Antoine Buéno, écrivain prospectiviste

maître-bonsaï-antoine-buenoQui eût cru qu’un simple bonsaï pouvait être une manière incroyable d’aborder la violence? Démonstration avec Antoine Buéno, écrivain prospectiviste. Fort sympathique qui plus est!

Vous avez un bonsaï?
«Non, point du tout!»

D’où vous vient alors votre connaissance en bonsaï?
«Pour la petite anecdote, c’est une amie qui m’a dit que son père était maître bonsaï. Ce n’est pas courant donc cela m’a tout de suite intéressé! Je l’ai rencontré, je lui ai posé plein de questions. Et je me suis aperçu que le bonsaï pouvait être un moyen fabuleux pour parler de ce dont j’avais envie de parler, c’est-à-dire la violence. N’étant au départ pas du tout un passionné ni un connaisseur de bonsaï, je me suis renseigné, notamment auprès de ce personnage –qui ne ressemble absolument pas à celui de mon livre!- parce qu’il est totalement normal.»

Pourquoi parler de la violence à travers le bonsaï?
«Parce que c’est très emblématique à mon avis de ce rapport humain à la nature qui est fait à la fois d’admiration -un bonsaï, on l’aime parce que c’est un être vivant, qu’il rappelle la nature- et en même temps, il n’est beau qu’à partir du moment où il est contraint et donc complètement artificiel. C’est ce rapport ambigu à la nature qui, si on le prolonge, nous amène à la violence. Parce que le véritable sujet du livre, c’est le fait que l’humain soit éminemment violent. On peut d’ailleurs se poser la question de savoir si on n’aurait pas pu être aussi intelligent et aussi créatif tout en ayant un tempérament différent. Ma conviction, c’est que oui, c’est possible, et que c’est quand même bien dommage! Mais cette violence est bien là. Elle se dirige soit de l’homme contre lui-même (ce que représente le passé que l’on découvre au fil du livre), soit de l’homme directement sur son environnement, sur la nature. C’est évidemment toute la question actuelle de l’écologie. Et c’est ce que ‘Elle’ représente plutôt comme personnage.»

Le message du livre est aussi qu’il est grand temps de sauver la planète.
«C’est aussi une conviction que j’ai. Je ne suis pas scientifique mais j’ai essayé de spécialiser mon écriture sur ces questions-là, traitées de manière différente. L’anticipation de manière générale, la prospective –où on va- et à mon avis, la situation est d’après ce que j’ai lu et synthétisé, extrêmement dangereuse. Désespérée, je ne sais pas, mais la manière dont on gère ou ne gère pas la planète risque de nous faire basculer dans un environnement qui nous serait beaucoup moins agréable. Pour dire les choses autrement, dans très peu de temps -quelques décennies si l’on continue comme cela- on pourrait se retrouver avec une planète très différente, beaucoup moins propice à la vie, et en particulier la vie humaine.»

C’est pourquoi vous vous décrivez comme un écrivain prospectiviste sur votre site?
«Oui. Cela consiste à essayer de s’interroger sur les perspectives qui pourraient s’articuler en trois grands scénarios. Je ne fais là qu’ordonner les choses. Un scénario pessimiste: si on ne prend pas les mesures en matière démographique, énergétique, climatologique, qui s’imposent, cela pourrait nous conduire à un recul très grave. C’est le scénario Icare. On n’est pas loin du soleil, on n’est pas loin de la maîtrise, grâce à l’informatique, à la physique, etc. Mais on fait n’importe quoi, donc on chute. C’est par exemple le scénario chez Cormac McCarty avec ‘La route’. Un scénario intermédiaire: Janus. Le monde continue comme aujourd’hui. Il y a deux humanités: l’humanité du Sahel et l’humanité de la Californie. Sauf que le cran du dessus, c’est qu’au Sahel, on retourne à la préhistoire, et que la Californie accède au statut de dieu ou de demi-dieu. C’est le scénario de ‘Stargate’. Le troisième scénario, c’est celui que j’ai développé pour le coup moi-même dans ‘Le soupir de l’immortel’ parce que je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs, le scénario optimiste qui promettait, si on prend les bonnes décisions, la maîtrise de la matière, qui nous conduirait à l’immortalité et qui poserait d’autres problèmes et d’autres questions, notamment éthiques.»

Si vous étiez un arbre, de quelle espèce seriez-vous?
«Ouh là. Un figuier, parce que j’adore les figues? C’est tortueux en même temps. Et on peut grimper dedans!»

Quelles histoires vous raconteriez?
«Les histoires que j’écris sans doute! D’ailleurs, au sujet des contes japonais que je raconte dans le livre, j’ai eu des retours hallucinants de lecteurs qui m’ont dit que l’on dirait presque qu’ils sont inventés. C’est un magnifique compliment! C’est que le faussaire a bien fait son travail. Car bien sûr qu’elles sont inventées! J’ai dû en lire beaucoup pour arriver à pasticher cela!»

Dans quel genre classeriez-vous ce livre? Roman initiatique, conte?
«C’est une question très pertinente et très embarrassante. Parce que j’essaie de faire en sorte que chacun de mes livres soit une sorte d’OLNI, c’est-à-dire un objet littéraire non identifié! Celui-là ne fait pas exception à la règle. Et donc je pense qu’il est très difficilement classable. C’est ce que moi j’aime. Ceci dit, tout en faisant des livres très différents à chaque fois, il y a un fil conducteur, c’est la rencontre entre l’absurde, j’espère le poétique, le surréalisme, et exactement l’inverse, c’est-à-dire l’hyperréalisme qui s’incarne dans quelque chose de très naturaliste, soit dans l’hypersexualité, soit dans l’ultraviolence.»

Christelle

En quelques lignes

Étrange personnage que ce maître bonsaï qui, dans la solitude de sa petite pépinière, crée des bonsaïs et les vend. Comme ses arbres, il se maintient entre la vie et la mort. Jusqu’à l’intrusion dans sa boutique d’une jeune femme. Tandis qu’il essaie de lui transmettre son art, son passé d’avant qu’il ne devienne maître bonsaï lui revient par bribes… S’il faut un petit peu de temps pour entrer dans cette histoire où la nature s’oppose à la nature humaine, on comprend petit à petit où l’auteur veut nous emmener. Que ces répétitions quelque peu agaçantes du début servent en réalité à installer l’atmosphère mentale d’un narrateur dérangé. Et au final, on se laisse sans trop de mal entraîner dans cet «OLNI» intrigant qui fera à coup sûr méditer.

«Le maître bonsaï», d’Antoine Buéno, éditions Albin Michel, 178 pages, 15 €

 

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