Intrigues à l’ombre de l’Atomium

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Jonathan Coe qui s’est fait connaître avec « Testament à l’anglaise » » (prix du meilleur livre étranger 1996) et « La maison du sommeil » (prix Médicis étranger 1996) nous gratifie avec « Expo 58 » d’un très très bon cru ! Son dernier né s’avère frais et rythmé. Il sent bon le vintage et fait la part belle à l’humour (belge et british). On adore !

Outre-Manche

Cette fois, l’auteur anglais n’hésite pas à traverser la Manche et s’intéresse à un événement d’envergure international qui ne s’est donc pas déroulé sur ses terres, mais bien chez nous, en Belgique. Une fois n’est pas coutume… « En fait, je voulais écrire une histoire qui se passe en Grande-Bretagne à la fin des années 50. Mais je n’ai rien trouvé d’intéressant chez nous à cette époque », confiait l’auteur en février lors de la Foire du Livre de Bruxelles, dont il était l’invité d’honneur. Jonathan Coe sort donc ses personnages de Londres pour les emmener à Bruxelles, sur le site de l’exposition universelle, à l’ombre de la fameuse Atomium qui semble fasciner tant l’auteur que son héros.

Parodie de roman d’espionnage

Thomas Foley, petit fonctionnaire sans grande envergure, n’hésite que fort peu à délaisser femme et enfant pour une période de six mois quand le ministère de l’Information pour lequel il travaille depuis de nombreuses années lui propose de partir pour Bruxelles. Il doit y superviser la construction du Pavillon britannique et veiller à la bonne tenue du Britannia, un pub monté sur le site de l’Expo et censé incarné à la fois la tradition et la modernité britanniques. Sylvia, épouse toute dévouée de cette fin des années 50, accuse stoïquement le coup. Foley profite de ce vent de liberté nouveau. Il ne lui faudra pas bien longtemps pour s’amouracher -en tout bien tout honneur, of course- d’Anneke, une jeune hôtesse de l’Expo, et sympathisera très vite avec toute une kyrielle de personnages hauts en couleurs. Il y a son compagnon de chambrée Tony -scientifique responsable d’une des pièces maîtresse du pavillon britannique-, Chersky, ce journaliste russe pas très net, ou encore la belle Emily, une actrice américaine en peine de succès. Un tel mix de nationalités en période de guerre froide… Et voilà Foley embarqué bien malgré lui dans une affaire d’espionnage.

Néerlandophone ?

Jonathan Coe s’est extrêmement bien documenté pour l’écriture de son dernier opus. Ce qui ne l’en rend que plus intéressant. On ne pourra tout de même s’empêcher de noter un petit accent flamand plus prononcé que nécessaire dans la traduction française. Les lieux dits et noms de rues de la capitale sont exprimés -comme dans la version originale- en néerlandais, alors que Bruxelles est une ville certainement plus francophone que néerlandophone. Un détail qui n’aurait pas dû échapper à la traductrice… On connaît davantage la rue Sainte-Catherine que la Sint-Katelijnestraat. Notons aussi les remerciements de Jonathan Coe à l’égard de la Koninklijke Biblitoheek van België. Assurément, Bibliothèque nationale de Belgique sonne mieux en français. Autant de détails qui feront davantage sourire qu’ils ne vexeront 😉

Anne-Sophie

« Expo 58 » de Jonathan Coe, éditions Gallimard, 330 pages, 22 euros

Cote: 5/5

Visite guidée du centre-ville de Bruxelles

Bruxelles_PentagoneLe centre-ville de Bruxelles n’a pas de secret pour l’historien et guide-conférencier Roel Jacobs qui nous emmène, par ouvrage interposé, sillonner tout le «Pentagone» bruxellois. La balade démarre Grand-Place et s’achève à l’angle nord-ouest, dans le quartier du Béguinage et des Quais. Au fil des pages, on serpente entre les premières murailles du 13e siècle pour aboutir à l’intérieur de la seconde enceinte du 14e siècle. L’ouvrage est construit sous la forme de 33 visites, à parcourir au gré de nos envies. Alors si vous cherchez encore comment occuper ces quelques derniers jours de vacances, suivez le guide!

«Bruxelles-Pentagone», de Roel Jacobs, CFC éditions, 400 pages, 35 €

Cote: 4/5

 

 

Un polar sur les gares

OLYMPUS DIGITAL CAMERAAprès l’Art Nouveau et l’Art déco, c’est au tour de la Jonction Nord-Midi d’inspirer un polar à la Bruxelloise Kate Milie. Son héroïne, une jeune guide pétillante, nous emmène sur les traces de cette jonction controversée et entourée aujourd’hui encore de bien des mystères.

