François Hollande se livre

Derrière cette couverture sobre, sans image ni photo, le candidat socialiste à la présidentielle française nous livre en  166 pages sa recette pour « Changer de destin ». Un objectif ambitieux que François Hollande détaille en neuf chapitres: « être soi-même », « la France », « la République », « l’Europe », « présider », « l’alternative », « le monde », « la Jeunesse » et pour finir, « le changement, c’est maintenant ». Il y évoque les autres candidats: Nicolas Sarkozy, « le danger FN », Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon… Mais aussi sa décision d’être candidat. Et revient sur l’échec de Ségolène Royal lors de la dernière présidentielle. « A l’heure de la défaite, j’ai ressenti une tristesse personnelle qui entrait en résonnance avec la déception collective. A ce moment-là, je sais que la gauche va entrer dans une période de turbulences », écrit-il. Un livre pour apprendre à mieux connaître le candidat?

Christelle

« Changer de destin », de François Hollande, éditions Robert Laffont, 166 pages, 9 €

Cote: 3/5

Insultes présidentielles

Au XXIe siècle, un texte de loi français condamne toujours l’offense au président de la République.  Le président, lui, bénéficie d’une immunité judiciaire absolue. On se souvient tous du « Touche-moi pas » d’un visiteur refusant de serrer la main à Nicolas Sarkozy au salon de l’agriculture en 2008.  Et le président de répondre, « Casse-toi, alors ».  Puis l’autre d’ajouter « Tu me salis ». Et Nicolas Sarkozy d’enchaîner le désormais célèbre: « Casse-toi, alors, pov’con », filmé par un cameraman et diffusé sur le site du Parisien. Plus tard, un militant de gauche brandira cette injure sur un écriteau au passage du cortège présidentiel. Ce qui lui vaudra 30 € d’amende avec sursis. Un autre individu sera condamné sous la présidence de Sarkozy à 35 heures de travaux d’intérêt général. Ce livre retrace l’histoire de l’injure présidentielle, une façon originale de raconter l’évolution de la société, de sa langue et de son degré d’acceptation de la critique. L’auteur relève par exemple le « voyou profanateur, goujat iconoclaste » pour qualifier Jules Grévy, la « pauvre nouille bedonnante » destinée à Auriol, le « une tête à faire tourner la mayonnaise » visant Lebrun ou encore le « un paranoïaque et un malade » destiné à De Gaulle. Savoureux.

Christelle

« De Voyou à Pov’con – les offenses au chef de l’Etat de Jules Grévy à Nicolas Sarkozy », de Raphaël Meltz, éditions Robert Laffont, 288 pages, 19 €

Cote: 4/5

Entourés d’espions !

Nous vivons entourés d’espions! On peut en citer de célèbres -sans même parler de James Bond!-, comme Mata-Hari, ou chez nous, Gabrielle Petit, née à Tournai en 1893, et qui espionna pour le compte des Alliés durant la Première guerre mondiale avant d’être arrêtée par les Allemands puis fusillée. Mais aujourd’hui encore, avec l’installation de l’OTAN, du SHAPE, des institutions européennes et des grandes sociétés internationales, notre pays est la cible de nombreux services de renseignements des grandes puissances tels le KGB, la CIA, le Mossad ou l’ISI pakistanais. Les institutions internationales ne sont toutefois pas les seules à être surveillées: les communautés étrangères installées en Belgique sont elles aussi suivies de près par de nombreux services de renseignement. Paul Thomas, ancien rédacteur en chef de l’agence Belga, a donc décidé de mener son enquête. Outre les manœuvres des espions étrangers sur notre territoire et l’histoire des hommes qui ont trahi en travaillant pour eux, il nous livre aussi la lutte menée par les service de contre-espionnage belges contre les services de renseignements les plus puissants de la planète. Mais l’ouvrage nous plonge également au cœur des grandes affaires d’espionnage qui ont marqué la Belgique depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Et parmi les dossiers évoqués, l’affaire Michiels, SWIFT ou encore le réseau Echelon. Un ouvrage très instructif.

Christelle

« L’espionnage en Belgique – De la guerre froide à aujourd’hui », de Paul Thomas, éditions Jourdan, 260 pages, 17,90 €

Cote: 3/5

日本人

Installée au Japon depuis 2002, la journaliste Karyn Poupée a reçu le prix Shibusawa-Claudel pour ce livre salué tant par la critique française que nippone. Intitulé sobrement « Les Japonais » -un titre écrit en français et… en japonais (日本人)-, elle y dresse un portrait du pays du pays du Soleil-Levant, sorti exsangue de la Seconde guerre mondiale et devenu en l’espace de quelques décennies la deuxième puissance économique planétaire. Génie de l’électronique, créateur d’humanoïdes, terre des mangaka mais aussi aussi des yakusa… La correspondante permanente de l’agence France-Presse  nous peint un portrait de cette société tout en contraste, scrutant la vie quotidienne des Japonais, et tentant de décrypter les ressorts historiques et socio-culturels du fonctionnement de cette société unique, aujourd’hui confrontée à de nouveaux défis après l’accident de Fukushima et sa rétrogradation derrière la Chine. Un livre destiné à tous les passionnés par ce pays, qui ont envie de découvrir cette culture à la fois si riche et si différente. A noter que le Japon sera mis à l’honneur du 16 au 19 mars au Salon du livre de Paris.

