Ah, les filles !

MUCHACHAS_T3_jaqu_v3_MUCHACHAS_T1_JAQLes « Muchachas » de Katherine Pancol sont au complet! Enfin, disons que le troisième et dernier tome de ce nouveau volet des aventures d’Hortense, Joséphine, et désormais Calypso et l’attachante Stella est paru. Pas une trilogie mais un gros roman découpé en trois, nous expliquait Katherine Pancol à la sortie du premier volume. Mais si vous espériez tout savoir au bout de ces 1.446 pages, détrompez-vous. Ou réjouissez vous, c’est selon! Car Katherine Pancol ne semble pas en avoir fini avec ses héroïnes… En attendant, vous pouvez toujours faire le test sur le site de l’auteure pour découvrir quelle muchacha pourrait devenir votre meilleur amie.

Christelle

« Muchachas 3 », de Katherine Pancol, éditions Albin Michel, 600 pages, 21,50 €

Cote: 2/5

Tomber (amoureux)

ceceliaahern

Alors qu’elle se balade seule le soir dans les rues de Dublin, Christine croise sur un pont un homme sur le point de sauter. Il vient en effet de découvrir que la femme de sa vie le trompe avec son meilleur ami. Sans compter que son père attend de lui qu’il reprenne en main l’entreprise familiale dont il n’a que faire. Christine parvient finalement à empêcher l’homme -qui s’appelle Adam- de sauter et promet de lui prouver que la vie vaut la peine d’être vécue. Adam lui a laissé  pour cela jusqu’à son 35e anniversaire… qui s’avère tomber deux semaines plus tard. Du coup, Christine ne le lâche plus d’une semelle. Et élabore un plan de bataille pour maintenir Adam en vie, comprenant balades nocturnes improbables et aventures rocambolesques. Avec bien sûr une bonne dose de romantisme:  on n’en attendait pas moins de l’auteure de « PS: I love you » et de, plus récemment, « Merci pour les souvenirs » et « La vie et moi« . Le titre anglais en dit d’ailleurs bien davantage: How to fall in love…

Christelle

« Tombée du ciel », de Cecelia Ahern, éditions Flammarion, 19,90 €

Cote: 4/5

Démoniaque Chattam

LA_PATIENCE_DU_DIABLE_DOC 155Diabolique. Démoniaque, même. Maxime Chattam est incontestablement la valeur sûre en matière de thrillers mais, sérieusement, n’est ce pas encore plus flippant de se demander où il va chercher tout cela?!? Après l’épidémie de crimes de « La conjuration primitive« , il continue d’explorer ici le Mal en faisant mourir de peur, littéralement, ses victimes.

Tout commence dans un train lancé à grande vitesse avec deux ados tirant sur des passagers pris au piège. Il y aussi ce drôle de go-fast qui transporte non pas de la drogue, mais… de la peau humaine. S’en suivent des scènes d’horreur en plein restaurant et devant des centres commerciaux, des carnages dans des salles de cinéma…  Le lien entre tout cela? C’est ce que le lieutenant Ludivine Vancker va tenter d’établir. Car on retrouve ici avec énormément de plaisir les (quelques) survivants du précédent thriller de l’auteur.

« La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu’il n’existe pas », a dit Baudelaire, cité en exergue. Rusé, Maxime Chattam l’est aussi pour parvenir à faire mourir des gens de terreur, tout en restant plausible.

Mais le vrai talent de l’auteur tient sans doute à son habilité à nous renvoyer en boomerang nos peurs à la figure en nous propulsant au cœur des pires dérives humaines. Navetteurs qui prenez le train tous les jours, nous vous aurons prévenus! Le pire dans tout cela, c’est qu’on espère déjà retrouver prochainement Ludivine et Segmon pour de nouvelles enquêtes…

Christelle

« La patience du diable », de Maxime Chattam, éditions Albin Michel, 496 pages, 22,90 €

Cote: 4/5

 

 

 

Un roman d’amour optimiste

DSC03302bis «On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux», disait Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. C’est aussi le message que nous fait passer Akli Tadjer dans son dernier roman à la fois plein d’humour et de tendresse.

Pourquoi ce titre?

«Parce qu’il est en rapport avec le métier de la narratrice, la mort. C’est un clin d’œil aussi au salon de massage du livre, au paradis physique, au plaisir que l’on peut avoir quand on se fait masser! Et puis l’histoire se passe rue du paradis!»

Votre héroïne et sa meilleure amie ont des métiers peu ordinaires: croque-mort et thanatopractrice…

«J’ai connu une jeune femme qui tenait une entreprise de pompes funèbres. Je voyais bien le rapport qu’elle avait aux autres. Je trouvais que cela faisait un personnage romanesque. Des personnes qui ont un métier un petit peu en marge de la société, ce sont des mines pour les écrivains. La thanato, c’était pour faire le tandem avec son amie. Les gens qui sont dans la mort, ils finissent toujours par se retrouver. Quand une jeune femme qui tient une entreprise de pompes funèbres rencontre une thanato, qu’est-ce qu’elles se racontent? Des histoires de macchabées quoi!»

Vous avez fait beaucoup de recherches?

«Oui, sur la thanato, beaucoup. Parce que pour que les personnages soient crédibles, il faut que l’on soit complètement dans leur job. Et puis c’est l’honnêteté de l’auteur aussi de bien faire son travail.»

Un autre de vos personnages a été trapéziste…

«Oui, c’est beaucoup de métaphores. Il a passé une partie de sa vie a tutoyé les étoiles, à être plus près du bon dieu, du paradis. Puis un accident l’a cloué au sol. Il rampe au sol comme n’importe quel humain, quel cafard. C’est fini les étoiles. Jusqu’au jour où il va rencontrer son étoile.»

Quel rapport entretenez-vous avec le lait concentré sucré?

«Le lait concentré sucré, j’avoue, c’est moi! Moins maintenant, mais j’ai longtemps eu une addiction au lait concentré sucré. Chaque fois que je passe devant un rayon, je tourne la tête pour ne pas me laisser tenter. Et le mélanger au Curly, je me suis dit que cela devait être bien dégueulasse: on doit prendre un kilo dans chaque fesse. Elle aurait pu fumer des joints, mais je me suis dit que le lait concentré et les Curly, c’était encore plus violent que la coke.»

Vous avez d’autres points communs avec votre héroïne?

«Comme elle, je vis un peu en marge. Je n’ai pas un métier très commun non plus. On me regarde souvent comme une curiosité.»

Vous connaissiez la fin du livre en commençant à écrire?

«Quand je commence un roman, je connais le début, forcément, et la fin, mais entre les deux, je ne sais absolument pas ce qui va se passer. Je savais ici par exemple que j’allais raconter une histoire d’amour, mais je ne savais pas quand mes protagonistes allaient se rencontrer. C’est mon plaisir d’auteur de me surprendre.»

Vous décrivez donc votre livre comme une histoire d’amour?

«D’amour, oui, mais c’est surtout que je voulais raconter un roman optimiste. Qui me fait du bien en l’écrivant. Parce que les temps sont devenus tellement maussades que même les imbéciles ne sont plus heureux.»

Il pourrait être adapté à la télévision comme vos précédents?

«Je préférerais le cinéma si j’avais le choix. Mais oui, ce serait un plaisir. Il y a des pistes. L’idéal, ce serait qu’Omar Sy joue le rôle de Léo.»

Vous avez commencé déjà le prochain roman?

«Je vais m’y mette incessamment sous peu. Cette fois, cela devrait tourner autour de la danse.»

Christelle 

aklitadjerEn quelques lignes

Adèle Reverdy et sa meilleure amie Leila ont des métiers hors du commun. La première est croque-mort et dirige une entreprise de pompe funèbre. La seconde est une talentueuse thanatopractrice. Mais côté cœur, on ne peut pas dire que leurs métiers ont la cote auprès des hommes. Surtout qu’Adèle est accro au lait concentré sucré et aux Curly, un cocktail explosif pour la silhouette. Mais sa sœur est bien décidée à la caser et lui organise une fête où elle a invité plein de prétendants potentiels pour ses 30 ans. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Léo, un ancien trapéziste devenu masseur à la suite d’un accident. Entre eux va naître une belle histoire d’amour que l’auteur nous conte avec humour et tendresse.

«Les thermes du paradis», d’Akli Tadjer, éditions JC Lattès, 314 pages, 18 €

cote: 3/5  

Un road-trip à la Marc Levy

Le dernier roman de Marc Levy nous embarque dans un road-trip au travers des petites routes américaines,  avec deux héroïnes atypiques. Attachez vos ceintures! Le voyage s’annonce mouvementé.map - Une autre idée du bonheur

RaoulVous vous essayez cette fois au road-trip. «J’ai toujours eu envie, dans chaque roman, de faire un travail différent du précédent et d’entraîner le lecteur dans une histoire dans laquelle il ne se sera pas déjà habitué. C’est le risque que j’aime prendre à chaque fois. Le road-book ne s’est pas imposé tel quel comme structure narrative. J’avais envie d’écrire un livre sur une amitié naissante entre deux femmes. Et j’avais envie de mettre deux femmes au cœur d’une intrigue parce 4 Blue Swallow Motel Neon Signque cela a été très peu fait. Tellement peu fait qu’à ma grande surprise, je m’aperçois que dès que vous mettez deux femmes dans une voiture, on vous parle de Thelma et Louise. Ce que je trouve d’une misogynie terrible. Si vous mettez deux hommes dans une voiture, cela paraît normal. Mais si deux femmes commettent l’incroyable écart de se mettre à deux dans une voiture, décapotable de surcroit, quelle que soit l’époque, la façon dont elles vivent, hop, c’est Thelma et Louise. Et cela a été tellement peu fait que j’ai eu envie de voir si j’étais 3 Painting 2 - these are the parentscapable de mettre deux femmes dans une situation où l’on va assister à la naissance d’une amitié. Pour rendre la chose plus complexe, je voulais que ce soit deux femmes de générations différentes. Cela obligeait à deux formes de langage différent, puisqu’elles ne pouvaient pas parler de la même façon avec deux vécus diamétralement opposés. Je voulais que ce soit un huis clos sans que ce soit claustrophobe. Comme c’est un ouvrage qui a pour cœur l’usage que l’on fait de la liberté qui nous est accordée et comment l’usage de cette liberté va influer sur notre destin. Je voulais à la fois que les caractères soient en mouvements. Et en même temps que le mouvement raconte une part de l’histoire. C’est comme cela qu’est venue l’idée.»

Les différentes étapes du livre existent vraiment?
«Elles existent. J’ai publié sur mon site les photos du voyage. L’étoile de Roanoke, les grottes, le bus, le Blue Swallow Motel, Santa Fe,… Il y a même la carte qui va avec!»

Et Agatha? Il paraît qu’elle existe vraiment, c’est vrai cela?
«Il y en a eu plusieurs, il n’y en a pas qu’une. Celle que j’ai rencontrée n’est pas du tout en cavale. D’ailleurs, celle que j’ai rencontrée n’a pas été poursuivie parce qu’elle était enceinte. La vraie Agatha existe, obligatoirement. Mais elle est inspirée de plusieurs Agatha.»

Elle a pas mal de retard à rattraper: Twitter, le GPS…
«Et puis, elle en rajoute un peu. Elle le fait exprès. Je crois qu’à un moment donné, elle comprend, mais elle joue à ne pas comprendre. Elle est têtue.»

Si vous aviez été emprisonné aussi longtemps qu’Agatha, qu’est-ce que vous auriez regretté de manquer à l’extérieur?
«L’élection d’Obama. Et celle de Nelson Mandela. D’un point de vue personnel bien sûr, le moment que je n’aurais pas voulu manquer, c’est la naissance de mes deux enfants. Mais par rapport à la vie des autres, l’élection d’Obama a été l’un des moments les plus émouvants que j’ai connu dans ma vie. Je pense, sans aucune prétention, que l’histoire que raconte ce roman permet de comprendre ce que cela a pu représenter pour des millions de noirs et des centaines de milliers de blancs qui se sont battus pour la démocratie et la liberté de tous. C’était extraordinaire, incroyable. Cela fait partie des raisons pour lesquelles j’ai eu envie un jour d’écrire ce roman.»