Notre patrimoine vous passionne dirait-on…
«En effet, ma passion pour le patrimoine et l’architecture est insatiable. Je suis passée de lieux glamour à la Jonction Nord-Midi, symbole de destruction urbanistique. Ceci dit, si l’année 1952 est la date de l’inauguration de la Jonction, on pense à cette liaison depuis l’année 1840. Je me suis offert l’immense plaisir de remonter dans le temps.»

Comment vous est venu ce thème?
«Je ne sais pas. Je me souviens très bien comment mon précédent roman ‘L’assassin aime l’Art Déco’ est venu à moi. Par contre, aucun souvenir précis concernant ‘Noire Jonction’! En 2011, j’ai mené un projet consacré à l’écrivain Primo Levi. J’ai eu pas mal de contact avec la Fondation Auschwitz qui se situe rue des Tanneurs. La Jonction traverse cette rue, la surplombe, la domine, l’a éventrée… Ce quartier finit en une espèce de ‘no man’s land’. Je crois qu’inconsciemment j’ai dû me laisser envahir par quelque chose… Puis, j’ai eu envie d’écrire sur les Marolles. Retour rue des Tanneurs, j’ai voulu photographier les sgraffites du Palais du Vin… J’ai photographié les trains…»

Vous faites même un clin d’œil aux lecteurs de Metro et des Kiss & Ride…
«Je suis une fidèle lectrice de Metro. Concernant Kiss & Ride, cette rubrique sympa m’amuse. Certaines annonces sont bien écrites. Il n’est pas impossible -si je continue ma série- que Marie, ma guide, reçoive une déclaration d’amour enflammée via votre journal. (Rires).»

Prenez-vous souvent le train?
«Enormément. J’ai pas de bagnole. Dans une ancienne vie professionnelle, je sautais d’un train à l’autre. Les Thalys, les TGV n’ont plus aucun secret pour moi. J’ai des heures et des heures d’attente dans les gares à mon compteur. C’est peut-être parce que j’ai pas mal exploré les belles gares parisiennes, de vrais bijoux du 19e siècle que j’ai voulu faire revivre, à ma façon, les magnifiques gares bruxelloises détruites au nom de la modernité et de la spéculation.»

Et l’ange de la couverture?
«Un ange sur un peep show! Tous les voyageurs qui transitent via la gare du Nord la connaissent. Cette statue est fascinante! Est-elle la gardienne de la Jonction? Ou des filles exploitées dans les bars? Elle a été en quelque sorte mon fil rouge. Gunnar Berg, l’auteur de mon roman venu à Bruxelles pour écrire sur la Jonction, sera envoûté par elle!»

On retrouve aussi Marie de votre précédent polar.
«En effet, le sujet était difficile, il me fallait une jeune guide dynamique, efficace pour mener à bien le projet. Marie a beaucoup évolué depuis ‘L’assassin aime l’Art Déco’. Elle a créé sa petite affaire, mène sa vie tambour battant. Le Collectif Art/Jonction qui organise des activités culturelles pour repenser la ville a fait appel à elle. Des Marolles à la sulfureuse rue d’Aerschot, j’ai eu un plaisir fou à la suivre.»

Et vous êtes cette fois encore un personnage du livre! Dans la vraie vie, vos personnages vous harcèlent aussi ou bien ils vous laissent un peu de répit.
«Je n’apparais que quelques lignes à l’hôtel Méridien! (rires)… Quand je suis en écriture, la fusion avec mes personnages est totale. Mais je ne me sens pas particulièrement harcelée… Je me sens davantage «hantée» par les phrases qui se débinent, les mots qui me tirent la langue et les idées qui partent en vadrouille.»

