La femme de ses rêves

alexandrejanvierVaut-il mieux vivre indéfiniment ses rêves ou prendre le risque de chercher à vivre la vie dont on a toujours rêvé?, s’interroge Alexandre Janvier. Décrit par son éditrice comme un « doux rêveur de 33 ans », ce jeune auteur belge, journaliste de profession, publie dans le flot de cette rentrée un premier roman original après un essai sur les « Grands reporters ». Une histoire d’amour qui commence dans un songe. Son héros, Ludwig, jeune trentenaire dont la vie affective laisse franchement à désirer, accepte de tester une pilule de narcose permettant d’orienter les rêves, élaborée par un ami « médecin » (pour ne pas dire charlatan!) aux pratiques alternatives. C’est ainsi que Ludwig fait la connaissance de la femme de ses rêves… Jusqu’au jour où celle-ci se matérialise dans la vraie vie, sous les traits d’une jolie Italienne, Francesca. Sauf que bien sûr, dans la réalité, tout n’est pas aussi simple qu’en songes… Si on est tenté de se demander où ces premiers chapitres vont nous emmener, une fois embarqué, on se laisse agréablement entraîner par ces personnages attachants qui nous offrent, en plus d’une romance contemporaine, une réflexion sur cette nouvelle manière de se trouver et de s’aimer beaucoup plus vite via les médias sociaux.

Christelle

« La vie de mes rêves », d’Alexandre Janvier, éditions Luce Wilquin, 160 pages, 16 €

Cote: 3/5

Un effet papillon

Photo Loïc Delvaulx

Photo Loïc Delvaulx

Pour son premier roman, la Bruxelloise Anne Duvivier place son héroïne dans une cohabitation forcée. Un «échange risqué» plus complexe qu’il n’y paraît. Avec un joli effet papillon en prime. 

C’est votre premier roman. Comment vous êtes-vous lancée dans l’écriture?
«Il y a quelques années, j’ai commencé à suivre des ateliers d’écriture. J’ai écrit de courts textes d’abord. Puis à un certain moment, j’ai eu envie de me lancer dans un projet de plus grande envergure. Je me suis donc lancée dans un roman, soutenue malgré tout par un atelier d’écriture.»

Comment est née l’histoire?
«Cela s’est construit au fur et à mesure. Je suis partie du personnage de Jane, une jeune scientifique belgo-américaine, qui revenait à Bruxelles et donc était un peu dépaysée, et qui allait redécouvrir certaines choses de sa culture. Cela m’amusait. Je me suis demandé ce qui pouvait bien faire venir une scientifique à Bruxelles. C’est ainsi qu’est venue l’idée du musée d’Afrique de Tervuren, d’abord parce que c’est un beau lieu, et puis parce ce sont des collections assez particulières, très rares sur le plan mondial. Je suis partie de cela. Je ne suis pas du tout scientifique moi-même, mais l’idée de s’occuper de papillons me plaisait bien. Je suis allée visiter le musée et le département zoologique pour ne pas être complètement foireuse dans les éléments que j’apportais! Et puis j’ai mis ce personnage dans une situation inconfortable de cohabitation forcée que je trouvais plutôt amusante comme point de
départ.»

Connaissiez-vous la fin avant de commencer?
«Non, pas du tout. Elle m’a même surprise (rires)! Passée la moitié du roman, j’avais tiré des fils et je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose de tout cela! Ce qui est assez amusant, c’est que je me suis retrouvée un peu dans la même situation que le personnage principal qui finalement ne sait pas ce qui la mobilise. Une fois que j’avais trouvé la fin, cela m’a obligée à retravailler l’entièreté du
roman pour que cela reste
cohérent malgré tout.»

Le titre fait donc référence à bien plus qu’un simple échange d’appartement.
«Oui, j’ai trouvé le titre à la fin du roman seulement.»

