Vingt ans après les fourmis, place aux micro humains !

werber_microhumainsVingt ans après la sortie des « Fourmis », Bernard Werber nous conte les péripéties d’une nouvelle mini espèce, celle des Emachs, les Micro Humains (« M.H. ») de sa « Troisième humanité« . Le deuxième tome de cette trilogie suit en effet cette nouvelle race plus petite, plus féminine et plus résistante créée par les scientifiques David Wells (l’arrière petit-fils d’Edmond Wells, l’auteur de la célèbre «Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu») et Aurore Kammerer, avec l’aide de la militaire naine Natalia Ovitz. Suite au succès dû à leur petite taille des missions confiées aux Emachs (notamment au cœur du réacteur nucléaire de Fukushima ou d’une mine au Chili pour libérer des mineurs coincés sous terre), le monde entier s’arrache leurs services, commercialisés par la société française Pygmée Prod. Tout va donc pour le mieux jusqu’au jour où, en Autriche, un adolescent se filme en train de torturer des Emachs loués à son père. La vidéo fait le buzz sur internet. Et les Emachs, emmenés par Emma 109, finissent par se révolter… Une nouvelle question fait débat: ces créatures doivent-elles être considérées comme des êtres humains? A côté de cela, Bernard Werber résout dans ce deuxième tome l’histoire d’amour et… nous livre enfin la solution de la fameuse énigme lancée dans le précédent puisque l’on y découvre comment faire un carré avec trois allumettes!

Christelle

« La troisième humanité ** – Les Micros Humains », de Bernard Werber, éditions Albin Michel, 400 pages, 22 €

Cote: 4/5

Des fourmis aux géants (ou vice versa)

Vingt ans après le succès des «Fourmis», la nouvelle trilogie de Bernard Werber imagine une nouvelle humanité. Et si notre survie tenait dans le rapetissement de notre espèce?

Vous mesurez combien?
«(rires) 1m79,8. La moyenne mondiale est à 1m75. Donc je suis un peu au-dessus.»

Y-a-t-il une base scientifique à cette troisième humanité ou elle est née de votre imagination?
«J’ai une formation de journaliste scientifique. Je suis passionné de science. Je suis un auteur de science-fiction, c’est-à-dire que je fais de la fiction à partir de la science. Donc il y a une base scientifique, oui. Maintenant, ce que je raconte, c’est une extrapolation de cette base scientifique. Par exemple, le fait qu’il y ait eu une espèce de géants avant, je le mets dans l’encyclopédie, et je montre toutes les traces que l’on a de cela. En plus des mythologies et des textes anciens, il y a quand même des ossements qui ont été trouvés. Donc je pars d’une découverte anecdotique pour en déduire l’existence d’une espèce entière. C’est mon travail d’auteur de science-fiction.»

Vous écrivez dans le livre que cette histoire se déroulera 10 ans après qu’on ait ouvert le livre.
«Je pense que les choses n’auront pas évolué au point que le roman devienne obsolète dans dix ans. »

Après Edmond Wells, l’auteur de la célèbre «Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu», place à son arrière-petit-fils David…
«Oui. Cela complique mais quand j’ai regardé, il avait une fille qui s’appelait Laetitia Wells. Elle-même avait un fils qui s’appelait Charles. Et Charles a eu un fils qui s’appelle David. »

Vingt ans après la sortie des «Fourmis», vous leur faites un petit clin d’œil.
«Oui. C’était une manière de boucler la boucle. De me reconnecter à l’heure d’il y a vingt ans.»

Si la Terre pouvait vraiment parler, que pensez-vous qu’elle nous dirait?
«Arrêtez de vous reproduire, de manière exponentielle, sans contrôle.»

Vous avez rencontré des pygmées ou des amazones?
«Non. J’ai rencontré des petits hommes africains, mais qui n’étaient pas pygmées. Et j’ai rencontré des femmes qui se revendiquaient de la culture amazone, mais qui n’étaient pas dans leur sang héritières des vraies amazones.»