Christelle

« Les Japonais – 日本人 », de Karyn Poupée, éditions Tallandier, 672 pages, 12 €

Cote: 4/5

Le « onze » d’Enzo

Enzo Scifo a une longue carrière derrière lui et beaucoup de choses à raconter. Il a donc rassemblé onze personnalités du monde du ballon rond pour causer football -évidemment-, dans un livre à paraître demain. La formation des joueurs, leur salaire, les valeurs véhiculées sur le terrain… Tout y passe. Dans son équipe? Des anciens équipiers, des entraîneurs, des joueurs anciens et actuels. Son onze se compose de Jan Ceulements, Eric Gerets, Frankie Vercauteren, Philippe Albert, Georges Grün, Franky Van der Elst, Vincent Kompany, Eden Hazard, Georges Leekens, Paul Van Himst et Romelu Lukaku.

Comment avez-vous sélectionné vos onze personnalités?
«Il y a un petit peu de sentimentalisme bien sûr, mais cela part aussi d’une réflexion. Parce que chacun avait, à un moment donné dans leur carrière, une spécificité. Et donc, je trouvais qu’un avis de cette personne sur un sujet bien précis était important.»

Dans ce «onze», vous avez bien vos préférés?
«Woaw! Évidemment. Mais je ne suis pas quelqu’un qui va dénigrer ou mettre en avant qui que ce soit. J’ai eu de très bons rapports humains avec tous ceux qui ont participé à ce livre. Il est évident que j’ai des affinités avec certains plus que d’autres. Pour n’en citer que deux, je dirais Paul Van Himst, qui a été un élément essentiel dans ma carrière puisque c’est lui qui m’a lancé. Et Georges Grün. On a fait toutes nos classes ensemble. On a partagé la chambre ensemble pendant des années. Aujourd’hui encore, on se voit de temps en temps et on est très contents de se voir. J’ai beaucoup d’affinités avec eux deux. Mais les neuf autres, ce sont des collègues très intéressants avec qui j’ai partagé énormément aussi.»
Il n’y a que des Belges dans votre onze. C’est voulu?
«Absolument. On a pensé à aller voir au-delà de nos frontières, mais on voulait particulièrement un avis sur le football belge. Donc qui mieux qu’eux pouvaient en parler?»

Les différences d’âge entre ces personnalités sont importantes. Cela s’est ressenti dans les réponses?
«Bien sûr. Cela ne les empêchait pas d’avoir des avis similaires, mais exprimés différemment. Mais c’est sûr, par exemple au sujet des aspects financiers, qu’un Van Himst n’a pas gagné ce que gagne Kompany. Il peut donc bien sûr donner son avis sur le salaire des joueurs, mais ce ne sera pas le même avis.»

Et vous, du salaire des joueurs, vous en pensez quoi?
«Je crois que j’ai été un des joueurs, en tout cas de ma génération, qui a gagné le plus, donc je ne peux pas trop me plaindre: j’ai connu les belles années. Ce qui me dérange beaucoup, c’est le fait que des joueurs qui n’ont encore rien prouvé, qui ont joué un ou deux matchs, se voient proposer des salaires incroyables. Je pense d’abord que ce n’est pas justifié, et ensuite que ce n’est pas favorable au joueur. Parce qu’un joueur de 18 ans, avec déjà un salaire d’un million € sur son compte en banque, quelle sera encore sa motivation par la suite?»

En vingt ans, quels sont les grands changements que vous avez pu observer dans le monde du football?
«Cela n’a plus rien à voir. Mais comme je le dis dans le livre, je n’aime pas comparer. De mon temps, il y avait un certain fonctionnement. Aujourd’hui, on ne peut plus fonctionner de la même façon. On est toujours de plus en plus exigeant. Les méthodes sont différentes. L’aspect financier est différent aussi. La formation également. Mais c’est intéressant de voir pourquoi cela a changé et si on est dans le bon ou pas. C’est là toute la réflexion du livre!»

Le football belge, vous le voyez évoluer comment?
«Il évolue lentement, mais il évolue. Je pense qu’on a compris, après quand même dix-quinze ans, qu’il fallait former des jeunes, que les équipes belges pouvaient fonctionner uniquement si on sortait deux trois jeunes par saison. Là, il faut mettre en place les centres qui permettent justement de faire évoluer ces jeunes-là. Il y a Anderlecht, Le Standard, Genk, Bruges… Cela bouge. Les autres vont suivre. Il y a une évolution. Maintenant, par rapport à d’autres pays, je pense qu’on est quand même à la traine.»

Quelles sont, selon vous, les qualités pour être un bon footballeur?
«Il n’y a pas un paramètre précis. Il faut bien sûr les qualités footballistiques. Mais aussi de l’humilité et le respect. Pour durer dans le métier, il faut pouvoir se remettre en question. Écouter. Être disponible. On a ainsi, selon moi, beaucoup de chances de réussir. Au contraire des jeunes gars qui, après un match, n’acceptent plus rien. Là, je pense qu’ils sont mal barrés.»

Et pour être un bon entraîneur?
«Un peu de tout aussi. D’abord une expérience. Le vécu est un élément essentiel. Il y a des entraîneurs qui n’ont pas eu la carrière mais qui réussissent malgré tout. Ce n’est donc pas primordial, mais c’est important. Et puis, il faut avoir les capacités de gérer les hommes. Parce qu’aujourd’hui, plus que de mon temps, c’est important de canaliser, de mettre le tout en musique, d’être tous sur la même longueur d’onde. C’est un travail en profondeur.»