Vous avez fait beaucoup de recherches?
«Enormément. Je ne connaissais pas grand-chose au sujet. L’histoire de la Jonction est hallucinante. C’est en 1903 que les accords sont signés pour la construction. Le temps d’obtenir l’accord pour exproprier les habitants, on est en 1910. Là, commence le carnage, la destruction de milliers d’habitations. Les travaux étaient prévus pour une durée de cinq ans (selon les optimistes). 1914, la guerre éclate, tout s’arrête. En 1918, on a autre à chose à faire qu’à penser à cette Jonction. Les travaux reprennent en 1935. La crise économique est violente, pour résorber le chômage, on pense à de grands travaux… Quand ceux-ci seront terminés dans les années 50, on construira les immeubles surplombant le tunnel dans le style international de l’époque, les nouvelles constructions ont été pensées pour la bureaucratie et non pour l’habitat…»

Vous vous êtes promenée aussi?
«Oui. Pendant une année, j’ai ai arpenté la Jonction dans tous les sens, à pied et en prenant tous les trains inimaginables, j’ai exploré les cinq gares, y ai pris des cafés, observé les passants. J’ai eu beaucoup de chance, au moment où je me suis mise à écrire, j’ai découvert le projet http://www.jonction.be (un signe!). Les asbl Recyclart et Congrès gèrent depuis deux années un programme de réflexion sur la Jonction. Pour mon plus grand plaisir, j’ai assisté à pas mal de conférences, participé à des activités.»

Vous connaissiez la fin de l’histoire en commençant?
«Non pas du tout. J’ai commencé à prendre pas mal de notes. J’ai commencé des débuts de chapitre. Et puis, je me suis mise à traquer les personnages. Je les ai suivis sur les quais des gares, dans les couloirs, les halls de gare… Bart est un beau jeune homme que j’ai croisé, par hasard, à plusieurs reprises dans un train… Le jour où il est devenu mon personnage de papier, il a disparu, je ne l’ai plus jamais revu…»

Quels lieux nous emmènerez-vous explorer dans votre prochain roman?
«Je suis très superstitieuse. J’ai pour habitude de ne pas trop parler des projets en cours. Tellement de choses peuvent se passer… Ceci dit, tiens, pourquoi un petit meurtre Galerie Ravenstein (où sont situés les bureaux de Metro, NDLR) (rires).»

Christelle

Noire_Jonction_Kate_MilieEn quelques lignes

Engagée par un collectif Art/Jonction désireux de mener une réflexion sur la ville à travers des actions littéraires et artistiques, Marie, la jeune guide de son précédent polar «L’assassin aime l’Art Déco», se charge donc de balader de la gare du Midi à la gare du Nord et des Marolles à la rue d’Aerschot un petit groupe hétéroclite. Une Moeder Revolution octogénaire, une slameuse, deux jeunes artistes débutantes et un célèbre écrivain suédois, Gunnar Berg, en résidence chez nous afin d’écrire un polar sur le thème… Mais ce projet autour de la Jonction n’est pas du goût de tous. Des poupées sanguinolentes sont retrouvées dans des gares. Pire, l’une des participantes aux activités du collectif Art/Jonction est assassinée. En fil conducteur du livre, la statue de l’ange féminin à la longue robe moulante que l’on aperçoit d’ailleurs sur la couverture de l’ouvrage au-dessus d’un peep show. Comme dans «L’assassin aime l’Art Déco», l’auteure s’offre en outre une incursion dans son propre roman. Sans oublier le petit clin d’œil à Metro et à sa rubrique Kiss & Ride!

«Noire Jonction», de Kate Milie, 180° editions, 208 pages, 17 €

A la recherche du Manneken Pis

bruxelleschercheettrouvegrand_place_17_10_2011Vous connaissez ces livres ‘cherche et trouve’, destinés à observer et surtout à rechercher des personnages dissimulés dans une grande image? En voilà désormais un dédié à… Bruxelles!  A l’intérieur de cet album grand format, coloré et résistant mais sans texte (et donc plus que trilingue), huit lieux incontournables de la capitale de la Belgique et de l’Europe.  La Grand Place, où s’étale le tapis de fleurs alors que les chèvres s’en donnent à cœur joie. Le Parlement européen devant lequel manifestent des animaux. Le Palais royal où de nombreux chefs d’état et autres personnages rendent visite au roi. La basilique de Koekelberg, où les fantômes sont de sortie. Mais aussi le parc du Cinquantenaire, le marché du midi… Quant au Manneken Pis, il fait pipi à peu près partout! Là où les adultes  découvriront pas mal d’allusions à des situations et personnages bruxelloises typiques, les bambins y verront  une façon amusante et plutôt originale de découvrir la ville. Des livres du genre existaient déjà pour plusieurs villes allemandes. Bruxelles a désormais le sien aussi! Disponible dans les librairies bruxelloises ou via www.talking-circles.eu.

