pu écrire une telle histoire seul. Mais quand je me trouve avec Devig au téléphone ou en séance de travail, ça vient tout seul. C’est incroyable.»

Cet hommage s’apparente à un pastiche total. Les références se succèdent. Cette BD est un véritable jeu de pistes.

«Tout est référence. Un jeune lecteur peut absolument découvrir cette histoire au premier degré et être pris par le suspense de l’aventure. Un lecteur ayant les références va prendre un double plaisir, même un triple! Celui de l’histoire, celui du deuxième degré, et un troisième qui ne sera pas le moindre: essayer de trouver les références. Parce que l’album en est truffé, aussi bien dans les dialogues, que dans les personnages, le décor ou les situations. Rien n’est inspiré directement d’une image. Nous n’avons pas travaillé avec les livres de Jacobs, d’Hergé ou de Martin ouverts. Devig a digéré tout cet univers. Ce qu’il a dessiné n’est que ce qu’il a en lui comme souvenirs. Tout est toujours ‘juste à côté’, on croit avoir mis le doigt sur une référence et en fait ce n’est qu’une référence à la référence. C’est cela qui nous a amusés!»

 Les similitudes physiques sont plus que troublantes…

«Oh, vous savez, les types humains ne sont pas infinis. Et si l’on veut dessiner des Européens dans le style des années 1960, la palette des possibilités se resserre. En fait, on s’est surtout concentré sur le personnage de Scott Leblanc pour éviter qu’il ne ressemble à Tintin.»

 C’est loupé!

«Son nez retroussé n’est pas celui de Tintin. Il a un visage ovale et porte une coiffure avec une ondulation. Il fait penser à Tintin mais ce n’est pas Tintin. Dans chaque case, dans chaque situation, on a placé une référence consciente ou inconsciente. Les références sont multiples et nous ne nous sommes pas inspirés d’un seul univers. Nous avons donc créé un nouvel univers avec énormément de références. Mais je ne dirais pas qu’« Alerte sur Fangataufa » est un pastiche, je dirais plutôt que c’est un hommage…»

 Un hommage un rien moqueur.

«Gentiment moqueur. Est-ce que de ma part vous pouvez imaginer autre chose? (rires) Est-ce que j’arriverais à être sérieux un jour, je ne crois pas! C’est un hommage joyeux et décalé parce que les références sont parfois à l’inverse de la logique. Le professeur Moleskine n’a qu’un seul juron à la bouche («Crénom»), c’est un choix scénaristique. Ce juron unique est un hommage aux 300 jurons du capitaine Haddock. Idem, Scott Leblanc est un peu crétin tandis que Tintin est furieusement malin.»

 Vous avez l’habitude de travailler sur des idées et des textes courts. Scénariste de BD, c’est tout autre chose?

«J’ai effectivement l’habitude de travailler sur des idées courtes et visuelles. En télé, en radio, je suis toujours dans le récit court. Là, je me lance comme scénariste, c’est tout nouveau. Ce n’est pas ma pente naturelle et j’ai vraiment dû travailler. Quand j’ai accepté le projet, je n’avais pas conscience du boulot que ça me demanderait. Il y a la première phase qui est de concevoir l’histoire, ensuite il faut la découper, en trouver le rythme, améliorer le rythme, créer les dialogues et puis vérifier que tout colle. Mais je me suis vraiment pris au jeu passionnément et j’ai adoré ça. J’avais déjà quatre métiers différents, maintenant j’en ai un cinquième. Un luxe en cette période de crise de l’emploi. (rires)»

 Anne-Sophie Chevalier

FANGATAUFA L’histoire:

Scott Leblanc est un jeune journaliste pour le moins ahuri. Il prend très au sérieux la rubrique dont il a la charge, «Des animaux et des stars». Alors qu’il est envoyé interviewer le professeur Moleskine pressenti pour le prix Nobel de physique, il assiste au vol spectaculaire d’un fragment d’une formule mathématique de la plus haute importance. La personne qui mettra la main sur les trois parties manquantes pourra mettre au point une arme révolutionnaire. Moleskine flanqué de Leblanc (et de son fidèle compagnon, à savoir un canari répondant au doux nom de Tino) part à la traque du malfaisant et débarque en Polynésie. Une course-poursuite digne des aventures créées dans les années 60 s’ensuit. La trame séduira difficilement le lecteur actuel, mais ce dernier se délectera du ton très second degré et des multiples références aux héros de son enfance. L’album se donne un air de faux rétro et ressemble à s’y méprendre aux actuels fac-similé de ‘Tintin’. Un faux vieux avec de vrais souvenirs qui aurait peut-être intérêt à se limiter à un one shot mais qui connaîtra une suite. Philippe Geluck vient en effet de terminer le scénario de «Menace sur Apollo». A suivre!

 «Alerte sur Fangataufa», de Geluck et Devig, éditions Casterman, 48 pages, 12 €

 Cote : 3/5

Récits de guerre signés Hugo Pratt

ww2« WWII. Histoires de guerre », un gros pavé de plus de 650 pages regroupant dont 12 histoires de Hugo Pratt –dont une inédite. Début des années 1960, Hugo Pratt- encore peu connu- quitte l’Argentine pour la Grande-Bretagne où il dessine pour l’éditeur Fleetway une série de petits récits de guerre contant la bravoure et le dévouement exceptionnel des soldats alliés Le lecteur s’amusera de ces personnages héroïques qui ne ressemblent que fort peu aux militaires campés plus tard dans « Corto Maltese ». Soldats et gradés y apparaîtront alors comme des pleutres, des lâches ou même de sadiques. Cette expérience scénaristique et graphique a bien servi Hugo Pratt pour la suite de son parcours. Un bel objet au format compact qui ravira les amateurs.

Anne-Sophie

« WWII. Histoires de guerre », de Hugo Pratt, éditions Casterman, 688 pages, 45 euros

Cote : 4/5

Après toi

torresLe carnet intime d’Alissa Torres, dont le mari a péri dans les attentats du 11 septembre et dont elle attendait alors un enfant, livre ici un témoignage précieux. Si dans cet album on suit le processus de deuil de la jeune femme, on découvre surtout les tracas administratifs insoupçonnables auxquels elle a été confrontée après le drame. Coups de fils à répétition, démarches incessantes, elle a dû se battre pour obtenir les dédommagements financiers qui lui étaient dus. Dans les premiers semaines qui suivirent les attentats, la jeune veuve a été très entourée par ses proches bien sûr, mais aussi par nombre d’anonymes et d’organisations caritatives. Puis, peu à peu, les relations se tendent, les premiers reproches sont formulés, les procédures administratives se durcissent. Alissa Torres gardera sa dignité et relèvera la tête hors de l’eau. Un ouvrage émouvant, très personnel, mis en images assez sobrement par Syngyoon Choi. 

Anne-Sophie 

« Septembre en t’attendant », d’Alissa Torres, éditions Casterman, 224 pages, 18 €

 Cote : 3/5