Franck Thilliez, palpitant !

© Didier Cohen

© Didier Cohen

Franck Thilliez ne laisse aucun répit à ses personnages… Certes pour notre plus grand plaisir! Entre deux biberons, Sharko et Lucie, son duo de choc, se retrouvent confronté à un trafic de greffes. 

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser aux greffes?
« C’est un thème qui m’intéresse depuis très longtemps. J’ai toujours trouvé fascinant que l’on puisse vivre grâce à l’organe d’un autre, que la mort, en quelque sorte, donne la vie. Pour un romancier, le sujet est très riche, tant au niveau suspense (on imagine aisément les dérives que cela peut engendrer) qu’au niveau des personnages. Que se passe-t-il dans la tête d’un greffé du cœur, par exemple? Considère-t-il l’organe reçu comme partie intégrante de son organisme, ou  comme un corps qui est et restera étranger? Bref, il y avait matière à construire un roman avec beaucoup de suspense, et non moins de psychologie. » 

Les phénomènes expérimentés par Camille avec son nouveau cœur existent vraiment?

« Ce phénomène de « mémoire cellulaire » existe bel et bien. Evidemment, n’importe quel scientifique le réfutera immédiatement: comment des organes pourraient-ils avoir des parcelles de souvenirs, d’émotions de leur ancien propriétaire? Pourtant, les cas existent, on en recense un certain nombres aux Etats-Unis notamment (où, contrairement à la France, les receveurs peuvent rencontrer la famille du donneur). Comment se fait-il, par exemple, qu’un ouvrier qui détestait la musique classique se met à l’apprécier une fois greffé du cœur? C’est d’autant plus surprenant qu’il apprendra que son donneur était violoniste! Pour le personnage de Camille, le phénomène de « mémoire cellulaire » se manifeste par des cauchemars, dans lesquels elle voit une jeune femme enfermée qui l’appelle à l’aide. Dès lors, la quête de Camille sera obsessionnelle: elle va vouloir retrouver l’origine de son cœur… »

Ce livre vous a demandé beaucoup de recherches

« Enormément, oui. Beaucoup de thèmes sont abordés dans le livre, autour de la médecine, des greffes, de la médecine légale, il y a aussi des faits historiques avérés qui ont demandé pas mal de documentation. J’ai également collaboré avec la police et la gendarmerie pour être au plus proche de la vérité et de la façon dont se déroulent les enquêtes.  Mes personnages se déplacent aussi à l’étranger, il faut donc à chaque fois s’immerger dans la culture du pays concerné, ses traditions, ses couleurs… Mais le plus difficile, ce ne sont pas les recherches, c’est la façon de synthétiser et d’ordonner cette masse d’information pour en faire une histoire à suspense qui tienne la route. » 

Le marché du murderabilia, c’est une invention de l’écrivain ou cela existe vraiment?

« ça existe réellement! Au même titre que des gens sont prêts à acheter une chemise de Claude François plusieurs milliers d’euros, d’autres sont prêts à débourser autant pour obtenir un timbre léché par de célèbres tueurs en série comme Ted Bundy, ou encore récupérer des peintures du criminel JW Gacy,  auteur de plus de trente meurtres ! J’ai trouvé intéressant de creuser ce « marché de l’ombre », afin de voir jusqu’où les gens passionnés par les tueurs en série étaient prêts à aller. »

On pourrait croire que les personnages de Maxime Chattam y font leur shopping aussi… Le cuir humain, c’est à la mode chez les auteurs de la Ligue de l’imaginaire, non?
On dirait en effet qu’Angor et le dernier roman de Maxime ont quelques points communs, comme le personnage de gendarme, ou un type de « trafic » bien particulier dont je fais allusion dans le roman. Et pourtant, on ne s’est pas concertés ! Mais le noir nous attire, tous les deux…

Et vous, votre tueur en série « favori »?

« Difficile de parler de tueur en série « favori », ce sont plutôt des individus repoussants qui ont commis des actes horribles, et qui donc ne peuvent être auréolés de sentiments positifs d’aucune manière. Comme je le dis dans Angor, le plus ignoble d’entre tous est peut-être Gérard Schaefer, qui cumule à lui seul toutes les perversions. Pour obtenir des renseignements sur ce genre d’individus, j’ai la chance de connaître Stéphane Bourgoin, le grand spécialiste des tueurs en série. Un jour, il m’a montré des photos et croyez-moi, la réalité est dix fois pire que la fiction. »

On y retrouve encore un hôpital psychiatrique abandonné comme dans Puzzle. Un de vos ‘fantasmes’ les hôpitaux psychiatriques si on peut dire?
« Les lieux étranges, effrayants, mystérieux, m’intéressent beaucoup, car j’ai l’impression qu’ils ont une vraie âme. De plus, ces endroits contribuent à créer l’ambiance oppressante du roman. Personne ne passerait sa nuit dans un HP abandonné! Quant à la psychiatrie en elle-même, c’est un sujet qui me passionne depuis de longues années. Elle me sert souvent à décrire le mal-être de mes personnages, et à expliquer certains actes inexplicables, justement. « 

Vos cauchemars, ils ressemblent à quoi?