Agatha ressemble un petit peu à Daldry, non?
«Oui, il y a beaucoup de Daldry dans Agatha, et il y a pas mal d’Agatha dans Daldry. Un chanteur peut changer de registre de chansons chaque année, il chante quand même avec sa propre voix. Il y a donc bien sûr un peu de moi dans Agatha et il y a un peu de moi dans Daldry. Ou en tout cas il y a un petit peu de l’amour, de l’amitié et de l’affection que je leur porte à tous les deux. Ils auraient fait un beau couple!»

Votre voiture de rêve, c’est laquelle? Une Oldsmobile décapotable rouge de 1950?
«Cela pourrait être celle-là. C’est marrant parce que j’ai une passion pour les voitures anciennes, mais pas les plus prestigieuses. Celles qui ont une bonne bouille et qui racontent quelque chose de la vie des gens. Si j’avais une vieille voiture de course, je ne saurais pas quoi en faire, je ne suis pas pilote de course. Mais cette voiture, je me suis attaché à elle parce qu’elle était aux États-Unis un peu ce que la Renault Caravelle a été en France. Une familiale, de vacances, décapotable.»

Et vous avez une ville préférée?
«San Francisco je dirais. J’ai eu la chance d’y vivre à une époque où il y avait encore un vrai grain de folie dans l’air. Aujourd’hui tout est quand même très normé. Je ne sais plus si est encore tout à fait la même chose.»

Vous croyez au destin?
«Je crois que le destin, c’est une succession de choix que la vie nous propose et la destinée ce que l’on va en faire nous.»

C’est plus une histoire d’amitié qu’une histoire d’amour cette fois…
«C’est quand même une histoire d’amour puisque ce qu’elles vont partager finalement, ce sont les amours de l’une et l’autre. Leurs amours vécues, et leurs amours à vivre. Donc il y a une double intrigue amoureuse. Mais c’est vrai que ce qui est très différent, c’est que ce n’est pas un couple homme-femme qui est au cœur du roman, ce n’est pas un couple d’amoureux. Mais il y a plein d’histoires d’amour au pluriel.»

Cette période historique que vous évoquez, on la connaît peu.
«Non, en a très peu parlé justement et je trouvais qu’il y avait un hommage à rendre à cette jeunesse des années 70 qui a été à l’origine de bien des combats pour la démocratie. Que ce soit la lutte contre l’Apartheid aux États-Unis, contre la guerre du Vietnam, le premier combat mené pour la liberté des femmes. Cette jeunesse a été caricaturée dans deux genres opposés, les babas cool et les hippies qui fumaient des pétards et qui étaient des gentils naïfs, ou la minorité d’entre eux qui s’est radicalisée et qui a formé les mouvements que fut notamment Weather Underground. Mais on a oublié totalement la centaine de milliers de jeunes Students pour la démocratie qui sont descendus dans la rue et qui ont profondément affecté l’Amérique et à qui on doit en partie, le fait que 40 ans plus tard, le président américain est un homme de couleur. C’était aussi un cri d’amour pour ce dont la jeunesse est capable. Comme le dit Agatha, une fois qu’on est installé dans la vie, on a plus de choses à perdre, et donc on n’a plus ce courage-là.»

Milly, elle, n’a pas le courage d’Agatha.
«Jusqu’à ce que… Moi, je pense que ce n’est pas la jeunesse d’aujourd’hui qui a manqué de courge, mais ceux qui ont 30 ans et plus. Et je me mets dedans complètement. Parce qu’on est né avec la liberté. Qu’on a toujours considéré cette liberté comme acquise. Je pense que dans ceux qui ont aujourd’hui 18 ou 20 ans, il y a forcément un regard extrêmement critique sur ce que nous leur donnons en héritage, sur le monde politique que nous avons toléré et dans lequel ils vont grandir. Je ne serais pas étonné que d’ici peu, ils mettent comme on dit un grand coup de botte dans la paille.»

Vous vous positionnez comment par rapport à ces deux personnages.
«Il y a plein de moments dans le roman où il y en a une qui a raison et l’autre qui a tort puis l’autre qui a raison et l’une qui a tort. Je peux très bien comprendre qu’à un moment donné, un jeune nous traite de vieux cons. Mais il y a un moment donné où l’on a droit nous aussi, en tant que vieux con, de traiter un jeune de jeune con. Être con n’est pas une question d’âge, c’est une question de détermination. Il n’y a pas de fatalité. On peut être un vieux con très jeune. Et on peut être un jeune con très vieux. C’est un peu avec cela aussi que j’ai eu envie de jouer dans le roman.»

Ce livre est une quête du bonheur. Votre recette à vous, c’est quoi?
«Je ne pense pas qu’il y ait une recette. Le bonheur, c’est une succession de bonheurs et à chacun de savoir l’attraper au vol quand il passe devant vous.»

Et vous, vous êtes heureux?
«Moi, je suis quelqu’un qui n’aime pas le malheur. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai jamais été malheureux. Mais en tout cas je n’ai jamais aimé m’y complaire. Même au risque parfois d’être taxé d’optimisme, j’ai toujours été chercher l’aspirine pour ne pas avoir mal à la tête. Après, il faut relativiser. Il y a des malheurs dont on se remet très difficilement. Il y a des deuils, des ruptures… Mais j’ai toujours eu un appétit pour le bonheur.»

Christelle
bonheurMarcLevyEn quelques lignes
Ne parlez pas à Marc Levy de Thelma et Louise! Ses héroïnes à lui s’appellent Agatha et Milly et, si elles se retrouvent toutes les deux en décapotables sur des routes américaines, la ressemblance s’arrête là. Agatha et Milly ont une génération d’écart. Après trente ans derrière les barreaux, l’excentrique Agatha est en cavale. Mais pourquoi s’être évadée alors qu’il ne lui restait que quelques années à tirer? Milly, elle, vit une vie ordinaire. Jusqu’à ce que Agatha s’invite à bord de son Oldsmobile rouge décapotable et fasse voler en éclats sa confortable routine. Au fil de leur voyage, les deux femmes se dévoilent. Marc Levy nous embarque dans un road-trip et profite de cette belle quête de liberté pour nous faire aussi découvrir un pan méconnu de l’histoire américaine.

« Une autre idée du bonheur », de Marc Levy, éditions Robert Laffont/ Versilio, 418 pages, 21,50 €
Cote : 3/5

Le dernier roman de Régine Deforges

La-bergere-dIvry_3881Auteure féministe, éditrice sulfureuse, Régine Deforges, décédée en avril d’une crise cardiaque, nous laisse en guise d’au revoir un dernier roman où l’on côtoie les plus grands. A commencer par Victor Hugo. Sa femme Adèle. Et sa maîtresse, Juliette Drouet. Et puis Lamartine, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Béranger, La Fayette… Car Régine Deforges nous entraîne au 19e siècle et revisite un fait divers historique qui fit grand bruit à l’époque: l’assassinat, le 25 mai 1827, de la bergère d’Ivry, Aimée Millot, 19 ans, par un amoureux éconduit. Pris de remords, ce dernier se rendra à la police et sera guillotiné. Parmi les témoins de l’exécution, Victor Hugo himself. De quoi lui inspirer « Le dernier jour d’un condamné », qui marquera le début de son combat contre la peine de mort. Le livre paraîtra la même année que son « Notre Dame de Paris ». Mais on assiste aussi à « La bataille d’Hernani ». fillescahiervoléDe quoi vous donner envie donc de revisiter tous les classiques de Victor Hugo! Et bien sûr de se replonger dans les plus grands succès de l’auteure de la saga de « La bicyclette bleue ». On notera parmi ses derniers ouvrages, « Les filles du cahier volé », journal intime de la jeune Régine…

« La Bergère d’Ivry », de Régine Deforges, éditions La Différence, 192 pages, 16 € 

« Les filles du cahier volé », de Régine Deforges et Manon Abauzit, éditions de la différence, 96 pages, 18 €

 

 

Le scénariste, la star et le mafieux

beneguiDans sa dernière comédie, Laurent Bénégui met dans une situation improbable un scénariste au chômage, une star et un mafieux.

C’est trop tentant de vous demander le pitch du livre en 17 mots!
«(rires) J’ai essayé je n’y suis pas arrivé… (en comptant sur ses doigts) La rencontre entre un scénariste looser et un mafieux psychopathe. Cela fait dix déjà. Et une star. Là on va y arriver. Mais cela ne dit rien de la rencontre.»

Votre héros est auteur de scénarios, il s’appelle Laurent… Cela fait beaucoup de similitudes avec vous.
«Il y a une part d’autobiographie, parce que parallèlement à mes activités de romancier, j’écris aussi des scénarios et je fais des films. Donc je connais bien ce milieu. En ce qui concerne le prénom, depuis cinq romans maintenant, tous mes personnages principaux s’appellent Laurent, ce qui m’évite d’avoir à chaque fois à réfléchir à un prénom! Il y a évidemment un peu de moi là-dedans. Mais je pense qu’on écrit plutôt avec ses angoisses. J’écris plutôt ce que je n’aimerais pas qui m’arrive. La part autobiographique, c’est ma peur qu’il m’arrive tout ce qui lui arrive.»

Vous avez déjà trouvé de l’argent dans les toilettes d’un restaurant?
«Pour tout vous dire, il m’est arrivé une fois dans les toilettes d’un restaurant de trouver de l’argent dans les toilettes d’un plafond. J’ai imaginé que si c’était une grosse somme et qu’elle appartenait à quelqu’un de peu recommandable, cela pouvait être le début d’une aventure incroyable.»

Vous en avez fait quoi, vous de l’argent?
«(rires) Je l’ai gardé, je dois dire. C’était des francs à l’époque. Il devait y avoir quelques centaines de francs. On était plusieurs amis. On est allés tour à tour aux toilettes. Chacun a passé la main dans le plafond. On avait 18 ans. Il y a donc prescription!»

Vous écrivez que pour être écrivain, il faut avoir quelque chose de soi à dire aux autres.
«Ce que j’ai à dire est en filigrane dans le roman. Cela parle un petit peu comment les gens deviennent fous avec tout ce qui touche à la notoriété et dont le star-system n’est jamais que la partie la plus visible. Dès qu’on peut se montrer à la TV, être vu, reconnu, cela rend les gens dingues. Et puis peut-être aussi, ce qui touche à moi, c’est une vision sur le monde. J’essaie d’écrire les choses avec humour. Je n’arrive pas à prendre les choses totalement au sérieux. Je pense que les situations les plus graves méritent toujours un sourire, qu’on les regarde avec un peu de distance.»

Votre star hollywoodienne préférée, celle que vous rêvez de sauver, c’est Angelina Jolie?
«Ah, vous l’avez reconnue? (rires) Elle n’est pas citée! Ce n’est pas qu’elle est ma star préférée, mais je pense vraiment qu’elle est une des personnes les plus connues au monde, probablement plus même que Barack Obama ou Vladimir Poutine. La notoriété de quelques personnes est tellement inimaginable que ce sont de vrais phénomènes planétaires. L’héroïne du roman, pour ne pas la nommer, est un symbole incroyable de cette notoriété.»

Mangez-vous de la viande?
«Oh oui! Mais assez peu de plats que je ne prépare pas par moi-même! J’adore cuisiner. J’aime bien faire tout moi-même de A à Z.»

Vous procédez comme votre héros pour écrire? Vous connaissiez la fin de l’histoire en commençant à écrire?
«Pour chaque roman, c’est différent. Je savais comment cela commençait et comment cela finissait. Il fallait inventer tout le reste entre les deux. Mais je n’ai pas de règles là-dessus. Il y a des romans pour lesquels je sais à peu près tout. D’autres pour lesquels je n’ai que le début et je n’essaie pas d’inventer la fin tant que l’écriture ne m’y a pas mené.»