Christelle

« Cherche et trouve – Bruxelles », de Dirk Vandriessche et Ingo Palm, illustrations de Katrin Wähner,  15,90 € 

Cote: 4/5

Un polar bruxellois

Kate Milie aime l’Art Déco! L’auteure bruxelloise, par ailleurs bibliothécaire, nous fait découvrir ce mouvement artistique né dans l’entre-deux-guerres, non pas à travers un livre d’architecture mais bien d’un… polar, prenant Bruxelles pour cadre.

Vous aussi, aimez l’Art Déco?
«Oui, comme l’assassin, j’aime l’Art Déco!»

Vous vous y connaissez en architecture?
«Je ne peux pas dire que je m’y connais. Je suis une dilettante. Mais cela me passionne. Cela m’intéresse énormément. Je me promène beaucoup dans les villes, pas seulement Bruxelles, et partout où je vais, j’aime bien voir les façades des maisons. J’adore participer à des visites guidées, découvrir tout ce qui se cache dans des petits recoins des rues…»

Dans votre premier roman, il était question d’Art Nouveau.
«Oui. Disons que j’avais envie de parler des nouvelles technologies et je mettais des personnages en scène. Il fallait bien que ces personnages parlent de quelque chose! Et eux ont pris la décision de parler de l’Art Nouveau! Comme j’adore l’Art Nouveau, j’ai été super contente! On est donc parti vers l’Art Nouveau. Puis l’histoire m’a complètement échappé. Ils ont décidé, eux, d’écrire un roman. Et je me suis retrouvée à écrire deux romans, le mien et celui de mes personnages! Cela s’est fait comme cela, au fil de l’écriture. Quand je suis arrivée à la fin de ‘Une belle époque’, j’ai eu envie de découvrir le mouvement artistique qui suit la Belle Époque, et qui est donc l’Art Déco, que je ne connaissais pas très bien. J’ai eu la chance de faire une visite guidée avec un guide excellent. Une visite guidée de meurtres dans des lieux emblématiques de l’Art Déco situés dans le cœur de Bruxelles. Pendant cette visite, l’histoire est venue en moi. Mais je l’ai mise de côté parce que j’étais occupée à autre chose. Puis quelques années plus tard, lors d’une exposition au Palais des Beaux-Arts, j’ai vu le lieu du meurtre n°2. Un lieu que je n’ai plus retrouvé par la suite. J’étais allée voir une exposition et il y avait des travaux. Du coup, on avait accès à la salle d’expo par un petit escalier de service que l’on n’emprunte jamais, avec un ascenseur d’époque… J’ai eu un flash. Je me suis dit qu’il fallait que je reprenne l’histoire que j’avais mise de côté!»

Et vos personnages sont apparus comment?
«C’est difficile à dire. Mais comme le polar s’était imposé à moi, le flic était incontournable, le journaliste aussi. Je voulais faire une histoire sur l’Art Déco. Pour Marie, la guide, je suppose que c’est lié au fait que l’histoire m’est tombée dessus pendant une visite guidée.»

Vous-même devenez un personnage de votre roman!
«(rires) Je suis rentrée en scène à la moitié du roman. Je me suis éclatée! Je me suis lancé un petit clin d’œil. C’est lié à mon premier roman, quand mes personnages ont pris le pouvoir et ont décidé qu’eux aussi allaient écrire un livre. Cela m’avait provoqué pas mal de tracasseries à l’époque! Cette fois, je les trouvais très, très cool, malgré tous ces meurtres. Un As est laissé à chaque fois à côté du cadavre. Il y a quatre As dans un jeu et 52 cartes. Les meurtres ont lieu semaine après semaine… Je les trouvais trop cool, alors je suis intervenue, j’ai pris la situation en mains, et je me suis vraiment bien amusée!»

Il vous arrive souvent de dialoguer avec vos personnages dans la vraie vie?
«Pas à ce point-là, quand même pas! Mais quand je suis en période d’écriture, je suis une éponge, un aspirateur, un buvard. J’absorbe tout. Je suis à fond dans la trame. Chaque fois que je passais devant une façade Art Déco je m’arrêtais, j’observais, je sentais l’odeur de la pierre… Quand je suis en écriture, je suis dans une période un peu particulière où je suis en fusion avec l’histoire. Par contre, quand j’ai fini l’écriture, ça va, je redeviens ‘normale’!»

Vous avez dû faire beaucoup de recherches?
«Oui, énormément. Et la grande difficulté a été de scalper dans les pages. J’ai beaucoup lu. J’ai fait beaucoup de visites guidées. J’ai même été à Paris au musée des Arts décoratifs. J’adore le côté recherche.»