Ce n’est pas la première fois que vous visitez vos vies antérieures dans les romans. En vrai, vous êtes souvent allé y faire un tour dans une de vos vies antérieures.
«Oui, à un moment, cela m’amusait d’aller dans ma documentation en autohypnose.»

Si on veut tenter l’expérience, on fait comment?
«On se couche par terre, on ferme les yeux, et on fait exactement ce que font mes personnages. On imagine un couloir, on visualise des portes, et on laisse venir les noms, les mots, et tout. Sinon, on peut aussi voir un spécialiste de l’hypnose.»

Atlantide ressemblait à quoi?
«La première chose qui m’a frappé quand j’ai réellement fait l’expérience, c’était surtout le niveau de décontraction de l’être que j’étais. Ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’il n’avait aucune angoisse. Il était complètement cool. Mais cool, plus que l’on peut l’imaginer. Tout être humain, même très détendu, très flegmatique, a toujours un peu d’angoisse. L’Atlande, lui, était dénué de tout stress. C’est ce qui m’a le plus surpris quand je me suis retrouvé dans cette vie-là.»

Comment fait-on un carré avec trois allumettes?
«Malheureusement, il faudra attendre le prochain roman pour le découvrir. Mais cela existe. Il y a une réponse réelle. Je ne peux pas vous le dire, je vous gâcherais le plaisir. D’autant que la trouvaille est liée aussi au roman.»

Et le suivant, justement, il est pour bientôt?
«J’espère aussi. Cela ne dépend pas de moi, cela dépend de l’éditeur!»

Vous pouvez déjà nous divulguer quelques éléments.
«Cela va être une trilogie. Mais dans le prochain, tout est vraiment bouclé: je résous l’énigme, je résous l’histoire d’amour. Le troisième que je suis en train d’écrire, qui arrivera juste après, c’est un monde, et cela fonctionne comme un jeu à sept joueurs. Ces sept joueurs sont les sept visions qui sont livrées dans le premier. Ces sept visions, c’est comme s’il y avait sept romans mélangés dans un seul.»

Christelle 

En quelques lignes

Le paléontologue Charles Wells et son expédition découvrent, bien enfouis en Antarctique, des squelettes humains d’environ… 17 mètres. Pendant ce temps-là, à Paris, son fils David voit son projet d’étude sur le rapetissement humain sélectionné par un tout nouveau programme de recherches consacré à l’évolution future de l’humanité. L’un a découvert l’ancienne humanité. L’autre tente de percer le secret de ce qui nous attend. Car nous sommes à présent dans l’ère de la deuxième humanité. Il y en a eu une avant. Il y en aura une après, prévient la quatrième de couverture. Dans cette nouvelle trilogie, Bernard Werber fait parler notre planète. Et on ferait sans doute bien de l’écouter avant qu’il ne soit trop tard…

«Troisième Humanité», de Bernard Werber, éditions Albin Michel, 550 pages, 22,90 €

Quand Bernard Werber soigne nos zygomatiques

© Denis Félix

Peut-on réellement mourir de rire? Bernard Werber a mené l’enquête dans son dernier roman, en tentant de remonter aux origines du rire…

«Le rire du Cyclope»  s’inspire de l’une des nouvelles du «Paradis sur mesure». Pourquoi avoir choisi de développer celle-là?

«Parce que cela me semblait la plus propice à faire un polar et j’avais très envie d’écrire un polar! Tout simplement parce que la règle du jeu du polar est amusante: il y a un crime inexplicable et on va mettre un certain temps à trouver une solution inattendue. C’est aussi la structure la plus simple à maîtriser. Du coup, on peut faire beaucoup d’innovations à l’intérieur.»

Vous pourriez développer d’autres de ces nouvelles?

«Le roman sur lequel je suis en train de travailler s’inspire d’une des nouvelles, mais pas en entier. Ce n’est pas comme celui-ci qui est vraiment une nouvelle mise en valeur.»

C’est aussi l’occasion pour vos lecteurs de retrouver Isidore et Lucrèce.

