Phobies et obsessions

Imaginez ce qui se passerait si quelqu’un, tapi dans l’ombre, tirait les ficelles de votre existence. Au point de vous faire passer pour fou aux yeux de tous. Pouvez-vous vraiment faire confiance à votre entourage? Bernard Minier risque de vous en faire douter!

Vous avez des phobies? La peur du noir, par exemple?bernardminierneteinspas «Non. Contrairement à Flaubert qui disait ‘Madame Bovary, c’est moi’, moi, je ne suis pas Christine Steinmeyer. Je ne souffre pas de phobies comme elle. J’ai des angoisses. Je suis quelqu’un d’assez inquiet vous dirait ma femme. Mais ce sont plutôt des angoisses à long terme ou à moyen terme qui concernent les enfants, l’avenir.»

Votre héroïne est victime d’une manipulation. Comment en êtes-vous arrivé à cette idée machiavélique?
«Il y a plusieurs points de départ. Cela faisait un moment que j’avais envie de traiter le thème du harcèlement et du stalking, ce terme anglais qui désigne une forme d’attention obsessionnelle et pathologique portée sur quelqu’un. J’avais aussi envie d’écrire un thriller qui soit paranoïaque parce que je suis moi-même friand de romans et films paranoïaques, comme les films de Polansky. Mais c’est en fait la lecture d’un livre de Marie France Hirigoyen, ‘Femmes sous emprise’, qui lui est un document avec des témoignages absolument terrifiants, des anecdotes épouvantables sur des femmes qui ont été prises dans cette spirale du harcèlement et de la manipulation, qui a été un déclencheur. Petit à petit, toutes ces choses-là se sont mises en place. Et puis, cela faisait un certain temps que je voulais avoir un personnage principal qui soit une femme. Cela me donnait la possibilité de rentrer dans un registre plus intime que ce que j’avais fait dans les précédents romans.»

On y retrouve Martin Servaz, même s’il ne tient plus le rôle principal.
«Il a quand même un rôle important et reste très présent même s’il n’est plus aussi central qu’il ne l’était dans ‘Le Cercle’ où le roman tournait vraiment autour de lui et de sa fille Margot. Cette fois, le personnage principal, c’est plutôt Christine Steinmeyer, un personnage nouveau, et qui est animatrice de radio. Au début du livre, elle trouve dans sa boîte-aux-lettres une missive de toute évidence écrite par une femme qui va se suicider. Sauf qu’elle ne sait pas qui c’est, la lettre n’étant pas signée. À partir de là, tout un tas d’événements de plus en plus inquiétants vont se produire qui font que la vie de Christine va être bouleversée de fond en comble et qu’elle va finalement perdre le contrôle au profit de quelqu’un d’autre qui semble tirer les ficelles.»

Vous n’avez jamais reçu pareille lettre quand même?
«Grâce à dieu, non. Mais une lettre, dans la littérature, c’est toujours la promesse de quelque chose de mystérieux. C’est peut-être aussi le souvenir de cette fameuse lettre volée dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe, ‘La lettre volée’. C’est un classique de la littérature. Ce qui est intéressant, c’est ce qu’il se passe après.»

Vous avez dû beaucoup vous documenter sur l’espace aussi?
«Oui, c’est un domaine qui m’a évidemment demandé beaucoup de recherches. J’avais déjà pas mal de bouquins sur le sujet dans ma bibliothèque parce que cela m’intéresse depuis longtemps. Toulouse étant un des hauts lieux de l’aventure spatiale française, c’était assez facile pour moi d’avoir des infos. Et puis beaucoup de spationautes ont publié leurs mémoires, sur ce qui se passait là-haut. Situer une scène dans cette station spatiale internationale était un sacré défi, mais qu’est-ce que c’était amusant à écrire! C’est vraiment le genre de scène dans laquelle un auteur prend un plaisir inouï.»

Vous aimez l’opéra?
«Oui, je ne suis pas forcément un spécialiste, mais j’en écoute régulièrement. L’opéra, c’est le domaine de l’émotion. Il y a des airs d’opéra qui vous serrent le cœur et vous prennent aux tripes. C’est totalement émotionnel et c’est là où c’est intéressant par rapport au thriller, parce que le thriller aussi, c’est finalement du domaine de l’émotion. En plus, l’opéra a de particulier que les femmes y sont toujours maltraitées. C’est épouvantable le nombre de femmes qui se suicident à l’opéra! Cela me paraissait donc le fond sonore musical le plus approprié.»

Le titre est fort différent de ceux de vos précédents thrillers, très courts.
«C’est vrai. J’avais envie de faire quelque chose de différent parce que le sujet s’y prêtait. C’est un roman qui est plus dans le registre de l’intime, par la thématique, le harcèlement. À partir de là, avec l’emploi de la deuxième personne, j’interpelle le lecteur, je me rapproche de lui en quelque sorte, je lui parle de plus près.»

Vous continuez à exercer le métier de douanier malgré le succès de vos précédents thrillers?
«Non, je suis en disponibilité de la République. L’administration me permet un congé sans solde de longue durée depuis pratiquement la sortie de ‘Glacé’ puisque j’ai eu cette chance d’avoir des lecteurs en nombre très vite. Et donc aujourd’hui je suis écrivain à plein-temps, sept jours sur sept.»

Et votre vie a beaucoup changé?
«Oui, énormément. Non pas que je n’aimais pas mon métier, mais je fais quelque chose qui me passionne. Tous les jours, y compris le weekend. Je travaille chez moi. Et j’ai plus pris l’avion et connu plus d’hôtels au cours des deux dernières années que pendant les cinq précédentes. Donc cela fait quand même beaucoup de changements!»

Et le prochain, vous l’avez déjà commencé?
«Oui, je suis d’ailleurs en train d’y travailler et je m’en vais ce mois-ci prendre un avion pour une destination assez lointaine, parce qu’il ne se passera pas dans le sud-ouest. Pour une fois, je vais délocaliser, mais je n’en dis pas plus!»

On retrouvera Martin?
«Il reviendra, mais sans doute pas dans le prochain. Compte tenu d’un certain nombre de choses qui se passent dans ce livre, forcément, Martin Servaz est amené à revenir. Il y a un autre personnage aussi qu’on suit depuis ‘Glacé’, qu’on ne nommera pas mais qui est là dans l’ombre depuis un certain temps, qui finira par apparaître au grand jour, c’est inévitable.»

Christelle

«N’éteins pas la lumière», de Bernard Minier, XO éditions, 616 pages, 21,90 €

 

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