Souvenirs épileptiques

Emouvant récit autobiographique que nous livre ici Elodie Durand. Dans « La parenthèse », elle rassemble les souvenirs d’une période douloureuse de sa vie, celle d’une maladie qui l’a empêché de vivre pendant près de quatre ans, à savoir l’épilepsie. Judith, son alter ego, est en proie à de soudains malaises et des pertes de mémoires, d’abord fugaces, ensuite plus intenses. Les médecins diagnostiquent un cas d’épilepsie. On suit alors Judith dans son combat, ses visites chez le neurologue et ses opérations chirurgicales. On assiste également à sa rémission inattendue. Cette délicate BD intimiste « est née d’une nécessité, d’un besoin, d’un désir très fort de rassembler des souvenirs confus, d’éclaircir un passé douloureux », explique l’auteure qui ajoute avoir eu aussi envie de témoigner et de peut-être informer sur cette maladie finalement fort peu comprise.

Anne-Sophie

« La parenthèse », d’Elodie Durand, éditions Delcourt, 224 pages, 14,95 €

Cote : 3/5

Alliance cubaine

Dans ce huitième opus, le «Tueur» poursuit sur sa lancée moralisatrice et nous livre ses réflexions sur l’état du monde. Cette petite pointe intellectualisante n’est à vrai dire pas pour nous déplaire. Dans «L’ordre naturel des choses», on découvre un tueur à gages plus sensible qu’il n’y paraît et qui avoue voir le monde sous un jour un peu différent depuis la naissance de son fils. Le père de famille a installé femme et enfant à Cuba et espère un jour raccrocher. Mais son heure n’est pas encore venue. Appelé au Venezuela, le «Tueur» fait temporairement alliance avec les Cubains et leurs intérêts, incarnés par la voluptueuse Katia qui semble l’avoir ensorcelé ou presque. Il lui est demandé de mener une campagne d’assassinats ciblés contre la junte militaire dans le but d’assurer le retour du président élu. Mariano, son ami et contact dans les milieux maffieux, met en garde le «Tueur» contre ce nouveau contrat et la belle Katia qui ne lui semble pas très nette. Un tout bon album qui confirme tout le bien que l’on pense de la série signée Jacamon et Matz.

 Anne-Sophie

 «Le Tueur, t 8: L’ordre naturel des choses», de Jacamon et Matz, éditions Casterman, 56 pages, 10,40 €

 Cote : 4/5

Ein Volk, ein Reich, zwei Führer

En voilà un album original ! Le Flamand Pieter De Poortere ose tout avec son personnage Dickie ! Bien connu des néerlandophones sous le nom de Boerke, le petit personnage rondouillard proche de la physionomie du Playmobil et présenté comme un véritable looser a attiré l’attention des éditions Glénat. Voilà donc une première publication francophone étonnante et désopilante ! Le lecteur retrouve Dickie dans une période des plus tourmentées. On est en pleine Seconde Guerre mondiale et il semblerait que Dickie soit le fils naturel d’Hitler. Rien de moins ! En 1944, Adolf Hitler sent sa fin approcher. En mal de descendance, il apprend qu’il a un fils. Tout est mis en oeuvre pour retrouver sa progéniture. Dickie, anti-héros par excellence, se serait bien passé de l’intérêt soudain dont il fait l’objet.  Un one shot à aborder bien évidemment sur le ton de la plaisanterie. Le lecteur survolera et se délectera des cases muettes riches en petits détails et clins d’œil amusants. On adore !

Anne-Sophie

« Le fils d’Hitler. Une aventure de Dickie », de Pieter De Poortere, éditions Glénat, 59 pages, 15 €

 Cote : 5/5

L’amitié à tout prix

Avec « Trois jours en été », Bastien Quignon signe un premier album consacré à l’adolescence et ses rites initiatiques. Bien plus que la thématique, c’est le crayonné de l’auteur qui a attisé notre intérêt. Du délicat dessin au crayon gras se dégage l’atmosphère évanescente des jours d’été où à l’écrasante chaleur se mêle l’ennui de journées peu actives. Gaël a 11 ans, Alban en a 15. C’est l’été et les deux gamins se retrouvent livrés à eux-mêmes. En permanence, l’aîné entraîne le cadet, teste, non sans perversité, ses limites, le met à l’épreuve, le brime. Jusqu’où ira Gaël pour plaire à son ami. Qu’est-il prêt à endurer pour préserver leur amitié ? Une chronique émouvante d’un âge parfois cruel.

