Un road-trip à la Marc Levy

Le dernier roman de Marc Levy nous embarque dans un road-trip au travers des petites routes américaines,  avec deux héroïnes atypiques. Attachez vos ceintures! Le voyage s’annonce mouvementé.map - Une autre idée du bonheur

RaoulVous vous essayez cette fois au road-trip. «J’ai toujours eu envie, dans chaque roman, de faire un travail différent du précédent et d’entraîner le lecteur dans une histoire dans laquelle il ne se sera pas déjà habitué. C’est le risque que j’aime prendre à chaque fois. Le road-book ne s’est pas imposé tel quel comme structure narrative. J’avais envie d’écrire un livre sur une amitié naissante entre deux femmes. Et j’avais envie de mettre deux femmes au cœur d’une intrigue parce 4 Blue Swallow Motel Neon Signque cela a été très peu fait. Tellement peu fait qu’à ma grande surprise, je m’aperçois que dès que vous mettez deux femmes dans une voiture, on vous parle de Thelma et Louise. Ce que je trouve d’une misogynie terrible. Si vous mettez deux hommes dans une voiture, cela paraît normal. Mais si deux femmes commettent l’incroyable écart de se mettre à deux dans une voiture, décapotable de surcroit, quelle que soit l’époque, la façon dont elles vivent, hop, c’est Thelma et Louise. Et cela a été tellement peu fait que j’ai eu envie de voir si j’étais 3 Painting 2 - these are the parentscapable de mettre deux femmes dans une situation où l’on va assister à la naissance d’une amitié. Pour rendre la chose plus complexe, je voulais que ce soit deux femmes de générations différentes. Cela obligeait à deux formes de langage différent, puisqu’elles ne pouvaient pas parler de la même façon avec deux vécus diamétralement opposés. Je voulais que ce soit un huis clos sans que ce soit claustrophobe. Comme c’est un ouvrage qui a pour cœur l’usage que l’on fait de la liberté qui nous est accordée et comment l’usage de cette liberté va influer sur notre destin. Je voulais à la fois que les caractères soient en mouvements. Et en même temps que le mouvement raconte une part de l’histoire. C’est comme cela qu’est venue l’idée.»

Les différentes étapes du livre existent vraiment?
«Elles existent. J’ai publié sur mon site les photos du voyage. L’étoile de Roanoke, les grottes, le bus, le Blue Swallow Motel, Santa Fe,… Il y a même la carte qui va avec!»

Et Agatha? Il paraît qu’elle existe vraiment, c’est vrai cela?
«Il y en a eu plusieurs, il n’y en a pas qu’une. Celle que j’ai rencontrée n’est pas du tout en cavale. D’ailleurs, celle que j’ai rencontrée n’a pas été poursuivie parce qu’elle était enceinte. La vraie Agatha existe, obligatoirement. Mais elle est inspirée de plusieurs Agatha.»

Elle a pas mal de retard à rattraper: Twitter, le GPS…
«Et puis, elle en rajoute un peu. Elle le fait exprès. Je crois qu’à un moment donné, elle comprend, mais elle joue à ne pas comprendre. Elle est têtue.»

Si vous aviez été emprisonné aussi longtemps qu’Agatha, qu’est-ce que vous auriez regretté de manquer à l’extérieur?
«L’élection d’Obama. Et celle de Nelson Mandela. D’un point de vue personnel bien sûr, le moment que je n’aurais pas voulu manquer, c’est la naissance de mes deux enfants. Mais par rapport à la vie des autres, l’élection d’Obama a été l’un des moments les plus émouvants que j’ai connu dans ma vie. Je pense, sans aucune prétention, que l’histoire que raconte ce roman permet de comprendre ce que cela a pu représenter pour des millions de noirs et des centaines de milliers de blancs qui se sont battus pour la démocratie et la liberté de tous. C’était extraordinaire, incroyable. Cela fait partie des raisons pour lesquelles j’ai eu envie un jour d’écrire ce roman.»

Agatha ressemble un petit peu à Daldry, non?
«Oui, il y a beaucoup de Daldry dans Agatha, et il y a pas mal d’Agatha dans Daldry. Un chanteur peut changer de registre de chansons chaque année, il chante quand même avec sa propre voix. Il y a donc bien sûr un peu de moi dans Agatha et il y a un peu de moi dans Daldry. Ou en tout cas il y a un petit peu de l’amour, de l’amitié et de l’affection que je leur porte à tous les deux. Ils auraient fait un beau couple!»

Votre voiture de rêve, c’est laquelle? Une Oldsmobile décapotable rouge de 1950?
«Cela pourrait être celle-là. C’est marrant parce que j’ai une passion pour les voitures anciennes, mais pas les plus prestigieuses. Celles qui ont une bonne bouille et qui racontent quelque chose de la vie des gens. Si j’avais une vieille voiture de course, je ne saurais pas quoi en faire, je ne suis pas pilote de course. Mais cette voiture, je me suis attaché à elle parce qu’elle était aux États-Unis un peu ce que la Renault Caravelle a été en France. Une familiale, de vacances, décapotable.»

