Dieu est un sacré menteur

cyrilmassarottoCyril Massarotto fait mourir – mais pour mieux re-vivre – le héros de son roman « Dieu est un pote à moi ». Visite de l’au-delà dans sa version pleine d’humour et de piquant imaginée par cet auteur gentiment iconoclaste.

Dieu est donc un sacré menteur!
«Le héros n’est en effet pas content du tout, puisque dans ‘Dieu est un pote à moi’, Dieu dit au héros de vivre et profiter de sa vie parce qu’après il n’y a rien. Puis le livre commence, le héros attend la mort recroquevillé sur lui-même. Et cela ne vient pas. Alors il ouvre un œil et voit Dieu. Qui lui avoue lui avoir menti. Et donc quand le héros découvre qu’il y a un après, il ne sait pas s’il doit être content ou non. Mais quand il découvre qu’il y a des pouvoirs, qu’on peut faire des choses en étant mort pour les vivants, le mensonge de Dieu est oublié. Et on passe aux choses sérieuses!»

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire «re-vivre» votre héros?
«C’est marrant parce que ce n’était pas une envie à la base. Généralement, je me fixe une date, totalement arbitraire, pour me remettre à écrire. Quand je m’y mets, c’est vraiment tous les soirs, à minuit pile, que j’écris, etc. J’aime bien la discipline! J’avais mon titre, l’histoire, le début, la fin, j’avais parlé du thème à mon éditeur. Arrive la date. À minuit, j’allume mon ordinateur, je tape le titre… Et cela ne vient pas. Sachant que chez moi, cela vient toujours, je n’ai jamais eu une minute de page blanche. Cela m’a paru bizarre. Je me suis penché en arrière, j’ai réfléchi un peu. Puis j’ai écrit un dialogue. Et c’était Dieu. Je me suis dit mince alors. Il faut que je le fasse revivre d’une façon ou d’une autre. Et l’idée m’est venue tout de suite. Je me suis dit que le seul moyen pour qu’il y ait une suite, c’est que Dieu ait menti.»

Le narrateur, c’est vous?
«Oui, le personnage principal c’est moi. Il a mon caractère, etc. Je n’en avais pas conscience en écrivant, mais je pense qu’il est revenu -et cela je l’ai analysé après- parce que que j’avais besoin de revenir à l’état d’esprit dans lequel j’étais il y a six ans. Je n’avais pas perdu mon père, je n’avais pas perdu plein de proches,… J’étais plus heureux, insouciant,… Et finalement, je crois que j’avais besoin de finir un cycle, à la fois de vie et d’écriture. Bizarrement, en reprenant mes personnages d’il y a six ans, j’ai redécouvert un peu de la joie et du plaisir d’écrire de celui que j’étais il y a six ans.»

L’un de vos personnages est quand même Dieu. Vous êtes croyant?
«C’est la seule question à laquelle je ne réponds jamais! Parce que je me dis toujours que si je réponds, que ce soit oui ou que ce soit non, on va lire le livre différemment. Après la sortie de ‘Dieu est un pote à moi’, ce qui m’avait marqué, c’est que des gens étaient venus me voir en me disant ‘j’aime bien votre livre et en plus, on sent que même si vous faites dire des choses à Dieu, raconter des blagues etc., on sent qu’il y a un respect, une foi, etc.. Et puis d’autres qui me disaient que le livre était bien cynique, que je descendais bien les croyants! C’est deux interprétations opposées, donc cela m’a surpris. Le livre parle de foi mais pas de religion, comme quelqu’un m’a dit très justement.»

Vous avez fait des recherches sur la vie après la mort?
«Non, c’est juste le fruit de mon imagination et de ma culture. Je ne peux pas nier que je suis de culture judéo-chrétienne. Il est évident que je suis Italo-Catalan, avec des grands-mères qui avaient plus de croix et de vierges qu’on ne pouvait les compter dans une maison, et j’ai toujours baigné dans cela. Mais à côté de cela, je n’ai jamais été baptisé. Donc je connais tous les codes. Mais je n’ai jamais su si j’adhérais! J’ai toujours eu un problème avec le terme de croyant. Parce que la plupart des croyants que je rencontre, ils sont sûrs. Or ça ne va pas avec le terme croyant. C’est quelque chose que j’ai toujours ressenti de façon étrange. Surtout aujourd’hui, alors qu’on entend de plus en plus d’extrémistes. Eux, ce ne sont pas des croyants, ils savent. À ce moment-là, il faut les appeler les savants puisqu’ils sont sûrs de savoir.»