«Oui, j’avais envie de les imposer comme une sorte de couple à la Sherlock Holmes. Et en même temps, cela m’amusait de creuser un petit peu plus leur psychologie. Parce qu’on les avait entrevus dans ‘Le Père de nos pères’ et ‘L’ultime secret’. Il me semblait avoir encore de l’énergie à donner et des révélations à faire. Et en même temps, leur relation et leur histoire d’amour me semblaient quelque chose de passionnant à écrire.»

Isidore est un ancien journaliste scientifique, qui veut devenir romancier. Cela rappelle quelqu’un cela…

«Cela m’a amusé de parler aussi de cette expérience, de la bascule, du journalisme dans lequel on est tous tenus à faire notre petit papier et où on dépend de la hiérarchie au métier de romancier pour lequel on est libre. Il faut juste parvenir à intéresser le public.»

Isidore veut devenir romancier pour pouvoir enfin raconter la vérité qu’il ne pouvait écrire en tant que journaliste. C’est pour cela que vous avez changé de métier vous aussi?

«Oui, j’assume entièrement cette phrase! C’est vrai que j’ai quand même l’impression que je raconte plus de vérité maintenant que je suis écrivain qu’à l’époque où j’étais journaliste et où j’étais un peu obligé sur certains sujets de faire comme la ligne éditoriale l’imposait, ce qui n’était pas forcément lié à la réalité.»

Vous faites aussi des clins d’œil à vos fidèles lecteurs, en glissant des références à d’anciens romans…

«Oui, j’aime bien que tous mes livres soient connectés comme une petite famille qui se tient la main. Chaque livre est un enfant et cela me plaît beaucoup l’idée qu’ils soient liés.»

Il y a aussi des «private jokes», non? Le Dr Patrick Bauwen en médecin légiste, un humoriste Félix Chattam et un Léviathan…

«Ce sont des amis et nous sommes tous dans la défense de cette littérature de l’imagination qui est un combat perdu d’avance mais qui nous amuse beaucoup.»

Vos héros partent à la recherche notamment de la première blague. Celles que vous citez sont vraiment les premières blagues connues?

«Oui. J’ai retrouvé une étude anglaise sur les premières blagues et dans laquelle se trouvent ces blagues, la sumérienne, l’égyptienne et l’anglaise. Ce sont les trois blagues les plus anciennes répertoriées.»

Blague 1, sumérienne

«Qu’est-ce qui n’arrivera jamais? Qu’une jolie femme pète alors qu’elle est assise sur les genoux de son mari»

Blague 2, égyptienne

«Comment donner envie à un pharaon d’aller à la pêche? Tu disposes sur un bateau plusieurs jolies filles nues uniquement vêtues de filet de pêche.»

Vous avez fait beaucoup de recherches?

«Oui, mais cela fait partie de mon métier de journaliste scientifique amélioré. J’ai pris l’habitude de faire ma doc, d’aller rencontrer les gens et de discuter avec eux d’avant d’écrire, de faire mes repérages sur les lieux pour pouvoir reproduire les images dans la tête du lecteur.»

Votre blague préférée, c’est laquelle?

«Elle change tous les jours. »

Celle d’aujourd’hui?

«Argh. Chaque fois que je fais des interviews, on me demande des blagues. Mais je ne suis pas un bon raconteur de blagues. Alors voilà, ma blague préférée, c’est que je ne suis pas un bon raconteur de blagues et que chaque fois que je donne une interview on me réclame une blague!»

Et votre humoriste préféré ?

«Les Monthy Pythons. J’ai eu un grand choc quand j’ai découvert les Monthy Pythons. Je me suis dit enfin un humour qui va au-delà de la moquerie, du racisme, du sexisme. Et en même temps, il transcende toutes les formes d’humour. Je crois vraiment que ces gens-là ont touché à la grâce.»

A la lecture de votre livre, on s’aperçoit qu’on peut donc mourir de rire, ce n’est pas une simple expression.