Vous aimez écrire sur les lieux qui vous entourent?
«À ma grande surprise, oui. Quand j’étais plus jeune, j’ai écrit des romans (qui n’ont jamais été édités) qui se passaient au bout du monde!»

Vous avez déjà commencé votre prochain roman?
«Oui. Je suis pour l’instant dans la structure. Le premier jet est fait. Mais je ne suis pas encore arrivée au moment où tout bascule et où je perds le contrôle de la situation. Je vais avoir du temps libre en juillet-aôut. Là, je vais m’enfermer et ne faire que cela!»

Christelle

En quelques lignes
Après « Une belle époque », son premier roman autour de l’Art Nouveau sorti en 2009, la romancière belge Kate Milie nous offre cette fois une balade au travers des lieux Art Déco de la capitale. Et pour cause: l’assassin de son polar semble particulièrement affectionner l’Art Déco et sa mythique exubérance. Le premier meurtre a eu lieu en effet dans la Basilique de Koekelberg. Le deuxième, à deux pas de la rue Neuve, dans une maison de passe du nom de l’Espérance. Le troisième au Palais des Beaux-Arts. Pour mener cette enquête, un drôle de trio: un flic, un journaliste et une jeune guide… qui n’aime pas l’Art Déco. Mais l’auteure elle-même se met en scène et fait quelques apparitions dans le livre, donnant à ce polar un côté à la fois original et quelque peu surréaliste. De quoi plaire en tout cas aux Bruxellois qui, pour une fois, se sentiront comme chez eux dans ce roman!
« L’assassin aime l’Art Déco », de Kate Milie, 180° éditions, 196 pages, 17 €

Cote: 3/5

L’urbanitude bruxelloise

Et voilà que c’est un Français qui nous fait redécouvrir les lieux emblématiques de notre capitale! Arrivé il y a huit ans en Belgique, le photographe Alain Trellu confie être tombé amoureux de Bruxelles, « conquis par l’éclectisme de son paysage urbain et les lignes audacieuses de son patrimoine architectural ». Sans trucage, jouant avec les reflet, il nous offre dans ce bel ouvrage trilingue (français, néerlandais, anglais) une plongée dans « l’urbanitude bruxelloise ». Un ouvrage qui se prolonge par une exposition à la librairie Filigranes (Av. des Arts, 39 à Bruxelles) jusqu’au 22 juillet 2012. L’entrée est gratuite!

Christelle

« Bruxelles urbanitude », d’Alain Trellu, éditions La Renaissance du livre, 96 pages, 19,90 €

Cote: 3/5

 

Les bons plans gays à Bruxelles

Bruxelles a désormais son guide « gay friendly »! Rédigé par Christophe Cordier, collaborateur régulier du magazine Têtu, on y trouve bien sûr les meilleurs plans «gay» de la capitale mais pas uniquement. Car l’auteur y recense aussi les lieux touristiques incontournables. A côté des bars, restaurants, lieux de shopping et évènements, on y trouve les endroits à ne pas manquer  tels que la Grand-Place, le quartier Dansaert, le Cinquantenaire ou encore le Sablon et les Marolles. Ce petit guide – disponible en français et en anglais- donne également la parole à plusieurs habitants de la ville, histoire de connaître leurs coups de cœur en matière de sorties, de bières et chocolats notamment. Bref, un petit guide « gay friendly » mais pas interdit aux hétéros qui y trouveront eux aussi plein de bonnes adresses, loin des clichés du genre!

Christelle

« Brussels Gay Friendly – Les bonnes adresses », de Christophe Cordier, éditions Renaissance du Livre, 158 pages, 20 €

Cote: 4/5

En tête à tête avec Victor Hugo

Photo: David Nivière

Tout comme Victor Hugo, Gonzague Saint Bris est un sacré personnage. Avec toute la fougue et la passion qui l’anime, ce «biographe des Romantiques» nous parle de cet homme -à la fois écrivain, poète, auteur dramatique, romancier, dessinateur, décorateur, voyageur, homme politique-, de son œuvre et de ses frasques en tout genre. Un bel hommage à l’auteur des «Misérables», un ouvrage publié à Bruxelles il y a 150 ans.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire un livre sur Victor Hugo?
«Je suis un Romantique absolu depuis l’âge de 20 ans. Ma génération –j’avais 20 ans en mai 68- a compris que les révolutions ratées font les romantismes réussis. J’ai écrit un manifeste, qui s’appelle ‘Le romantisme absolu’ qui est un best-seller. Ayant fait la biographie de Vigny, de Musset, de George Sand, de La Malibran, de Marie d’Agoult, d’Alexandre Dumas, il me restait à signer un Victor Hugo. Ce qui m’a été donné aujourd’hui!»