Si vous aviez vous aussi le pouvoir de veille, sur qui l’exerceriez-vous?
«Bonne question… Ce qui m’intéressait, en trouvant ce premier pouvoir, c’était bien sûr qu’il soit intéressant dans l’histoire, mais aussi que le lecteur s’interroge et se demande sur qui il l’exercerait. Mais je suis bête, je ne m’attends jamais à ce que l’on me retourne la question! Si j’avais un enfant, ce serait facile de vous répondre. Mais je n’en ai pas pour l’instant. Je devrais y réfléchir. Cela doit être hyperdur.»

Et si vous pouvez vous téléporter partout sur terre, qui espionneriez-vous?
«Le héros, je le fais évidemment d’abord aller près des siens, pour partager un peu leur peine, cela me paraît évident. Mais après, une fois qu’il a eu fait cela, je me suis demandé en effet si c’était moi, qu’est-ce que je ferais? J’allais écrire un truc du genre aller voir les plus belles œuvres du Louvre… Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas vrai. Donc la première chose que je lui fais faire, c’est aller voir Jennifer Lopez nue sous sa douche! Moi, ce serait plutôt Jessica Alba. J’ai mis Jennifer Lopez parce que je me suis dit que peut-être plus de monde la connaissait. Après, évidemment, il va à la Maison blanche et dans tous les endroits un petit peu secrets du monde.»

Et justement, lesquels de ces endroits vous attirent le plus?
«La fameuse zone 51 aux États-Unis. Cela me fascine. Et puis, je l’ai mis dans le livre aussi, les profondeurs abyssales. On cherche toujours à aller plus haut, moi j’aimerais bien aller plus bas. On ne va pas dévoiler aux lecteurs ce qui arrive, mais quand le héros y va, il est assez surpris.»

Le Dieu de votre livre ne manque pas d’humour.
«Ah oui, il en faut. Si Dieu existe, il faut absolument qu’il en ait. J’ai créé le dieu idéal pour moi. Le démiurge, le marionnettiste, cela ne m’intéresse pas. De toute façon, si on se réfère aux trois grands livres, Dieu est supposé avoir fait l’homme à son image, donc on est censé être à l’image de son meilleur, et pour moi, dans le meilleur, il y a l’amour et il y a l’humour.»

Ce livre pourrait être adapté au cinéma?
«J’aimerais beaucoup. ‘Cent pages blanches’ a été adapté à la télévision. Un autre réalisateur s’était intéressé à ‘Dieu est un pote à moi’ mais cela ne s’est pas fait pour un problème de budget. Cela se passe sur 30 ans. On voit le héros de ses 30 à 60 ans. De même que son fils. Il aurait fallu beaucoup d’acteurs. Ou alors beaucoup d’effets spéciaux pour le vieillissement. Et tout de suite cela faisait monter les budgets. Mais je pense que celui-ci qui se joue sur un espace de temps très limité pourrait faire un film assez drôle.»

Vous avez déjà commencé votre le prochain roman? Vous avez des idées?
«J’ai des idées. Le problème, c’est que j’ai plus d’idées que de temps pour les transformer en livre. Pourvu que cela dure parce que quand je dis cela à des vieux auteurs, ils me disent attends dans dix ans, tu ne diras plus la même chose. Mais donc, oui, j’ai des idées. Je pense que je ne vais donc pas trop tarder.»

Christelle

petit-mensonge-dieu-cyril-massarottoEn quelques lignes
Dieu et son meilleur pote sont de retour. Et c’est là que le héros se rend compte que Dieu lui a menti. Après la mort, il n’y a pas rien. Même si ce rien n’est pas vraiment le paradis, la mort nous octroie tout de même quelques pouvoirs rigolos. Cyril Massarotto fait donc revivre (ou presque) le héros de «Dieu est un pote à moi» (vendu à 130 000 exemplaires). Une histoire qui alterne, comme à chaque fois chez l’auteur, humour, tendresse et beaux moments d’émotion.

«Le petit mensonge de Dieu », de Cyril Massarotto, éditons XO, 304 pages, 17,90 €
Cote : 4/5

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