«C’était la problématique du roman. Quand je suis allé voir mon éditeur, je lui ai dit que cela parlerait de quelqu’un qui meurt dans un lieu clos, en riant. Il m’a demandé si j’arriverais à faire quelque chose au bout. Je lui ai dit que je donnerais une vraie info sur la possibilité de mourir de rire. J’ai fait de grandes recherches. Et j’ai trouvé cette solution, que je ne dévoilerai pas pour ne pas gâcher le suspense, mais qui m’a pris beaucoup de temps à mettre au point.»

Le rire, c’est donc ce qui différencie les animaux des humains?

«Oui. Contrairement à ce que l’on pense, les hyènes, les dauphins ou les chimpanzés ne rient pas. Dans le cas des singes, ils miment ce bruit parce qu’ils ont vu l’homme le faire. Pour les autres animaux, ce sont des cris, des appels mais il n’y a pas de dérision. Si l’homme est le seul animal à rire, c’est aussi que c’est le seul animal angoissé et à s’angoisser sur son futur et sur sa peur de mourir. Les autres animaux vivent et puis meurent mais n’ont pas de véritable conscience du temps. C’est la conscience du temps, le fait qu’il y a ce dernier chapitre final tragique qui fait que l’homme a besoin de rire pour prendre un peu de recul, pour supporter son angoisse.»

Si la GLH de votre livre existait, vous seriez prêt à en faire partie?

«La GLH que j’ai composée est un peu dure, mais disons que s’il existait une version un peu plus douce, cela me ferait plaisir de participer à la révolution mondiale par le rire et par l’humour.»

Vous êtes aussi un des premiers auteurs à avoir votre application sur iPad.

«Oui. J’étais un des premiers à utiliser le traitement de texte, dans  les années 80. Cela m’intéresse toujours d’utiliser les outils de mon époque. Je crois que si Mozart vivait de nos jours, il utiliserait un synthétiseur. Il y a un devoir pour un auteur de vivre dans son époque et de décrire son époque. Pour cela, il doit utiliser les outils de son époque. Et en temps qu’ancien journaliste scientifique, j’ai l’impression que mes romans doivent être aussi des objets en pointe, une technologie dans lesquelles les lecteurs vont découvrir des choses.»

Christelle

En quelques lignes

Et s’il était réellement possible de mourir de rire? Après une représentation à l’Olympia, Darius Wozniak -alias le Cyclope-, l’humoriste le plus célèbre du moment, s’effondre dans sa loge, seul, suite à un immense fou rire. Simple crise cardiaque ou assassinat? Lucrèce Nemrod et Isidore Katzenberg, dont on avait fait la connaissance dans «Le Père de nos pères» et «L’Ultime secret», vont mener leur enquête. Pour cela, ils vont tenter de remonter aux origines du rire. Un drôle de récit sur le rire et l’humour, entrecoupé -cela va de soi- de très nombreuses blagues mais aussi de références historiques et de clins d’œil aux précédents romans de l’auteur des «Fourmis». Un vrai régal pour nos muscles zygomatiques!

«Le rire du Cyclope», de Bernard Werber, éditions Albin Michel, 609 pages, 22,90 €

Cote: 4/5

Il sera une fois… Bernard Werber

werber 3Ses histoires, Bernard Werber ne les commence pas par «il était une fois» mais bien par il sera une fois! Et de fait: son dernier roman, «Le miroir de Cassandre», raconte la vie d’une visionnaire, Cassandre Katzenberg. Cette jeune fille de 17 ans a en effet hérité de son antique homonyme du don d’entrevoir le futur mais aussi de la malédiction de ne pas être écoutée. Difficile de sauver le monde dans ces cas-là!

Avec vous, les histoires ne commencent pas par il était une fois mais bien par il sera une fois…

« Oui. C’est vrai!» 

Le don d’entrevoir le futur comme celui de Cassandre, cela vous plairait?