Vous aussi, vous avez de bonnes scènes orphelines?
«Oui, j’ai des chapitres orphelins. Ce roman-ci faisait 100 pages de plus que j’ai coupées. Il y a des scènes comme cela qui peuvent avoir une vraie valeur en soi. Et puis on se dit qu’elles ne sont pas à leur place dans ce roman, qu’on les mettra ailleurs. Et puis elles ne trouvent jamais de place. Je n’ai pas d’exemples mais il y a des idées qui ont 15 ans d’existence, j’y repense de temps en temps. Et elles restent orphelines!»

Ce roman pourrait être adapté au cinéma comme vos précédents?
«Oui, je pense qu’il pourrait tout à fait être adapté. Ce qui serait marrant, c’est d’essayer de contacter vraiment la star hollywoodienne en question. Si ce n’est pas elle, cela pourrait être adapté. Cela pourrait marcher avec n’importe quelle actrice, voire acteur, à condition qu’il ait cette réputation mondiale puisque cela fait partie du moteur du récit, c’est-à-dire comment les gens deviennent dingues à l’idée de côtoyer cette célébrité.»

Et où en est l’adaptation de «SMS»?
«Le film est en train de se finir. Il sort le 20 août. Deux autres adaptations sont prévues. Pour le roman qui s’appelle ‘Le jour où j’ai voté pour Chirac’, il y a un vague projet de tourner cette année, je ne sais pas si cela se fera. Et ‘Mon pire ennemi est sous mon chapeau’ , c’est moi qui vais le tourner. J’attends une réponse d’un acteur… Je suis donc comme le personnage de mon roman.»

Christelle

beneguihollywoodEn quelques lignes

Que feriez-vous si vous trouviez un jour une grosse somme d’argent cachée dans les toilettes d’un café? Quitté par sa femme, viré de la série télé sur laquelle il bosse, et forcé de vivre une semaine sur deux dans un appart minuscule avec deux gosses déchaînés, Laurent Labarrère ne réfléchit pas longtemps. Sauf que l’argent appartenait à un mafieux russe psychopate, Boris Modeskovine. Suite à des ennuis de santé, ce dernier est obligé de changer de boulot. Et décide de se reconvertir dans le cinéma. Il va donc engager Laurent pour écrire le scénario d’un film dans lequel il voit dans le rôle principal, une star hollywoodienne. Trois personnages qui avaient peu de chances d’un jour se rencontrer. Mais cela, c’était compter sans Laurent Bénégui et son art de plonger les personnages dans des situations explosives.

«J’ai sauvé la vie d’une star d’Hollywood», de Laurent Bénégui, éditions Julliard, 352 pages, 20 €

Cote: 4/5

Le secret de l’amour infaillible dévoilé

© Catherine Cabrol

© Catherine Cabrol

Et s’il existait bel et bien une potion -ou tout au moins un comportement- qui rendait l’autre amoureux à coup sûr? Avec son «élixir d’amour», Eric-Emmanuel Schmitt pourrait bien l’avoir trouvé! 

Vos personnages sont parvenus à trouver, chacun à leur manière, un élixir d’amour…
«Oui. Entre eux deux, tout à coup, il y a cette question qu’elle lui lance: est-ce que cela existe l’élixir d’amour, c’est-à-dire la potion ou le comportement qui rend l’autre amoureux à coup sûr? Et lui, effectivement, va lui répondre un matin qu’il l’a trouvé. Elle le défie de le faire. Lui va donc s’embarquer dans cette histoire et essayer de rendre une femme amoureuse. Et on découvrira à la fin que c’est sans doute elle qui possède l’élixir d’amour.»

Votre élixir à vous pour séduire, c’est quoi? Romancier, cela fonctionne aussi bien que psy?
«(rires) Oui, cela fonctionne assez bien. Dans ma vie, j’ai eu deux métiers, quand même assez sexy. J’ai été prof de philo. Et dans un lycée, prof de philo, c’est à égalité avec le prof de gym, pour des raisons différentes (rires). Et ensuite, écrivain. C’est évident que dans la mesure où un écrivain parle du cœur, des méandres du psychisme féminin, oui, cela fonctionne bien!»

C’est un peu votre version à vous de Tristan et Yseult?
«Oui. Je crois que Tristan et Yseult, c’est une belle légende, mais ce n’est pas une histoire lucide. Moi, j’essaie plutôt de faire une histoire lucide. J’essaie vraiment de comprendre ce qui se passe dans une histoire d’amour, quand le sentiment subsiste et qu’il y a les atermoiements du désir. La plupart des gens, à cette question-là, répondent par la rupture. C’est ce que vont faire Adam et Louise au départ. Le désir est moins fort. Pour elle, c’est une humiliation. La baisse du désir d’Adam et le fait qu’il se tourne vers d’autres femmes est une blessure narcissique profonde pour elle. Elle justifie qu’elle se sépare. Mais dès le début du livre, on comprend que ces deux-là sont passionnément attachés l’un à l’autre. Lui, puisqu’il mendie son amitié en disant seule la peau sépare l’amour de l’amitié. Et elle, elle le hait: c’est dire qu’elle lui est attachée. Cela part de là. Mais ce qu’on croit être une rupture, va évoluer. Parce qu’il y a un besoin irrépressible de l’un et l’autre. Lui veut se persuader qu’il est un mâle conquérant, un dominateur, qu’il passe des bras d’une femme aux bras d’une autre. Mais cela, c’est lui dans son miroir. Dès la première lettre, on entend qu’il est amoureux, qu’il tient à elle. Lui n’a pas saisi sa complexité, comme la plupart des hommes!»

Vous pensez que les relations amoureuses sont différentes en France qu’au Canada?
«Clairement. Les Canadiennes qui viennent en France sont surprises, disent-elles, par l’absence d’autonomie des femmes. Elles sont toujours dans la séduction, en train de se définir par rapport à l’homme, sortir forcément avec leur homme, alors que dans les pays anglo-saxons, les couples se séparent facilement pour sortir. La femme est toujours dans la séduction, dans le rapport à l’homme. Par contre, quand le mâle européen va au Canada, il est très surpris de découvrir l’autonomie profonde de la femme, de sa carrière. Il n’y a même pas besoin de le dire, cela va de soi, comme pour un homme. Beaucoup sont traumatisés par cette égalité. La Canadienne qui prend l’initiative, qui dit ce qu’elle aime, ce qu’elle n’aime pas, met des bottes, juge, exactement comme un homme, c’est soit très excitant pour le mâle européen, soit cela le fait fuir.»

Vous ne croyez pas en l’amour éternel?
«Je n’ai pas dit cela! C’est-à-dire que je ne crois pas qu’éternellement puissent durer le désir et le sentiment à la même intensité. Même dans les histoires d’amour les plus heureuses, la fièvre des commencements reste la fièvre des commencements. Après les choses prennent un autre rythme. Et ensuite, il peut y avoir carrément un décrochage entre désir et sentiments. D’un côté, et là c’est tragique. Ou des deux côtés, et c’est aussi tragique. Mais ce que je montre dans mon livre, c’est que la relation amoureuse d’Adam et de Louise, elle va peut-être être éternelle. En tout cas, elle va durer autant qu’eux. Si ce n’est qu’elle aura lucidement été cabossée parce qu’il y aura eu des traversées du désert, des difficultés, des guerres, mais aussi des retrouvailles. Ce qu’apprend Louise, c’est ce qu’elle refuse au début. C’est-à-dire que la relation puisse durer sans que le désir ne soit aussi fort. Il y aura peut-être des retours, des intermittences, des absences, des présences.»

Après les 700 pages du précédent, celui-ci est tout petit. Comment décidez-vous du format?
«C’est l’histoire. ‘Les perroquets de la place d’Arezzo’, c’était une sorte de regard exhaustif sur différentes manières d’aimer, différentes sexualités. C’était panoramique, encyclopédique. Il fallait aussi le temps dans le roman que tous les destins se rejoignent. Le sujet et la dramaturgie demandaient beaucoup de place. Pour ‘L’élixir’, cela ne pouvait être fort selon moi que si c’était bref. Parce qu’il y a des phrases qui sont des flèches. Et la dernière lettre oblige à relire l’histoire sous un autre angle. Parfois pour que ce soit fort il faut que cela soit bref, parfois il faut que cela soit gros. La brièveté, ce n’est pas la paresse. C’est du travail aussi. Il faut arriver à réduire à l’essentiel. Qu’il y ait en même temps suffisamment de parenthèses et d’écarts pour que cela soit vivant. J’ai une grande jouissance à la forme brève.»

Et pourquoi avoir choisi la forme épistolaire?
«La première raison, c’est que c’est une manière de faire du théâtre dans le roman. Au fond, ce sont des personnages qui parlent, comme au théâtre. Il n’y a pas de narrateur. Il n’y a pas d’autre voix que celles des deux personnages. Comme je viens du théâtre, c’est vraiment trouver le théâtre dans le roman. L’autre chose, c’est que je voulais me servir du mode de communication contemporain qui est le courriel. Cela change le type de rapports. A l’époque des ‘Liaisons dangereuses’, on s’écrivait des lettres, mais entre le moment où on l’écrivait et le moment de la réponse, il se passe au minimum une semaine. Donc on écrit de longues lettres, réfléchies, calligraphiées. Aujourd’hui, avec le sms et le courriel, on n’est pas dans le recul, on est dans l’instant. Autant la lettre d’amour au 18e siècle est plus favorable à la durée, aux sentiments, autant le courriel, le texto, est plus favorable aux désirs, au plaisir, à l’instant. En plus, par le courriel, on peut se répondre du tac au tac. On retrouve donc la magie de l’échange, du dialogue.»

Côté BD, avec «Poussin», vous en êtes où?
«J’ai écrit le deuxième tome, mais il n’est pas encore dessiné. Donc je suis un peu en attente et frustré!»

Vous avez déjà commencé votre prochain roman?
«Oui, ce sera un petit livre, sur l’amour adolescent cette fois. Il devrait sortir en novembre.»

Christelle

lelixirdamourEn quelques lignes

Désormais séparés, Adam et Louise se lancent dans une relation épistolaire. Lui est psy à Paris. Elle, avocate à Montréal. Tout en évoquant les blessures du passé, ils discutent de leurs nouvelles aventures. L’occasion pour l’auteur de s’interroger à travers eux sur une question qui le taraudait: qu’arrive-t-il dans une histoire d’amour, quand le sentiment est toujours aussi fort, mais que le désir diminue? Et existe-t-il un moyen infaillible pour déclencher la passion, comme l’élixir qui unit jadis Tristan et Yseult? Adam pense l’avoir trouvé. Mais si c’était Louise qui, au final, détenait la solution? Après les 700 pages presque encyclopédiques de ses «perroquets de la place d’Arezzo», c’est cette fois au travers d’aphorismes qu’il aligne tout naturellement au fil des pages qu’Eric-Emmanuel Schmitt nous distille le secret pour faire rimer l’amour avec toujours.

«L’élixir d’amour», d’Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 162 pages, 16 €
Cote : 4/5

Vive les vieux copains

valentinmussoAprès s’être perdus de vue durant plusieurs années, trois copains se retrouvent l’espace d’un week-end pour une randonnée en montagne. L’occasion pour Romuald, qui a grandi dans la cité, d’en mettre plein la vue avec sa grosse voiture et son luxueux chalet dans les Pyrénées à ses anciens amis de la fac, Théo et David, venus avec leurs compagnes, Dorothée et Juliette. Mais la montagne peut être dangereuse pour les randonneurs inexpérimentés. En chemin vers le glacier, ils s’égarent et la petite bande commence à se demander si la montagne est aussi familière à Romuald qu’il voudrait bien le leur faire croire. D’autant qu’au fil des pages, l’auteur nous dévoile les petits secrets de chacun. Jusqu’au drame qui les lie. Et à celui qui, on le sent, se profile. Valentin Musso (le frère de Guillaume, oui) explore les failles intérieures de chacun et fait monter le suspense. Jusqu’à une pirouette finale, certes originale bien que quelque peu tirée par les cheveux. À noter que son précédent roman, «Le Murmure de l’ogre», paru en 2012, a reçu le Prix Sang d’encre des lycéens et le Prix du polar historique.

