Le pari de Guillaume Musso

MussoQue feriez-vous si vous vous réveilliez un matin dans un parc -Central Park en l’occurrence!-, menotté à un individu que vous n’avez jamais vu? Voilà la question à laquelle Guillaume Musso s’est attelé dans son dernier roman. Et sans même recourir au surnaturel!

Votre dernier roman doit son titre à l’endroit où il commence. Mais pourquoi Central Park?
«L’idée de ce roman m’est venue un peu comme un pari que je me suis lancé à moi-même, à savoir mettre mes héros dans une situation très délicate, un petit peu inextricable. Et la première chose qui me soit venue à l’esprit, c’est un homme et une femme, menottés, dans un endroit inconnu. J’aimais bien Central Park. D’abord parce que je suis attaché à New York. Et puis parce que je trouvais que cela allait bien avec cette idée qu’elle était la veille sur les Champs Élysée à Paris et lui à Dublin. Ce n’est pas impossible, rationnellement. Mais c’est très compliqué, logistiquement, à organiser! Ils n’ont pas d’argent, pas de téléphone portable, pas de papier d’identité. Cela les plonge dans un New York qui apparaît comme une jungle. Le fait d’être attaché complique vraiment les choses. Deux étrangers sont obligés de cohabiter alors qu’ils n’ont pas le même caractère.»

En commençant à écrire, vous ne connaissiez donc pas le rebondissement de la fin?
«Si. Je sais toujours d’où je pars et où je veux aller. Après, je ne connais pas forcément les différentes étapes. Le problème pour faire la promo sur ce roman, c’est que le véritable thème apparaît dans les 30 dernières pages.»

Si la fin est une surprise totale, il n’y a en effet pas une once de surnaturel.
«Non, cela faisait partie du pari que je m’étais lancé: essayer d’expliquer tout cela rationnellement.»

Votre petit dernier est à nouveau un thriller. C’est devenu votre nouvelle marque de fabrique?
«C’est beaucoup ce que j’aime lire actuellement et voir, que ce soit en film ou en série. Pendant longtemps, il y a eu un malentendu sur mes romans. Beaucoup de personnes en avaient une idée un peu fausse, se disant que Musso, c’était des histoires d’amour, du surnaturel. Finalement, depuis trois ou quatre ans, depuis qu’il y a eu ce virage qui s’est fait naturellement chez moi vers plus de suspense, un côté polar, cela m’a amené de nouveaux lecteurs, des lecteurs masculins qui auparavant lisaient Harlan Coben, Douglas Kennedy, Chattam. Finalement, cela me correspond bien. Je ne m’interdis pas d’incursion dans le fantastique, comme dans le précédent, ‘Demain’. Il n’y a pas de lignes directrices. Pour que je commence une histoire, c’est comme pour une histoire d’amour où il faut que ce soit la bonne personne, le bon moment. Là, il faut que ce soit la bonne histoire, au moment où moi j’ai envie de la traiter. Il faut que cela fasse échos à des préoccupations de ma vie à ce moment présent.»

Cela vous est déjà arrivé de vous réveiller sans vous souvenir de la nuit précédente?
«Non! Il m’est arrivé de me réveiller en pleine nuit à Hong-Kong et de croire que j’étais à New York. C’était une époque où je voyageais beaucoup pour la promo. J’avais été à New York un petit peu avant, à Taïwan. Et à un moment, je me réveille en pleine nuit. Et durant trois secondes, vous ne savez pas. Vous n’êtes pas dans votre lit. Vous regardez dehors, la ville qui s’étend illuminée. Je me suis dit ah oui,je suis à New York. Puis je regarde et me dis, mais non. Ces deux ou trois secondes de latence instille le doute en vous.»

Des personnages de vos anciens romans font une petite incursion dans celui-ci, non?
«Oui. il y a trois ou quatre clins d’œil à mes précédents livres. C’est une habitude chez moi, parce que cela fait plaisir aux lecteurs fidèles, qui me suivent chaque année, qui connaissent mes romans sur le bout des doigts! Ils aiment bien retrouver en caméo des personnages.»

Comment sont nés les personnages d’Alice et Gabriel?
«Alice a été le personnage le plus compliqué. Je ne savais pas exactement au début qui était cette fille! Après, je me suis dit ah oui, d’accord, elle est flic. Et j’ai creusé un petit peu dans sa vie. Je lui ai construit un passé, un caractère. Gabriel, au départ, je l’ai construit comme un pianiste de jazz, non-chaland, un type un peu dragueur, qui a une fille dans chaque port. J’ai essayé de les mettre ensemble, sous un bocal, pour voir ce que cela donne. Je me suis amusé à écrire des dialogues, voir s’il y avait une alchimie qui se créait entre eux. Un peu comme des acteurs qui passent un casting. J’ai vu que cela fonctionnait bien.»

Gabriel, c’est un prénom qui vous plaît bien, au féminin comme au masculin. Ce n’est pas la première fois qu’un de vos héros s’appellent comme cela.
«Absolument, c’est un prénom que j’aime beaucoup. Choisir des prénoms de personnages, c’est compliqué. C’est un peu comme choisir un prénom d’enfant. On fait des listes. J’aime bien quand ce sont des prénoms qui peuvent sonner à la fois anglo-saxon ou français. Une indétermination. Et naturellement, cela fait en effet échos au personnage de Gabrielle dans ‘Que serais-je sans toi?’.»