Cela tombe plutôt bien puisqu’il est né il y a 210 ans, s’est exilé à Bruxelles en 1852 et a terminé d’écrire «Les Misérables» en 1862. Donc 2012 est un triple anniversaire en quelque sorte!
«Vous avez tout à fait raison! C’est donc les 150 ans de la publication des Misérables, événement dans lequel la Belgique joue un rôle majeur. ‘Les Misérables’ commencent par un scandale sexuel. Victor Hugo, qui a 34 ans, est surpris dans les bras de la jeune femme d’un peintre dans un appartement à Paris par un commissaire de police qui arrive avec le mari jaloux qui a bien raison de l’être. Elle, elle est envoyée en prison. Lui, faisant état du fait qu’il est Père de France, rentre chez lui la queue basse si vous permettez l’expression. Il est membre de l’Académie française, il pensait être ministre, et tout à coup, il est déshonoré. Il se met à écrire un livre qui s’appelle ‘Jean Trejean’. C’est un livre dédié au peuple. Puis arrive la révolution de 1848. Son exil. Il laisse tomber le livre pendant plusieurs années. C’est quand il arrive à Jersey, dans cette maison de Marine-Terrace, qu’il commence à faire tourner des tables et qu’il reçoit ce message de l’au-delà, ‘Grand homme, tu dois terminer ‘Les Misérables’. Il n’avait jamais pensé à ce titre. C’est donc par les tables tournantes qu’il reçoit le titre de son chef-d’œuvre. Reste à savoir qui va publier ‘Les Misérables’. Hetzel qui a déjà publié ‘Les contemplations’ et qui publiera Jules Verne? Non! C’est un jeune Belge, Albert Lacroix, qui vient jusqu’à Guernesey pour négocier avec le maître. Et le maître lui demande un fric fou. Ce jeune Lacroix, qui a 30 ans, en fait son affaire. Le lancement des ‘Misérables’ est un lancement à la ‘Harry Potter’. Parce qu’il publie ‘Les Misérables’ dans plusieurs capitales à la fois, en français. Les typographes belges s’arrêtaient à la fin de chaque paragraphe pour pleurer tant le roman est beau. C’est un lancement extraordinaire avec une vente déjà prévue de 100.000 exemplaires. Victor Hugo a demandé qu’il y ait une version pas chère du livre pour le peuple. Mais le livre coûte quand même assez cher. Les ouvriers vont se réunir entre eux pour se cotiser et acheter ‘Les Misérables’. En plus, ils vont tirer à la paille celui qui va garder l’exemplaire.»

La Belgique a donc joué un rôle important.
«Il habitait sur la Grand-Place, dans la Maison des Pigeons, tandis que Juliette, sa maîtresse, habitait dans la Galerie de la Reine, au-dessus de la librairie ‘Tropisme’. La première édition des ‘Misérables’ est donc publiée à Bruxelles. Mais Victor Hugo a fini ‘Les Misérables’ à l’hôtel des colonnes (aujourd’hui disparu) à Waterloo. Il est venu beaucoup de fois en Belgique. En 1864, alors que Victor Hugo est à Guernesey, son fils Charles épouse une Belge, Alice, donc il vient en Belgique. Le jeune éditeur Albert Lacroix publiera de lui aussi ‘Chansons des rues et des bois’, ‘L’homme qui rit’ et ‘Les travailleurs de la mer’. Avec son associé, ils sont tellement contents d’avoir gagné autant d’argent, qu’ils décident de remercier Victor Hugo, en faisant un grand banquet. Donc la Belgique joue un rôle majeur.»

La vocation d’écrivain de Victor Hugo commence tôt.
«Oui. Très jeune, il crée un journal avec son frère, ‘Le conservateur littéraire’. Et à 15 ans, l’enfant sublime reçoit un prix de l’Académie française. Sauf que les jurés pensaient qu’il était impossible qu’un enfant de 15 ans soit si doué.»

Il avait aussi une vision prophétique des choses.
«En effet. Les États-Unis d’Europe, la monnaie unique. On dit que c’est lui qui est à l’origine du mot euro.»