Les Diables rouges vont encore se qualifier pour un tournoi majeur selon vous?
«Je le pense sincèrement, vu la qualité qu’on a. J’en suis même persuadé. Maintenant, il n’y a pas que les qualités. On dit que c’est peut-être le groupe le plus doué que l’équipe nationale n’ait jamais eu, mais il y a autre chose qui doit être d’application. Il faut un mental, éduquer ces joueurs à gagner et surtout il faut avoir la fierté de porter le maillot de l’équipe nationale.»

Vous avez d’autres passions que le football?
«J’aime bien tout ce qui est sport. Je suis un sportif dans l’âme. J’aime la musique aussi. Tout ce qui est artistique.»

Christelle

Enzo Scifo dédicacera son livre samedi à 15h à la Foire du livre de Bruxelles.

«Le onze d’Enzo – Le football belge au crible de nos experts», sous la plume de Jean-Marc Ghéraille, éditions La
Renaissance du livre, 190 pages, 19 €

Recettes pour (dé)plaire !

Le romancier et essayiste  Jean Dutourd, membre de l’Académie française et décédé l’an dernier, avait écrit en 1950 un traité de séduction, « Le Petit Don Juan », que les éditions Soliflor viennent de rééditer. On y trouve les bonnes vieilles recettes pour plaire à ses dames. Des recettes qui risquent pourtant plutôt de déplaire quelques fois aussi! Car l’auteur précise dans l’introduction avoir surtout voulu écrire « un livre comique », un « album de caricatures, où rien n’est tout à fait vrai ni tout à fait faux ». Sans oublier que ses fameuses recettes datent de 1950. Certaines font néanmoins toujours sourire… Les hommes surtout! L’auteur disait que « aimer, c’est être embêtant, tatillon, exigeant, c’est vouloir qu’on soit mieux qu’on est, c’est empoisonner l’existence de l’être que l’on aime. » Voilà qui donne le ton!

Christelle

« Le petit Don Juan – Manuel de séduction à l’usage des hommes », de Jean Dutourd, éditions Soliflor, 168 pages, 15 €

Cote: 2/5

 

Devenez l’homme idéal en 50 leçons

Vous avez toujours voulu que les femmes vous trouvent irrésistible? Eh bien voici le mode d’emploi! Diplômé en sociologie des groupes, Stéphane Edouard livre ici « 50 leçons pour séduire la femme qui vous plaît ». Il dévoile aux hommes comment acquérir les bons réflexes dans leurs interactions sociales et développer leur confiance en soi et le style de vie qui feront d’eux l’homme idéal. Quant aux femmes qui n’arrivent pas à attirer l’homme qui leur plaît, elles peuvent toujours tenter de leur offrir ce livre. Peut-être comprendra-t-il le message?

Christelle

« L’homme idéal – 50 leçons pour séduire la femme qui vous plaît », de Stéphane Edouard, éditions Marabout, 320 pages, 5,90 €

Pour les fiiiiilles

Se fondant sur ses déboires sentimentaux et ceux de ses amies, la blogueuse Lucie de Paola décrypte avec humour dans ce livre tout rose les relations entre les hommes et les femmes. Dans « les filles pensent que… », elle livre donc leurs contradictions, leurs envies, leurs plans foireux, et surtout plein d’anecdotes sur les crapauds croisés. En vrac, parmi ce que pensent les filles: rompre par e-mail, c’est minable (mais on peut faire pire), l’amour n’est pas toujours là où on l’attend et il faut savoir reconnaître un crapaud / un prince charmant quand on en voit un. Débat aussi sur l’art de se faire désirer, coucher le premier soir ou pas, les hommes mariés, les sex friends,… Et enfin quelques tuyaux sur la drague dans une salle de sport ou sur Facebook et les méthodes pour reconquérir un ex.  Bref, comme le promet le 4ème de couverture: le livre indispensable pour éviter de finir avec un crapaud! Distrayant et parfois même instructif!

Christelle

« Les filles pensent que… il faut embrasser beaucoup de crapauds avant de trouver le prince charmant », de Lucie de Paola, éditions Michel Lafon, 190 pages, 14,95 €

Cote: 3/5

Histoire littéraire rigolote

L’auteur de ces interviews d’outre-tombe dit n’avoir fait tourner aucune table et n’être entré en contact avec aucun esprit pour réaliser ce petit livre. Il s’est contenté de poser à des grands hommes comme Homère, Villon, Rabelais, Corneille, Molière, La Fontaine, Diderot, Voltaire, Rousseau, le marquis de Sade, Balzac, Chateaubriand, Dumas, Flaubert, Jules Verne ou encore Zola, les questions qui lui seraient venues à l’esprit s’il avait eu la chance de les rencontrer.  Morceaux choisis. A Baudelaire: « Pourquoi cette haine de la Belgique? La Belgique est un bâton merdeux qui pue ». A Verlaine: « Avez-vous déjà vu des fantômes? Oui. Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, et l’on entend à peine leurs paroles. »  Mais l’auteur « interroge » aussi Virgile que « de méchantes langues ont accusé d’avoir paraphrasé l’Illiade » et pose des questions à Verlaine sur Rimbaud. De la culture rigolote, entre manuel d’histoire littéraire, uchronie et machine à remonter le temps.