Les papillons de la couverture ne font pas seulement référence à ceux qu’étudie l’héroïne. On assiste à un bel effet papillon.
«En effet. Et s’il y a deux papillons sur la couverture, ce n’est pas un hasard non plus! C’est l’éditeur qui m’a proposé la couverture et je l’ai trouvée assez chouette.»

L’histoire se passe à Bruxelles.
«Je suis Bruxelloise. Cela me permet de mieux visualiser les lieux et donc d’ancrer mes personnages. Voir les quartiers, les rues, c’est plus facile pour les décrire et rendre les lieux vivants.»

Vous publiez votre roman dans une collection dédiée aux auteurs belges.
«Zellige est une petite maison d’édition française qui a pour vocation de publier des auteurs francophones, mais hors de la France. Des Haïtiens, des Nord-Africains… Et depuis peu, ils ont lancé la collection Vents du Nord, pour les auteurs belges.»

Vous avez déjà commencé un prochain roman?
«Oui, cela avance bien. Cela se passera aussi à Bruxelles. Mais c’est tout à fait un autre univers. C’est l’histoire d’un cadre d’une quarantaine d’années qui vient de perdre son boulot, en pleine crise économique. Il a une femme BCBG qui n’apprécie pas trop la situation. Et il y a aussi la femme de ménage, qui vient travailler chez eux, une Africaine, et qui est un personnage clé en quelque sorte… Ce qui va permettre aux autres personnages d’avancer.»

Christelle

anne_duvivier_un_echange_risqueEn quelques lignes

Pour son premier roman, la Belge Anne Duvivier a choisi comme cadre Bruxelles. Son héroïne, Jane, une jeune scientifique qui s’intéresse aux papillons, revient dans son pays natal après avoir grandi aux États-Unis pour y terminer sa thèse sur les lépidoptères au musée royal de l’Afrique centrale. Elle a donc échangé son appartement de Chicago avec celui d’une famille bruxelloise. Mais à son arrivée, elle découvre consternée que l’appartement n’est pas vide et qu’elle va devoir cohabiter avec leur fils, Jérôme, resté au pays. Et bien sûr, il est plutôt du genre bon à rien. Mais l’échange risqué auquel fait référence le titre est bien plus complexe que cela! Une sorte d’effet papillon peut-être? Car Jane trimbale un lourd secret, enfoui tout au fond d’elle. Un secret que l’auteure, devenue psychothérapeute après avoir travaillé dans la communication, nous livre par bribes jusqu’au dénouement final, plutôt inattendu! Un premier roman fort réussi donc, et publié dans la collection Vents du Nord des éditions Zellige, consacrée aux auteurs belges.

«Un échange risqué», d’Anne Duvivier, éditions Zellige, 144 pages, 17,90 €

Cote: 4/5

Un polar sur les gares

OLYMPUS DIGITAL CAMERAAprès l’Art Nouveau et l’Art déco, c’est au tour de la Jonction Nord-Midi d’inspirer un polar à la Bruxelloise Kate Milie. Son héroïne, une jeune guide pétillante, nous emmène sur les traces de cette jonction controversée et entourée aujourd’hui encore de bien des mystères.

Notre patrimoine vous passionne dirait-on…
«En effet, ma passion pour le patrimoine et l’architecture est insatiable. Je suis passée de lieux glamour à la Jonction Nord-Midi, symbole de destruction urbanistique. Ceci dit, si l’année 1952 est la date de l’inauguration de la Jonction, on pense à cette liaison depuis l’année 1840. Je me suis offert l’immense plaisir de remonter dans le temps.»

