Thomas Gunzig se met à table

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Sans les arts martiaux, le dernier livre de Thomas Gunzig n’aurait sans doute pu voir le jour. L’écrivain belge, ceinture marron de karaté, a en effet affronté son ancien éditeur Luc Pire, ceinture rouge de tae kwondo, pour récupérer les droits de «Carbonaterstoemp» lors de la Foire du livre 2008. Pour ceux qui n’y aurait pas goûté lors de sa précédente édition, le Carbonawaterstoemp est un plat relevé, ne manquant pas de piment, que l’auteur nous sert pour la rentrée accompagné d’autres de ses spécialités, des petites histoires inédites données sur scène ou parues en revues. Alors, bon appétit!

Votre nouvelle ‘L’héroïsme au temps de la grippe aviaire’ était présentée cet été au Festival d’Avignon sous le titre «Spiderman». Et vous, quel héros appelleriez-vous à l’aide?

«Bonne question! C’est une colle. Parce que j’espère toujours être moi-même mon superhéros! Ne pas avoir besoin de quelqu’un d’extérieur! Et vu que je cultive depuis longtemps toutes sortes de superpouvoirs…»

Ah bon! Et quels sont-ils?

«Cela, c’est un secret! Je ne les révèle que quand j’enfile mon costume le soir!»

Quelles sont les cinq choses que vous aimez faire?

«J’aime bien ne rien faire du tout. J’aime bien manger des bonnes choses. J’aime bien regarder des films. J’aime bien faire un peu de sport. Et j’aime bien terminer un gros travail, genre un livre ou un scénario.»

Et les cinq choses que vous n’aimez pas faire?

«Je n’aime pas commencer un gros travail. Fondamentalement, je n’aime pas travailler. J’aime de moins en moins devoir sortir de chez moi pour des choses ou d’autres. Cela fait un peu mec psychotique, cela, non? (rires) Je n’aime pas quand je travaille sur un texte ou dans un scénario avoir l’impression d’être dans une impasse, ne pas trouver de solution. Et enfin, je n’aime pas non plus quand j’ai l’impression que le travail que j’ai fait, pour le théâtre ou autre, m’échappe et qu’il est interprété ou repris d’une manière qui me déçoit. À part cela, qu’est-ce que je n’aime pas faire? (Il réfléchit, NDLR) En fait, il n’y a pas grand chose que je n’aime pas faire!»

Le héros de cette nouvelle est fan d’arts martiaux. Un peu comme vous qui avez défié Luc Pire au karaté pour récupérer les droits de «Carbowaterstoemp»…

«Pour une fois que le karaté me sert à quelque chose à part me maintenir en forme! Heureusement, j’ai pu récupérer les droits et cela à donc pu sortir Au Diable Vauvert, sinon ce bouquin n’aurait pas existé.»

Mais il n’y pas que «Carbowaterstoemp» dans votre dernier recueil.

«J’avais envie de rassembler pas mal de nouvelles parues à gauche à droite, des textes que j’avais écrits pour la radio, pour le théâtre… Toutes sortes de choses qui m’avaient demandé énormément de travail ces dernières années. J’avais l’impression que tous ces textes étaient un peu perdus dans la stratosphère de différentes choses, que j’étais le seul à les connaître. Qu’ils avaient été diffusés, mais n’étaient pas à un endroit. Et moi, j’ai un peu la psychose du disque dur. J’aime bien quand tout est rassemblé au même endroit et bien rangé. Ce bouquin, c’est un peu cela! Un bouquin disque dur.»

Vous écrivez aussi dans ce livre qu’avoir réussi, c’est avoir une longue page sur Wikipédia. C’est votre cas. Mais de quoi êtes-vous le plus fier?

«D’avoir battu Luc Pire!»

Quel est votre plat préféré?

«C’est quelque chose qui change. Par exemple, on revient d’Italie où l’on a passé des vacances. Je dois bien dire que les petits raviolis aux truffes… Super-bons. Depuis cet été, je me suis mis aussi à cuisiner des lentilles. C’est bon aussi, avec des lardons, des petits oignons, des carottes. On fait mijoter cela avec du confit de canard… La cuisine du Sud-Ouest, j’aime beaucoup. Et j’aime bien aussi les sushis.»