Christelle

« Interviews d’outre-tombe – Confessions des classiques du Lagarde et Michard », de Jérôme Pintoux, édition JBZ & Cie, 208 pages, 14,50 €

Cote: 4/5

Insolente et… pleine de punch !

Insolente, Chékéba Hachemi? Disons plutôt que cette femme ne se laisse pas faire! Son combat? Améliorer le sort des femmes en Afghanistan.

Vous êtes insolente, vous, alors?
«Voilà! (rires) Être insolente, du point de vue occidental, cela peut avoir une connotation positive, mais du point de vue des hommes afghans, je ne sais pas s’ils ont beaucoup aimé!»

Qu’est-ce qui vous a poussé à raconter votre histoire?
«Ce qui m’a vraiment décidé, c’est que nous sommes aujourd’hui à un moment très charnière pour l’Afghanistan. On parle du départ de la communauté internationale dans deux ans sans vraiment de stratégie pour la suite. On ne sait pas à quelle sauce on va être mangés. Je n’essaye pas de faire l’apologie de tout ce que j’ai fait. Je fais un constat d’échec sur le plan diplomatique et un constat de réussite pour les petites gouttes d’eau de mes actions humanitaires pour les femmes. Je trouvais aussi important de montrer l’autre visage de l’Afghanistan, que ce pays regorge d’humour et de rire alors qu’on est dans une situation catastrophique.»

De votre enfance, jusqu’à votre fuite de l’Afghanistan, quels souvenirs gardez-vous?
«Un souvenir merveilleux, même si je suis née avec la guerre. Les tirs de roquettes, les bombardements, les coupures de courant cela faisait partie de la vie de presque tous les jours. Mais j’étais avec une maman très aimante. Elle avait déjà eu douze enfants, j’étais sa petite dernière.»

Vous dites avoir grandi d’un coup avec ce départ de Kaboul.
«Quand, à 11 ans, vous vous retrouvez subitement séparée de votre maman à qui vous avez vécu collée jusque-là, que vous êtes avec un passeur pour qui vous ne représentez qu’un montant d’argent, que vous traversez des villages entiers bombardés par l’armée russe, vous réalisez ce que c’est la guerre, l’envahisseur, et cela vous fait tout à coup une éducation accélérée!»

Cela ressemble à quoi aujourd’hui l’Afghanistan, dix ans
après la mort de Massoud?
«Il y a dix ans, la communauté internationale a pris conscience qu’il fallait combattre le terrorisme en allant en Afghanistan, son QG. En dix ans, il y a eu énormément de promesses, notamment d’aide à la reconstruction du pays. Et vous voyez qu’aujourd’hui, sur le plan de la sécurité, les talibans reviennent par les zones frontalières du Pakistan, où ils œuvrent officiellement. Ils commencent à incendier les écoles, à brûler les jeunes filles qui vont à l’école en leur jetant
de l’acide, à lapider, à assassiner les femmes qui travaillent. Du coup, les ONG quittent la province. Donc, à nouveau, ils pratiquent l’horreur, avec en plus cette fois un côté vengeance pour la population qui a collaboré avec la communauté internationale. À Kaboul, qui est quand même la capitale, vous n’avez toujours pas d’eau courante, d’électricité. Dans les rapports des Nations Unies, le pays est le plus mal côté en ce qui concerne les femmes, alors que tout le monde y œuvre. Et cela, pour moi, c’est un constat d’échec.»

Le sort des femmes ne s’est donc pas amélioré?
«Si. Il y a toujours le verre à moitié plein et à moitié vide! Une Constitution a été mise en place en 2004, dans laquelle les droits des femmes sont reconnus au même titre que les droits des hommes. Il y a 27% de femmes au Parlement. C’est bien! Sauf que dans un pays avec un taux d’analphabètes de 90%, si on ne les forme pas, cela ne sert à rien. Il y a des petites touches positives, des petites filles qui vont à l’école dans la plupart des provinces d’Afghanistan, mais si on ne suit pas comme il faut, si on ne forme pas les instits, les employés du ministère, les femmes députées, on reste à peu près au même niveau.»

Vous savez ce qu’est devenue la femme de Massoud aujourd’hui?
«On a gardé contact. Elle est en Iran, elle élève ses filles. Son fils est parti faire des études à l’étranger. C’est une femme meurtrie qui n’a qu’une seule raison de vivre: ses enfants.»

Vous avez été la première femme diplomate en Afghanistan.
«Oui, personne n’est parfait! Fin 2001, quand le gouvernement Karzaï a été mis en place, j’ai été la première femme à être nommée diplomate, ici à Bruxelles d’ailleurs. J’en garde un souvenir merveilleux. J’y ai vécu trois ans, je travaillais auprès de l’Union européenne. Puis je suis rentrée à Kaboul, avant d’être nommée à Paris. C’est là qu’a été mon dernier poste. J’ai démissionné.»

Aujourd’hui, vous seriez tentée de vous relancer dans la politique.
«Non. L’ambassadeur que j’ai dénoncé pour vol à mon
dernier poste est toujours là. Donc avec le paysage diplomatique actuel pas du tout. Des gens sont parachutés sans même connaître leur pays. Moi, au moment où j’ai pris la parole, j’avais quand même fait mes preuves sur le terrain. Les écoles, mon association Afghanistan-Libre.»

