Ni bon ni mauvais

armeljobdanslagueuleComme à son habitude, Armel Job confronte dans son dernier roman des gens ordinaires à une situation extraordinaire. «Dans la gueule de la bête» nous entraîne dans le Liège de la Seconde guerre mondiale, où les bons et les méchants ne sont pas toujours ni tout le temps ceux que l’on croit…

Comment est née l’idée de ce roman?
«L’idée du roman m’est venue de la lecture de l’ouvrage de Thierry Rozenblum, ‘Une cité si ardente’, que je signale sur la première page de mon roman, et dans lequel il a fait un travail d’historien sur la situation des juifs pendant la deuxième guerre mondiale à Liège. Ce qui m’avait frappé, c’est qu’étudiant, j’ai vécu dans le quartier qui était celui des juifs avant la guerre. Bien entendu aujourd’hui, la population juive est très réduite à Liège. Mais au moment de la guerre, il y avait une population juive tout de même assez importante -environ 6.000 personnes- qui ont évidemment subi les lois nazies, qui ont été en partie déportés vers les camps d’extermination, et aussi, fort heureusement, en partie sauvés par la population. »

Leur situation vous a touché?
«Quand j’écris un roman, je pars toujours d’une question, d’une interrogation, de quelque chose qui me touche. Ces sujets me touchaient. J’avais donc envie d’écrire une histoire à propos de ces gens, pas seulement des juifs d’ailleurs. Dans le roman, ils sont là bien entendu. Mais ce n’est pas un roman exclusivement entre juifs, où les juifs seraient représentés comme des pauvres gens abandonnés de tous. Au contraire. On voit la réaction de la population, on voit la dissidence entre la population et les autorités communales, on voit les gens qui poursuivent les juifs, des Allemands… J’ai essayé de ramasser sur une semaine (parce que le roman se passe en une semaine) toutes les personnes qui avaient été impliquées dans cette situation. »

Les bons et les méchants ne sont pas ceux que l’on pourrait penser au départ.
«Ce sont des êtres humains. Le problème, c’est que nous établissons spontanément des catégories. C’est plus facile évidemment. Les bons résistants, qui sont les héros, d’un côté. Et les méchants, mus par des instincts épouvantables, dans l’autre catégorie. En réalité, ce schéma est très réducteur. Ces stéréotypes, cela n’existe pas. Une fois que vous commencez à vous intéresser à l’homme, dans l’une ou l’autre situation réelle, à vous demander ce qui s’est passé, comment les gens ont ressenti les événements, leurs peurs, leurs faiblesses, cela devient quand même quelque chose d’extrêmement différent. »

C’est ce qui différencie le roman du livre d’histoire?
«Oui. Et c’est là l’intérêt du roman par rapport à la chronique de l’histoire. Si on regarde un livre d’histoire aujourd’hui, une page sera peut-être consacrée à cette situation de la population juive en Belgique durant la deuxième guerre mondiale. On va vous donner une synthèse des événements, qui sera forcément réduite, avec des situations schématiques, des statistiques,… Dans le roman, vous essayez de mettre le doigt sur des personnes. L’historien va dire ‘hélas, beaucoup d’enfants ont été déportés’. Dans le roman, ce n’est pas ‘beaucoup d’enfants ont été déportés’. C’est le sort de cette petite fille-là. Vous voyez ce qu’elle voyait, ce qu’elle ressentait, le chagrin qu’elle pouvait avoir, la perturbation que cela a provoquée chez elle. Et cela, c’est quelque chose que vous n’avez jamais dans les livres d’histoire.»

Certains de vos personnages ont réellement existé?
«Tous les personnages sont inspirés de personnes qui ont réellement existé. Bien entendu, c’est romancé. Mais tous les personnages correspondent vraiment à des gens, qui n’ont parfois laissé qu’une trace infime dans l’histoire, mais qui ont existé. Par exemple, Angèle, cette femme qui décide de vendre le locataire de sa mère, c’est quelqu’un qui a réellement existé.»

Vous connaissiez la fin dès le départ?
«Bien entendu, c’est romancé, mais je voulais vraiment que mon roman se termine avec un élément de réflexion sur les Allemands eux-mêmes. Bien sûr, dans le corps du roman, on voit les sbires de la SIPO qui recherchaient les juifs. Mais tout le monde n’appartenait pas à la SIPO. Tout le monde n’appartenait pas à la Gestapo. Il y avait aussi de simples soldats. Et c’est la raison pour laquelle le roman se termine par ce personnage de soldat allemand. Mais pour le reste, non, je ne connais jamais ni le développement ni la fin quand je commence à écrire un roman parce que sinon, je n’en écrirais plus! Je ne sais pas au départ qui sont les personnages. Ce qui m’intéresse, c’est de le découvrir. J’ai une vague idée. Et les choses se mettent en place petit à petit, en écrivant. Le roman est aussi pour moi une découverte. C’est un dévoilement pour l’auteur avant de l’être pour le lecteur!»

Pourquoi ce titre «Dans la gueule de la bête»?
«La gueule de la bête, c’est la bête nazie, et pendant la durée du roman, tout le monde est dans la gueule de la bête. Et quand on est dans la gueule de la bête, on est dans une situation absolument épouvantable. On n’est pas dans une situation ordinaire. On ne peut plus attendre des gens qu’ils aient une réaction ordinaire. À partir du moment où on est dans un contexte de guerre, le mal s’infiltre partout. Toutes les valeurs sont faussées. On combat le mal par le mal. Tout devient plus ou moins perverti par le mal général qui est généré par la guerre. On est donc en permanence dans la gueule de la bête.»

Christelle

En quelques lignes

Il y a d’abord Hanna, désormais rebaptisée Annette, qui vit cachée dans un couvent, forcée de voir ses parents en cachette. Il y aussi Angèle, prête à tout pour vivre avec son amoureux. Sa mère aussi, Mme Guignard, et son drôle de locataire. Et puis cet informateur zélé des nazis. Car l’histoire, inspirée de faits réels, se déroule à Liège sous l’occupation allemande. Mais ne vous y fiez pas. Avec Armel Job, personne n’est jamais tout noir ou tout blanc. Et l’auteur nous prouve une fois de plus que mis dans des situations extraordinaires, les gens ordinaires peuvent en quelques pages passer de héros à salaud.

«Dans la gueule de la bête », d’Armel Job, éditions Robert Laffont, 312 pages, 19 €
Cote : 3/5

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