«Je crois que tout le monde voit le futur. On sent plus ou moins où l’on va. Le problème ensuite, c’est de savoir ce qu’on en fait. Les gens n’ont pas envie de voir le futur parce qu’après ils vont tourner devant cette idée : qu’est-ce que je peux faire pour arranger les choses ? Et vu qu’ils n’ont pas de solutions, ils ont coupé leur capacité à voir le futur. En fait, les politiciens, les scientifiques et les philosophes n’osent pas parler du futur.  Donc c’est aux auteurs de science-fiction de s’autoriser à faire ce travail. Parce qu’il faut qu’il y a ait actuellement des gens qui pensent au futur et qui ait envie de le changer. Tout ce que nous avons de bien actuellement a été pensé par nos ancêtres. Tout ce que nos petits enfants auront de bien a été pensé maintenant.»

Si, comme Cassandre, vous découvrez en rêve qu’un attentat se prépare, que feriez-vous?werber 4

«J’essaierais d’avertir mon entourage, voire les autorités, voire d’agir. Nous sommes actuellement une société où la plupart des gens sont rentrés dans une sorte de lâcheté confortable. Des gens peuvent se faire agresser autour de nous sans qu’on ne réagisse. C’est un peu comme cela que fonctionne notre système. Même quand il y a un attentat terroriste, tout le monde dit que c’est affreux, mais personne ne fait rien. Tant qu’ils n’ont pas été victimes eux-mêmes, les gens ne se rendent pas compte qu’il y a une sorte de retour de la barbarie et de la sauvagerie et qu’il faut au moins être clair dans ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas.»

Vous aimeriez une montre qui indique la probabilité de mourir dans les cinq minutes, comme celle de Cassandre ?

«Oui, beaucoup!»

«Ce sont nos rêves d’aujourd’hui qui vont créer les réalités de demain » concluent vos personnages dans le livre. Et vous, la société de demain vous la voyez comment?

«Il y a le positif et le négatif. Je vois une chance de réussir et une chance d’échouer. Pour ce qui est d’échouer, c’est annoncé tous les jours aux actualités. On nous annonce le réchauffement climatique, la pollution, la guerre nucléaire. Maintenant, il faut imaginer le positif. Pour moi, c’est arrêter la croissance économique, la croissance financière, la croissance démographique. On s’arrête et on réfléchit. Et on cherche à établir une meilleure répartition des richesses, une meilleure communication entre les individus.»

Vous pensez qu’on peut influencer le futur ?

«Ah oui! Je crois qu’une goute d’eau fait déborder l’océan. N’importe quel individu qui décide de faire quelque chose agit sur le monde.»  

Ce livre, c’est un peu une manière de remettre en question la société d’aujourd’hui ?

«C’est une manière de se poser de nouvelles questions et d’essayer de changer les choses dans le bon sens. J’ai l’impression que le drame de notre époque, c’est que les gens sont résignés. Tout le monde à l’impression d’être trop petit, que ce sont des enjeux qui nous dépassent. Du coup, les gens sont démobilisés. ‘Le Miroir de Cassandre’ est fait pour redonner envie aux gens de se prendre en main et de se reconnecter à eux-mêmes.»  

L’avenir de la planète vous préoccupe. Déjà dans «Paradis su mesure», vous envisagiez différents scénarios.

«Je crois que tout être humain doit se préoccuper de l’avenir de la planète. Le contraire de cela, c’est se préoccuper juste de soi-même, mais c’est très limité. On étouffe au bout d’un moment. Aller vers les autres et se préoccuper des autres me semble nécessaire à la survie.  En tout cas d’un esprit sain.»

Vos personnages sont attachants. Comment sont-ils nés?

«Pour Cassandre, il y avait un défi: essayer de ressentir ce que peut ressentir une jeune fille de 17 ans, autiste et orpheline. C’est un vrai challenge pour un écrivain de ressentir d’abord ce que peut ressentir une femme, et ensuite, une femme jeune et qui souffre d’un problème de communication. Mais au bout d’un moment j’enfilais ce personnage comme on enfile un vêtement. Pour me mettre à écrire, je devenais elle. Je devenais Cassandre Katzenberg et j’essayais de ressentir ce qu’elle pouvait ressentir en permanence. Pour les autres personnages, c’était pareil. Il fallait se mettre dans la peau d’un marabout africain, d’une ex-mannequin italienne. Ces personnages m’amusaient beaucoup et je les retrouvais avec plaisir.»

werber 2 Vous mettez parfois des gens que vous connaissez dans vos livres?