Christelle

«Sans faille», de Valentin Musso, éditions du Seuil, 336 pages, 19 €

Cote: 3/5

Un western urbain médiatico-politique

crispationsPremier roman plus que réussi pour le journaliste culturel Eric Russon qui nous entraîne dans les coulisses du pouvoir et de la télé. À son tour donc d’être mis sur le grill!

Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer de l’autre côté?
«Ce n’est pas tellement l’envie de passer de l’autre côté, c’est que cela fait partie de ma vie autant que mon métier. L’écriture est là depuis très longtemps. J’écris plein de choses. Mais cela reste dans mes tiroirs ou à l’état de projets. Ou alors ce sont des nouvelles mais qui ne sont pas encore publiées, ou des pièces de théâtre qui, elles ont été jouées. De l’extérieur, cela donne en effet l’impression que c’est une envie de franchir une frontière. Mais c’est simplement le fait que j’ai eu l’impression qu’avec ce manuscrit-là, qui n’est pas le premier écrit, mais le premier terminé qui me satisfaisait, l’envie de publier était plus présente.»

Comment vous en est venue l’idée?
«L’idée est venue d’un entrefilet dans un journal lu il y a quelques années et qui faisait part d’un truc bizarre. C’était l’hiver, dans un pays nordique, et deux amoureux étaient restés soudés par la bouche à cause du froid. Ils avaient tous les deux un appareil dentaire. Cela tenait en dix lignes, même pas. Mais moi, ce que j’ai imaginé, c’est toute l’humiliation du couple qui, à un moment donné, se retrouve soudé et doit aller chercher de l’aide. C’est absurde, humiliant, tout ce qu’on veut mais en tout cas pas agréable. C’était plutôt cela qui me plaisait. Moi, je suis allé un petit peu plus loin, je ne les ai pas soudés au même endroit! Et comment connaître cette situation et cette humiliation qui en découle sinon que par une émission de télé? Tout a démarré de là!»

Votre roman commence donc de façon chaude. Au point d’avertir le lecteur au sujet de la première phrase.
«La première phrase est toujours cruciale. Il y a d’ailleurs des romans qu’on reconnaît à la première phrase sans même les avoir lus. Généralement, quand on va dans une librairie, on regarde le quatrième de couverture, on regarde la première phrase. Et la phrase est accrocheuse ou pas et donne envie ou pas de franchir le pas ou pas, de vivre l’aventure d’un livre. Mais l’avertissement fait un peu partie du roman. C’est une réflexion littéraire sur la première phrase, mais aussi sur les dangers qu’elle recourt. Ma première phrase est une phrase un petit peu accrocheuse, mais je dis dans l’avertissement qu’il ne faut pas s’y fier. Ce n’est ni un roman érotique ni porno. C’est simplement la première phrase qui est un peu chaude. Et après cela se refroidit. Dans tous les sens du terme. (rires) »

Une partie de l’intrigue se passe sur un plateau de télé. Vous vous êtes inspiré de votre propre vécu?
«Non. J’ai vécu des directs un peu compliqués quand j’étais à Télé Bruxelles, parce que le direct forcément amène des complications quand un grain de sable s’installe dans la machine qui normalement devrait être huilée. Mais je n’ai jamais vécu ou présenté ce type d’émission de grand plateau de prime dans des grandes chaînes. Comme dans la politique. C’est vrai que je parle un peu des coulisses d’une certaine politique dans ce roman. Je n’ai jamais été dans les coulisses d’une élection présidentielle en France. Par contre, j’ai vécu les coulisses d’un journal et j’ai rencontré énormément de politiques. C’était des politiques locaux. Mais je me dis que quel que soit le niveau de pouvoir, je pense que quand on l’a et que l’on veut le garder, il se passe les mêmes choses. Cela me semblait plus sexy de parler d’un niveau national que d’un niveau local.»

Parmi les personnages qui sont nombreux dans votre livre, vous avez un préféré?
«Il y en a plusieurs. Sans déflorer l’histoire et ce qui se passe à la fin, il y a des personnages que j’ai eu envie de sauver. Il y a une camerawoman par exemple qui s’est fait un tas d’illusions sur le métier. Il y a aussi le petit couple parce que ce qui lui arrive, ce n’est vraiment pas sympa, donc je ne voulais pas trop les enfoncer non plus. Et puis il y a une espèce de tueur professionnel qui travaille dans l’ombre du pouvoir. Comme il est fan de Prince et moi aussi, j’ai voulu le sauver! Mais je pense que j’aime tous ces personnages, sinon je ne les aurais pas accompagnés, même si c’est pour leur faire vivre un destin funeste. Il y a Vincent Maeght, ce personnage qui est un peu le déclencheur, un gars qui essaie d’exister. Et cette possibilité de pouvoir exister par une émission de télé, on va la lui confisquer. Alors il va péter un câble. C’est vrai que de prime abord, il n’est pas très sympathique. Et en même temps, on le plaint tellement!»

Vous mettez beaucoup de vous dans vos personnages?
«Oui, mais je le cache bien! Je n’ai pas envie de raconter des histoires qui m’arrivent. Je ne suis pas du tout dans l’autofiction. Mais je pense qu’il y a toujours une part de soi dans les personnages que l’on construit. Pour le pire ou pour le meilleur. Pour reprendre ce personnage de barbouze que l’on surnomme Qui Vous Savez parce qu’il doit rester anonyme, la manière qu’il a d’exister dans la vie, c’est qu’il est fan de Prince. On ne s’y attend pas. Et cela, c’est clair que j’y ai mis un peu de moi.»

Vous connaissiez la fin avant de commencer à écrire?
«Je savais où je voulais aller. Au départ, la fin, c’était la dernière scène avant l’épilogue.»

Dans quel genre vous le classeriez?
«On m’a parlé de thriller. Pour moi, c’est plus un western urbain médiatico-politique. Le personnage principal, c’est l’intrigue.»

Vous avez déjà commencé un prochain roman?
«Oui. Celui-là, c’est le deuxième qui a été écrit. Mais je le termine maintenant. Et celui que j’ai écrit après est déjà terminé. C’est un peu dans le désordre!»

Si vous étiez invité sur votre plateau, quelle question vous poseriez-vous?
«Oh la colle! Peut-être une question sur la place de l’écriture. C’est vrai qu’il y a une écriture romanesque. Et puis une écriture linguistique, parce qu’il y a toujours de l’écrit à la base du travail du journaliste. Les gens l’oublient un peu quand on fait de la radio ou de la télé où on s’imagine que tout est improvisé. Ce que je me poserais donc comme question, c’est la spécificité de chaque écriture. Et je répondrais à cette question que ce sont deux écritures complémentaires. Quand on est dans l’écriture journalistique, il faut aller à l’essentiel. Et quand on est dans l’écriture romanesque, il faut raconter d’abord une histoire. Mais ce que m’a appris le double exercice, c’est que quand on écrit un roman, il faut aussi à un moment donné aller à l’essentiel. Et quand on écrit un papier ou une voix off, il faut aussi raconter une histoire. Les Américains ne parlent d’ailleurs pas d’articles ou de papiers, ils parlent de ‘story’. C’est de cela que j’ai envie: raconter des histoires dans mon métier de journaliste et d’aller à l’essentiel dans l’écriture romanesque.»

Christelle

En quelques lignes

Au départ, une émission de téléréalité d’un nouveau genre. Un citoyen lambda choisi au hasard ou presque pour poser sa question au président. Mais l’émission dérape et un jeune couple se retrouve à l’écran, filmé en train de faire l’amour. Dans cette riche galerie de personnages, on retrouve aussi un tueur professionnel fan de Prince, un paparazzi sans aucun scrupule, un président à la vie sentimentale compliquée, une ex-Première dame, une camerawoman désabusée, une actrice vieillissante et un jeune réalisateur. Le fil conducteur? Cette envie de chacun d’exister. «Une bonne idée, bien utilisée, des personnages truculents, un rythme infernal, des pages qui se tournent toutes seules (…)», comme le dit Barbara Abel, qui signe la préface du roman. Des éloges pas du tout usurpés pour le premier roman publié du journaliste culturel Eric Russon (il présente 50 degrés nord sur Arte notamment). On y ajoutera un sens du rythme et du suspense à vous tenir en haleine jusqu’à l’épilogue! Un livre publié aux éditions Lamiroy, une toute jeune maison d’édition de chez nous.

«Crispations», d’Eric Russon, éditions Lamiroy, 384 pages, 25 € Cote: 4/5

 

Le pari de Guillaume Musso

MussoQue feriez-vous si vous vous réveilliez un matin dans un parc -Central Park en l’occurrence!-, menotté à un individu que vous n’avez jamais vu? Voilà la question à laquelle Guillaume Musso s’est attelé dans son dernier roman. Et sans même recourir au surnaturel!

Votre dernier roman doit son titre à l’endroit où il commence. Mais pourquoi Central Park?
«L’idée de ce roman m’est venue un peu comme un pari que je me suis lancé à moi-même, à savoir mettre mes héros dans une situation très délicate, un petit peu inextricable. Et la première chose qui me soit venue à l’esprit, c’est un homme et une femme, menottés, dans un endroit inconnu. J’aimais bien Central Park. D’abord parce que je suis attaché à New York. Et puis parce que je trouvais que cela allait bien avec cette idée qu’elle était la veille sur les Champs Élysée à Paris et lui à Dublin. Ce n’est pas impossible, rationnellement. Mais c’est très compliqué, logistiquement, à organiser! Ils n’ont pas d’argent, pas de téléphone portable, pas de papier d’identité. Cela les plonge dans un New York qui apparaît comme une jungle. Le fait d’être attaché complique vraiment les choses. Deux étrangers sont obligés de cohabiter alors qu’ils n’ont pas le même caractère.»

En commençant à écrire, vous ne connaissiez donc pas le rebondissement de la fin?
«Si. Je sais toujours d’où je pars et où je veux aller. Après, je ne connais pas forcément les différentes étapes. Le problème pour faire la promo sur ce roman, c’est que le véritable thème apparaît dans les 30 dernières pages.»

Si la fin est une surprise totale, il n’y a en effet pas une once de surnaturel.
«Non, cela faisait partie du pari que je m’étais lancé: essayer d’expliquer tout cela rationnellement.»

Votre petit dernier est à nouveau un thriller. C’est devenu votre nouvelle marque de fabrique?
«C’est beaucoup ce que j’aime lire actuellement et voir, que ce soit en film ou en série. Pendant longtemps, il y a eu un malentendu sur mes romans. Beaucoup de personnes en avaient une idée un peu fausse, se disant que Musso, c’était des histoires d’amour, du surnaturel. Finalement, depuis trois ou quatre ans, depuis qu’il y a eu ce virage qui s’est fait naturellement chez moi vers plus de suspense, un côté polar, cela m’a amené de nouveaux lecteurs, des lecteurs masculins qui auparavant lisaient Harlan Coben, Douglas Kennedy, Chattam. Finalement, cela me correspond bien. Je ne m’interdis pas d’incursion dans le fantastique, comme dans le précédent, ‘Demain’. Il n’y a pas de lignes directrices. Pour que je commence une histoire, c’est comme pour une histoire d’amour où il faut que ce soit la bonne personne, le bon moment. Là, il faut que ce soit la bonne histoire, au moment où moi j’ai envie de la traiter. Il faut que cela fasse échos à des préoccupations de ma vie à ce moment présent.»

Cela vous est déjà arrivé de vous réveiller sans vous souvenir de la nuit précédente?
«Non! Il m’est arrivé de me réveiller en pleine nuit à Hong-Kong et de croire que j’étais à New York. C’était une époque où je voyageais beaucoup pour la promo. J’avais été à New York un petit peu avant, à Taïwan. Et à un moment, je me réveille en pleine nuit. Et durant trois secondes, vous ne savez pas. Vous n’êtes pas dans votre lit. Vous regardez dehors, la ville qui s’étend illuminée. Je me suis dit ah oui,je suis à New York. Puis je regarde et me dis, mais non. Ces deux ou trois secondes de latence instille le doute en vous.»