Comment trouvez-vous les noms de toutes ces nouvelles?

«C’est le plus facile. Quand elles sont toutes écrites, on ferme les yeux trois secondes et puis on imagine des petites phrases amusantes. Et boum!»

Ce que vos nouvelles ont en commun, on peut dire que ce sont des personnages qui cherchent à améliorer leur vie?

«Il y en a un paquet. (Il feuillette la table des matières, N.D.L.R.) Mais oui, on peut dire que ce sont tous des gens qui cherchent à améliorer leur vie.»

Et vous, votre vie pourrait être améliorée? Comment?

«Ah oui! Si je gagnais plus d’argent avec les livres ou les scénarios, je devrais moins travailler à toutes sortes de commandes auxquelles je me plie maintenant, qui sont toujours chouettes, mais qui me demandent pas mal de trucs. Et puis je serais moins stressé avec les factures à la fin des vacances… Donc, c’est très terre à terre comme réponse, mais je dirais plus d’argent.»

C’est la vie d’humains, mais aussi d’animaux. Furet, gambas… Les animaux vous inspirent? Vous en avez?

«J’ai un chat, qui est très gentil. J’aime beaucoup les animaux, cela m’inspire à mort! J’adorerais avoir une grande maison pour avoir un chien. L’expression de la vie à travers les animaux est intéressante. C’est un peu un miroir.»

Pour la nouvelle «Le petit Prince», vous pensiez à quelqu’un en particulier?

«Non. J’aime bien parler de la déglingue de la Belgique. C’est un des aspects qui me plaît le plus, que je trouve à la fois drôle et très porteur d’énergie. Je trouvais que ‘Le Petit Prince’ incarnait la déglingue complète, avec une Belgique fichue, une famille royale fichue…»

C’est votre Bye bye Belgium à vous?

«Non, parce que le scénario de Bye Bye Belgium est infiniment plus réaliste que ce que j’ai fait et donc infiniment plus triste donc. On coupe en deux et puis c’est fini. J’aime bien l’idée que cela puisse péter monstrueusement à un moment.»

Le futur de la Belgique, vous le voyez comment?

«À la Bye Bye Belgium, malheureusement.»

Votre inspiration, elle vous vient d’où?

«D’un travail acharné!»

Les nouvelles, c’est votre genre de prédilection?

«Ça l’a été. C’est vrai que c’est un format dans lequel je me sens très à l’aise. Maintenant, ce n’est peut-être pas le format qui m’excite le plus pour l’instant. J’aime bien l’idée des longs trucs. Des longs romans ou des longs-métrages.»

Les «happy end», vous n’aimez pas?

«Si, si. Mais cela, vous ne le savez pas encore parce que vous n’avez pas lu ce qui va arriver.»

Vous travaillez sur quoi actuellement?

«Je bosse sur plusieurs histoires d’amour! Si, si! Là, je termine un scénario de long-métrage qui est un film d’amour. Des gens tombent amoureux et puis ils ont du mal parce que c’est toujours comme cela les histoires d’amour. Ce scénario m’a pris quand même une grosse année de boulot pendant laquelle j’ai un petit peu laissé tomber un roman, que j’ai repris cet été.»

Christelle

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNESGunzig

Sous des titres culinaires comme «Amuse-bouches et pâté de lièvre», «Viande d’objet», «Les sandwichs mous», «Les cornichons» ou encore «L’eau salée», Thomas Gunzig dresse une série de portraits de personnages qui tentent -parfois en vain- d’améliorer leur quotidien. Au menu, vingt-sept petites histoires savoureuses, truculentes, souvent aussi désopilentes. Et si elles ne se terminent pas toujours bien pour les personnages, elle ont au moins le mérite de nous faire, nous, passer un bon moment!

«Assortiment pour une vie meilleure, Carbowaterstoemp et autres spécialités», de Thomas Gunzig, éditions au diable Vauvert, 504 pages, 22 €

Cote: 3/5