Anne-Sophie

« Trois jours en été », de Bastien Quignon, éditions Actes Sud – L’An 2, 96 pages, 19,50 €

Cote : 3/5

Un collector

Depuis trente-deux ans maintenant, le succès de Garfield défie les générations. Grands connaisseurs du comic strip ou récents amateurs du héros « vu à la télévision » (sur France 3), tous vont pouvoir se délecter des nouvelles aventures du chat paresseux dans cet album, qui propose avec bonheur les « râteaux » amoureux de Jon férocement glosés par son complice à poils orange, ainsi que quelques-unes de ses farces félines, auxquelles la couverture de ce cinquantième album rend un hommage… poilant. En effet, le poil roux du célèbre chat est tout de velours vêtu pour l’occasion, ce qui rend l’objet fort attachant (on achèterait d’ailleurs l’album rien que pour cet important détail…). 

Anne-Sophie 

« Garfield, t 50 : Au poil », de Jim Davis, éditions Dargaud, 48 pages, 9,95 €

 Cote : 4/5

Une perle de la BD indépendante anglo-saxonne

Le Canadien Chester Brown révolutionna en son temps la bande dessinée anglo-saxonne avec son récit autobiographique « Je ne t’ai jamais aimé ». Publié en anglais en 1994, l’ouvrage fut ensuite traduit en québecois. Difficilement lisible en français, il vient -enfin- de faire l’objet d’une nouvelle traduction. Les amateurs de BD anglo-saxonne se régaleront des tâtonnements amoureux de Chester Brown. Le récit est délicat et sensible. Il nous brosse un Chester aux comportements étranges. Intelligent mais mal dans sa peau, l’adolescent ne fait que peu de cas de la tendresse et de l’amour dont lui fait preuve Carrie, une de ses meilleures amies mignonne comme un cœur. Chester en pince pour la copine de celle-ci, Sky. Il ne tarde pas à se déclarer mais, décidément trop gauche et trop coincé, il n’aura jamais le courage d’aller plus loin. L’adolescence et ses tourments dans toute leur splendeur…

Anne-Sophie

« Je ne t’ai jamais aimé », de Chester Brown, éditions Delcourt, 194 pages, 13,95 €

Cote : 3/5

Les voies de la résistance

Jean-Christophe Derrien laisse de côté la création pure («Miss Endicott»)  pour nous offrir une page d’histoire. Aidé au dessin par Claude Plumail, il évoque dans son nouvel album la résistance française sous l’Occupation allemande. Le récit débute le 14 juin 1940. Les Allemands occupent Paris et les Parisiens fuient par milliers. Quatre jours plus tard, le Général De Gaulle lance son célèbre appel. «Résistances», série qui comptera quatre tomes, s’attache à nous compter les diverses formes qu’a pu prendre la résistance durant les sombres années de la Seconde Guerre mondiale.

 Comment est née cette nouvelle série?

Le Lombard

Jean-Christophe Derrien:

«Cela faisait déjà plusieurs années que j’avais envie d’écrire une BD sur la résistance. C’est un sujet qui me passionne. Mais je n’avais jamais fait de BD historique et j’avais des appréhensions. Puis finalement je me suis décidé et le synopsis a quasiment été écrit en une soirée! Le Lombard s’est montré intéressé et s’est mis en quête d’un dessinateur.»

 Vous vouliez un dessin réaliste?

«Il y avait deux choses. Soit… mais ça, je ne l’ai jamais dit au Lombard (rires)… j’envisageais carrément un manga. L’idée de transmettre ce bout d’histoire aux très jeunes aurait pu être intéressante. Soit j’optais pour le trait réaliste, plus gracieux. Le plus difficile n’est pas de dessiner des immeubles ou des voitures, c’est le dessin des visages! Je voulais un dessinateur qui ait une vraie sensibilité dans le trait, qui puisse faire ressortir les émotions. Claude Plumail l’a très bien fait.»

 Présent, flash-back, flash-forward. Vous multipliez les méthodes narratives… et les contraintes!

«C’est une influence directe de la série ‘Lost’. Le flash-back est un procédé un peu facile. Le flash-forward fait son apparition à la fin de la saison 3 de ‘Lost’. Je ne connaissais pas ce procédé. Avec le flash-forward, vous savez déjà ce qui se passe, mais vous ne savez pas comment ça se passe. C’est une difficulté qui permet de garder la tension. «Résistances» est une BD assez classique dans le genre et dans la forme. Le flash-forward permet de jouer sur la temporalité pour être un petit moins classique.»

 En France, l’histoire de la résistance suscite encore des débats et alimente des controverses. Pourquoi?