Des personnages de vos anciens romans font une petite incursion dans celui-ci, non?
«Oui. il y a trois ou quatre clins d’œil à mes précédents livres. C’est une habitude chez moi, parce que cela fait plaisir aux lecteurs fidèles, qui me suivent chaque année, qui connaissent mes romans sur le bout des doigts! Ils aiment bien retrouver en caméo des personnages.»

Comment sont nés les personnages d’Alice et Gabriel?
«Alice a été le personnage le plus compliqué. Je ne savais pas exactement au début qui était cette fille! Après, je me suis dit ah oui, d’accord, elle est flic. Et j’ai creusé un petit peu dans sa vie. Je lui ai construit un passé, un caractère. Gabriel, au départ, je l’ai construit comme un pianiste de jazz, non-chaland, un type un peu dragueur, qui a une fille dans chaque port. J’ai essayé de les mettre ensemble, sous un bocal, pour voir ce que cela donne. Je me suis amusé à écrire des dialogues, voir s’il y avait une alchimie qui se créait entre eux. Un peu comme des acteurs qui passent un casting. J’ai vu que cela fonctionnait bien.»

Gabriel, c’est un prénom qui vous plaît bien, au féminin comme au masculin. Ce n’est pas la première fois qu’un de vos héros s’appellent comme cela.
«Absolument, c’est un prénom que j’aime beaucoup. Choisir des prénoms de personnages, c’est compliqué. C’est un peu comme choisir un prénom d’enfant. On fait des listes. J’aime bien quand ce sont des prénoms qui peuvent sonner à la fois anglo-saxon ou français. Une indétermination. Et naturellement, cela fait en effet échos au personnage de Gabrielle dans ‘Que serais-je sans toi?’.»

Le thème du livre, c’est donc la quête d’identité.
«Oui, c’est la quête de l’identité, dans le sens où ces personnages se demandent qui ils sont. Comment c’est possible d’en arriver où ils sont? Est-ce que cela vous arriverait à vous de vous réveiller à Central Park après une nuit de beuverie? Moi, j’imagine que cela ne m’arriverait pas, mais on ne peut jamais savoir dans la vie! Il y a cette phrase de Stephen King que je cite et qui dit qu’en tout homme, il y a un autre homme. Je pense qu’on porte tous en nous un inconnu qu’on entre-aperçoit parfois, dans ces moments où l’on se dit, tiens, je ne me serais jamais cru capable de faire cela. Cela peut être la pire des saloperies, mais aussi parfois un acte courageux. Dans ce roman, le danger fait que les personnages vont être obligés de se révéler sous leur vrai jour, de se dépouiller de leurs oripeaux, de se mettre à nu.»

Vous aimez le jazz?

«J’en ai beaucoup écouté pour ce roman, oui! Notamment Ibrahim Maalouf, le trompettiste franco-libanais qui a fait un très bel album, ‘Wind’, un hommage à la musique de Miles Davis, dans ‘Ascenseur pour l’échafaud’. Je l’ai écouté beaucoup pendant que j’écrivais ce roman.»

Quel est votre top cinq des endroits à ne pas manquer à New York?
«J’aime beaucoup la high line, une ancienne voie de chemin de fer qui a été désaffectée et qui aujourd’hui est une sorte de coulée verte sur laquelle vous pouvez vous promener au Sud de Chelsea. Vous avez une vue très belle sur le fleuve. Vous dominez la ville. Et j’aime bien résider à Tribeca. Il y a moins de foule. J’aime bien aussi les quartiers d’Astoria, que je décris, qu’on appelle Little Egypt. Il faut aussi absolument assister à une comédie musicale à Broadway. Et en dernier endroit, je dirais ce qu’on appelle les cloisters, des cloîtres du sud de la France qui ont été transportés à New York et reconstruits, presque pierre à pierre. »

Il y a dix ans paraissait «Et après». Votre vie a beaucoup changé depuis?
«Oui. D’abord parce qu’aujourd’hui je peux vivre de mon écriture. Comme dit Gavalda, ‘je suis une artiste donc je paie mes factures avec mes rêves’. C’est beau. Donc il y a cette idée de pouvoir faire tous les jours ce que vous aimez le plus, créer des histoires. Mais c’est vrai que cet anniversaire commémore surtout une belle rencontre avec les lecteurs. On oublie souvent mais ‘Et après’ n’a pas été un méga succès tout de suite. C’est un roman qui a marché grâce au bouche-à-oreille. Cela a mis des mois, des années. Après le roman est sorti en poche, à l’étranger. Et c’est devenu un long-seller, un livre qui continue à se vendre aujourd’hui, dans plusieurs pays. Je suis attaché à cela bien sûr. Et puis, il y a cette satisfaction de ne plus être simplement un auteur à la mode. Quand cela fait dix ans que vous êtes dans le paysage des romanciers français, vos histoires et vos personnages font un petit peu partie des gens.»

Vous êtes même l’auteur français le plus lu pour la troisième année consécutive…
«Oui, c’est une satisfaction aussi bien sûr parce que c’est une confiance. Le roman sort et je sais qu’il y a beaucoup de lecteurs qui me font cette confiance de l’acheter sans même parfois avoir lu la quatrième de couverture, simplement parce qu’ils ont aimé le précédent. Je travaille comme un artisan. Je travaille tous les jours, j’essaie à chaque fois de faire de mon mieux. Après, il y a des années où l’on est plus ou moins inspiré.»

Et vous avez déjà une idée pour le prochain?
«Cela fait longtemps que j’ai envie de mettre au point un couple d’enquêteurs récurrents. Mais je ne veux pas me lancer dans quelque chose qui n’ait pas suffisamment de matière. Si cela doit durer trois ou quatre romans, il faut vraiment que les personnages soient suffisamment denses pour pouvoir donner lieu à des intrigues différentes. Donc je travaille sur cela en ce moment.»

Christelle

En quelques lignes

mussocentralpark

Pour son onzième roman, Guillaume Musso s’est lancé un pari: mettre ses héros dans une situation plutôt inextricable… et les en sortir sans recourir au surnaturel. Un pari réussi! Et avec une fin qui n’en est pas moins surprenante qui plus est. Mais qu’on ne vous dévoilera point ici! Tout commence donc à New York, dans Central Park. Alice, une jeune flic parisienne, s’y réveille sur un banc, menottée à un homme qu’elle ne connaît pas, une tache de sang sur son chemisier. Dans sa poche, un flingue. Avec une balle manquante. Le dernier souvenir d’Alice remonte à la veille, une soirée arrosée avec ses amies sur les Champs Élysée. Pour tenter de découvrir comment elle a échoué de Paris sur ce banc new yorkais en quelques heures à peine, Alice va devoir collaborer avec l’homme attaché au bout de son poignet, qui dit s’appeler Gabriel, et pense encore être à Dublin où il jouait du piano dans un bar la veille au soir. Situation a priori compliquée donc, qui vous happe d’emblée pour vous entraîner dans une course effrénée jusqu’à un final totalement inattendu et pourtant bien pensé. Le romancier français le plus lu n’a donc pas encore fini de nous surprendre!

«Central Park», de Guillaume Musso, XO éditions, 396 pages, 21,90 €

Cote: 5/5

Une ado qui fait un carton

catherineGirardAudetSa jeune héroïne québécoise à la vie compliquée fait un carton chez nos ados! Rencontre avec Catherine Girard-Audet, une auteure à l’accent plein d’exotisme.

Vous étiez une ado comme Léa? Vous partagez beaucoup de points communs avec elle?

«Le physique, quand on voit la couverture! Mais oui, la vie de Léa est inspirée étroitement de la mienne. J’ai changé plusieurs fois d’école dans le secondaire. J’ai déménagé comme Léa. Cette partie-là est tirée de ma vie. J’étais aussi une ado qui essayait de trouver sa place. Mais pour ce qui est la ‘best’, internet n’était pas à l’époque ce qu’il est maintenant. J’écrivais des lettres. Et au fur à mesure, -il y a deux semaines qui passent entre chaque lettre-, on finit un peu par perdre le fil. Quelques années plus tard, une de mes amies est partie de Montréal en Suisse. Elle est toujours mon amie aujourd’hui. C’est vraiment la magie de ce qu’internet peut faire. C’est aussi pour cela que j’ai choisi ce moyen-là dans mes romans.»

Cette série est née comment?

«Il y a un peu plus de deux ans, des gens m’ont convaincu d’écrire une série jeunesse. Pour être sûre de ne pas me planter, je me suis dit autant parler de quelque chose que je connais. J’ai donc décidé de m’inspirer de la chose qui m’avait le plus marqué durant mon adolescence, cette espèce de déracinement, le fait de changer de ville. Parce que quand on est ado, changer d’école, c’est le drame. Puis le format de courriel m’est venu tout naturellement parce que c’est la meilleure façon pour Léa de rester en contact avec son amie. Moi, de mon côté, je travaille de chez moi, et donc c’est comme cela que je communique avec tout le monde tout le temps. À partir de là, j’ai créé mes personnages en pensant aux gens que j’avais connu dans ma vie.»

Certains se sont reconnus?

«Il y en a qui se reconnaissent, oui. Des gens avec qui j’étais au secondaire. J’ai des amies qui se reconnaissent et reconnaissent aussi les ‘chums’ de Léa. Mon premier copain s’appelait Alex… Je ne suis bien sûr plus copines avec les fameuses Nunuches, mais j’espère qu’elles se reconnaissent!»

Combien de tomes sont prévus?

«Je change toujours d’idée. Je viens de finir le 6e. Il va y en avoir au moins neuf. Demain je vous annoncerai peut-être qu’il y en aura dix, mais il y en aura au moins neuf. Je suis en train d’envisager un dixième. Je vois une fin heureuse. Mais en même temps, sa vie ne termine pas à la fin du dernier tome. C’est cela qui est difficile: comment clore une série alors que la vie du personnage n’est pas terminée?»

Qu’est-ce qui va se passer dans les prochains tomes?

«Le vrai défi pour moi, c’est montrer dans mon écriture qu’elle devient plus mature. Amoureusement, elle va vivre des choses bien entendu. Le septième tome se passera durant l’été. Et Léa aura son premier emploi d’été. Qui s’inspirera de mon premier emploi d’été: j’ai vendu des beignes dans un café.»

Vos livres contiennent un dico avec les termes canadiens. De quels mots canadiens ne pourriez-vous pas vous passer?

«Chum et blonde, parce que cela fait tellement partie de notre vocabulaire. ‘Cute’, je pourrais changer. Ce qui est génial, c’est que je me rends compte que les gens ici aiment cela. C’est un peu l’exotisme, ce voyage au Québec!»

Les ados, vous les connaissez bien. Avant de vous pencher sur les aventures de Léa, vous avez écrit L’ABC des filles.

«Oui, c’est un manuel, qui sort chaque année au Québec. C’est un abécédaire, de A à Z, avec une partie magazine au début. Chaque année, je réactualise la partie magazine. Il faut donc que je reste à jour sur les goûts des jeunes. Je fais un sondage sur ma page de fans. Cela répond à toutes les questions que se posent les ados. Sur la sexualité, la puberté, les garçons…»

Il y a aussi le Manu du livre qui répond aux lectrices. C’est aussi un autre de vos jobs.

«Oui. C’est vraiment un clin d’œil à mon autre travail. Je reçois énormément de questions. Je les lis toutes mais je ne peux pas répondre à toutes.»

50.000 exemplaires vendus en Belgique des aventures de Léa, ce n’est pas rien!

«C’est génial. La dernière fois que je suis venue en Belgique, il y avait une file énorme pour que je dédicace mes livres. Au Québec, j’ai vu mon public grandir. J’ai vu les files d’attente grandir. Mais ici, cela, c’est fait très rapidement. C’est cliché de dire que cela me fait chaud au cœur, mais cela me fait énormément plaisir que ma série plaise, aussi pour l’essence québécoise qu’elle contient, mon essence à moi a été conservée. »

Vous avez aussi traduit de nombreux livres jeunesse.

«Oui, c’est comme cela que j’ai commencé. C’est ‘bob l’éponge qui m’a permis d’être l’auteur que je suis maintenant. C’est ce qui m’a permis de former ma plume. Mais maintenant, j’ai beaucoup moins le temps… Cela m’arrive encore, mais très rarement.»