Le thème du livre, c’est donc la quête d’identité.
«Oui, c’est la quête de l’identité, dans le sens où ces personnages se demandent qui ils sont. Comment c’est possible d’en arriver où ils sont? Est-ce que cela vous arriverait à vous de vous réveiller à Central Park après une nuit de beuverie? Moi, j’imagine que cela ne m’arriverait pas, mais on ne peut jamais savoir dans la vie! Il y a cette phrase de Stephen King que je cite et qui dit qu’en tout homme, il y a un autre homme. Je pense qu’on porte tous en nous un inconnu qu’on entre-aperçoit parfois, dans ces moments où l’on se dit, tiens, je ne me serais jamais cru capable de faire cela. Cela peut être la pire des saloperies, mais aussi parfois un acte courageux. Dans ce roman, le danger fait que les personnages vont être obligés de se révéler sous leur vrai jour, de se dépouiller de leurs oripeaux, de se mettre à nu.»

Vous aimez le jazz?

«J’en ai beaucoup écouté pour ce roman, oui! Notamment Ibrahim Maalouf, le trompettiste franco-libanais qui a fait un très bel album, ‘Wind’, un hommage à la musique de Miles Davis, dans ‘Ascenseur pour l’échafaud’. Je l’ai écouté beaucoup pendant que j’écrivais ce roman.»

Quel est votre top cinq des endroits à ne pas manquer à New York?
«J’aime beaucoup la high line, une ancienne voie de chemin de fer qui a été désaffectée et qui aujourd’hui est une sorte de coulée verte sur laquelle vous pouvez vous promener au Sud de Chelsea. Vous avez une vue très belle sur le fleuve. Vous dominez la ville. Et j’aime bien résider à Tribeca. Il y a moins de foule. J’aime bien aussi les quartiers d’Astoria, que je décris, qu’on appelle Little Egypt. Il faut aussi absolument assister à une comédie musicale à Broadway. Et en dernier endroit, je dirais ce qu’on appelle les cloisters, des cloîtres du sud de la France qui ont été transportés à New York et reconstruits, presque pierre à pierre. »

Il y a dix ans paraissait «Et après». Votre vie a beaucoup changé depuis?
«Oui. D’abord parce qu’aujourd’hui je peux vivre de mon écriture. Comme dit Gavalda, ‘je suis une artiste donc je paie mes factures avec mes rêves’. C’est beau. Donc il y a cette idée de pouvoir faire tous les jours ce que vous aimez le plus, créer des histoires. Mais c’est vrai que cet anniversaire commémore surtout une belle rencontre avec les lecteurs. On oublie souvent mais ‘Et après’ n’a pas été un méga succès tout de suite. C’est un roman qui a marché grâce au bouche-à-oreille. Cela a mis des mois, des années. Après le roman est sorti en poche, à l’étranger. Et c’est devenu un long-seller, un livre qui continue à se vendre aujourd’hui, dans plusieurs pays. Je suis attaché à cela bien sûr. Et puis, il y a cette satisfaction de ne plus être simplement un auteur à la mode. Quand cela fait dix ans que vous êtes dans le paysage des romanciers français, vos histoires et vos personnages font un petit peu partie des gens.»

Vous êtes même l’auteur français le plus lu pour la troisième année consécutive…
«Oui, c’est une satisfaction aussi bien sûr parce que c’est une confiance. Le roman sort et je sais qu’il y a beaucoup de lecteurs qui me font cette confiance de l’acheter sans même parfois avoir lu la quatrième de couverture, simplement parce qu’ils ont aimé le précédent. Je travaille comme un artisan. Je travaille tous les jours, j’essaie à chaque fois de faire de mon mieux. Après, il y a des années où l’on est plus ou moins inspiré.»

Et vous avez déjà une idée pour le prochain?
«Cela fait longtemps que j’ai envie de mettre au point un couple d’enquêteurs récurrents. Mais je ne veux pas me lancer dans quelque chose qui n’ait pas suffisamment de matière. Si cela doit durer trois ou quatre romans, il faut vraiment que les personnages soient suffisamment denses pour pouvoir donner lieu à des intrigues différentes. Donc je travaille sur cela en ce moment.»

Christelle

En quelques lignes

mussocentralpark

Pour son onzième roman, Guillaume Musso s’est lancé un pari: mettre ses héros dans une situation plutôt inextricable… et les en sortir sans recourir au surnaturel. Un pari réussi! Et avec une fin qui n’en est pas moins surprenante qui plus est. Mais qu’on ne vous dévoilera point ici! Tout commence donc à New York, dans Central Park. Alice, une jeune flic parisienne, s’y réveille sur un banc, menottée à un homme qu’elle ne connaît pas, une tache de sang sur son chemisier. Dans sa poche, un flingue. Avec une balle manquante. Le dernier souvenir d’Alice remonte à la veille, une soirée arrosée avec ses amies sur les Champs Élysée. Pour tenter de découvrir comment elle a échoué de Paris sur ce banc new yorkais en quelques heures à peine, Alice va devoir collaborer avec l’homme attaché au bout de son poignet, qui dit s’appeler Gabriel, et pense encore être à Dublin où il jouait du piano dans un bar la veille au soir. Situation a priori compliquée donc, qui vous happe d’emblée pour vous entraîner dans une course effrénée jusqu’à un final totalement inattendu et pourtant bien pensé. Le romancier français le plus lu n’a donc pas encore fini de nous surprendre!

«Central Park», de Guillaume Musso, XO éditions, 396 pages, 21,90 €

Cote: 5/5

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