«Non, je m’inspire d’une personne pour créer une sorte de base, sur laquelle je vais ajouter d’autres éléments de personnes que je connais, puis après je vais ajouter de l’imaginaire ».

Cassandre décrit chaque personnage qu’elle rencontre comme ressemblant à tel ou tel acteur. Cela pourrait devenir un film ?

«Quand vous devez transmettre l’image d’un personnage au lecteur, il y a plusieurs manières. Soit vous dites qu’il a de grands yeux, un long menton, un nez pointu… Mais cela demande beaucoup de travail de la part du lecteur. Par contre, si vous dites qu’il ressemble à Harrison Ford, l’image arrive plus précisément, plus vite. Donc je me suis amusé à utiliser directement les stars pour pouvoir nourrir le livre.»

On y retrouve aussi des grands livres de science-fiction, comme ‘Le papillon des étoiles’, ‘L’arbre des possibles’…

«Oui, j’ai essayé de faire que tous mes livres soient connectés et que, pour les lecteurs qui me suivent, il y ait un plaisir supplémentaire, de retrouver les noms et des liens de familles.»

On sent que vous étiez journaliste et que vous aimez les mots. Je pense au passage sur l’étymologie des mots, les oxymores…

«Les mots, c’est mon métier. Ce sont les briques avec lesquelles je construits mon édifice. Donc le minimum c’est de s’intéresser à eux!»

Vous êtes l’un des auteurs français les plus lus au monde. Cela vous fait quoi ?

«Cela me fait très plaisir! Cela montre que le public est le vrai lecteur. J’adore l’idée que les livres vivent avec le temps. Le temps révèle les bons livres des mauvais livres.  Les livres qui sont à la mode ne résistent pas au temps. Au bout d’un moment, on les oublie.  Alors que les bons livres, eux, restent. Et ils vivent en poche, ils vivent du bouche à oreille. Je compte beaucoup là-dessus: faire des livres qui résistent au temps.»

 

DIX VERSIONS D’UN MEME ROMAN

Pour rédiger une histoire, l’auteur des «Fourmis», du cycle des anges et de la trilogie des dieux commence toujours par une petite nouvelle. De cette nouvelle, il extrait le début, le milieu et la fin. «Autour de cela, je vais progressivement créer les personnages que je vais introduire dans la nouvelle», confie-t-il. «Et au fur et à mesure, j’écris une sorte de premier jet, qui est une sorte d’expérience du livre, une exquise». Ce premier jet, il va l’observer, l’oublier et tout de suite en faire un deuxième jet. «Je vais en fait réécrire le même livre une dizaine de fois avec dix histoires différentes pour trouver le bon ton.»

Pour lui, avoir été journaliste scientifique est un atout. Cela lui a permis de faire des reportages sur l’autisme, les probabilités, et sur les dépotoirs, des choses qui lui ont servi pour faire ce livre. Sans oublier qu’il raconte aussi, à la fin du livre, avoir lui-même vécu «une expérience involontaire de clochardisation» à l’âge de 18 ans, après s’être fait détrousser de toutes ses économies à New York. De quoi l’aider quelque peu à imaginer la vie de Cassandre et de ses nouveaux amis.

 

UN SITE INTERNET TRES LUDIQUE

Après le plaisir de la lecture, ne manquez pas non plus de passer faire un petit tour sur le très réussi site de l’auteur. Plus qu’une simple biographie et bibliographie de Bernard Werber, on y trouve des petits jeux interactifs sur ses livres. Un rapide petit quiz révèle si l’on peut, nous aussi, sauver le monde. On y découvre également un «arbre des possibles», du nom d’un de ces précédents recueils de nouvelles dont on retrouve une connexion dans «Le miroir de Cassandre». Sur le site comme dans le livre, «c’est un endroit où tous les gens qui ont envie de parler du futur et de réfléchir sur le futur peuvent venir déposer leur scénario», explique Bernard Werber. «C’est le livre dans le livre. J’aime bien cette idée.»