Christelle

http://www.afghanistan-libre.org

En quelques lignes

A 11 ans, Chékéba Hachemi a traversé une montagne avec un passeur pour fuir l’Afghanistan en guerre. Aujourd’hui, ce sont des montagnes que cette femme qui n’a pas sa langue en poche soulève pour tenter d’améliorer le sort des femmes dans son pays. Son livre est entre témoignage et récit d’aventures et nous fait découvrir un autre visage de l’Afghanistan.
« L’insolente de Kaboul», de Chékéba Hachemi, éditions AnneCarrière, 278 pages, 18,50 €

Cote: 4/5

Le livre qui rend heureux

Petit ouvrage étrange que ce « livre qui rend heureux ». Des petits textes s’enchevêtrent çà et là entre les illustrations et les pages blanches (ou noires) dans le but de répondre à une seule question: qu’est-ce qui nous rend si  heureux? Le point de départ de tout cela? Une jeune fille de vingt ans qui aspire déjà à la retraite. « Si la vie n’a pas de sens, le bonheur est sa direction, peut-on y lire, notamment. Un récit mosaïque qui fait sourire. Et finalement, n’est-ce pas là un trait du bonheur?

Christelle

« Le livre qui rend heureux », d’Arthur Dreyfus, éditions Flammarion, 126 pages, 12 €

Cote: 3/5

 

Soyez intuitif comme un poulpe

On se souvient tous encore de Paul le poulpe, qui a prédit sans se tromper les résultats de la dernière coupe du monde de football. Il paraîtrait en effet que le poulpe est l’un des invertébrés le plus intelligents de la planète. Fonctionnant principalement sur le modèle intuitif, il est capable de résoudre en quelques secondes des casse-têtes complexes. Pour Christophe Haag, jeune docteur en comportement organisationnel, nous aurions les mêmes atouts que le poulpe, mais sans savoir toujours les utiliser. Aussi donne-t-il son livre quelques conseils pour adopter la « poulpe attitude ». On découvre ainsi comment repérer un menteur ou un bluffeur au poker, recruter le collaborateur idéal, s’orienter sans boussole, faire le bon choix en amour… Tout serait affaire d’intuition. Et si même un poulpe y arrive, il n’y a pas de raison qu’on échoue! Un livre à la fois pratique et plein d’humour. A noter que la préface est signée par un autre amateur de petites bêtes, l’auteur des « Fourmis » !

Christelle

« La poulpe attitude », de Christophe Haag, éditions Michel Lafon, 278 pages, 17,95 €

Cote: 3/5

Non à la « galanterie française » façon DSK !

L’affaire DSK aura décidément fait couler beaucoup d’encre. Offusquées par des réactions françaises étrangement tolérantes à l’égard d’agressions sexuelles, les journalistes et écrivains québécoise Denise Bombardier et française Françoise Laborde ont pris leur plume pour dénoncer une «galanterie française» de plus en plus synonyme de «harcèlement sexuel».

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire ce livre?
Françoise Laborde: «On était absolument sidérées de voir que les réactions de toute la classe politique, de tous les intellectuels, étaient de répéter que ce n’était pas possible. Pas un mot pour la malheureuse présumée victime. Et pour ceux qui par hasard pouvaient imaginer quand même qu’il se soit passé quelque chose, c’était pour dire qu’il n’y avait pas mort d’homme, ou parler de troussage de domestiques… »
Denise Bombardier: «Sans oublier la présomption d’innocence qui a emballé tous ces discours. C’était édifiant.»

Vous dénoncez la «galanterie française» qui permet de justifier l’injustifiable.
F.L. «Sous couvert de galanterie, on met tout et n’importe quoi. La galanterie, cela peut être le meilleur, comme ouvrir la portière à une dame,… Mais si c’est avoir des rapports de dominant-dominé, imposer à une partenaire une sexualité dont elle n’a pas envie, cela ne s’appelle plus de la galanterie mais du harcèlement sexuel. Finalement, aujourd’hui, une femme libérée est une femme qui doit se soumettre à la loi masculine, sinon c’est une femme coincée, si pas une mal baisée pour employer des expressions si typiquement françaises. On s’est dit qu’il fallait vraiment s’inscrire en faux contre cela.»
D.B. «Mais la galanterie française a toujours recouvert cela aussi. Et on en faisait un modèle pour le reste du monde. Quand on lit la littérature ‘des Lumières’, on se rend bien compte qu’il s’agit déjà au fond du droit de cuissage. Mais que tout le monde trouvait cela normal. C’est cela qui a été si invraisemblable de découvrir qu’en 2011, dans un des pays considérés comme les plus avancés, il existe un machisme quotidien lourd, pesant. Les mots d’ailleurs ne sont pas innocents. Comment se fait-il que l’on présente DSK comme un homme à femmes? Qu’est-ce d’ailleurs un homme à femmes? Un homme qui aime les femmes, qui est très sensible à la présence féminine et qui va chercher à faire consentir les femmes. C’est dans le consentement qu’il va prendre son plaisir. DSK n’est donc pas un homme à femmes, il n’est pas un séducteur. C’est un harceleur, un prédateur en fait. Et dire que cet homme aurait pu devenir président de la République! Je trouve qu’on devrait donner la Légion d’honneur à Madame Diallo. La France l’a échappé belle.»