«Difficile à dire, mais une chose est sûre la tension est toujours palpable. J’assiste à beaucoup de colloques, de banquets d’anciens résistants. Septante ans après les faits, il ya encore de grosses tensions entre résistants. Vous avez les gaullistes d’un côté et les communistes de l’autre. Ce sont des personnes très respectables qui ont 90 ans mais qui se lancent encore ouvertement des pics. Il n’y a pas de pardon. Les rancœurs sont très vives.»

 Il n’y a jamais eu de cause commune de la résistance en France?

«Grâce à Jean Moulin, il y a eu le ralliement de tous les réseaux. Au début des années 1940, il n’y avait pas de résistance organisée, juste des décisions individuelles. Ce n’est que vers 1942 que la résistance commence à faire parler d’elle. Elle se structurera ensuite en réseaux et au bout d’un moment il y aura regroupement.»

 Votre album s’intitule «Résistances» au pluriel…

«La perception qu’on a de la résistance change à travers les décennies. La France n’a jamais été complètement collabo ou complètement résistante. Il y a eu des individus qui ont collaboré et des individus qui ont résisté. Les Français essayaient simplement de survivre. Il y avait de nombreuses manières de résister. Il n’y avait pas de profile type du résistant. Certains ont pris les armes, d’autres faisaient de la résistance passive, d’autres encore qui protégeaient des enfants juifs,… Mon intention n’a jamais été de faire une BD sur la résistance avec un grand ‘R’. L’idée était de mettre en scène des personnages pris dans la tourmente et qui essaient de s’en sortir.»

 Anne-Sophie 

«Résistances, t 1: L’appel», de Plumail et Derrien, éditions Le Lombard, 56 pages, 13,50 €

 Cote : 3/5

Tourner la page

Le jour où Marc apprend que sa copine Karine l’a trompé avec un gars atteint du sida, son sang ne fait ni une ni deux. Il quitte sa concubine et profite du « prétexte » pour entreprendre un tour du monde, sans avoir omis auparavant de vider le compte en banque. L’aventure, c’est aujourd’hui ou jamais. Qui sait s’il sera encore en vie d’ici quelques années ? Marc est un jeune trentenaire aigri, un « sale con » comme il le dit lui-même, médiocre en tout. En pleine introspection, il passe de New York à Shanghai pour s’envoler quelques mois plus tard pour Istanbul. La scénariste Isabelle Bauthian alterne échanges directs et narration off, au cours de laquelle Marc s’adresse par lettre interposée à Karine qu’il n’a jamais vraiment aimée. Le lecteur n’éprouvera que peu de sympathie pour le personnage principal, mais se délectera des décors soignés de Sylvain Limousi qui croque ici avec précision et plaisir les grandes villes que sont New York, Shanghai ou Istanbul.

Anne-Sophie

«Le prétexte», de Bauthian et Limousi, éditions Dargaud, 72 pages, 14,50 €

Scénario :2/5

Dessin: 3/5

Voyage initiatique

Mike ne sera jamais un héros. Chômeur longue durée qui se laisse aller, voire se complaît dans sa vie sans sel qui se résume à dévorer des pizzas devant la télé, Mike s’ennuie ferme. Pas de petite amie, pas vraiment de potes avec qui s’éclater. Seule sa sœur un rien psychorigide se rappelle à son bon souvenir quand elle a besoin d’un babysitteur pour la soirée. Mais voilà que la grand-mère paternelle décède et que le père, devenu extrêmement acariâtre depuis l’accident qui, 25 ans plus tôt, l’a laissé grabataire et veuf, propose à Mike de le payer pour l’accompagner lors d’un tour du monde. Mike hésite… Le voyage ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices… Dans «Nous ne serons jamais des héros», Salsedo et Jouvray se penchent sur les difficiles relations père-fils. Rien de bien neuf dans le traitement du fossé générationnel. Ce qui n’empêchera pas le lecteur de passer un agréable moment avec cet album.

Anne-Sophie

«Nous ne serons jamais des héros», de Salsedo et Jouvray, éditions Le Lombard, collection Signé, 84 pages, 15,50 €

Cote :3/5

Trois pizzas, une star, un mort

BD étrange de la collection Treize étrange. Un couple rongé par l’usure fête ses vingt ans de mariage dans une pizzeria minable du Las Vegas des années 1960. Monsieur emmène Madame en pèlerinage, sur le lieu de leur rencontre. L’atmosphère est pesante. Un peu plus loin, un homme seul attend son idole… Frank Sinatra qui fait une apparition remarquée. Et voilà qu’un homme meurt d’un coup de bouteille mal placé. Pas question que Frank ne reconnaisse le meurtre. C’est pourquoi l’impresario propose un million de dollars au client qui sera prêt à endosser l’homicide involontaire. Le petit comité a une heure pour trouver une solution, avant que le policier qui a ses petites habitudes à la pizzeria ne débarque. Le huis clos réserve son lot de surprises… Un scénario complètement barré mais pas mauvais, loin de là! Le dessin noir et blanc rehausse l’atmosphère particulière de cette espèce de polar.