Et vous avez une ville préférée?
«San Francisco je dirais. J’ai eu la chance d’y vivre à une époque où il y avait encore un vrai grain de folie dans l’air. Aujourd’hui tout est quand même très normé. Je ne sais plus si est encore tout à fait la même chose.»

Vous croyez au destin?
«Je crois que le destin, c’est une succession de choix que la vie nous propose et la destinée ce que l’on va en faire nous.»

C’est plus une histoire d’amitié qu’une histoire d’amour cette fois…
«C’est quand même une histoire d’amour puisque ce qu’elles vont partager finalement, ce sont les amours de l’une et l’autre. Leurs amours vécues, et leurs amours à vivre. Donc il y a une double intrigue amoureuse. Mais c’est vrai que ce qui est très différent, c’est que ce n’est pas un couple homme-femme qui est au cœur du roman, ce n’est pas un couple d’amoureux. Mais il y a plein d’histoires d’amour au pluriel.»

Cette période historique que vous évoquez, on la connaît peu.
«Non, en a très peu parlé justement et je trouvais qu’il y avait un hommage à rendre à cette jeunesse des années 70 qui a été à l’origine de bien des combats pour la démocratie. Que ce soit la lutte contre l’Apartheid aux États-Unis, contre la guerre du Vietnam, le premier combat mené pour la liberté des femmes. Cette jeunesse a été caricaturée dans deux genres opposés, les babas cool et les hippies qui fumaient des pétards et qui étaient des gentils naïfs, ou la minorité d’entre eux qui s’est radicalisée et qui a formé les mouvements que fut notamment Weather Underground. Mais on a oublié totalement la centaine de milliers de jeunes Students pour la démocratie qui sont descendus dans la rue et qui ont profondément affecté l’Amérique et à qui on doit en partie, le fait que 40 ans plus tard, le président américain est un homme de couleur. C’était aussi un cri d’amour pour ce dont la jeunesse est capable. Comme le dit Agatha, une fois qu’on est installé dans la vie, on a plus de choses à perdre, et donc on n’a plus ce courage-là.»

Milly, elle, n’a pas le courage d’Agatha.
«Jusqu’à ce que… Moi, je pense que ce n’est pas la jeunesse d’aujourd’hui qui a manqué de courge, mais ceux qui ont 30 ans et plus. Et je me mets dedans complètement. Parce qu’on est né avec la liberté. Qu’on a toujours considéré cette liberté comme acquise. Je pense que dans ceux qui ont aujourd’hui 18 ou 20 ans, il y a forcément un regard extrêmement critique sur ce que nous leur donnons en héritage, sur le monde politique que nous avons toléré et dans lequel ils vont grandir. Je ne serais pas étonné que d’ici peu, ils mettent comme on dit un grand coup de botte dans la paille.»

Vous vous positionnez comment par rapport à ces deux personnages.
«Il y a plein de moments dans le roman où il y en a une qui a raison et l’autre qui a tort puis l’autre qui a raison et l’une qui a tort. Je peux très bien comprendre qu’à un moment donné, un jeune nous traite de vieux cons. Mais il y a un moment donné où l’on a droit nous aussi, en tant que vieux con, de traiter un jeune de jeune con. Être con n’est pas une question d’âge, c’est une question de détermination. Il n’y a pas de fatalité. On peut être un vieux con très jeune. Et on peut être un jeune con très vieux. C’est un peu avec cela aussi que j’ai eu envie de jouer dans le roman.»

Ce livre est une quête du bonheur. Votre recette à vous, c’est quoi?
«Je ne pense pas qu’il y ait une recette. Le bonheur, c’est une succession de bonheurs et à chacun de savoir l’attraper au vol quand il passe devant vous.»

Et vous, vous êtes heureux?
«Moi, je suis quelqu’un qui n’aime pas le malheur. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai jamais été malheureux. Mais en tout cas je n’ai jamais aimé m’y complaire. Même au risque parfois d’être taxé d’optimisme, j’ai toujours été chercher l’aspirine pour ne pas avoir mal à la tête. Après, il faut relativiser. Il y a des malheurs dont on se remet très difficilement. Il y a des deuils, des ruptures… Mais j’ai toujours eu un appétit pour le bonheur.»

Christelle
bonheurMarcLevyEn quelques lignes
Ne parlez pas à Marc Levy de Thelma et Louise! Ses héroïnes à lui s’appellent Agatha et Milly et, si elles se retrouvent toutes les deux en décapotables sur des routes américaines, la ressemblance s’arrête là. Agatha et Milly ont une génération d’écart. Après trente ans derrière les barreaux, l’excentrique Agatha est en cavale. Mais pourquoi s’être évadée alors qu’il ne lui restait que quelques années à tirer? Milly, elle, vit une vie ordinaire. Jusqu’à ce que Agatha s’invite à bord de son Oldsmobile rouge décapotable et fasse voler en éclats sa confortable routine. Au fil de leur voyage, les deux femmes se dévoilent. Marc Levy nous embarque dans un road-trip et profite de cette belle quête de liberté pour nous faire aussi découvrir un pan méconnu de l’histoire américaine.

« Une autre idée du bonheur », de Marc Levy, éditions Robert Laffont/ Versilio, 418 pages, 21,50 €
Cote : 3/5

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