Mais est-ce qu’à l’opposé, les Anglo-Saxons ne sont pas trop puritains?
D.B.: «Voilà l’argument alibi utilisé pour sauter toutes les femmes qui ne veulent pas se faire sauter. Si le puritanisme, ce serait de respecter les femmes, de comprendre que quand c’est non, c’est non, et que ce n’est pas le rapport de force qui va changer quelque chose, dans ce cas, j’aime être puritaine. On ne peut pas dire qu’on est pour l’égalité des hommes et des femmes et continuer à avoir un système qui est fait toujours au détriment des femmes. Chez nous, il n’y a plus de prescription en matière de viol et de harcèlement sexuel. On peut appeler cela du puritanisme si l’on veut. Mais au quotidien, c’est plus agréable à vivre!»

L’affaire Tristane Banon, vous en avez pensé quoi?
F.L.: «Comme toujours dans ces affaires, ce sont les femmes victimes de violence que l’on traite au plus mal. L’Américaine, elle était trop noire, trop grosse. La Française, elle est trop blonde, trop maigre, moche. Cela justifie que l’on la viole? Dans tous les cas d’agression sexuelle, les femmes doivent toujours se justifier. Les femmes victimes le sont deux fois : en plus du viol, elles sont montrées du doigt.»

Et l’attitude d’Anne Sinclair?
D.B.: «Quelle épouse modèle! On a entendu plein de ténors dire cela. Une épouse modèle, ce n’est pas une femme qui se laisse éclabousser, mépriser à la face non seulement de la France mais du monde entier. Il faudrait que les femmes endurent toutes les infamies pour être une bonne épouse? C’est terrible.»

Christelle

« Ne vous taisez-plus », de Denise Bambardier et Françoise Laborde, éditions Fayard, 80 pages, 6,90 €

Cote: 3/5

La véritable histoire de « Survivre avec les loups »

Contrairement à ce qu’elle racontait dans son livre, «Survivre avec loups», Monique Dewael (alias Misha Defonseca) n’a jamais traversé l’Europe à la recherche de ses parents durant la Seconde guerre mondiale. Le journaliste et écrivain Lionel Duroy nous livre la véritable histoire de cette femme. Sans loup, mais non pas moins bouleversante.

Comment en êtes-vous arrivé à vous passionner pour l’histoire de Misha?
«Je me trouvais par hasard dans le bureau de Bernard Fixot quand il a appris que le livre qu’il avait publié était en fait une fable. Je connaissais cette histoire et je ne pouvais pas croire que cette femme avait menti avec dessein. Je ne crois pas du tout que l’on peut inventer un bobard autour de la mort de ses parents simplement pour faire un coup médiatique. J’ai dit à Bernard que j’étais sûr que ‘Survivre avec les loups’ cachait une vraie histoire et que s’il voulait, je voulais bien mener l’enquête. Il a tout de suite été d’accord. Je crois qu’il était surtout préoccupé par l’état de Misha, alors vraiment suicidaire, avec tous les journalistes qui la traitaient de menteuse. Il m’a demandé de partir le plus vite possible à Boston, comme cela, elle aurait quelqu’un de bienveillant auprès d’elle. C’est ainsi qu’a débuté l’enquête.»

Et comment s’est déroulée votre enquête?
«Elle a été très longue et il fallait être très patient. Le début de l’enquête a été absolument passionnant, parce que Misha constatant que je venais avec bienveillance, a peu à peu retrouvé plein de documents autour de ses parents, dont toutes les lettres envoyées de prison par son père, qu’elle avait retrouvées à la mort de son grand-père en 1954, à l’âge de 16 ans. Elle m’a dit n’avoir jamais lu ces lettres et je la crois. Notre première démarche aura été de passer dix jours à lire ces lettres. Ce qui lui permet pour la première fois de parler avec moi de son vrai père, qu’elle a toujours prétendu ne pas connaître. Je découvre ainsi dans quelles conditions ont été arrêtés ses parents car c’est écrit dans les lettres. Je comprends aussi qu’on ne lui a jamais dit que ses parents étaient morts, pour la protéger quand elle était petite. La seule chose que l’on a comme un point de mire, c’est qu’elle a l’intuition que son père s’est très mal comporté pendant la guerre. Mais à ce moment-là, on n’a encore rien pour montrer si c’est vrai ou non.»

L’enquête vous a pris combien de temps au total?
«De longs mois. Surtout parce que les délais pour accéder aux archives militaires sont très longs. Seule la famille peut accéder à ce dossier. Monique m’a fait une procuration, toujours dans l’espoir que l’on va innocenter son père. Mais quand finalement, j’obtiens l’autorisation d’accéder au dossier, c’est effarant tous les témoignages recueillis par la justice de survivants, livrés à la Gestapo par Robert De Wael. C’est une évidence que s’il était revenu d’Allemagne, il aurait été condamné à mort.»