Anne-Sophie

«Tête de marron», de Marion Mousse, éditions Treize étrange, 78 pages, 13 €

Scénario: 4/5

Dessin: 2/5

Les fils restés au pays

Excellente bande dessinée d’auteur américaine. « Sous la bannière étoilée” évoque avec retenue et sensibilité le drame et les angoisses des familles qui ont envoyé leur fils, frère ou époux au combat en Irak. James Ponsoldt signe l’adaptation scénaristique d’une nouvelle de l’écrivain américain Benjamin Percy. Ce roman graphique, prémisse à une prochaine adaptation cinématographique, évoque l’enlisement de la guerre à travers l’expérience au pays des enfants de soldats. Josh et ses deux meilleurs amis purgent leur dernière année de lycée, dans une petite ville américaine ordinaire. L’avenir qui s’offre à eux n’est pas fort réjouissant. Si l’un se destine à de grandes études, les autres par manque de moyens financiers ne voient d’avenir. Dans cette ville où la plupart des hommes sont des soldats de l’armée américaine, l’angoisse est permanente et les recruteurs se cachent à chaque coin de rue. Josh et ses amis résisteront-ils à l’appel de la bannière étoilée ? Auront-ils le choix ?

Anne-Sophie

« Sous la bannière étoilée », de Novgorodoff et Ponsoldt, éditions Casterman, 144 pages, 15 €

Cote : 3/5

Le justicier dérape

Excellente conclusion pour ce diptyque au scénario surprenant. «Le dessinateur» nous conte l’histoire de cet homme qui, de par sa profession, se traîne depuis 30 ans de tribunal en tribunal, ne cessant de croquer les criminels lors de leur procès. Depuis le suicide de sa fille Caroline qui avait été violée trois mois plus tôt, il erre et vomit toute cette horreur qui l’entoure. Le dessinateur judiciaire va se muer en justicier. Il attend à leur sortie de prison les plus beaux salauds qu’il lui a été donné de rencontrer et leur règle leur compte sans bavure, ou presque… Sa troisième victime, entre la vie et la mort, est hospitalisée et mise sous surveillance policière. Le dessinateur se doit de finir le travail. Mais un flic le devance. Pourquoi? Léa, la commissaire chargée de l’enquête qui est aussi sa maîtresse, se doute-t-elle de quelque chose? Le dessinateur se donne pour une ultime mission: éliminer le tueur au sabre, coûte que coûte.

 Anne-Sophie

 «Le dessinateur, t 2 : Abbesses», de Trolley, Erroc et Dimberton, éditions Grand Angle, 48 pages, 12,90 €

 Cote :4/5

Apparences trompeuses

«Face cachée», un beau roman graphique en noir et blanc qui nous plonge au cœur de la société nipponne aux exigences parfois quelque peu… effrayantes, vues d’Europe. Satoshi est analyste financier. Il travaille la semaine à Tokyo jusque bien tard le soir. Une fois la journée terminée, quand il n’est pas obligé de suivre son patron pour une partie de karaoké bien arrosée, il rejoint son capsule hôtel où il se repose quelques heures. Le week-end, il retrouve en lointaine banlieue femme et enfant qui lui manquent tant. Mayumi, jeune employée, en pince pour Satoshi et espère bien terminer ses jours avec son bel amant. Oui, mais voilà, les apparences sont trompeuses et les convenances aussi strictes soient-elles cachent souvent de terribles situations. Le lecteur, dont la curiosité est titillée, n’en saura pas plus dans ce premier opus. Cet ouvrage se révèle une très bonne surprise signée Sylvain Runberg et Olivier Martin, tous deux fins connaisseurs du pays du soleil levant. 