Christelle

http://www.magazine-cool.ca/les-conseils-de-catherine.html

leaEn quelques lignes

La vie de Léa Olivier est décidément toujours aussi compliquée! Dans le tome 4 de ses aventures, on retrouve l’ado québécoise et sa vie mouvementée, sa best Marilou et son nouveau chum qui semble avoir honte d’elle. Sans oublier bien sûr toute la bande de nunuches qui lui donne toujours du fil à retordre. Et son beau gosse de frère Félix, doué pour compliquer les relations avec ses copines. Direction le Québec donc avec cette série rafraîchissante aux expressions savoureuses. Après, il ne faudra bien sûr pas s’étonner si nos ados nous parlent de « magasiner »,  « frencher » ou de « party plate » !

« La vie compliquée de Léa Olivier – tome 5 », de Catherine Girard-Audet, Kennes éditions, 325 pages, 14,20€

cote :3/5

Antoine Buéno, écrivain prospectiviste

maître-bonsaï-antoine-buenoQui eût cru qu’un simple bonsaï pouvait être une manière incroyable d’aborder la violence? Démonstration avec Antoine Buéno, écrivain prospectiviste. Fort sympathique qui plus est!

Vous avez un bonsaï?
«Non, point du tout!»

D’où vous vient alors votre connaissance en bonsaï?
«Pour la petite anecdote, c’est une amie qui m’a dit que son père était maître bonsaï. Ce n’est pas courant donc cela m’a tout de suite intéressé! Je l’ai rencontré, je lui ai posé plein de questions. Et je me suis aperçu que le bonsaï pouvait être un moyen fabuleux pour parler de ce dont j’avais envie de parler, c’est-à-dire la violence. N’étant au départ pas du tout un passionné ni un connaisseur de bonsaï, je me suis renseigné, notamment auprès de ce personnage –qui ne ressemble absolument pas à celui de mon livre!- parce qu’il est totalement normal.»

Pourquoi parler de la violence à travers le bonsaï?
«Parce que c’est très emblématique à mon avis de ce rapport humain à la nature qui est fait à la fois d’admiration -un bonsaï, on l’aime parce que c’est un être vivant, qu’il rappelle la nature- et en même temps, il n’est beau qu’à partir du moment où il est contraint et donc complètement artificiel. C’est ce rapport ambigu à la nature qui, si on le prolonge, nous amène à la violence. Parce que le véritable sujet du livre, c’est le fait que l’humain soit éminemment violent. On peut d’ailleurs se poser la question de savoir si on n’aurait pas pu être aussi intelligent et aussi créatif tout en ayant un tempérament différent. Ma conviction, c’est que oui, c’est possible, et que c’est quand même bien dommage! Mais cette violence est bien là. Elle se dirige soit de l’homme contre lui-même (ce que représente le passé que l’on découvre au fil du livre), soit de l’homme directement sur son environnement, sur la nature. C’est évidemment toute la question actuelle de l’écologie. Et c’est ce que ‘Elle’ représente plutôt comme personnage.»

Le message du livre est aussi qu’il est grand temps de sauver la planète.
«C’est aussi une conviction que j’ai. Je ne suis pas scientifique mais j’ai essayé de spécialiser mon écriture sur ces questions-là, traitées de manière différente. L’anticipation de manière générale, la prospective –où on va- et à mon avis, la situation est d’après ce que j’ai lu et synthétisé, extrêmement dangereuse. Désespérée, je ne sais pas, mais la manière dont on gère ou ne gère pas la planète risque de nous faire basculer dans un environnement qui nous serait beaucoup moins agréable. Pour dire les choses autrement, dans très peu de temps -quelques décennies si l’on continue comme cela- on pourrait se retrouver avec une planète très différente, beaucoup moins propice à la vie, et en particulier la vie humaine.»

C’est pourquoi vous vous décrivez comme un écrivain prospectiviste sur votre site?
«Oui. Cela consiste à essayer de s’interroger sur les perspectives qui pourraient s’articuler en trois grands scénarios. Je ne fais là qu’ordonner les choses. Un scénario pessimiste: si on ne prend pas les mesures en matière démographique, énergétique, climatologique, qui s’imposent, cela pourrait nous conduire à un recul très grave. C’est le scénario Icare. On n’est pas loin du soleil, on n’est pas loin de la maîtrise, grâce à l’informatique, à la physique, etc. Mais on fait n’importe quoi, donc on chute. C’est par exemple le scénario chez Cormac McCarty avec ‘La route’. Un scénario intermédiaire: Janus. Le monde continue comme aujourd’hui. Il y a deux humanités: l’humanité du Sahel et l’humanité de la Californie. Sauf que le cran du dessus, c’est qu’au Sahel, on retourne à la préhistoire, et que la Californie accède au statut de dieu ou de demi-dieu. C’est le scénario de ‘Stargate’. Le troisième scénario, c’est celui que j’ai développé pour le coup moi-même dans ‘Le soupir de l’immortel’ parce que je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs, le scénario optimiste qui promettait, si on prend les bonnes décisions, la maîtrise de la matière, qui nous conduirait à l’immortalité et qui poserait d’autres problèmes et d’autres questions, notamment éthiques.»

Si vous étiez un arbre, de quelle espèce seriez-vous?
«Ouh là. Un figuier, parce que j’adore les figues? C’est tortueux en même temps. Et on peut grimper dedans!»

Quelles histoires vous raconteriez?
«Les histoires que j’écris sans doute! D’ailleurs, au sujet des contes japonais que je raconte dans le livre, j’ai eu des retours hallucinants de lecteurs qui m’ont dit que l’on dirait presque qu’ils sont inventés. C’est un magnifique compliment! C’est que le faussaire a bien fait son travail. Car bien sûr qu’elles sont inventées! J’ai dû en lire beaucoup pour arriver à pasticher cela!»

Dans quel genre classeriez-vous ce livre? Roman initiatique, conte?
«C’est une question très pertinente et très embarrassante. Parce que j’essaie de faire en sorte que chacun de mes livres soit une sorte d’OLNI, c’est-à-dire un objet littéraire non identifié! Celui-là ne fait pas exception à la règle. Et donc je pense qu’il est très difficilement classable. C’est ce que moi j’aime. Ceci dit, tout en faisant des livres très différents à chaque fois, il y a un fil conducteur, c’est la rencontre entre l’absurde, j’espère le poétique, le surréalisme, et exactement l’inverse, c’est-à-dire l’hyperréalisme qui s’incarne dans quelque chose de très naturaliste, soit dans l’hypersexualité, soit dans l’ultraviolence.»

Christelle

En quelques lignes

Étrange personnage que ce maître bonsaï qui, dans la solitude de sa petite pépinière, crée des bonsaïs et les vend. Comme ses arbres, il se maintient entre la vie et la mort. Jusqu’à l’intrusion dans sa boutique d’une jeune femme. Tandis qu’il essaie de lui transmettre son art, son passé d’avant qu’il ne devienne maître bonsaï lui revient par bribes… S’il faut un petit peu de temps pour entrer dans cette histoire où la nature s’oppose à la nature humaine, on comprend petit à petit où l’auteur veut nous emmener. Que ces répétitions quelque peu agaçantes du début servent en réalité à installer l’atmosphère mentale d’un narrateur dérangé. Et au final, on se laisse sans trop de mal entraîner dans cet «OLNI» intrigant qui fera à coup sûr méditer.

«Le maître bonsaï», d’Antoine Buéno, éditions Albin Michel, 178 pages, 15 €

 

Dieu est un sacré menteur

cyrilmassarottoCyril Massarotto fait mourir – mais pour mieux re-vivre – le héros de son roman « Dieu est un pote à moi ». Visite de l’au-delà dans sa version pleine d’humour et de piquant imaginée par cet auteur gentiment iconoclaste.

Dieu est donc un sacré menteur!
«Le héros n’est en effet pas content du tout, puisque dans ‘Dieu est un pote à moi’, Dieu dit au héros de vivre et profiter de sa vie parce qu’après il n’y a rien. Puis le livre commence, le héros attend la mort recroquevillé sur lui-même. Et cela ne vient pas. Alors il ouvre un œil et voit Dieu. Qui lui avoue lui avoir menti. Et donc quand le héros découvre qu’il y a un après, il ne sait pas s’il doit être content ou non. Mais quand il découvre qu’il y a des pouvoirs, qu’on peut faire des choses en étant mort pour les vivants, le mensonge de Dieu est oublié. Et on passe aux choses sérieuses!»

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire «re-vivre» votre héros?
«C’est marrant parce que ce n’était pas une envie à la base. Généralement, je me fixe une date, totalement arbitraire, pour me remettre à écrire. Quand je m’y mets, c’est vraiment tous les soirs, à minuit pile, que j’écris, etc. J’aime bien la discipline! J’avais mon titre, l’histoire, le début, la fin, j’avais parlé du thème à mon éditeur. Arrive la date. À minuit, j’allume mon ordinateur, je tape le titre… Et cela ne vient pas. Sachant que chez moi, cela vient toujours, je n’ai jamais eu une minute de page blanche. Cela m’a paru bizarre. Je me suis penché en arrière, j’ai réfléchi un peu. Puis j’ai écrit un dialogue. Et c’était Dieu. Je me suis dit mince alors. Il faut que je le fasse revivre d’une façon ou d’une autre. Et l’idée m’est venue tout de suite. Je me suis dit que le seul moyen pour qu’il y ait une suite, c’est que Dieu ait menti.»

Le narrateur, c’est vous?
«Oui, le personnage principal c’est moi. Il a mon caractère, etc. Je n’en avais pas conscience en écrivant, mais je pense qu’il est revenu -et cela je l’ai analysé après- parce que que j’avais besoin de revenir à l’état d’esprit dans lequel j’étais il y a six ans. Je n’avais pas perdu mon père, je n’avais pas perdu plein de proches,… J’étais plus heureux, insouciant,… Et finalement, je crois que j’avais besoin de finir un cycle, à la fois de vie et d’écriture. Bizarrement, en reprenant mes personnages d’il y a six ans, j’ai redécouvert un peu de la joie et du plaisir d’écrire de celui que j’étais il y a six ans.»

L’un de vos personnages est quand même Dieu. Vous êtes croyant?
«C’est la seule question à laquelle je ne réponds jamais! Parce que je me dis toujours que si je réponds, que ce soit oui ou que ce soit non, on va lire le livre différemment. Après la sortie de ‘Dieu est un pote à moi’, ce qui m’avait marqué, c’est que des gens étaient venus me voir en me disant ‘j’aime bien votre livre et en plus, on sent que même si vous faites dire des choses à Dieu, raconter des blagues etc., on sent qu’il y a un respect, une foi, etc.. Et puis d’autres qui me disaient que le livre était bien cynique, que je descendais bien les croyants! C’est deux interprétations opposées, donc cela m’a surpris. Le livre parle de foi mais pas de religion, comme quelqu’un m’a dit très justement.»

Vous avez fait des recherches sur la vie après la mort?
«Non, c’est juste le fruit de mon imagination et de ma culture. Je ne peux pas nier que je suis de culture judéo-chrétienne. Il est évident que je suis Italo-Catalan, avec des grands-mères qui avaient plus de croix et de vierges qu’on ne pouvait les compter dans une maison, et j’ai toujours baigné dans cela. Mais à côté de cela, je n’ai jamais été baptisé. Donc je connais tous les codes. Mais je n’ai jamais su si j’adhérais! J’ai toujours eu un problème avec le terme de croyant. Parce que la plupart des croyants que je rencontre, ils sont sûrs. Or ça ne va pas avec le terme croyant. C’est quelque chose que j’ai toujours ressenti de façon étrange. Surtout aujourd’hui, alors qu’on entend de plus en plus d’extrémistes. Eux, ce ne sont pas des croyants, ils savent. À ce moment-là, il faut les appeler les savants puisqu’ils sont sûrs de savoir.»

