Des perroquets et un poussin

Outre des perroquets, sous la plume d’Eric-Emmanuel Schmitt, il y a aussi pas mal de drôles d’oiseaux parmi les riverains de la place d’Arezzo à Bruxelles! Les «50 nuances de Grey» font finalement bien pâle figure par rapport au dernier roman de l’écrivain qui se lance aussi, pour la première fois, dans la BD, avec un poussin philosophe. A croire que les volatiles l’inspirent!

Il n’y a donc pas que des perruches et perroquets place d’Arrezo, mais aussi un corbeau…
«Oui, il y a plein de drôles d’oiseaux sur cette place! Les perroquets, les perruches, le corbeau, la colombe… Et surtout les habitants qui sont aussi colorés et complexes que les perroquets!»

Qu’a fait ce quartier pour se retrouver au cœur d’un de vos romans?
«D’abord, parce que j’habite dans ce quartier. La première fois que je suis arrivé place d’Arezzo, j’ai cru que je subissais une illusion. Je voyais avec mes yeux une ville d’Europe du nord. Et mes oreilles entendaient la jungle, les tropiques… à cause des perruches et des perroquets. Pour moi, cela a été immédiatement un révélateur. Je me suis dit qu’au fond de nous, hommes prétendument civilisés, parlant un langage articulé, suivant les règles, il y a quand même aussi la jungle. Il y a le désir, les pulsions, la libido, les appels du corps. Et donc je me suis dit que cette place était le bon endroit pour essayer de faire une comédie humaine sur nos rapports amoureux et nos rapports sexuels.»

Vous avez eu des réactions des habitants de cette place? Personne ne s’est reconnu?
«(rires) Il y a plein de gens dans Bruxelles qui m’envoient des petits mots. Chaque fois très admiratifs, mais en même temps, on sent qu’ils voudraient en savoir plus… Alors moi je démens. De toute façon, je démens! Mais… j’ai beaucoup d’imagination, mais je m’inspire toujours du réel.»

On retrouve même un sosie de DSK…
«Oui, c’est DSK et quelques autres hommes politiques que je connais mais que le grand public connaît moins. Cela m’intéressait beaucoup la problématique du pouvoir et de l’érotisme. J’ai toujours été surpris de constater que les hommes politiques étaient de grands séducteurs, pas seulement d’électeurs mais d’êtres de chairs et de sang, et qu’ils avaient au fond un rapport avec la sexualité un peu spécial. C’est pour eux la décompression dans leur monde de responsabilités et de stress. Conclusion, cela les amène à avoir une sexualité qui n’est pas toujours non plus respectueuse de l’autre. C’est ce que j’appellerais la sexualité égoïste, c’est-à-dire où l’autre n’est là que pour procurer le plaisir mais où l’autre n’existe pas. En fait, je voulais un peu montrer toutes les façons de désirer et d’aimer à travers tous ces personnages.»

On n’a en effet que l’embarras du choix! Toutes les combinaisons imaginables sont possibles!
«Ce qui est amusant, c’est qu’on se retrouve parfois dans des personnages assez différents de soi et on arrive à les comprendre de l’intérieur parce qu’ils ont un petit quelque chose de nous. Il y a des personnages que je décris qui sont vraiment très différents de moi -je ne vous dirai pas lesquels! (rires)- mais en même temps, l’écriture, c’est cela. C’est abolir la distance entre l’autre et soi. On lit d’ailleurs pour les mêmes raisons. L’écriture me donnait des portes d’entrées dans des personnages qui sont pourtant assez différents de moi. Le résultat, c’est une grande indulgence.»

Vous avez testé les clubs échangistes pour rendre votre livre crédible?
«(rires) La vraie question, c’est est-ce que j’ai mis cela dans mes notes de frais!»

Avez-vous déjà reçu des lettres d’amour anonymes?
«Oui, j’ai reçu des lettres anonymes d’amour, pas d’insultes. Surtout, j’ai reçu des lettres d’amour par recommandé avec accusé de réception. Cela, j’avoue que c’est spécial! Et en plus, je n’étais pas là, donc il a fallu que j’aille les chercher à la poste. Je me suis fait un sang d’encre en me demandant ce que c’était. Cela remonte à l’époque où j’étais professeur de philosophie à l’université. Deux élèves étaient amoureuses de moi et avaient signé la lettre de leurs deux noms parce que cela ne les gênait pas du tout! C’était quand même un soulagement de découvrir que c’était une lettre d’amour. Professeur de philosophie, avec celui de gymnastique, c’est celui qui produit le plus de béguins.»

On est tenté de vous demander quelle part de vous se retrouve dans le personnage de l’écrivain.
«Oui, je me suis amusé à mettre de moi dans cet écrivain! Et puis parfois à prendre des distances. Il est assez proche de moi, c’est tout ce que je peux dire!»

Pour le trio, on ne saura pas alors?
«J’écris des romans! Mais les romans sont des mensonges qui disent la vérité.»

