Héroïne en eau trouble

© Gilles Bassignac - fedephoto

© Gilles Bassignac – fedephoto

Ambiance de bord de mer agitée et triangle amoureux dans ce faux polar signé Sophie Bassignac. On y emboîte le pas d’une ex-top-modèle et d’un rockeur à la retraite, qui ont fui New York et leur vie agitée pour la Bretagne où ils espèrent mener une vie tranquille. Sauf que bien sûr, tout ne se passe pas exactement comme prévu.

D’où est partie l’idée du roman?
«De plusieurs choses en fait. D’abord, je voulais que ce soit un roman qui se passe au bord de la mer. Dans un lieu que je connais très bien, que je ne nomme pas dans le livre mais qui est un endroit qui m’est cher, où j’ai passé toute mon enfance et où je retourne régulièrement. Je suis assez fascinée par ces villes du bord de mer, où les gens vivent dans une ville quasiment déserte où tout est fermé pendant des mois et qui puis, paf, dès les beaux jours, se retrouvent envahis par des touristes qui ont des tas d’exigences, qu’il faut occuper, materner, et puis pouf, qui repartent. Je pensais que cette vie un peu schizophrénique était une bonne idée à exploiter. Et puis un autre point de départ, c’était le rock, la musique, et ces rockeurs un peu mythiques qui ont peuplé ma jeunesse. Mes personnages du rockeur et de la top-modèle, ce sont des personnages nouveaux dans la littérature. Cela n’existait pas il y a 50 ans. Toute la difficulté du sujet, c’est bien sûr d’éviter la caricature. Mais je trouve que ces rockeurs sont des personnages assez fascinants avec un charme inouï. Et puis je voulais absolument mettre une scène de kabuki dans mon livre. C’était très compliqué de placer cette pièce de puzzle en Bretagne avec des Japonais. Je suis passionnée du Japon. J’ai assisté l’an dernier à un spectacle de kabuki et cela m’a scotchée. Il y a toujours des personnages japonais dans mes livres: comme me dit mon éditrice, c’est comme la tête d’Hitchcock dans ses films! J’aime beaucoup le Japon.»

Vous avez créé une riche galerie de personnages: une ex-mannequin, un ex-rockeur héroïnomane, une ado boulimique et en pleine crise, un antiquaire sulfureux, une femme de ménage battue par son mari… Ils vous viennent comment?
«Certains viennent d’emblée. Ils sont liés à l’intrigue. Parce qu’il faut la nourrir cette intrigue. Dans tous mes livres, je mets des enfants ou des ados, parce que j’adore les regarder vivre. Il y en a plein autour de moi et ils m’intéressent beaucoup. Je les trouve passionnants. Donc certains viennent de ma vie, d’autres sont là par nécessité.»

Auxquels de ces personnages vous identifiez-vous le plus?
«Aucun et tous. Je pense qu’il y a un peu de moi dans le personnage de Herr, l’antiquaire, dans le personnage de la vieille Américaine… A la limite, Marylin est le personnage qui me ressemble le moins.»

Vous avez eu un jour une mauvaise expérience avec des touristes belges?
«(rires) Je savais qu’en venant en Belgique, on allait me poser la question! Dans mes livres, les noms des personnages et leur sonorité ont une très grande importance. Je travaille beaucoup mes phrases. Elles sont beaucoup basées sur les sonorités. Il faut donc que les noms s’insèrent bien dedans. Et donc il fallait que cela fasse Verchueren. Pour moi, c’était un nom du nord, et donc plutôt belge. C’est tout. Ils auraient pu être Suisses ou Espagnols… Je n’ai rien contre les Belges! J’ai de très proches amis belges. »

Pourquoi ce titre?
«Parce que cela se passe au bord de la mer. C’est un terme de météo marine. Et cela joue sur l’ambiguïté avec mère. Je trouvais que c’était un titre à tiroirs qui fonctionnait bien.»

C’est l’occasion pour vous d’aborder de nombreux thèmes, dont celui de la remise en question du couple après 20 ans de vie commune…
«Oui. Il y a comme un trio amoureux au centre de l’histoire. Cette femme, Marylin, a plus de 40 ans. Elle est à ce moment de sa vie où elle se pose des questions parce qu’elle n’avait pas prévu la survenue de Simon. Et elle est prise entre deux formes d’amour. Un amour fusionnel d’une part avec quelqu’un qui ne va pas la laisser vivre d’une part, et quelqu’un qui la laisse vivre d’autre part. C’est finalement le problème de la liberté dans le couple qui est posé.»

À côté de cela, il y a l’enquête autour de la mort de cette jeune fille retrouvée sur la plage…
«Ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus, moi, l’intrigue policière. D’ailleurs, elle y est un peu sommaire. Ce n’est pas un roman policier au sens propre.»
Comment décririez-vous votre livre? On est entre comédie, drame, polar…
«Je dis que c’est un faux polar. Et je dis aussi -cela vaut pour tous mes livres- que j’écris des livres d’ambiance. Je ne m’intéresse pas à des sujets, mais à des atmosphères.»

Vous connaissiez la fin de l’histoire en commençant à la raconter?
«Non, c’est une règle de base chez moi. Quand je commence à écrire, je ne sais pas où je vais. J’ai mes personnages, qui prennent en fonction de l’intrigue plus ou moins d’importance. Il y a même des personnages qui disparaissent, que finalement je supprime parce qu’ils n’ont pas lieu d’être. Et des personnages que finalement, je trouve intéressants et donc sont un peu moins secondaires. J’ai une scène d’avance. C’est-à-dire que je ne sais où je vais que jusqu’à la scène suivante. Je crée mon suspense. Je suis donc mon premier lecteur. Je ne veux pas m’ennuyer et je ne veux pas savoir comment cela se termine.»

Le livre se finit par une playlist!
«Oui. C’est ce que j’écoute. Et ce sont quand même des musiques qui sont très liées à ce que logiquement écoute William.»

Vous avez déjà commencé votre prochain roman? Des idées?
«Je l’ai commencé. Je suis même déjà à la moitié. Je ne sais pas ce que cela va donner. Peut-être ce livre ne paraîtra d’ailleurs jamais, je n’en sais rien. Mais pour la première fois, il est absolument sans humour alors que l’humour chez moi est quand même très important. Changement de cap total! C’est un livre sombre. C’est aussi un livre assez militant. Mais je n’en dis pas plus… »

Christelle

sophiebassignacEn quelques lignes
Fuyant New-York où sa rock-star de mari était en train de s’abimer dans la drogue, Maryline Halloway, ex-top-modèle, retourne s’installer dans sa Bretagne natale avec sa petite famille. Elle y loue des chambres d’hôtes durant les mois d’été. Mais un matin, le cadavre d’une jeune fille est découvert sur la crique devant leur belle villa. C’est ainsi que Simon, l’amour de jeunesse de Maryline, fait irruption sur le pas de sa porte: il est le flic chargé de mener l’enquête. Au fil de ce faux roman policier mais vrai roman d’ambiance de bord de mer, Maryline devra gérer des sentiments contradictoires, entre un amour de jeunesse pas totalement évaporé et un mari peut-être pas si innocent que cela.

«Mer agitée à très agitée », de Sophie Bassignac, éditions JC Lattès, 250 pages, 18 €

Cote : 4/5

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