« Terrifiamment beau », le dernier Grégoire Delacourt !

Delacourt 4 (c) Emmanuelle Hauguel 700

Ph. Emmanuelle Hauguel

Après les succès de «La Liste de mes envies» et «La première chose qu’on regarde», Grégoire Delacourt, en lice pour le Goncourt, nous offre pour sa première rentrée littéraire un roman bouleversant dans lequel il s’interroge sur la valeur d’une vie et d’un pardon.

Comment vous est venue l’idée de ce roman?

«Ce n’est pas une idée justement ce roman! En fait, c’est lui qui est venu. Je ne voulais pas écrire. C’est un livre qui a poussé pour des circonstances personnelles, relatives à l’annonce de la mort à venir de mon père. Cela a brouillé plein de choses en moi. Je me suis posé plein de questions sur la vie, la valeur, ce qu’on perd, ce qu’on gagne, ce qu’on donne ou reçoit. J’ai mis un an et demi à écrire ce livre, ce qu’a duré l’agonie de mon père. Le jour exactement où je l’ai fini, mon père est mort. C’est l’histoire incroyable entre une vraie vie, une fiction…»

C’est donc un livre très personnel.

«Oui, très, très personnel. Je suis encore K.O. Je suis vidé, je suis orphelin. Mais je suis content quand même parce qu’il y a eu une perte, et puis une trouvaille.»

Et dans les personnages, vous avez mis une grande part de vous aussi?

«Je mets toujours beaucoup de moi dans mes textes. Même si ce sont des ‘moi’ fictionnels. Oui, j’ai perdu mon père comme Antoine et cela a duré longtemps. Oui, j’ai divorcé. Oui, j’ai des problèmes avec mes enfants. Oui, j’ai souffert dans mon enfance. J’ai eu un manque, pas d’amour parce qu’ai été aimé, mais on ne m’a pas dit que c’était de l’amour. Je n’ai pas su que c’était cela.»

Antoine s’interroge sur ce que vaut sa vie. Et si c’était le bilan de votre vie que vous dressiez, elle vaudrait combien?

«Je pense qu’elle vaudrait encore quelques mois !(rires) Pour que je sois un chic type. Non, elle ne vaut pas grand-chose, mais elle vaut que je m’apaise, elle vaut que je vais oser commencer à dire aux gens que j’aime que je les aime, elle vaut cette liberté. »

« Il faut aimer les gens avec leur paquet de merde, avec leurs fêlures, avec tout ce qui les a fait. »

Les photos peuvent mentir,  c’est ce qu’il faut comprendre du titre?

«Il n’y a pas que les photos. Les gens mentent. Ce que j’aime dans le titre, c’est qu’il y ait une menace. On sent qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Mais en même temps, c’est une promesse. Et c’est vrai que dans les albums de photos, on n’a pas collectionné quelqu’un qui pleure, quelqu’un qui est triste. On ne garde, curieusement, que le bonheur. Il y a un peu de peur je crois dans tout cela de ne pas avoir été aimé, considéré. Mais non, il ne faut pas oublier la vie des gens. Il faut aimer les gens avec leur paquet de merde, avec leurs fêlures, avec tout ce qui les a fait. C’est quand même beau quoi! Parce que ce sont des humains vivants et c’est beau.»

Et vous, êtes-vous plutôt lâche ou vous avez un caractère de feu?

«(rires) J’adorerais que les femmes pensent que j’ai un caractère de feu ! Je ne suis pas du lâche. Disons que je suis la version civilisée de la lâcheté. C’est la politesse. Et je crois que lâche et poli, c’est un peu pareil. »

Pourquoi il pleut?

«Parce que j’ai des larmes et que vous m’avez secoué. C’est pas mal, cela, non? Un clin d’oeil à la  première phrase du livre!»

C’est la première fois qu’un de vos romans sort en pleine rentrée littéraire?

«Oui et c’est peut-être la dernière d’ailleurs, l’avenir nous le dira! Il a été décidé par l’éditeur de me sortir à ce moment-là.»

Cela change quelque chose?

«Bhein oui, on est là.  En janvier, on aurait été sous la pluie! Cela change oui et non. Oui, il y a plus de passion, de pressions, de vitesse, d’injustice, de calculs, de violence,… C’est une période tellement courte. Mais c’est très violent parce que, in fine, il y a une compétition. Moi, la compétition ne m’intéresse pas parce qu’il n’y a pas un livre meilleur qu’un autre. On n’est pas là pour cela. Mais cela existe quand même. Il y a des enjeux économiques. Il y a des éditeurs qui ont des fins d’année difficile, alors un prix ou une bonne vente permet de finir l’année en beauté. Donc il y a tout cela en plus. Il y a donc énormément de pression et des esprits échauffés. Mais c’est amusant à vivre une fois. Deux fois, trois fois, je ne sais pas!»

Il paraît que Scarlett Johansson n’a pas vraiment apprécié votre précédent roman?

«Non, elle n’a pas, pas apprécié parce que je subodore qu’elle ne l’a pas lu, mais Scarlett ou son avocat a assigné l’éditeur il y a un an. Cela a fait un  procès. A propos duquel elle a été déboutée sur l’ensemble de ses demandes il y a trois mois. Elle a obtenu gain de cause sur un détail, une atteinte à la vie privée pour une phrase dans le livre pour laquelle elle a obtenu 2.500 € de dédommagement. Donc l’affaire est finie, merci au revoir. Elle n’a pas gagné, je n’ai pas gagné, le livre a gagné. Le livre existe. Il va sortir  en Angleterre, aux Etats-Unis, partout, et c’est très bien! Mais je ne peux pas dire qu’elle n’a pas apprécié, elle n’a pas lu.»

Après «La liste de mes envies», d’autres de vos livres pourraient être adaptés en films?

«Celui avec l’actrice américaine, ‘La première chose que l’on regarde’, oui. Le premier livre, ‘L’écrivain de la famille’, est en cours d’adaptation pour le cinéma. Et je pense que celui-ci ferait un film terrifiamment beau. Je ne peux pas le dire autrement. Parce que c’est une odyssée humaine importante sur la vie d’aujourd’hui. Et c’est un livre qui dit aux gens on peut se prendre en main. Ce qui est triste, c’est qu’il ne faut plus attendre de personne, sauf des gens qui vous aiment. C’est eux qui peuvent nous sauver.»

Christelle

 

delacourtEn quelques lignes

À force d’estimer et d’indemniser la vie des autres, Antoine, expert pour une compagnie d’assurance, va s’intéresser à la valeur de la sienne. Antoine a, il est vrai, toutes les raisons de le faire. Son père est en train de mourir. Sa femme l’a quitté pour un autre. Et les relations avec son fils et sa fille ne sont, c’est le moins qu’on puisse dire, plus du tout au beau fixe. Même si, au fil des pages, on comprend évidemment mieux pourquoi! Après le succès mondial de «La liste de mes envies» et de «La première chose qu’on regarde», Grégoire Delacourt nous offre ici un roman plus personnel mais non moins émouvant. L’un des coups de cœur de cette rentrée assurément.

«On ne voyait que le bonheur», de Grégoire Delacourt, éditions JC Lattès, 360 pages, 19,90 €

Cote : 4/5

 
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