Son œuvre est multiple. Il a été romancier, poète, dramaturge, homme politique…
«Tout à fait. Les romantiques sont toujours des pluridisciplinaires. Victor Hugo est lui à la fois voyageur, homme politique, pamphlétaire, homme de théâtre, dessinateur avec ses encres de couleurs et le café, et un décorateur phénoménal. J’ai d’ailleurs copié chez moi à Paris quelque chose de sa maison Hauteville House. J’ai vu que le vieux séducteur Victor Hugo, pour embrasser les filles, avait fait chez lui un ‘kiss me quick corner’. Je fais visiter aux jeunes femmes la bibliothèque. À un moment, on passe sur un chemin entre les livres et puis il y a une glace sans tain et tac, c’est là que j’attaque! Je dois dire que cela marche à peu près une fois sur deux.»

C’était un coureur de jupons… Il ne se contentait pas d’une femme et d’une maîtresse…
«Il y a d’abord une chose tout à fait charmante, qui est l’amour de Victor Hugo pour Adèle. On commence vraiment dans le romantisme absolu. Il est amoureux d’Adèle, qui est la sœur de son copain, le truc classique. Mais les parents d’Adèle se demandent ce qu’il va faire plus tard, ce disant que ce mec n’allait pas bien gagner sa vie. Eh bien si. Parce que dès ces premiers poèmes dédiés au roi, Victor Hugo reçoit une pension. Donc les parents d’Adèle sont rassurés. Les deux tourtereaux sont vierges tous les deux et décident de le rester jusqu’à la nuit de noces. C’est une nuit de noces assez mouvementée: neuf fois dans la nuit, ils feront l’amour. Victor Hugo restera comme cela toute sa vie puisqu’à l’âge de 83 ans, il trouve cela assez fatiguant, mais il fait quand même l’amour trois fois par jour.»

Il a vécu aussi des tragédies. Il a enterré quatre de ses enfants, et sa fille qui lui a survécu a été internée.
«C’est terrible. Cet auteur de drames est menacé dans son intimité par la tragédie. Déjà quand Victor Hugo se marie avec Adèle, son frère, fou amoureux d’Adèle également, devient dément, au point de devoir être interné. Et puis il y a sa fille, Adèle Hugo, dont François Truffaut a tiré un film, qui fait une fixette sur un officier qu’elle voit passer sur la plage et qu’elle va harceler en le suivant dans tous les pays. Lui évidement est terrifié, lui dit qu’il ne l’aime pas. Et donc elle va finir folle aussi.»

Votre œuvre de Victor Hugo préférée?
«Deux œuvres. Non trois. Une œuvre théâtrale, qui est évidemment ‘Hernani’, le lancement du romantisme. J’adore cette rébellion de la jeunesse contre les vieilles barbes du classicisme. J’adore ce happening, cette manifestation, ce brouhaha, ce chahut du soir de ce qu’on appelle la bataille d’Hernani. J’y suis d’autant plus sensible qu’entre Victor Hugo et moi, l’encre a pris la place du sang, puisque c’est mon ancêtre, l’éditeur Mame, qui a publié ‘Hernani’. J’aime beaucoup aussi ‘Claude Gueux’, l’histoire d’un bagnard, le début de la lutte contre la peine de mort. Cela c’est l’âme d’Hugo, sa compassion. Et ‘Quatrevingt-treize’, sur la guerre de Vendée. Victor Hugo a un sens de la mise en scène… »

Si vous aviez un tête à tête avec Victor Hugo, vous lui diriez quoi?
«Je lui donnerais quelques conseils pour séduire les femmes.»

(rires) Vous pensez vraiment qu’il en avait besoin?
«C’est une très bonne question… Il dit au fond tellement de choses. Je pense que je me contenterais de le féliciter. Car il a inventé quelque chose qui moi me tient tellement à cœur, c’est l’écoute des autres, la compassion, et le fait de rendre les autres heureux par la culture. Donc si j’étais en face de lui, je le féliciterais de tous ses combats, son combat réussi contre la peine de mort, ou ce combat pas achevé contre l’illettrisme. Mais si j’avais la chance de rencontrer Victor Hugo, d’abord je l’embrasserais pour lui dire bravo.»

Vous venez aussi de sortir un livre consacré à la peintre Rosa Bonheur. Comment l’avez-vous découverte?
«C’est un éblouissement. J’ai vu un tableau au Metropolitan Museum de New York qui s’appelle ‘Le marché aux chevaux’. Il paraît que quand les fermiers du far-west ont vu ce tableau, ils ont dit que c’était cette race-là de chevaux qu’il leur fallait. Et ils ont fait venir en Amérique des percherons français!»

