Napoléon dessiné

Napoléon continue encore et toujours de faire couler beaucoup d’encre… même en BD! Ce tome 1 de la vie du plus célèbre personnage de  l’histoire de France débute par l’entrée de ce jeune garçon de la noblesse corse à l’Ecole royale militaire de Brienne, en Champagne pour se refermer avec son succès à Toulon qui le voit nommé général. Entre les deux, le jeune Napoléon grandit, aime. Cette belle reconstitution mèle action, aventure et émotion. Jean Torton, qui a dessiné plusieurs albums de la série Alix, se lance donc dans une nouvelle épopée historique sur base d’un scénario de Pascal Davoz. Une façon enfin différente d’aborder le personnage.

Christelle

« Napoléon Bonaparte – tome 1 », de Jean Torton et Pascal Davoz, éditions Casterman, 48 pages, 12,90 €

Cote: 3/5

Dico pour bédéphiles

Le dico mondial 2010 de la BD est paru, revu et largement complété. Destiné aux bédéphiles de tous bords, il retrace l’histoire et l’actualité  du 9e art,  à travers plus de 2.200 articles. Une nouvelle édition qui intègre les trois phénomènes les plus marquants de ces dernières années: la vague des «indépendants», la reconnaissance des mangas japonais et la mondialisation de la production.

«Ce dictionnaire fait un bilan en 2010 du passé et du présent de la bande dessinée et, je l’espère, ouvre des perspectives d’avenir», explique l’auteur, Patrick Gaumer (photo), reconnu comme l’un des meilleurs historiens mondiaux du 9e art.

© Larousse

Les séries ou personnages à succès comme «Le Chat», «Hellboy» ou «Max & Lily» côtoient dans cette édition 2010 des «grands anciens» pas encore répertoriés tels que le Franco-Russe Caran d’Ache, le Québécois Joseph Charlebois, le Belgo-Égyptien Kiko ou le Liégeois Marcel Maréchal.

Mais à côté des classiques figurent également des représentants «d’une nouvelle vague» parmi lesquels on retrouve Matthieu Bonhomme, Christian De Metter, Gwen (De Bonneval), Olivier et Jérôme Jouvray, Éric Liberge, Lisa Mandel, Ralph Meyer, Cyril Pedrosa, Sylvain Savoia, Bastien Vives… Sans oublier les «indépendants» tels qu’Alfred, Christopher, Ludovic Debeurme, Gipi, Bruno Heitz, Patrice Killoffer, Linda Medley, Morvandiau, Mezzo, David Prudhomme ou Tom Tirabosco.

Les amateurs de mangas n’ont pas été oubliés non plus. Si la première version de ce dictionnaire, en 1993, comptait 15 titres mangas, l’édition 2010 en contient près de 1.500, des grands classiques (Black Jack, Detective Conan, Golgo 13…) aux blockbusters nippons (Deathnote, Fruits basket, Fullmetal alchemist, Satan 666, etc.).

Un cahier central de 96 pages tout en couleur offre par ailleurs un panorama des principaux pays et continents producteurs de bande dessinée. L’occasion par exemple de découvrir la BD africaine ou le manhua chinois…

Ce précieux dico renseigne également sur des termes techniques comme «seinen», «shôjo» ou «shônen».

L’ouvrage s’appuie également sur une importante iconographie, rassemblant plus de 1.200 images (malheureusement en grande partie en noir et blanc).

Un ouvrage destiné «à tous les passionnés… et à ceux qui vont le devenir»!

Christelle

« Dictionnaire mondial de la BD », de Patrick Gaumer, éditions Larousse, 1056 pages, 50,50 €

Cote: 4/5

Un conte cruel et sans pitié

Dans les champs, au printemps, une fillette gît, inerte. Les questions fusent mais le mystère demeure. Et puis, de ci, de là, une minuscule communauté surgit du corps, comme échappée de contes de fées. Un petit monde qui semble respirer la gentillesse. Mais les apparences sont trompeuses. La vie est cruelle et ne fait pas de cadeaux, même aux pays des elfes et des lutins. Dans « Jolies ténèbres », Marie Pommepuy et Sébastien Cosset, signant Kerascoët, accompagnés de Fabien Vehlmann, livrent un conte noir et désarçonnant. Rencontre avec le coscénariste, Fabien Vehlmann.

