La rencontre du passé et son futur

© Alban Massé

© Alban Massé

Confrontant la nostalgie d’une époque révolue aux progrès du monde d’aujourd’hui, François d’Epenoux nous conte avec humour et beaucoup de douceur la rencontre d’un vieil ermite grincheux et de son petit-fils.

Comment est née l’idée du livre?
«Très honnêtement, c’est mon père qui m’a inspiré ce personnage vivant un peu en ermite et que j’appelle le Vieux. Je me suis dit que ce serait sympa pour un roman. Je n’avais pas d’autre idée que celle d’un personnage qui refuse la modernité et a décidé qu’après les années 50, 60, cela ne l’intéressait plus. Je me suis demandé comment ce personnage pourrait vivre aujourd’hui dans notre société. Ensuite le reste du livre est venu.»

C’est aussi une satire des travers de notre époque?
«Le Vieux est en effet une marionnette très agréable à manipuler pour critiquer notre époque, de façon un peu drôle aussi. On vit à l’époque de la vitesse, de la surconsommation, d’une forme quand même d’artificialité sur beaucoup de choses. Je me suis dit que ce bonhomme un peu ronchon mais qui finalement a le cœur tendre, ce serait amusant de le faire parler sur tout ce qui nous entoure. »

De quelle technologie d’aujourd’hui ne pourriez-vous plus vous passer?
«Bonne question… Un portable sans doute. J’ai un portable très peu sophistiqué, mais j’aurais du mal à ne plus être mobile.»

Au contraire, il y a des choses selon vous qui étaient mieux avant?
«Je suis un nostalgique d’une époque que je n’ai pas connue, les années 50. Un peu comme mon personnage, Le Vieux. Ce que j’aimais assez à cette époque-là, c’était cette forme d’élégance. Les gens étaient élégants. Quand on voit des photos de l’époque, du Festival de Cannes, des réceptions, même les gens dans la rue, il y a quand même un souci de la tenue que je trouve très agréable. J’aime mon époque, mon monde. Mais il y a des moments où je trouve qu’on va quand même beaucoup top loin dans la vulgarité. Quand je vois certaines émissions de téléréalité, je me dis qu’on est vraiment tombé très bas. J’espère qu’il va y avoir un renouveau parce que les gens méritent mieux que ce qu’on leur sert. Nabilla, ces trucs-là… Je suis effaré de la vulgarité profonde dans laquelle on est tombés.»

Vous avez peur pour la jeune génération d’aujourd’hui?
«C’est vrai que j’ai un peu peur que la génération d’aujourd’hui voit tout à travers un écran. Dans tous les sens du terme écran. Il n’y a plus de contact avec la réalité que de façon virtuelle ou encadrée. Cela me fait effectivement un peu peur. C’est ce que j’ai voulu restituer dans le livre, faire en sorte que ce petit garçon soit en prise directe avec la réalité, avec le monde, avec l’harmonie de la nature, de façon sensitive, sensuelle presque. Je trouve qu’aujourd’hui les gamins sont totalement connectés et surconnectés. Mais je pense, comme je suis un optimiste dans le fond, qu’il y aura un mouvement de balancier, et qu’à un moment qu’on va s’en gaver de ces histoires et qu’on va revenir à quelque chose de plus équilibré.»

Votre madeleine de Proust à vous, c’est une barre de chocolat dans une baguette?
«Oui. J’adore! Cela croustille. Et puis il a toute une gestuelle, c’est très sensuel. Tu enfonces le bâton de chocolat dans le croustillant du pain, dans le moelleux un peu chaud de la mie… C’est voluptueux, vachement agréable!»

Le coup du métro, «je te laisse avec tous ces cons» que Le Vieux crie depuis le quai à son fils coincé dans une rame bondée, vous l’avez déjà testé?
«(rires) C’est une histoire qui est devenue un gag avec mon meilleur ami! On s’est toujours dit qu’un jour on ferait cela à quelqu’un. On ne l’a jamais fait. C’est une sorte de fantasme, un truc qui nous fait effectivement marrer.»

Vous connaissiez la fin du livre en commençant?
«Non. Ce que je voulais vraiment, c’était créer une galerie de portrait à trois personnages, Le Vieux, son fils –qui incarne la génération d’aujourd’hui, un peu désenchantée, vivant à la surface des choses-, et ce gamin. Je voulais voir comment ce petit garçon et son grand-père s’enrichissaient mutuellement. C’est aussi une réflexion sur la mémoire, la nostalgie. Est-ce qu’on est en droit de transmettre la nostalgie à un enfant qui a le monde et la vie devant lui? Je pense qu’on n’a pas le droit. On peut lui ouvrir les yeux, lui apprendre la clairvoyance, la lucidité. Pas l’angélisme. Mais je crois qu’on n’a pas le droit d’inoculer dans son esprit quelque chose qui est de l’ordre de la nostalgie ou de l’amertume. La fin je l’ai inventée presque en cours d’histoire.»

Pourquoi ce titre?
«Il est de mon copain Frédéric Zeitoun avec qui j’ai écrit une pièce de théâtre. Je voulais un titre positif. Et je trouve que ‘Le réveil du cœur’, c’est le réveil du Vieux, qui était quand même un être un peu désenchanté et cynique, braqué sur le passé, et qui a le cœur qui bat à nouveau. Pour son petit-fils bien sûr, mais aussi pour son fils et pour son époque. Et puis c’est aussi le cœur du petit garçon, qui bat pour son grand-père et qui bat pour l’avenir. Je trouvais que c’était un titre positif. Je ne voulais surtout pas un titre triste.»

Deux de vos romans ont été portés à l’écran. Celui-ci pourrait l’être aussi?
«Je pense que cela pourrait faire un joli sujet au cinéma. Le Vieux est un personnage très cinématographique. Même si c’est une thématique récurrente, le vieux et l’enfant, ici il y a peut-être un angle assez marrant, parce que le personnage est ronchon. C’est un personnage de cinéma. Je ne me dis pas en écrivant que cela ferait un film, mais quand je l’ai eu terminé, je me suis dit que cela serait joli au cinéma. D’ailleurs, Jean Becker (qui a déjà adapté au cinéma son roman «Deux jours à tuer», NDLR) m’a appelé en me disant que le thème l’intéressait beaucoup. Alors, on va voir…»

Christelle

françoisdepenouxEn quelques lignes

Plutôt pessimiste quant au futur de l’humanité, Le Vieux a du mal à se réjouir de la naissance prochaine de son petit-fils. Surtout que son propre fils n’a encore jamais osé lui présenter la mère de l’enfant en devenir. Six ans plus tard, c’est sans réelle gaieté de cœur que ce misanthrope solitaire accepte d’accueillir le petit-fils en question dans son chalet au bord de la mer durant tout le mois d’août. Et pourtant… Au fil des jours, une véritable complicité va naître entre le petit Malo et son «Vieux Paria» comme il le surnomme. Au point que le mois d’août passera finalement trop vite, beaucoup trop vite. Davantage drôle et émouvant que simplement nostalgique d’une époque révolue, le dernier roman de François d’Epenoux («Danemark espéranto», «Deux jours à tuer», «Les Papas du dimanche») est grinçant juste comme il faut, entre ce vieil ermite grincheux mais attachant et cet enfant porteur d’espoir pour le futur.

«Le réveil du cœur», de François d’Epenoux, éditions Anne Carrière, 254 pages, 18 €

Cote: 4/5

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s