Comment l’avez-vous annoncé à Misha?
«Je suis d’abord allé voir le psychiatre Boris Cyrulnik pour lui demander comment il ferait s’il devait annoncer cela à un patient. Il m’a donné beaucoup de conseils. Je suis reparti à Boston pour essayer de lui expliquer. Et là, j’ai rejoint mes thèmes à moi, parce que je suis moi le fils d’un antisémite. Et j’ai toujours pensé que quel que soit l’endroit où l’on vient au monde, on doit faire quelque chose de ce destin-là. Elle est la fille d’un traître. D’autres sont les enfants de dignitaires nazis, de tortionnaires yougoslaves recherchés par le tribunal pénal international. Quand vous êtes l’enfant d’une personne comme cela, de cet héritage-là dont vous ne voulez pas, vous devez faire quelque chose. Un film, un livre, une œuvre d’art. Mais on ne se recroqueville pas sur soi. Misha s’est inventée une histoire pour être une victime honorable. Elle s’est inventée juive. Ses deux parents sont bien morts en camps comme les juifs. C’est un destin qu’elle doit porter.»

Comment elle a pris?
«C’était vraiment  très dur pour elle. Elle est allée vomir plusieurs fois. Elle répétait qu’elle ne pouvait pas le croire. Le livre a été fini en 2009 et on a attendu qu’elle aille bien pour le publier. Je suis allée plusieurs fois à Boston, je lui ai fait lire. Elle était touchée qu’il y avait des photos de ses parents, de ses vrais parents.»

Son imposture commence lorsqu’elle s’installe aux Etats-Unis.
«Elle commence avant, dans sa tête, et c’est pour cela qu’on ne peut pas parler de mensonge parce que c’est vraiment psychique, on n’est pas dans le truc préparé d’avance. On voit très bien sa joie de pouvoir s’appeler Levy avec son premier mariage. Avec un nom comme cela et deux parents morts en camps, elle s’est fait accueillir dans la communauté juive. De sorte que quand elle rencontre son deuxième mari, lui est persuadé qu’elle est juive. Quand elle arrive aux Etats-Unis, pour les juifs américains qui n’ont pas vécu tout cela, elle est en quelque sorte une héroïne, une victime directe de la Shoah. Donc ils veulent lui faire raconter. Et comme elle ne sait rien de ses parents, elle se met à inventer une fable.»

Pourquoi les loups? A cause des chiens de sa grand-mère?
«Oui. Très tôt, quand Misha a compris que le monde des hommes était terrifiant, elle se met sous son lit et s’invente une forêt avec des chiens et des peluches. La forêt qu’elle invente dans sa fable, et les loups, lui sont inspirés de toute évidence de là. Il faut la voir aujourd’hui, à 74 ans, toujours entourée de deux chiens, de 18 chats, et d’énormément de peluches. C’est comme une enfant qui n’a pas grandi. Elle a toujours peur des gens et une affection disproportionnée pour les animaux.»

Vous l’appelez toujours Misha, pas Monique?
«J’essaie de l’appeler Monique. Elle essaie de se réconcilier avec son prénom qu’elle déteste, mais elle me dit que cela lui fait tellement plaisir que je continue à l’appeler Misha.»

EN QUELQUES LIGNES
Dans un livre présenté comme un témoignage et adapté au cinéma, Misha Defonseca racontait comment, rescapée de la Shoah, elle aurait traversé enfant  l’Europe à pied, protégée par des loups, à la recherche de ses parents. Avant d’être traitée de menteuse. Car Misha s’appelle en réalité Monique. Et si ses parents –catholiques et non pas juifs- sont bien morts dans des camps durant la seconde guerre mondiale, cela n’a pas empêché son père de collaborer avec la Gestapo. Le journaliste et écrivain Lionel Duroy a mené son enquête et nous livre la véritable –mais non moins sordide- histoire de l’héroïne de «Survivre avec les loups».
«Survivre avec les loups – la véritable histoire de Misha Defonseca», de Lionel Duroy, éditions XO, 234 pages, 18,90 €

Cote : 3/5

No sexe !

© E.Scorcelletti

«Si tout le monde faisait l’amour, on ne s’entendrait plus», écrit la journaliste Sophie Fontanel dans son dernier livre où elle explique pourquoi elle a choisi de se passer de sexe à un moment de sa vie.

A qui s’adresse votre livre?
«Au fond de moi, ce livre s’adresse à un homme que j’ai rencontré et qui était lui-même dans cette incapacité à aller dans la vie sexuelle à un moment donné de sa vie. Et cela m’a tellement touché que j’ai voulu écrire un livre pour lui dire que j’étais comme lui, qu’il ne fallait surtout pas qu’il en ait honte. Mais depuis sa sortie, on me dit souvent qu’on se reconnaît dans le livre comme si, ces gens, comme moi, à un moment donné, n’avaient pas de vie sexuelle. Je crois qu’on n’a pas toujours besoin d’avoir vécu ce que dit un livre pour se reconnaître dedans. Le livre s’adresse juste à ceux chez qui ça parle l’idée que ce n’est pas si simple la sexualité. Il y a des gens pour qui s’est très simple, qui se demandent où est le problème. S’ils ne mentent pas, ils ont beaucoup de chance!»

