Une société malade

Abha Dawesar, Indienne de 35 ans ayant fait ses études à New York avant de partager sa vie entre New Delhi et Paris, signe avec “L’Inde en héritage” un roman des plus aboutis. Loin de l’écriture légère et fantaisiste qui l’avait fait connaître, elle n’hésite pas cette fois à égratiner sérieusement la société indienne d’aujourd’hui. Subversif à souhait, ce roman est rapidement devenu best-seller dans la plus grande démocratie du monde. Aujourd’hui traduit en français, il ne manquera pas de nous faire découvrir une société grangenée par la corruption. L’auteure nous conte les travers de cette Inde d’aujourd’hui via le quotidien et l’innocence d’un jeune enfant, fils de modestes médecins qui s’échignent à la tâche du matin au soir. Le garçonnet, gavé d’antibiotiques, vit dans l’unique pièce familiale adossée à la consultation de sa mère. De santé fragile, il manque souvent l’école et -la promiscuité aidant- connaît tout des secrets des patients de sa mère… et de sa famille. Un noeud de vipères où l’amour familial n’a d’égal que l’opportunisme et la manipulation. Il y a Cousin, son modèle, fils de M et Mme Six-Doigts vivant aux crochets de Grand-Père, qui fricote avec la mafia locale, il y a Cousine qu’il faut marier quoi qu’il en coûtera (au propre comme au figuré), il y a Paria en mal de reconnaissance paternelle, et puis aussi Psiorasis au physique peu avantageux, Paget qui élève une fille qui n’est pas la sienne, Mme Parfaite qui a tout sacrifié pour son homme, M et Mme Poudre à la solde de leur fils Camé Raté, Prout l’oncle handicapé, etc. Sans oublier Miss Shampooing, icône et fiancée de toute une génération qui sera froidement assassinée. Une brochette de personnages qui permet à l’auteure d’évoquer de multiples maux. Trafic d’organes, disparitions et meurtres d’enfants en série, vie dans les bidonvilles, difficultés de logement, problème de la dote maritale, administration kafkaïenne, …, la liste n’en finit pas. Abha Dawesar décrit avec force cette corruption qui sévit à tous les étages de la société, ces pots-de vin qui permettent d’acheter le silence de la police, d’enfermer des innocents, d’obtenir les autorisations et les permis adéquats. Un portrait de société peu flatteur mais qui, vu au travers de l’innocence de l’âge, garde tout de même une certaine fraîcheur.

Anne-Sophie

“L’Inde en héritage”, d’Abha Dawesar, éditions Héloïse d’Ormesson, 317 pages, 20 euros

Cote: 4/5

http://www.abhadawesar.com/