Anne-Sophie 

«Face cachée», de Runberg et Martin, éditions Futuropolis, 152 pages, 18 €

 Cote : 4/5

Black-out familial

« La Corde », un nouveau diptyque qui vient enrichir l’excellente série « Secrets » des éditions Dupuis. Frank Giroud offre une suite surprenante à « L’Echarde » qui se penchait sur les heures sombres de l’Occupation. Intrigue généalogique et secrets de famille forment la trame de ce nouvel opus. Anna est jeune, belle et issue d’un milieu aisé de Buenos Aires. Accompagnée de son amie Paquita, elle s’envole pour Grenoble dans le but d’y poursuivre ses études d’architecture. Elles dégottent un petit appartement mal en point qu’elles retapent avec l’aide de leur charmant voisin Paul. Les études ont bon dos… Car Anna est venue en France aussi -et surtout- pour enquêter sur le passé de sa mère et éclairer le mystère qui l’entoure. Mais elle ne parvient à mettre la main sur aucune archive familiale. Ses parents ne lui ont jamais parlé de leur jeunesse en Europe, comme si leur vie avait débuté avec leur arrivée en Argentine… Le second tome promet d’être riche en rebondissements. A suivre…

Anne-Sophie 

« Secrets. La Corde. Tome 1 », de Duvivier et Giroud, éditions Dupuis, 56 pages, 13,50 €

 Cote :3/5

Reiser visionnaire

Reiser. Un nom bien connu des bédéphiles. Le dessinateur décédé en 1983 a surtout travaillé dans le registre humoristique, pas toujours politiquement correct d’ailleurs. Fidèle de «Hara Kiri» et «Charlie Hebdo», les lecteurs ont bien ri avec «Jeanine», «Gros Dégueulasse» ou «La Vie des Bêtes». Par contre, il est nettement moins connu pour ses positions écologistes avant l’heure. Reiser n’avait rien à voir avec l’écolo bobo d’aujourd’hui. Non, le dessinateur était bien plus que cela, il était un écologiste convaincu pour qui l’écologie était un mode de vie à part entière. Dès les années 1970, il consacre de nombreux croquis au sujet. Pollution, marée noire, nucléaire, solaire, chasse, pêche, espèces menacées, recyclage, tout y passe. Reiser nous fait part de toute une série d’inventions. Et oui, Reiser était un précurseur et un visionnaire! Le présent album regroupe également des textes où l’auteur explique le fonctionnement de l’énergie éolienne et solaire. Un très bel objet.

Anne-Sophie

«L’écologie», de Reiser, préface de Jean-Marc Parisis, éditions Glénat, 199 pages, 19 €

Cote: 4/5

Une quadra pleine de peps

Les BD sur les jeunettes et les trentenaires célibataires sont pléthore. Celles consacrées au quotidien des quarantenaires divorcées et mères célibataires le sont moins. Gloria est l’une de ces femmes ordinaires… toujours au bord de la crise de nerf ! Les lectrices du mensuel belge « Gaël » la connaissent bien puisque ses aventures ou plutôt ses déconvenues sont publiées dans le magazine. Dans l’Hexagone, Gloria est encore plus connue : depuis près de deux ans, cette femme active pleine d’entrain et somme toute fort sympathique s’exprime toutes les semaines dans ‘Version Femina’. Après deux années de bons et loyaux services, un premier album sort de presse. Celui-ci reprend un certain nombre de planches déjà publiées plus un grand nombre d’inédites. Toutes sont centrées sur Gloria et son Doudou d’amour, le fils chéri, un ado qui lui en fait voir de toutes les couleurs.

 Anne-Sophie

 « Gloria va à l’essentiel », de Marianne Maury Kaufmann, éditions Delcourt, 64 pages, 14,95 €

 Cote : 3/5

Un amour étrange

Paul, jeune et fringuant avocat, échoue au Osgood’s Bar après une laborieuse journée de travail. Ce bel étalon est abordé par une femme âgée d’une quarantaine d’années et franchement laide. Mère de famille, divorcée, elle relève le défi lancé par ses collègues d’usine avec qui elle a pris pour habitude de prendre un verre avant de rentrer à la maison. Etrangement, le courant semble plutôt bien passé entre Paul et Sarah. Un verre en amène un autre et au fil des rencontres qui se multiplient le beau et la bête deviennent amant. Tout se passe bien au lit, mais Paul semble peu enclin à présenter Sarah à sa famille et ses amis. La honte prend le dessus. Etrange histoire d’amour que Grégory Mardon met en images d’après une nouvelle de Russel Blanks. L’univers dépeint sobrement en noir et blanc reflète avec justesse l’atmosphère glauque et malsaine de cette relation amoureuse.

Anne-Sophie

« Sarah Cole. Une histoire d’amour d’un certain type », de Grégory Mardon, d’après une nouvelle de Russel Blanks, éditions Futuropolis, 78 pages, 17 €

Cote : 3/5