L’an dernier, après la sortie de ‘Paradis sur mesure’, Bernard Werber avait également lancé sur son site un sondage qui permettait de voter pour sa nouvelle du livre préférée. En fonction des réactions des gens, il avait promis de développer un thème ou l’autre en roman. «J’aime bien cela», confie-t-il. «C’est comme si les gens pouvaient choisir un tout petit peu le prochain livre». Celle qui a le mieux marché, confie-t-il, c’est ‘Demain les femmes’. ‘Le maître du cinéma’ et ‘Un amour en Atlantide’ ont bien fonctionné aussi. Son prochain roman sera d’ailleurs lié à l’une des nouvelles… 

www.bernardwerber.com

www.arbredespossibles.com

 

L’HISTOIRE

Miroir de CassandreSi Cassandre n’a aucun souvenir de son passé avant ses treize ans et l’attentat qui a tué ses parents, elle peut par contre voir le futur. Ses pouvoirs visionnaires se concentrent surtout sur les attentats terroristes qu’elle voit en songes avant qu’ils ne se produisent. Mais encore lui faut-il parvenir à convaincre d’autres personnes de l’aider pour pouvoir agir. Cette aide, elle va la trouver auprès de drôles d’énergumènes vivant à l’écart du monde, dans un gigantesque dépotoir. Outre Cassandre, on fait  donc la connaissance d’un ancien légionnaire baptisé d’un nom bien belge, Orlando Van de Putte, d’un marabout africain, Fetnat, d’une ex-mannequin italienne, Esméralda, et de Kim Ye Bin, un jeune Coréen, as de l’informatique et fan de proverbes. Autour de son poignet, Cassandre porte une montre, qui a la particularité de ne pas donner l’heure, mais la probabilité de mourir dans les 5 secondes…

L’auteur des “Fourmis”, du cycle des anges et de la trilogie des dieux nous emmène cette fois dans un Paris futuriste. Il y sera question de terrorisme, d’autisme et des lois de probabilités, tout en cherchant un remède pour sauver la planète. Plus encore peut-être que dans ses précédents livres, Bernard Werber, l’un des auteurs français les plus lus au monde avec Marc Levy, insiste sur le côté réaliste et psychologique.

Résultat: une grosse brique de 631 pages qui pourtant se dévore, pour l’histoire qu’elle nous conte bien sûr, mais aussi pour la beauté des mots et les digressions sur leur étymologie, les oxymores, etc.  A tel point qu’on en apprendrait presque certains passages par cœur!

Christelle

«Le miroir de Cassandre», de Bernard Werber, éditions Albin Michel, 631 pages, 22,90 €

Cote: 5/5

Il sera une fois…

Miroir de Cassandre

Bernard Werber ne dit pas « il était une fois » mais bien « il sera une fois ». Son dernier roman raconte l’histoire d’une visionnaire, Cassandre. Cette jeune fille de 17 ans a en effet hérité de son antique homonyme du don d’entrevoir le futur mais aussi de la malédiction de ne pas être écoutée. Difficile de sauver le monde dans ces cas-là! Autour de son poignet, une montre, qui a la particularité de ne pas donner l’heure, mais la probabilité de mourir dans les 5 secondes… L’auteur des « Fourmis », du cycle des anges et de la trilogie des dieux nous emmène cette fois dans un Paris futuriste. Il y sera question de terrorisme, d’autisme et des lois de probabilités, tout en cherchant un remède pour sauver la planète. Plus encore peut-être que dans ses précédents livres, Bernard Werber, l’un des auteurs français les plus lus au monde avec Marc Levy, insiste sur le côté réaliste et psychologique. Résultat: une grosse brique de 631 pages qui pourtant se dévore, pour l’histoire qu’elle nous conte bien sûr, mais aussi pour la beauté des mots et les digressions sur leur étymologie, les oxymores, etc.  A tel point qu’on en apprendrait presque certains passages par cœur!

Son interview à lire ici

Christelle

« Le miroir de Cassandre », de Bernard Werber, éditions Albin Michel, 631 pages, 22,90 €

Cote: 5/5