Christelle

«En tête à tête avec Victor Hugo», de Gonzague Saint Bris, illustration Philippe Lorin, éditions Gründ, 130 pages, 22,95 €

Cote : 4/5

A Bruxelles, dans les pas des grands écrivains

Brillante idée que celle-ci! Georges Lebouc emboîte le pas des grands écrivains et nous fait redécouvrir Bruxelles à travers leurs yeux.  « Ce matin, Verlaine est allé acheter un revolver au passage des Galeries Saint-Hubert, qu’il m’a montré à son retour vers midi« , déclarait Rimbaud au commissaire de police, le 10 juillet 1873. « (…) boire dans la Maison des Brasseurs une première chope authentique de faro, accompagnée d’un de ces pistolets pacifiques qui s’ouvrent en deux tartines garnies de beurre.« , écrivait Gérard de Nerval dans « Lorely, souvenirs d’Allemagne » en 1852. « Nous étions au bois, mangeant de la crème glacée sur l’île Robinson, à l’heure où les dames font leur toilette, le moment préféré de ma mère« , racontait Jacqueline Harpman dans « La plage d’Ostende » en 1991. Des dizaines d’auteurs sont en effet venus du monde entier pour travailler ou séjourner à Bruxelles. Si certains n’y firent qu’un court séjour, d’autres, comme Baudelaire, y demeurèrent assez longtemps. D’autres encore, comme Victor Hugo, y revinrent tout au long de leur existence. Georges Lebouc  s’est ainsi plongé dans les textes d’écrivains, belges ou d’ailleurs, et a illustré leurs propos. Chouette façon de (re)découvrir la ville.

Christelle

« Bruxelles vue par les grands écrivains », de Georges Lebouc, éditions La Renaissance du livre, 160 pages, 29 €

Cote: 5/5

Promenades picturales

Le beau temps et les vacances donnent de envies de balades et de découvertes. L’ouvrage de Fabien De Roose répond à ces envies… « Bruxelles vue par les peintres », publié aux éditions Racine, est un de ses petits guides qui vous invitent à la découverte de notre capitale sous un angle original ! A travers plus de 70 tableaux de peintres reconnus ou moins connus, l’auteur propose huit promenades à l’intérieur même du Pentagone. De la Porte de Namur aux Marolles, de la Vieille Halle aux Blés à la Monnaie, de Saint-Nicolas à Sainte-Gudule, le Bruxellois -même le plus aguerri- découvrira de nouveaux détails, de nouvelles perspectives de sa ville qu’il ne connaissait pas. A chaque peinture ancienne est associée une photographie d’aujourd’hui prise sous le même angle de vue, ce qui permet ainsi de saisir les différences entre le tableau et la vue urbaine actuelle. Avec un brin d’imagination, le visiteur se replonge dans ce Bruxelles qui bruxellait.

Anne-Sophie

« Bruxelles vue par les peintres », de Fabien De Roose, éditions Racine, 192 pages, 24,95 euros

Cote: 4/5

 

Des auteurs de BD illustrent des city guides

Un grand éditeur de guides de voyage, Lonely Planet, et un grand éditeur de bandes dessinées, Casterman, ont mis leur savoir-faire en commun pour lancer des ‘city guides’ tout à fait originaux. Quatre titres tout beaux tout frais inaugurent cette toute nouvelle collection intitulée « Itinéraires ». L’originalité du concept tient aux illustrations qui se détachent la traditionnelle photographie pour laisser place aux dessins d’un dessinateur de BD choisi -outre son talent- pour ses affinités avec la ville présentée. C’est donc tout naturellement que, sur des textes de Christine Coste, François Schuiten nous propose une Bruxelles onirique et poétique. Les textes, pointus et de qualité, invitent à la découverte. Ils proposent des itinéraires précis pour expérimenter la ville et la découvrir pas à pas, des plans détaillés pour chaque promenade, des lieux secrets, des anecdotes et des éclairages culturels décalés. L’ouvrage consacré à New York, classe et branché, est illustré par Miles Hyman. Alix, le héros de Jacques Martin, accompagne le touriste dans sa découverte de Rome, et Corto Maltese, le personnage emblématique de Hugo Pratt, l’emmène dans les ruelles de Venise. Deux autres guides sont attendus pour le mois de septembre : Marrakech sera illustré par Jacques Ferrandez et Florence par Nicolas de Crécy.

 Anne-Sophie

Aux éditions Casterman et Lonely Planet, 160 pages, 15 €

Cote: 4/5