Comment vous est venu ce thème?
«Je ne sais pas. Je me souviens très bien comment mon précédent roman ‘L’assassin aime l’Art Déco’ est venu à moi. Par contre, aucun souvenir précis concernant ‘Noire Jonction’! En 2011, j’ai mené un projet consacré à l’écrivain Primo Levi. J’ai eu pas mal de contact avec la Fondation Auschwitz qui se situe rue des Tanneurs. La Jonction traverse cette rue, la surplombe, la domine, l’a éventrée… Ce quartier finit en une espèce de ‘no man’s land’. Je crois qu’inconsciemment j’ai dû me laisser envahir par quelque chose… Puis, j’ai eu envie d’écrire sur les Marolles. Retour rue des Tanneurs, j’ai voulu photographier les sgraffites du Palais du Vin… J’ai photographié les trains…»

Vous faites même un clin d’œil aux lecteurs de Metro et des Kiss & Ride…
«Je suis une fidèle lectrice de Metro. Concernant Kiss & Ride, cette rubrique sympa m’amuse. Certaines annonces sont bien écrites. Il n’est pas impossible -si je continue ma série- que Marie, ma guide, reçoive une déclaration d’amour enflammée via votre journal. (Rires).»

Prenez-vous souvent le train?
«Enormément. J’ai pas de bagnole. Dans une ancienne vie professionnelle, je sautais d’un train à l’autre. Les Thalys, les TGV n’ont plus aucun secret pour moi. J’ai des heures et des heures d’attente dans les gares à mon compteur. C’est peut-être parce que j’ai pas mal exploré les belles gares parisiennes, de vrais bijoux du 19e siècle que j’ai voulu faire revivre, à ma façon, les magnifiques gares bruxelloises détruites au nom de la modernité et de la spéculation.»

Et l’ange de la couverture?
«Un ange sur un peep show! Tous les voyageurs qui transitent via la gare du Nord la connaissent. Cette statue est fascinante! Est-elle la gardienne de la Jonction? Ou des filles exploitées dans les bars? Elle a été en quelque sorte mon fil rouge. Gunnar Berg, l’auteur de mon roman venu à Bruxelles pour écrire sur la Jonction, sera envoûté par elle!»

On retrouve aussi Marie de votre précédent polar.
«En effet, le sujet était difficile, il me fallait une jeune guide dynamique, efficace pour mener à bien le projet. Marie a beaucoup évolué depuis ‘L’assassin aime l’Art Déco’. Elle a créé sa petite affaire, mène sa vie tambour battant. Le Collectif Art/Jonction qui organise des activités culturelles pour repenser la ville a fait appel à elle. Des Marolles à la sulfureuse rue d’Aerschot, j’ai eu un plaisir fou à la suivre.»

Et vous êtes cette fois encore un personnage du livre! Dans la vraie vie, vos personnages vous harcèlent aussi ou bien ils vous laissent un peu de répit.
«Je n’apparais que quelques lignes à l’hôtel Méridien! (rires)… Quand je suis en écriture, la fusion avec mes personnages est totale. Mais je ne me sens pas particulièrement harcelée… Je me sens davantage «hantée» par les phrases qui se débinent, les mots qui me tirent la langue et les idées qui partent en vadrouille.»

Vous avez fait beaucoup de recherches?
«Enormément. Je ne connaissais pas grand-chose au sujet. L’histoire de la Jonction est hallucinante. C’est en 1903 que les accords sont signés pour la construction. Le temps d’obtenir l’accord pour exproprier les habitants, on est en 1910. Là, commence le carnage, la destruction de milliers d’habitations. Les travaux étaient prévus pour une durée de cinq ans (selon les optimistes). 1914, la guerre éclate, tout s’arrête. En 1918, on a autre à chose à faire qu’à penser à cette Jonction. Les travaux reprennent en 1935. La crise économique est violente, pour résorber le chômage, on pense à de grands travaux… Quand ceux-ci seront terminés dans les années 50, on construira les immeubles surplombant le tunnel dans le style international de l’époque, les nouvelles constructions ont été pensées pour la bureaucratie et non pour l’habitat…»

Vous vous êtes promenée aussi?
«Oui. Pendant une année, j’ai ai arpenté la Jonction dans tous les sens, à pied et en prenant tous les trains inimaginables, j’ai exploré les cinq gares, y ai pris des cafés, observé les passants. J’ai eu beaucoup de chance, au moment où je me suis mise à écrire, j’ai découvert le projet http://www.jonction.be (un signe!). Les asbl Recyclart et Congrès gèrent depuis deux années un programme de réflexion sur la Jonction. Pour mon plus grand plaisir, j’ai assisté à pas mal de conférences, participé à des activités.»