Si vous aviez vous aussi le pouvoir de veille, sur qui l’exerceriez-vous?
«Bonne question… Ce qui m’intéressait, en trouvant ce premier pouvoir, c’était bien sûr qu’il soit intéressant dans l’histoire, mais aussi que le lecteur s’interroge et se demande sur qui il l’exercerait. Mais je suis bête, je ne m’attends jamais à ce que l’on me retourne la question! Si j’avais un enfant, ce serait facile de vous répondre. Mais je n’en ai pas pour l’instant. Je devrais y réfléchir. Cela doit être hyperdur.»

Et si vous pouvez vous téléporter partout sur terre, qui espionneriez-vous?
«Le héros, je le fais évidemment d’abord aller près des siens, pour partager un peu leur peine, cela me paraît évident. Mais après, une fois qu’il a eu fait cela, je me suis demandé en effet si c’était moi, qu’est-ce que je ferais? J’allais écrire un truc du genre aller voir les plus belles œuvres du Louvre… Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas vrai. Donc la première chose que je lui fais faire, c’est aller voir Jennifer Lopez nue sous sa douche! Moi, ce serait plutôt Jessica Alba. J’ai mis Jennifer Lopez parce que je me suis dit que peut-être plus de monde la connaissait. Après, évidemment, il va à la Maison blanche et dans tous les endroits un petit peu secrets du monde.»

Et justement, lesquels de ces endroits vous attirent le plus?
«La fameuse zone 51 aux États-Unis. Cela me fascine. Et puis, je l’ai mis dans le livre aussi, les profondeurs abyssales. On cherche toujours à aller plus haut, moi j’aimerais bien aller plus bas. On ne va pas dévoiler aux lecteurs ce qui arrive, mais quand le héros y va, il est assez surpris.»

Le Dieu de votre livre ne manque pas d’humour.
«Ah oui, il en faut. Si Dieu existe, il faut absolument qu’il en ait. J’ai créé le dieu idéal pour moi. Le démiurge, le marionnettiste, cela ne m’intéresse pas. De toute façon, si on se réfère aux trois grands livres, Dieu est supposé avoir fait l’homme à son image, donc on est censé être à l’image de son meilleur, et pour moi, dans le meilleur, il y a l’amour et il y a l’humour.»

Ce livre pourrait être adapté au cinéma?
«J’aimerais beaucoup. ‘Cent pages blanches’ a été adapté à la télévision. Un autre réalisateur s’était intéressé à ‘Dieu est un pote à moi’ mais cela ne s’est pas fait pour un problème de budget. Cela se passe sur 30 ans. On voit le héros de ses 30 à 60 ans. De même que son fils. Il aurait fallu beaucoup d’acteurs. Ou alors beaucoup d’effets spéciaux pour le vieillissement. Et tout de suite cela faisait monter les budgets. Mais je pense que celui-ci qui se joue sur un espace de temps très limité pourrait faire un film assez drôle.»

Vous avez déjà commencé votre le prochain roman? Vous avez des idées?
«J’ai des idées. Le problème, c’est que j’ai plus d’idées que de temps pour les transformer en livre. Pourvu que cela dure parce que quand je dis cela à des vieux auteurs, ils me disent attends dans dix ans, tu ne diras plus la même chose. Mais donc, oui, j’ai des idées. Je pense que je ne vais donc pas trop tarder.»

Christelle

petit-mensonge-dieu-cyril-massarottoEn quelques lignes
Dieu et son meilleur pote sont de retour. Et c’est là que le héros se rend compte que Dieu lui a menti. Après la mort, il n’y a pas rien. Même si ce rien n’est pas vraiment le paradis, la mort nous octroie tout de même quelques pouvoirs rigolos. Cyril Massarotto fait donc revivre (ou presque) le héros de «Dieu est un pote à moi» (vendu à 130 000 exemplaires). Une histoire qui alterne, comme à chaque fois chez l’auteur, humour, tendresse et beaux moments d’émotion.

«Le petit mensonge de Dieu », de Cyril Massarotto, éditons XO, 304 pages, 17,90 €
Cote : 4/5

Ni bon ni mauvais

armeljobdanslagueuleComme à son habitude, Armel Job confronte dans son dernier roman des gens ordinaires à une situation extraordinaire. «Dans la gueule de la bête» nous entraîne dans le Liège de la Seconde guerre mondiale, où les bons et les méchants ne sont pas toujours ni tout le temps ceux que l’on croit…

Comment est née l’idée de ce roman?
«L’idée du roman m’est venue de la lecture de l’ouvrage de Thierry Rozenblum, ‘Une cité si ardente’, que je signale sur la première page de mon roman, et dans lequel il a fait un travail d’historien sur la situation des juifs pendant la deuxième guerre mondiale à Liège. Ce qui m’avait frappé, c’est qu’étudiant, j’ai vécu dans le quartier qui était celui des juifs avant la guerre. Bien entendu aujourd’hui, la population juive est très réduite à Liège. Mais au moment de la guerre, il y avait une population juive tout de même assez importante -environ 6.000 personnes- qui ont évidemment subi les lois nazies, qui ont été en partie déportés vers les camps d’extermination, et aussi, fort heureusement, en partie sauvés par la population. »

Leur situation vous a touché?
«Quand j’écris un roman, je pars toujours d’une question, d’une interrogation, de quelque chose qui me touche. Ces sujets me touchaient. J’avais donc envie d’écrire une histoire à propos de ces gens, pas seulement des juifs d’ailleurs. Dans le roman, ils sont là bien entendu. Mais ce n’est pas un roman exclusivement entre juifs, où les juifs seraient représentés comme des pauvres gens abandonnés de tous. Au contraire. On voit la réaction de la population, on voit la dissidence entre la population et les autorités communales, on voit les gens qui poursuivent les juifs, des Allemands… J’ai essayé de ramasser sur une semaine (parce que le roman se passe en une semaine) toutes les personnes qui avaient été impliquées dans cette situation. »

Les bons et les méchants ne sont pas ceux que l’on pourrait penser au départ.
«Ce sont des êtres humains. Le problème, c’est que nous établissons spontanément des catégories. C’est plus facile évidemment. Les bons résistants, qui sont les héros, d’un côté. Et les méchants, mus par des instincts épouvantables, dans l’autre catégorie. En réalité, ce schéma est très réducteur. Ces stéréotypes, cela n’existe pas. Une fois que vous commencez à vous intéresser à l’homme, dans l’une ou l’autre situation réelle, à vous demander ce qui s’est passé, comment les gens ont ressenti les événements, leurs peurs, leurs faiblesses, cela devient quand même quelque chose d’extrêmement différent. »

C’est ce qui différencie le roman du livre d’histoire?
«Oui. Et c’est là l’intérêt du roman par rapport à la chronique de l’histoire. Si on regarde un livre d’histoire aujourd’hui, une page sera peut-être consacrée à cette situation de la population juive en Belgique durant la deuxième guerre mondiale. On va vous donner une synthèse des événements, qui sera forcément réduite, avec des situations schématiques, des statistiques,… Dans le roman, vous essayez de mettre le doigt sur des personnes. L’historien va dire ‘hélas, beaucoup d’enfants ont été déportés’. Dans le roman, ce n’est pas ‘beaucoup d’enfants ont été déportés’. C’est le sort de cette petite fille-là. Vous voyez ce qu’elle voyait, ce qu’elle ressentait, le chagrin qu’elle pouvait avoir, la perturbation que cela a provoquée chez elle. Et cela, c’est quelque chose que vous n’avez jamais dans les livres d’histoire.»

Certains de vos personnages ont réellement existé?
«Tous les personnages sont inspirés de personnes qui ont réellement existé. Bien entendu, c’est romancé. Mais tous les personnages correspondent vraiment à des gens, qui n’ont parfois laissé qu’une trace infime dans l’histoire, mais qui ont existé. Par exemple, Angèle, cette femme qui décide de vendre le locataire de sa mère, c’est quelqu’un qui a réellement existé.»

Vous connaissiez la fin dès le départ?
«Bien entendu, c’est romancé, mais je voulais vraiment que mon roman se termine avec un élément de réflexion sur les Allemands eux-mêmes. Bien sûr, dans le corps du roman, on voit les sbires de la SIPO qui recherchaient les juifs. Mais tout le monde n’appartenait pas à la SIPO. Tout le monde n’appartenait pas à la Gestapo. Il y avait aussi de simples soldats. Et c’est la raison pour laquelle le roman se termine par ce personnage de soldat allemand. Mais pour le reste, non, je ne connais jamais ni le développement ni la fin quand je commence à écrire un roman parce que sinon, je n’en écrirais plus! Je ne sais pas au départ qui sont les personnages. Ce qui m’intéresse, c’est de le découvrir. J’ai une vague idée. Et les choses se mettent en place petit à petit, en écrivant. Le roman est aussi pour moi une découverte. C’est un dévoilement pour l’auteur avant de l’être pour le lecteur!»

Pourquoi ce titre «Dans la gueule de la bête»?
«La gueule de la bête, c’est la bête nazie, et pendant la durée du roman, tout le monde est dans la gueule de la bête. Et quand on est dans la gueule de la bête, on est dans une situation absolument épouvantable. On n’est pas dans une situation ordinaire. On ne peut plus attendre des gens qu’ils aient une réaction ordinaire. À partir du moment où on est dans un contexte de guerre, le mal s’infiltre partout. Toutes les valeurs sont faussées. On combat le mal par le mal. Tout devient plus ou moins perverti par le mal général qui est généré par la guerre. On est donc en permanence dans la gueule de la bête.»

Christelle

En quelques lignes

Il y a d’abord Hanna, désormais rebaptisée Annette, qui vit cachée dans un couvent, forcée de voir ses parents en cachette. Il y aussi Angèle, prête à tout pour vivre avec son amoureux. Sa mère aussi, Mme Guignard, et son drôle de locataire. Et puis cet informateur zélé des nazis. Car l’histoire, inspirée de faits réels, se déroule à Liège sous l’occupation allemande. Mais ne vous y fiez pas. Avec Armel Job, personne n’est jamais tout noir ou tout blanc. Et l’auteur nous prouve une fois de plus que mis dans des situations extraordinaires, les gens ordinaires peuvent en quelques pages passer de héros à salaud.

«Dans la gueule de la bête », d’Armel Job, éditions Robert Laffont, 312 pages, 19 €
Cote : 3/5

Katherine Pancol et ses muchachas

muchachasImpossible pour Katherine Pancol de faire un pas ce week-end à la Foire du Livre de Bruxelles sans se faire harponner par un (mais surtout une) fan lui demandant un autographe. C’est sûr, l’auteure des «Yeux jaunes des crocodiles», de «La Valse lente des tortues» et des «écureuils de Central Park sont tristes le lundi» est populaire chez nous! Le temps d’une petite pause, elle a néanmoins pris le temps de répondre à nos questions.

Vous n’en aviez pas tout à fait terminé avec la famille Cortès?

«Apparemment, non! (rires) La suite de leurs aventures m’est venue assez naturellement finalement. J’ai entendu la voix d’Hortense qui disait la première phrase. Et j’ai replongé dans les histoires d’Hortense, de Gary. J’étais à New York. C’est venu comme cela.»

«Muchachas» est aussi prévu en trois tomes.

«Mais ce n’est pas une trilogie. C’est un même livre, une même histoire, que l’on a coupé en trois. C’est pour cela qu’ils sortent tous les deux mois. Les deux prochains tomes sortiront en avril et en juin.»

Vous avez donc déjà terminé de raconter toute l’histoire? Vous en connaissez la fin?

«Ah bhein oui!»

Et en commençant à écrire, vous connaissiez déjà la fin de l’histoire?

«Non, elle est venue après.»

Vous pouvez nous en dire déjà un peu plus sur le prochain tome?

«Le tome 2 se passe à New York. Avec Gary, Hortense, Calypso. Toute la partie américaine de l’histoire.»

La maman de Stella, votre nouvelle héroïne, vous a été inspirée alors que vous étiez assise à une terrasse de café.

«Oui, je l’explique à la fin du livre. J’étais à une terrasse de café. Je vois une femme qui se fait battre. Je sens que je ne peux absolument rien faire. »

Comment avez vous découvert l’univers des ferrailleurs de Stella?

