Divorce et silicone-carne

sylvieohayonAprès avoir raconté son enfance et son entrée dans le monde du travail dans «Papa was not a Rolling Stone» et «Les Bourgeoises», Sylvie Ohayon s’inspire cette fois de son divorce pour nous conter l’histoire d’une rédemption. Et s’essaye au cinéma aussi. Rencontre…

Votre héroïne s’appelle Sarah, pas Sylvie, mais elle vous ressemble quand même beaucoup…
«(rires) Oui, je suis partie d’une histoire personnelle, d’un échec même personnel, mon premier divorce. (rires) Enfin, le seul, j’espère! Et puis j’en ai profité pour donner la parole à toutes ces femmes qui se retrouvent entre deux âges larguée dans la nature, à devoir reconstruire leur vie, avec ou sans enfants.»

Pour vous, ce qui fait la beauté des livres, c’est de «pouvoir rêver sa vie sans être dérangé par le vacarme salissant des autres».
«En l’occurrence ici, la douleur causée par le mari adultère. Et la réparation que représente le fait de pouvoir poser sur le papier calmement des choses que l’on voudrait hurler. Mais quand on hurle, on ne vous entend pas.»

Il y a donc une bonne part d’autobiographie.
«Ce qui est autobiographique, ce sont tous les sentiments que je raconte sur ce que c’est que de se retrouver seule avec des enfants et être obligée de sourire à ses enfants. C’est hyper violent. La douleur d’un divorce, quand vous n’aviez pas vu arriver le tsunami, c’est très douloureux. Toute cette tristesse, ce désespoir, ces remises en question personnelles, je les ai ressenties. Après, pour ce qui est des péripéties, je n’ai pas eu d’amant américain. J’aurais bien voulu, mais je n’en ai pas eu. (rires) Je n’ai pas de sœur non plus.»

Les autres personnages, comme Pénélope notamment, existent réellement ?
«Pénélope existe, oui, bien sûr.»

Et elle a apprécié votre livre?
«Je ne sais pas, parce qu’en général je ne m’inspire pas des gens dont je suis proche, mais plutôt des gens que je peux croiser. J’adore observer les gens.
Je n’ai pas beaucoup d’imagination et le personnage de Pénélope, c’est quelqu’un que je croise de temps en temps depuis une dizaine d’années et qui me fascine. Cette Pénélope représente toutes ses femmes qui préfèrent se venger de leur mari parti plutôt que d’essayer de reconstruire leur vie. C’est un peu le pendant négatif de Sarah. Pénélope répète toujours qu’elle est heureuse. C’est pour moi la phrase des gens qui ne s’en sortiront pas. On ne peut pas être heureux après un divorce. Ce n’est pas possible. Il faut se laisser traverser par la tristesse. C’est normal. C’est un processus. Avant d’avoir les cheveux longs, il faut que les cheveux poussent. Il y a les passages obligés pour aboutir à une fin. Et pour avoir une fin heureuse, une forme de rédemption, il faut avoir connu cette souffrance. En tout cas, l’avoir affrontée.»

Et votre entourage, qu’en a-t-il pensé?
«Ma mère m’a écrit qu’elle ne savait pas que j’avais souffert autant. Parce que depuis que je suis petite, on m’a toujours dit que j’étais forte, alors je suis obligée de renvoyer l’image de quelqu’un de fort. J’avais des petits enfants aussi. Il fallait que je tienne la face. Mes enfants souffrent déjà assez de la situation. Je n’allais pas en plus leur infliger une maman par terre. Je ne me suis pas forcée à sourire. Mais je me suis forcée à tenir debout, à leur faire voir des choses, les emmener en voyage…»

Quels conseils donneriez-vous à une mère qui se retrouve seule avec deux enfants en bas âge parce que son mari l’a trompée?
«De ne pas en vouloir aux hommes. De ne pas se culpabiliser. Être indulgente avec soi-même. D’essayer de faire résilience. On a tous une tartine de merde à bouffer à un moment donné dans notre vie. On se dit que cela, c’est la tartine de merde, qu’il faut la digérer, serrer les dents. Patienter jusqu’au moment où le soleil va revenir.»

Devenir une «silicone-carne» n’est donc pas la solution!
«Voilà! C’est mon fils qui m’a sorti cela alors qu’il m’entendait parler avec quelqu’un qui me conseillait de me refaire les seins. Il avait cinq ans et il m’a dit ‘ça ne va pas, tu vas ressembler à une silicone carne.»

Aujourd’hui, vous êtes donc bonne à remarier?
«Voilà. Ça y est. Je suis remariée (elle montre son alliance, NDLR) !»

On voit que vous avez travaillé dans la pub. Votre livre contient plein de phrases chocs…
«Quand j’écris, j’évite de réfléchir, je préfère ressentir les choses. Mais je retravaille beaucoup ensuite. J’ai pris soin que la langue, les images, soient au plus juste de ce que je ressentais. Ce que je voudrais, c’est que le lecteur ait l’impression que je lui parle. Je ne veux pas emprunter une plume très posée, très écrivaillon.»

Vous avez déjà commencé à travailler sur un prochain roman?
«Oui. Ce sera un conte cette fois, sur ce que c’est que l’amour filial et l’amour qui n’est pas filial. C’est l’histoire d’une petite fille dont la mère est un peu défaillante et qui, dans un contexte familial un peu séditieux, est protégée par une morte.»

Ce sera donc assez différent de vos précédents cette fois.
«Oui. Mais après cela reste mes thèmes de prédilection. Et cela parle aussi de mon vécu. Moi, j’ai une belle-fille que j’aime beaucoup mais qui n’est pas ma fille. Qu’est-ce que c’est que l’amour que l’on porte à un enfant que l’on n’a pas porté, pas adopté, sur lequel on n’a pas de droit, mais qu’on élève comme ses propres enfants? Que je nourris pareil, que je soigne, que je fais grandir, à qui j’essaie de transmettre des valeurs.».

Et côté cinéma, où en est l’adaptation de votre premier roman?
«On l’a fini, on l’a monté, on est en postproduction. Cela sortira à la fin de l’année.»

Et au casting?
«Il y a Sylvie Testud, Aure Atika, Marc Lavoine, Pascale Arbillot et puis Doria Achour dans le premier rôle. Ce sont beaucoup des jeunes gens puisque il ya pas mal d’adolescents. Des gens plutôt pas connus donc, mais qui ne vont pas rester inconnus longtemps! J’ai coécrit le scénario avec Sylvie Verheyde. Pareil pour ‘Les bourgeoises’ que je suis aussi en train d’adapter au cinéma. Bien sûr, ma vocation est d’être écrivain. Mais pouvoir adapter mes histoires, être cinéaste, c’est quand même pas mal non plus! C’est une sacrée expérience.»

Christelle 

SylvieOhayonEn quelques lignes
Sarah découvre un sale matin que son mari, Ben, qu’elle pensait parfait la trompe. Anéantie, elle le met à la porte et, le cœur en lambeaux, tente tant bien que mal de remonter la pente tout en élevant leurs deux enfants. S’inspirant une fois encore de son propre vécu, l’auteure de «Papa was not a Rolling Stone» et des «Bourgeoises» partage ici toute la douleur d’un divorce tout en ouvrant le chemin de la rédemption.

«Bonne à (re)marier», de Sylvie Ohayon, éditions Robert Laffont, 252 pages, 18,50 €

Cote : 4/5

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