Vous connaissiez la fin de l’histoire en commençant?
«Non pas du tout. J’ai commencé à prendre pas mal de notes. J’ai commencé des débuts de chapitre. Et puis, je me suis mise à traquer les personnages. Je les ai suivis sur les quais des gares, dans les couloirs, les halls de gare… Bart est un beau jeune homme que j’ai croisé, par hasard, à plusieurs reprises dans un train… Le jour où il est devenu mon personnage de papier, il a disparu, je ne l’ai plus jamais revu…»

Quels lieux nous emmènerez-vous explorer dans votre prochain roman?
«Je suis très superstitieuse. J’ai pour habitude de ne pas trop parler des projets en cours. Tellement de choses peuvent se passer… Ceci dit, tiens, pourquoi un petit meurtre Galerie Ravenstein (où sont situés les bureaux de Metro, NDLR) (rires).»

Christelle

Noire_Jonction_Kate_MilieEn quelques lignes

Engagée par un collectif Art/Jonction désireux de mener une réflexion sur la ville à travers des actions littéraires et artistiques, Marie, la jeune guide de son précédent polar «L’assassin aime l’Art Déco», se charge donc de balader de la gare du Midi à la gare du Nord et des Marolles à la rue d’Aerschot un petit groupe hétéroclite. Une Moeder Revolution octogénaire, une slameuse, deux jeunes artistes débutantes et un célèbre écrivain suédois, Gunnar Berg, en résidence chez nous afin d’écrire un polar sur le thème… Mais ce projet autour de la Jonction n’est pas du goût de tous. Des poupées sanguinolentes sont retrouvées dans des gares. Pire, l’une des participantes aux activités du collectif Art/Jonction est assassinée. En fil conducteur du livre, la statue de l’ange féminin à la longue robe moulante que l’on aperçoit d’ailleurs sur la couverture de l’ouvrage au-dessus d’un peep show. Comme dans «L’assassin aime l’Art Déco», l’auteure s’offre en outre une incursion dans son propre roman. Sans oublier le petit clin d’œil à Metro et à sa rubrique Kiss & Ride!

«Noire Jonction», de Kate Milie, 180° editions, 208 pages, 17 €

Un effet papillon

anne_duvivier_un_echange_risquePour son premier roman, la Belge Anne Duvivier a choisi comme cadre Bruxelles. Son héroïne, Jane, une jeune scientifique qui s’intéresse aux papillons, revient dans son pays natal après avoir grandi aux Etats-Unis pour y terminer sa thèse sur les lépidoptères au musée royal de l’Afrique centrale. Elle a donc échangé son appartement de Chicago avec celui d’une famille bruxelloise. Mais à son arrivée, elle découvre consternée que l’appartement n’est pas vide et qu’elle va devoir cohabiter avec leur fils, Jérôme, resté au pays. Et bien sûr, il est plutôt du genre bon à rien. Mais l’échange risqué auquel fait référence le titre est bien plus complexe que cela! Une sorte d’effet papillon peut-être? Car Jane trimbale un lourd secret, enfoui tout au fond d’elle. Un secret que l’auteure, devenue psychothérapeute après avoir travaillé dans la communication, nous livre par bribes jusqu’au dénouement final, plutôt inattendu! Un premier roman fort réussi donc, et publié dans la collection Vents du Nord des éditions Zellige, consacrée aux auteurs belges.

Christelle

« Un échange risqué », d’Anne Duvivier, éditions Zellige, 144 pages, 17,90 €

Cote: 4/5