700 pages, le thème vous inspire!
«C’est toujours le sujet qui règle le sablier de l’écriture. Parfois, pour que ce soit bien, il faut que cela soit court. Et parfois, il faut que cela soit volumineux. Au fond, j’ai fait court quand on pense à l’ampleur du sujet! C’est un roman que je ne voulais pas finir. J’étais tellement bien à l’écrire. J’étais tellement heureux d’avoir une trentaine de sexualités différentes! Cela ne m’était jamais arrivé!»

Vous connaissiez la colombe dès le départ?
«Oui. Si j’explique, je vais trop en révéler, mais je voulais que ce soit ce regard-là et cette surprise-là.»

Vous vous lancez aussi dans la BD. Pourquoi un poussin?
«Ce petit personnage d’un poussin qui pose des questions parce qu’il découvre tout, c’est le propre d’un nouveau-né. Je l’ai toujours porté en moi. Je pense que c’est en fait l’enfant philosophe que je suis. Un enfant qui s’étonne, qui demande pourquoi. Dans mon imaginaire, il avait la forme d’un poussin qui se posait plein de questions. J’ai essayé d’écrire cela sous la forme d’un conte. Chaque fois, j’étais insatisfait. Un jour, j’ai eu un flash, me disant qu’en fait, c’était une bande dessinée.»

Et pourquoi avec Janry?
«À ce moment-là, j’ai rencontré les gens de Dupuis, qui m’ont proposé 40 albums avec 40 dessinateurs différents. Sans hésiter, j’ai désigné Janry, du ‘Petit Spirou’. Il se trouve qu’on s’est rencontré, qu’on s’est entendu, qu’on a eu envie de faire cela. Et voilà, c’est parti. C’était vraiment une chose que je ne pouvais pas faire tout seul. Il fallait vraiment que je trouve le talent expressif de quelqu’un qui allait pouvoir rendre un poussin hyperexpressif. Parfois d’ailleurs il s’inspirait de certaines de mes mimiques.»

Comment avez-vous fait pour travailler ensemble?
«Je crois qu’il m’a bizuté. Parce que j’étais étranger à l’univers de la BD. Donc il m’a forcé à lui envoyer des planches dessinées avec le découpage. J’envoyais des espèces de graffitis immondes, avec heureusement une explication au-dessus de ce qu’il devait y avoir de dessiné à l’intérieur. Puis après lui me renvoyait des planches extraordinaires. C’était assez humiliant!»

Mais l’expérience vous a plu?
«Oui. On est en train de continuer. Je suis en train d’écrire les histoires du deuxième tome.»

Christelle

En quelques lignes

EES_perroquets_arezzoLes Bruxellois qui habitent dans le coin le savent, il y a plein de perruches et de perroquets sur la place Guy d’Arezzo à Uccle. Mais il y a apparemment aussi un corbeau et ce dernier, aux allures de colombe, envoie de bien mystérieuses lettres d’amour aux riverains. «Ce mot simplement pour te signaler que je t’aime. Signé: tu sais qui.» Sauf que ce «tu sais qui» se révèle des plus énigmatiques pour la plupart des riverains de cette place qui ont, à tout le moins, une vie sexuelle mouvementée… Pour ne pas dire parfois carrément débridée! Entre l’homme politique qui rappelle furieusement un certain DSK, le couple BCBG, la poule de luxe, les femmes au foyer, le célèbre écrivain, l’étudiant et la fleuriste, sans oublier le beau jardinier, toutes les conjugaisons ou presque deviennent possibles sous la plume d’un Eric-Emmanuel Schmitt d’humeur libertine. Et c’est donc avec délectation qu’on découvre les petits travers de tout ce beau monde. Même si on se demande parfois si les 700 pages de cette brique étaient toutes bien nécessaires.

«Les perroquets de la place d’Arezzo», d’Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 734 pages, 24,90 €

Cote: 4/5

poussin1erAprès le roman, le théâtre et le cinéma, Eric-Emmanuel Schmitt se lance dans la bande dessinée. Il a fait appel au talent de Janry pour donner vie au poussin philosophe qui lui trottait dans la tête. Le premier tome de cette fable animalière tente bien sûr de décider qui, de l’œuf ou de la poule, est arrivé en premier. Mais comme l’affirme le quatrième de couverture, la poule reste quand même le meilleur moyen qu’à trouvé un œuf pour faire un autre œuf! Autour du poussin dans le poulailler, des poules idiotes et une souris qui régurgite des livres de philo. Des personnages qui s’adressent tant aux enfants qu’aux adultes. Janry parvient indéniablement à rendre expressif et attachant ce poussin râleur et de mauvaise fois. Reste à voir durant combien de temps ses doutes et questionnements parviendront à se renouveller réellement.

«Les aventures de Poussin 1er – tome 1 – Cui suis-je?», d’E-E Schmitt et Janry, éditions Dupuis, 68 pages, 14,50 €

Cote: 3/5

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