« Encore faudrait-il que je m’en souvienne ! Depuis que j’écris, j’ai l’impression de ne plus cauchemarder, alors que c’était le cas avant l’écriture. Ecrire doit probablement me libérer de mes démons, et de ce fait, les cauchemars n’ont plus lieu d’être. »  

Les fans de Sharko et Lucie en découvriront aussi plus sur vos deux héros qui sont désormais parents…

« Effectivement, ce couple sympathique continue son petit bonhomme de chemin, et ce malgré tous les obstacles que le destin (et un romancier plutôt tordu) met sur leur parcours. Ce sont des gens ordinaires, comme vous et moi, qui essaient tant bien que mal de mener une vie tranquille. Mais peut-on avoir l’esprit en paix quand on est flic à la Criminelle, et que l’on affronte le pire chaque jour? » 

Quand vous les délaissez pour raconter d’autres thrillers, ces personnages vous poursuivent?

« Ils sont toujours présents! Quand j’écris une histoire sans eux, c’est comme s’ils sont partis en vacances loin de moi, mais qu’ils m’envoient une carte postale de temps en temps pour que je ne les oublie pas! Vraiment, ces deux-là font partie de ma vie aujourd’hui, ils sont toujours dans un coin de ma tête, prêt à reprendre le chemin vers de nouvelles aventures. »

Votre prochain sera un nouvel épisode des aventures de Sharko, Lucie, et Nicolas. Ou bien vous faites à nouveau une pause avec eux? En tout cas, les pistes restent ouvertes…
« Pour le prochain, j’embraye effectivement avec eux, pour une nouvelle enquête passionnante. Angor est une histoire à part entière, qui se clot à la fin du livre. Cependant,  on a la légère impression qu’ils sont passés à côté d’un tout petit quelque chose durant leur parcours. Le roman suivant développera ce « petit quelque chose », qui ne sera pas si petit que cela, vous verrez. » 


Et Camille on la retrouvera?
« Ce sera la surprise, vous verrez à quelle sauce je l’ai mangée! »

Vous avez d’autres projets sur lesquels vous travaillez actuellement?
« Je développe des scénarii policiers pour la télévision, cela se complète parfaitement avec l’écriture de romans. J’écris également le scénario de Puzzle pour une sortie BD en 2015. Dernière chose, en novembre sortira un recueil de nouvelles, « 13 à table », édité par Pocket, auquel j’ai participé avec d’autres grands noms comme Marc Lévy, Guillaume Musso, Bernard Werber… Pour chaque livre vendu (5 €), ce seront trois repas offerts au Resto du cœur. »

Christelle

EN QUELQUES LIGNES

Cette quatrième aventure de Lucie et Sharko nous entraîne au cœur (même si c’est là un bien mauvais jeu de mot) de la mémoire cellulaire. Cette fois, les deux héros du « Synfrome E », de « Gataca » et d' »Atomka » se retrouvent en effet confrontés à un trafic de greffes. L’occasion de fangoraire connaissance avec un nouveau personnage attachant venu leur prêter main forte: Camille. La jeune femme, gendarme du Nord de la France, a reçu une greffe du cœur. Depuis, elle fait d’horribles cauchemars dans lesquelles une femme l’appelle au secours. Un simple rêve ou une façon pour son donneur d’essayer de communiquer avec elle? Camille décide donc de se lancer coûte que coûte sur sa piste. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Sharko et Lucie, par ailleurs désormais les heureux de parents de jumeaux. Quant à l’angor, qui donne son titre au livre, elle désigne la douleur vive dans la poitrine que le greffé peut ressentir dans les rares cas où les terminaisons nerveuses du cœur greffé, qui en général ne sont pas reconnectées, se reconnectent d’elles-mêmes avec le système nerveux  de l’hôte. Y aurait-il là un indice? Du palpitant, en tous les cas, indéniablement !

Christelle

« Angor », de Franck Thilliez, éditions Fleuve Noir, 619 pages, 20,90 €

Cote: 5/5

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