«Une de mes amies a une ferme. Et je m’étais installée chez elle, pour le personnage de Stella et sa vie dans une ferme justement. Et j’étais chez elle depuis déjà dix jours quand elle m’a parlé de Gloria. Je lui ai demandé ce que faisait Gloria. Elle m’a dit qu’elle tenait une ferraille. »

À laquelle de vos héroïnes vous identifiez vous le plus?

«À toutes, même au petit garçon, Tom. Je suis tout le monde.»

Pourquoi ce titre, «Muchachas»?

«Parce qu’il y a beaucoup de femmes, que ce sont elles qui mènent l’action. C’est vraiment une histoire de solidarité entre femmes. Il faut aller jusqu’au bout pour comprendre… C’est un bloc d’amis.»

Ce livre est donc un hommage que vous rendez aux femmes?

«Oui, en effet. Elles y sont mises à l’honneur.»

Votre livre fait aussi voyager.

«Oui, j’adore voyager. Et j’ai vécu dix ans à New York.»

Votre précédente trilogie va être adaptée au cinéma.

«Oui. Un producteur a acheté les droits. Mais je ne m’en suis pas occupée du tout, moi. J’avais déjà commencé à écrire ‘Muchachas’, donc je ne m’en suis pas occupée. Je suis quand même allé deux fois sur le tournage. Mais j’étais en train d’écrire ‘Muchachas’ et je n’étais pas disponible dans ma tête.»

Vous avez vu Julie Depardieu dans le rôle de Joséphine?

«Oui, elle est très bien. Elle est formidable.»

Et «Muchachas» pourrait être adapté au cinéma à son tour?

«Je ne sais pas. Ce n’est pas moi qui m’en occupe. Mais c’est possible. C’est comme un feuilleton en fait.»

Comment vous y prenez-vous pour écrire?

«J’écris l’après-midi, dans le calme, sur l’ordinateur, chez moi. J’ai des horaires précis. Je travaille de 14h jusqu’à 19h30.»

Et où trouvez-vous votre inspiration?

«Dans la vie de tous les jours. Rossellini avait une phrase formidable qui disait que ce n’est pas la peine d’inventer, qu’il y a tout dans la vie. Et c’est vrai. Il y a tout dans la vie. Si vous alliez interviewer tous les personnages là (elle désigne les gens autour de nous), je suis sûre que vous auriez autant d’histoires que de personnes. C’est vrai, hein! Si je vous interroge sur votre vie, je suis sûre que je pourrais écrire un livre! Après tout dépend de la manière dont vous le mettez en scène, comment c’est écrit, comment c’est raconté. »

Et cela vous arrive de prendre des gens de votre entourage comme personnage?

«Jamais.»

Quel est alors votre secret pour raconter des histoire?

« Je n’ai pas de secret. Non, non. Il n’y a pas de recette.»

Christelle

En quelques lignes

Ce sont les filles qui mènent la danse dans le dernier livre de Katherine Pancol, une grosse brique divisée en trois parties, et dont la première vient de paraître. On y retrouve Hortense et Gary à New York. A leur histoire s’invite Calypso, une violoniste tout à l’opposé d’Hortense. Puis direction Londres pour la suite des aventures de Joséphine, de Phil et de Zoé. Avant d’emboîter le pas de Stella, une nouvelle héroïne, ferrailleuse en Bourgogne. Et l’auteure de nous dévoiler son passé. L’occasion pour elle de parler de la violence conjugale. Car à l’origine du livre, une scène de ménage à laquelle elle a assisté un jour, alors qu’elle était attablée à la terrasse d’un café, un homme qui frappe sa femme devant leurs deux enfants. Katherine Pancol tente de rejoindre la femme aux toilettes pour lui parler. Mais l’homme la menace de dérouiller son épouse si elle ne s’en va pas. Ainsi sont donc nés les personnages de Stella, de sa mère Léonie et de Ray, son « père », pompier et héros de la ville. De nouveaux secrets de famille qui tiendront ses lectrices en haleine durant encore deux tomes.

« Muchachas », de Katherine Pancol, éditions Albin Michel, 450 pages, 19,80 €

Cote: 3/5

Quand tout n’est pas bien qui finit bien

© Fabienne Cressens

© Fabienne Cressens

Tout n’est jamais bien qui finit bien avec Barbara Abel! Même après la fin, comme le prouve son dernier thriller dans lequel on retrouve les personnages de «Derrière la haine» (du moins les rescapés!) huit ans plus tard.

Vos héros vous ont poursuivis pour que vous racontiez la fin de leur histoire?
«Cela a été un concours de circonstances. Après ‘Derrière la haine’, au départ, il n’était pas vraiment question d’une suite. Mais c’est vrai que son succès m’a encouragé. Et puis, je suis fan de séries et cela faisait un petit bout de temps que j’avais envie de me frotter à cet exercice de raconter une histoire où les personnages existaient déjà, où les lecteurs les connaissent déjà. Quand on est accroché à une série, retrouver tous les personnages la saison suivante, c’est comme si on retrouvait de vieux potes. Et puis aussi mes enfants grandissent et j’ai un ado maintenant à la maison. Et pour être tout à fait sincère, un jour j’ai eu une grosse prise de tête avec mon fils. J’étais tellement énervée et sous tension que je me suis dit que dans mon prochain roman, je mettrais un ado! J’ai pensé à Milo que j’avais laissé à 7 ans. Je me suis demandée à 15 ans ce que cela donnerait. Le truc s’est lentement mis en route!»

Vos personnages viennent parfois vous frapper derrière l’épaule?
«Oui, c’est un peu cela, une envie de les retrouver. Comme la fin de ‘Derrière la haine’ était assez choc et qu’il y avait une sorte d’impunité (je ne dis pas qu’il n’y a pas d’impunité à la fin de celui-ci, mais bon!), je trouvais cela intéressant de continuer l’aventure.»

Ici aussi, la fin est très ouverte. Une suite est encore prévue?
«C’est vrai que ce coup-ci, j’ai laissé la fin ouverte pour me donner la possibilité de faire une suite. Ceci dit, là je n’ai pas du tout envie d’écrire une suite. J’ai envie de prendre un peu de recul. Et puis surtout je n’ai pas l’idée. Parce la condition sine qua non pour faire une suite à ‘Derrière la haine’, c’était de trouver une fin aussi choc. Il fallait faire la même chose mais différemment. C’est-à-dire qu’il fallait que le lecteur qui ait apprécié ‘Derrière la haine’ retrouve cette ambiance, ce rythme, cette construction, cette manière de raconter. Mais de manière différente parce que si on fait la même chose, les lecteurs ne seraient pas contents. J’ai donc commencé à flirter avec cette idée, et à réfléchir à l’histoire. J’ai trouvé une fin choc. Pour un troisième, ce sera la même condition. Mais il faut que je trouve l’histoire aussi, parce qu’il reste de moins en moins de personnages! Je ne vais pas faire une suite et fin pour faire une suite et fin.»

La rue Edmond Petit ressemble de plus en plus à Wistoria Lane!
«Oui. Quand j’ai écrit ‘Derrière la haine’, je n’ai pas du tout pensé à cela, pourtant je suis fan de ‘Desperate Housewives’. Quand il est sorti, plusieurs journalistes ont fait la comparaison. Mais j’essaie de ne pas trop m’accrocher à tout ce qui est référentiel. Parce que j’ai la sensation que lorsqu’on essaie de cibler un public, ou d’écrire un livre pour qu’il devienne un film, cela ne fonctionne pas. Mais je suis heureuse de la référence, j’aime bien!»

Justement, vos deux derniers thrillers pourraient être adaptés au cinéma?
«Il y a des projets… Mais qui sont tellement au début que cela ne veut rien dire. Plusieurs de mes livres ont intéressé des producteurs, et puis finalement cela n’a rien donné. Mais là, cela a l’air d’être bien parti.»

Vos voisins ont lu votre livre?
«(rires) Je ne sais pas. Ils ne m’en ont pas parlé. Mais ils n’ont pas déménagé en tout cas. Et on s’entend bien. On entretient ce qu’on appelle des rapports de bon voisinage.»

Comment trouvez-vous les noms de vos personnages?
«Ah cela, c’est toute une aventure, parce qu’il faut que je trouve des prénoms de gens que je ne connais pas. Sinon, les amis, les proches risquent de se poser des questions! Ici pas exemple, pour Tiphaine, comme c’est vraiment une vraie salope même si elle a des circonstances atténuantes, je devais vraiment trouver un prénom pas trop commun. Des Tiphaine, je n’en connaissais pas du tout. Mais depuis, j’en ai rencontré une qui est super sympa. Mais elle a lu le livre et cela l’a bien fait marrer!»

Pour vous détendre un peu, vous pourriez revenir à la comédie?
«Je ne sais pas trop. J’ai eu beaucoup de plaisir à les écrire, mais le public n’était pas trop au rendez-vous en fait. Quand j’ai sorti ‘Le bonheur sur ordonnance’, il y a eu un effet de curiosité. Mais quand j’ai sorti ‘La brûlure du chocolat’, tout le monde m’a demandé quand est-ce que je réécrivais un thriller! Et puis il faut dire que je m’amuse beaucoup dans le thriller. Donc pas pour le moment.»

Sur quoi travaillez-vous actuellement?
«Je suis sur le début d’un thriller. Mais je vais un petit peu sortir de mes sentiers battus. Contrairement à ce que je fais d’habitude, ce sera une histoire avec beaucoup de personnages. Après les deux aventures claustrophobes de ‘Derrière la haine’ et ‘Après la fin’ où on est vraiment que sur quelques personnages, dans deux maisons, j’ai besoin de changement. Ce sera pour 2015 à mon avis.»

Vous faites désormais partie de la Ligue de l’Imaginaire.
«Oui, je suis membre de la Ligue de l’imaginaire depuis juin 2013.»

En quoi consiste cette ligue?
«Au départ, ce sont quelques auteurs qui se sont rencontrés dans des festivals etc, qui se sont bien entendus, et ont décidé de concevoir la Ligue pour promotionner les littératures de l’imaginaire, lui redonner ses lettres de noblesse. Les polars, les thrillers, le fantastique, la science-fiction, c’est ce genre de littérature que l’on veut promouvoir et défendre dans une qualité d’écriture, de scénario… Mettre ce genre de littérature en tant que littérature de genre, sous-entendu d’une moins bonne qualité, c’est complètement absurde. C’est ce genre de littérature qui fait rêver les gens. Cela a pris de l’ampleur parce qu’elle compte parmi ses membres Maxime Chattam, Bernard Werber, Frank Thilliez qui par leur notoriété ont fait parler de la Ligue.»

Vous êtes la première femme à entrer dans cette ligue, cela fait quoi?
«J’en suis honorée bien sûr. Sincèrement, je trouve cela assez rigolo. En dehors de l’aspect promotionnel, c’est vrai que c’est une chouette bande! C’est toujours sympa de les voir, de se réunir, de boire un verre ensemble.»

Christelle

Barbara Abel dédicacera ses romans à la foire du livre vendredi de 19h à 21h et dimanche de 14h à 16h. Elle débâtera également avec Bernard Werber samedi, à 15h au Forum.

barbara abelEn quelques lignes

Comme le laissait craindre la fin de «Derrière la haine», Tiphaine et Sylvain ont échappé à la justice. On les retrouve donc huit ans plus tard alors que leur couple bat de l’aile. Après la
mort tragique de leur fils Maxime, ils ont déménagé dans la maison de leurs anciens voisins, Laetitia et David, et adopté leur fils Milo désormais donc orphelin. Ce dernier est devenu
un ado. Pas insensible aux charmes d’Inès, la fille de leur nouvelle voisine Nora, qui
vient d’emménager juste de l’autre côté de la haie avec ses deux enfants. Tiphaine et Sylvain sympathisent, eux aussi, avec ces nouveaux voisins. Tout est presque comme au bon vieux temps. Mais ne vous y trompez pas. Avec Barbara Abel aux commandes, tout n’est jamais bien qui finit bien après la fin!

«Après la fin», de Barbara Abel, éditions Fleuve Noir, 332 pages, 18,50 €

Cote: 4/5