Comment le livre a-t-il été accueilli dans votre entourage?
«C’est mon dixième livre. Je suis donc beaucoup moins à donner le manuscrit. Je n’ai pas besoin tellement de l’avis des autres. Donc je l’ai donné à une collègue chez Elle que j’adore. Elle ne m’a pas répondu pendant trois mois. Après elle m’a dit qu’elle avait perdu le manuscrit. Je le lui ai renvoyé. Elle s’est re-tue encore. Elle a fini par me dire qu’il ne fallait surtout pas que je publie ce livre, que cela allait vraiment faire de moi une miséreuse aux yeux des autres, qu’elle avait peur pour moi. En même temps, toujours chez Elle, quelqu’un d’autre la lu et m’a dit qu’avec ce livre, j’avais fait quelque chose qui me dépassait et qui était beaucoup plus important que je ne le pensais. Ensuite, quand les gens ont commencé à lire le livre, j’ai vu que cela les intéressait. C’est un petit livre qui prend les choses de manière très poétique, très délicatement. Un tout petit livre suivi d’un bruit énorme. Ce qui fait tout ce bruit, c’est que personne ne dit cela. Personne ne dit que parfois, on a un désintérêt pour la sexualité, parce qu’on n’y arrive pas. »

Vous n’aviez pas peur d’être jugée?
«Je m’en fous éperdument d’être jugée et cela depuis bien longtemps. Je n’ai pas besoin de l’admiration des autres. Je ne redoute pas non plus leur jugement. J’ai 49 ans, je ne suis pas un enfant de cœur, je sais très bien me défendre si on m’attaque. On me dit que j’ai eu du courage et sincèrement, je n’ai pas pensé une seule seconde au courage.»

Par rapport à vos autres livres, il a été facile à écrire?
«Ce livre a été très facile à écrire, parce que le propos avait une autorité telle que j’écrivais presque sous la dictée de ma pensée. C’était presque politique d’écrire cela. Même si c’était aussi, je l’espère poétique.»

Pourquoi, selon vous, l’absence de vie sexuelle est si taboue aujourd’hui?
«C’est tabou parce que la société entière représente la sexualité comme une chose évidente. C’est comme si une norme sexuelle s’était insinuée partout. Par exemple, dans la littérature en France, les deux tiers de nos romans parlent d’à quel point nous sommes libérés sexuellement. Il y a une chanson d’Alain Souchon, ‘Le dégoût’, qui parle de ses tentatives de séduction quand il était enfant. Le dégoût, c’est de la peur. Il y a très peu de gens qui osent l’exprimer. Je pense que la libération sexuelle a fait un bien fou. Le droit de jouir, c’est génial. Mais après, c’est devenu l’obligation de jouir. On peut aussi être libéré de la consommation sexuelle.»

Pourquoi avoir choisi «L’envie» comme titre?
«Je voulais montrer que quelqu’un qui arrête de faire l’amour, c’est parce qu’il a encore plus envie que les autres en fait. Il a envie que ce soit encore mieux. C’est pour cela qu’il s’arrête. Parce qu’il n’arrive pas à ce que ce soit encore mieux. Moi, je n’y arrivais pas. Dans un lit avec un homme, à l’époque où je m’y prenais si mal, je n’osais pas dire quand quelque chose ne me plaisait pas. Je faisais ce que je croyais qu’on attendait de moi, ce que je pensais qu’il fallait dire. Et je me souviens, quand j’étais jeune, la fois où j’avais éclaté de rire, parce que cela me semblait à la fois ridicule, excitant et amusant. Et le garçon s’est demandé ce qui se passait. Pour une fois que j’exprimais ma joie! Un jour, je me suis dit, si je m’arrête, si je sais me réparer, me reconstituer, me retrouver, un jour je rencontrerai des hommes avec qui je saurai mieux, avant même d’être dans le lit, montrer qui je suis de manière à ce que cela se passe mieux dans le lit. C’est ce qui m’est arrivé.»

Christelle

«L’envie», de Sophie Fontanel, éditions Robert Laffont, 162 pages, 17 €

Cote : 3/5

Tout sur le bonheur !

Le bonheur est à la portée de tous! Cent « professeurs de bonheur », grands spécialistes de la psychologie positive du monde entier, d’Afrique du Sud à la Slovénie, du Bouthan à la République tchèque et de l’Islande à l’Iran, y font part de leurs connaissances en la matière. Parmi les thèmes abordés, on y retrouve le temps, l’argent, la santé, le succès, l’avenir, la jeunesse, le hasard, l’humour, la souffrance, le chagrin, les choix, la famille et les amis. Des petits conseils faciles à suivre, des belles photos, voilà qui devrait nous ouvrir à tous les portes du bonheur !

Christelle 

« Le bonheur – The World Book of Happiness », éditions Racine, 368 pages, 24,95 €

Cote: 3/5  

Le véritable Haddock dévoilé

Tout le monde connaît le capitaine Haddock, l’ami de Tintin au penchant pour le wisky et à l’impressionnante collection de jurons. Mais qui était le véritable Haddock? Car il se trouve qu’un capitaine Haddock en chair et en os a bel et bien existé. Il fut capitaine de la marine britannique, premier commandant du Titanic et de son navire-jumeau, l’Olympic. Les exploits de ce vaillant marin durant la Première guerre mondiale lui valurent même le surnom de « Nelson de la marine marchande britannique ». Comme son homonyme de papier, le vrai Haddock était donc un personnage haut en couleur, dont la biographie devrait intéresser les tintinophiles, alors que le film de Steven Spielberg sur les aventures du célèbre reporter sortira en octobre et que Haddock lui-même, apparu pour la première fois dans « Le Crabe aux pinces d’or » en 1941, fête cette année ses 70 ans.

 Christelle

« Le vrai capitaine Haddock » de Louis Francken, éditions Avant-Propos, 192 pages, 19,95 €

Cote: 3/5