Mais… qu’est-ce qui vous est passé par la tête ? Ce conte est complètement déjanté…

«(rires) C’est vrai. Mais l’idée de départ vient de Marie Pommepuy, la dessinatrice du couple qui signe sous le nom de Kerascoët. J’étais fasciné par son projet. De fil en fil en aiguilles, à force de lui donner mon avis, je suis devenu coscénariste. On a essayé de proposer une expérience de lecture un peu déstabilisante, voire tout à fait dérangeante… même à nos yeux !»

 « Jolies ténèbres » livre une satyre sociale. Mais quel message vouliez-vous précisément faire passer ?

«L’album invite le lecteur à un voyage narratif un peu particulier. Le présupposé est clairement fantastique, à savoir des petits êtres bizarres qui sortent d’un cadavre. Mais le lecteur ne saura jamais pourquoi la  petite fille est morte. Dans ce sens, on ne pas dire que nous délivrons un message. Il aurait fallu pour cela donner un point de vue définitif sur les choses. On a essayé d’aller jusqu’au bout de la thématique de la cruauté. D’une part la cruauté de la vie d’une manière générale. Si la mort d’un enfant est un scandale en soi, la nature, elle, n’en a que faire. Le corps se décompose et la vie continue comme si de rien n’était. D’autre part, « Jolies ténèbres » parle de cette cruauté sociale qui apparaît dans n’importe quelle vie collective.»

 L’histoire fait référence à de nombreux contes pour enfants mais aussi pour adultes, comme « Sa Majesté des mouches » de William Golding…

«C’est effectivement l’un des modèles littéraires que nous avions en tête. Le thème du jeu de massacre d’une petite communauté livrée à elle-même est le fil rouge de l’album. Beaucoup de choses sont venues très spontanément sous le dessin de Marie qui a crobardé à peu près tous les petits personnages. Elle s’est inspirée de contes pour enfants, comme ceux de Beatrix Potter ou les incontournables que sont « Peau d’âne » ou « Hans et Grethel ». Sébastien Cosset, lui, est capable d’un dessin plus réaliste et s’est notamment chargé du corps de la petite fille, des animaux et de beaucoup de décors de forêt.»

 « Jolies ténèbres », on aime ou on aime pas…

«J’en suis bien conscient. Le lecteur doit s’approprier l’histoire quitte à être déstabilisé, ce qui est souvent le cas (rires). On se rend compte que certains lecteurs, hommes ou femmes, projettent des événements trop insupportables, comme la perte d’un enfant, qui n’est pas forcément la thématique que nous proposons.»

 Quelle est cette thématique ?

«On s’est projetés dans nos souvenirs d’enfance pour caricaturer la part de cruauté qu’il pourrait y avoir dans une cour de récréation. On s’est également référé à un documentaire intitulé «Récréation» qui filme toute la dynamique des rapports des enfants dans un cour de récréation. Ces rapports sont extrêmement violents, pas tant physiquement que moralement et psychologiquement. On remarque dès le plus jeune âge des rapports de domination et d’avilissement. C’est de cela que nous voulions parler, de la cruauté qui peut exister entre les membres d’une même société en la faisant apparaître de manière caricaturale à travers ces petits personnages qui sont tellement stéréotypés. On a envisagé l’histoire comme un petit théâtre dont le décor, qui rythme les saisons, est un cadavre.»

 Une cruauté qui semble n’inspirer que l’indifférence.

«Oui, cette notion d’indifférence est primordiale dans l’album. Tous ces petits êtres ne réagissent pas à ce qui se passe autour d’eux, même quand les événements sont abominables. Certaines fois, nous-mêmes, en tant qu’auteurs, aurions voulu les secouer. Mais il était important d’aller au bout de cette démarche et de donner envie au lecteur de secouer les personnages et de dire « Stop! On ne peut pas rester indifférent! ». »

Est-ce que le dessin enfantin et poétique de l’album vous a permis d’aller encore plus loin dans le scénario ?

«Oui, certainement. Avec un dessin plus réaliste, je n’aurais pas osé affronter les choses de manière aussi évidente. Dans « Jolies ténèbres », il se passe des événements horribles et tout le monde reste mignon et continue à sourire. Ce mélange crée le sentiment inconfortable de l’album et lui donne son intérêt narratif. Le but est de déstabiliser le lecteur mais certainement pas de l’horrifier à tout instant. On déconseille l’album à ceux qui n’aiment pas les BD trop cruelles, à ceux qui veulent des réponses à toutes leurs questions. Si par contre, le lecteur est prêt à être déstabilisé, alors là on pense que l’histoire peut vraiment l’intéresser.»

Anne-Sophie

 

« Jolies ténèbres », Kerascoët et Vehlmann, éditions Dupuis, 92 pages, 15,50 €

 Cote : 5/5